Section Thématique 1
Pour une socio-histoire de la science politique
Towards a Socio-History of Political Science
Responsables
Antonin Cohen (Université Paris Ouest Nanterre La Défense, CURAPP – ESS UMR 6054 CNRS/UPJV) antonincohen@aol.com
Nicolas Mariot (CURAPP – ESS UMR 6054 CNRS/UPJV) Nicolas.Mariot@ens.fr
Présentation scientifique
Dates des sessions
Programme
Résumés
Participants
Cette section thématique a pour objet la science politique. Elle vise à opérer un retour réflexif aussi bien sur l’histoire de la science politique (première session de travail), que sur son état présent (deuxième session de travail). Elle s’inscrit dans une perspective sociologique en ce qu’elle n’a pas tant pour objet une histoire idéelle de la « discipline », de ses écoles, de ses théories, de ses paradigmes, qu’une histoire sociale de ce corps de connaissances spécialisées, de ses configurations, de ses institutions, de ses producteurs. En un mot, une socio-histoire de la science politique.
Depuis au moins deux décennies, plusieurs séries de travaux anglophones ont exploré cette « histoire de la discipline » (Almond 1998), de ses « traditions » (Adcock et al. 2007) ou de la « profession » (Newell and Rhodes 2006a et b). Mais les travaux d’histoire sociale restent relativement rares. Un certain nombre de recherches récentes ont pourtant montré l’intérêt d’une telle démarche pour comprendre dans leur contexte politique et social, voire économique, les genèses et les usages de la science politique – de la théorie des choix rationnels (Amadae 2003) à la théorie des relations internationales (Guilhot 2008) en passant par la théorie néo-fonctionnaliste (White 2003).
Dans la littérature francophone, il existe néanmoins un important courant de recherche qui, de longue date, s’est appliqué à retracer les « naissances » de la science politique (Favre 1989), en restituant l’archéologie de ses institutions structurantes – de l’Académie des sciences morales et politiques (Delmas 2006) à l’Association française de science politique (http://archives-afsp.org/) en passant par l’École libre des sciences politiques (Damamme 1987) – ainsi que le contexte des œuvres de ses pères fondateurs – de Siegfried (Garrigou 1995) à Lazarsfeld (Pollak 1979) en passant par Stoezel (Blondiaux 1991) – bref, à comprendre l’institutionnalisation de la discipline – en Suisse (Gottraux et al. 2001) ou en France (Déloye et Voutat 2002) – dans un retour réflexif sur les pratiques des politistes (Favre et al. 2007 ; Lacroix 2006 ; Offerlé 2002 ; Favre et Legavre 1998). De la même manière, plusieurs travaux de recherche récents se sont attachés à comprendre l’état présent de la discipline à la lumière du fonctionnement des jurys de thèse (Godechot et Mariot 2004), du devenir des docteurs (plusieurs travaux en cours) ou de la structuration des publications dans les revues (Popa 2007 ; Boncourt 2007) – pour une synthèse : Cohen et al. 2009.
Cette section thématique entend poursuivre cet effort réflexif. Elle vise à rassembler, mais aussi à susciter des travaux inédits, fondés sur des enquêtes empiriques approfondies – qu’il s’agisse d’enquêtes sur archives ou par entretiens, d’enquêtes statistiques ou qualitatives –, qui permettent de restituer les « figures », les « œuvres » et les « configurations » de « la » science politique dans leurs contextes idéologique, politique, économique et social respectifs. Il s’agit donc d’affirmer une problématique relativement originale par rapport à la littérature internationale, tout en poursuivant le travail de recherche entrepris dans la littérature francophone. Il s’agit surtout de dégager les grands indicateurs et les moments charnières de l’histoire de la discipline (en analysant sa « démographie », sa « production », sa « différenciation ») qui manquent encore à qui voudrait se lancer dans des explorations plus fines de tel ou tel courant, collectif ou période.
Trois dimensions seront particulièrement privilégiées qui offrent des perspectives méthodologiques nouvelles : - La dimension transnationale des études de cas retenues, qui vise à comprendre dans quelle mesure la science politique (ses théories, ses œuvres, ses auteurs) se définit ab initio de manière nationale ou transnationale. Le retour sur les genèses simultanées de la théorie des relations internationales et de la théorie de l’intégration européenne servira de point d’appui pour illustrer ce point de vue. - La dimension archivistique ou documentaire des recherches exposées, qui vise à mieux historiciser l’institutionnalisation de la discipline. Comme le montre le site des archives virtuelles de l’AFSP (http://archives-afsp.org/), de nombreux fonds d’archives demeurent à se jour complètement sous-exploités. - La dimension statistique, enfin, qui vise soit à produire des connaissances neuves, via la passation d’un questionnaire par exemple, soit à se donner des indicateurs les plus objectifs possibles de l’évolution de la discipline à partir des données existantes sur l’évolution des différents « corps » de celles et ceux qui la « constituent ».
The Section aims at studying political science history (first session), and current state (second session), in a reflexive way. In the Anglophone literature, recent works have explored the history of the “discipline” (Almond 1998), of its “traditions” (Adcock and al. 2007), or of its “professions” (Newell and Rhodes 2006a and b). Socio-historical investigations, however, remain relatively scarce, even if such a perspective has proven fruitful in understanding the genesis and usages of political science in context – from rational choice theory (Amadae 2003) to international relations theory (Guilhot 2008) including neo-functionalist theory (White 2003). In the francophone literature, a persistent trend of research has been exploring the “births” of political science (Favre 1989), through the “archeology” of its structuring institutions – from the Académie des sciences morales et politiques (Delmas 2006) to the Association française de science politique (http://archives-afsp.org/) including the École libre des sciences politiques (Damamme 1987) –, the “politics” of the founding fathers’ masterworks – from Siegfried (Garrigou 1995) to Lazarsfeld (Pollak 1979) including Stoezel (Blondiaux 1991) –, in sum the institutionalization of the discipline – in Switzerland (Gottraux and al. 2001) or in France (Déloye and Voutat 2002). A more recent research trend is now aiming at understanding the present state of political science, through the functioning of PhD thesis panels (Godechot and Mariot 2004), the fate of PhD students (several ongoing research) or the evolution of scientific production (Popa 2007; Boncourt 2007) – in a reflexive scrutiny of political scientists practices (Favre and al. 2007; Lacroix 2006; Offerlé 2002; Favre and Legavre 1998).
The Section intends to go further in this direction, gathering, but also triggering new studies based on empirical research, in order to put the “figures”, “works” and “configurations” of political science(s) back in their ideological, political, social and economic context. Three dimensions will be particularly developed: -archival research, in order to historicize the institutionalization of the discipline through underexplored private and public papers (http://archives-afsp.org/); -international research, in order to understand to what extent political science was initially defined as a national or transnational discipline; - statistical research, finally, in order to produce new data, or to use existing data with new indicators of the evolution of the discipline.
Bibliographie indicative
Les travaux de la Section Thématique se dérouleront sur les sessions suivantes :
Session 1 : 31 août 2011 13h45-16h30
Session 2 : 1er septembre 2011 8h45-11h30
Voir planning général...
Lieu : MISHA (salle de conférence)
Session 1
Guillaume Sacriste (Université Paris I Panthéon Sorbonne / CESSP-CRPS)
La genèse du droit constitutionnel sous la Troisième République. Des usages de l’hétéronomie dans l’autonomisation d’une discipline académique (Contrepoint)
Loïc Blondiaux et Brigitte Gaïti (Université Paris I Panthéon Sorbonne / CESSP-CRPS)
Une science sans savants ? La constitution de la “science politique” française en tant que discipline (1949-1972)
Michel Bergès (Université Bordeaux IV Montesquieu / GRSG)
Engagement politique et distanciation : le cas Duverger. Éléments d’une socio-histoire de la science politique bordelaise
Thibaud Boncourt (Sciences Po Bordeaux / CED)
La définition d’un secteur de la connaissance : l’Association internationale de science politique dans le processus d’autonomisation de la science politique (1945-1955)
Antonin Cohen (Université Paris Ouest Nanterre La Défense / CURAPP)
L’Europe aux marges. Frontières disciplinaires, frontières champêtres et frontières nationales dans la construction d’un “objet scientifique non identifié”
Discutant : Laurent Jeanpierre (Université Paris VIII Vincennes Saint-Denis / LABTOP)
Session 2
Bernard Lacroix (Université Paris Ouest Nanterre La Défense / GAP)
François Goguel et la création d’un concours de recrutement de professeurs de science politique spécialisé
Alexandre Paulange-Mirovic (Université Paris IX Dauphine / IRISSO)
En quête de légitimité. L’implantation progressive d’une sociologie des organisations à « Sciences Po » (circa 1970)
Antoine Faure et Ouassim Hamzaoui (IEP de Grenoble/ (PACTE)
Souci du politique et gouvernement du public. Sociogenèses de la science politique chilienne (1964-2009)
François Buton et Nicolas Mariot (Centre National de la Recherche Scientifique / CEPEL et CURAPP)
Un essai de cartographie des thèses de science politique des années 2000 (L’enquête “Itinéraire des docteurs en science politique 1998-2008”)
Etienne Ollion (École des Hautes Études en Sciences Sociales / CMH)
La sociologie contemporaine aux États-Unis : contribution à l’étude d’une discipline » (Contrepoint)
Discutant : Yves Déloye (Sciences Po Bordeaux / CED)
Session 1
Guillaume Sacriste (Université Paris I Panthéon Sorbonne / CESSP-CRPS)
La genèse du droit constitutionnel sous la Troisième République. Des usages de l’hétéronomie dans l’autonomisation d’une discipline académique (Contrepoint)
Le droit constitutionnel a été institutionnalisé concomitamment à l’instauration de la Troisième République en France. Il s’est très largement développé dans l’hétéronomie vis-à-vis du pouvoir politique républicain, le droit constitutionnel étant considéré par les Républicains au pouvoir comme une manière de participer à la légitimation du nouveau régime. Néanmoins, les premiers professeurs chargés du cours vont s’efforcer d’autonomiser leur nouvelle discipline. Il s’agissait là tout à la fois d’une condition d’émancipation professionnelle – pouvoir revendiquer la ressource scientifique dans l’univers académique – et d’une manière d’augmenter la force légitimatrice du droit constitutionnel, présenté comme extérieur aux enjeux proprement politiques. Pourtant, en durcissant ainsi le rôle de « constitutionnaliste », les professeurs républicains – véritables légistes de la République – ouvraient les possibilités d’usages diversifiés du rôle. Des mobilisations professionnelles, notamment parmi les professeurs les plus éloignés du centre politique, vont ainsi remettre en cause le rôle de légiste pour s’imposer comme des détracteurs de l’ordre politique républicain.
The genesis of constitutional law under the Third Republic: Uses of heteronomy in the empowerment of an academic discipline
Constitutional law has been institutionalized concomitantly with the introduction of the Third Republic in France. It was largely developed in the heteronomy vis-à-vis the Republican political power. Indeed, constitutional law was considered by the Republican power as a way to participate in the legitimizing process of the new regime. Nevertheless, the first law professors in charge of this new course will seek to unbind their new discipline from its political origin investing in science. This was, in the first place, a condition of professional emancipation – being able to claim the scientific resource in the academic world – and a way to increase the legitimazing force of constitutional law in the political realm. However, hardening the role of "constitutionalist", Republican Professors opened up possibilities for diversified uses of the role. Professionals’ mobilizations – especially among the most distant law professors from the political center – would call into question the role of “legist” and impose themselves as critics of the republican political order.
Loïc Blondiaux et Brigitte Gaïti (Université Paris I Panthéon Sorbonne / CESSP-CRPS)
Une science sans savants ? La constitution de la “science politique” française en tant que discipline (1949-1972)
Le processus d’institutionnalisation de la « science politique » française en tant que discipline, tel qui s’engage après la seconde guerre mondiale peut sembler rétrospectivement rapide. En moins d’un quart de siècle - de la création de l’AFSP en 1949 à la naissance de l’agrégation de science politique en 1972 - la chose semble presque jouée. Mieux, les dix premières années de la période sont marquées par la naissance de deux associations (AFSP et AISP-IPSA), d’une revue (RFSP), de centres de recherches, d’enseignements et de diplômes spécialisés... La question se pose de comprendre comment cette mise en institutions s’est effectuée, d’analyser les conditions dans lesquelles l’action d’une poignée d’hommes d’institution, essentiellement liés à l’IEP Paris, a pu contribuer à l’émergence de cette discipline improbable autour d’alliances avec des acteurs aussi différents que les fondations américaines, des juristes, sociologues et historiens de l’Université, des hommes politiques, des fonctionnaires de la direction des enseignants du supérieur ou des chercheurs américains ou européens... On se propose de suivre cette entreprise de création disciplinaire qui paraît doublement paradoxale ; science sans savants, sans savoirs constitués, sans méthodes, elle émerge dans un lieu de formation des élites qui semblait l’un des moins faits pour porter une discipline savante nouvelle.
A Science without Scientists? The Invention of French Political Science as a Discipline (1949-1962)
The foundation of french political science as a discipline retrospectively appears as a short-time process. Everything happens in less than a quarter of century: since the birth of the French political science association (AFSP) in 1949 to the creation of the "agrégation de science politique" in 1972. We propose some hypotheses - internal and external to science - for a better understanding of such an evolution. Among the main contributors to the new discipline are institutions (Sciences Po Paris, Amrerican Foundations, French public administration...) whose motivations are far from scientific. The reasons why they contributed to the birth of political science need to be enlightened to better understand the peculiarities of this discipline.
Michel Bergès (Université Bordeaux IV Montesquieu / GRSG)
Engagement politique et distanciation : le cas Duverger. Éléments d’une socio-histoire de la science politique bordelaise
Le présent article se propose de résumer, avec des détails biographiques et intellectuels, la trajectoire du Professeur Maurice Duverger de Bordeaux, venant de la Faculté de Droit public de cette cité, entre les années vingt et cinquante, incluant notamment la période du Régime de Vichy (la région concernée se situant dans la zone occupée dès 1940). Il s’agit de parler ici d’une partie de l’histoire de la Science politique en France.
Political commitment and detachment: Duverger’s case. Elements of a social history in the Bordeaux political science
The present paper intends to resume – with some biographical details – Maurice Duverger’s Professor of political science of Bordeaux trajectory, coming from “the Faculté de Droit public” of this town, between the twenties and the fifties, including his commitments during the Vichy Government (Bordeaux was moreover in occupied France since 1940). It means to speak about history of some part of political science in France.
Thibaud Boncourt (Sciences Po Bordeaux / CED)
La définition d’un secteur de la connaissance : l’Association internationale de science politique dans le processus d’autonomisation de la science politique (1945-1955)
Objet d’étude longtemps frappé d’illégitimité, l’histoire sociale de la science politique a, au cours de la dernière décennie, acquis ses lettres de noblesse. Ce processus de normalisation s’arrête cependant là où se dressent les frontières nationales : les travaux qui entreprendraient d’inscrire les développements nationaux dans leur contexte international sont encore peu nombreux. On se propose de contribuer à combler cette lacune en analysant le processus d’autonomisation de la science politique au sortir de la Seconde Guerre mondiale à travers une sociogenèse de l’Association Internationale de Science Politique (AISP).
Articulée autour du concept de champ scientifique, l’étude vise à mettre en évidence la manière dont des configurations d’acteurs hétérogènes – à la fois nationalement, professionnellement et intellectuellement – participent de l’autonomisation progressive de la science politique vis-à-vis à la fois du champ politique et d’autres disciplines, via des luttes de définition incarnées dans des modalités d’institutionnalisation aux niveaux transnational et national. Pour ce faire, l’enquête s’appuie sur un dépouillement systématique des archives de l’Association Internationale de Science Politique, ainsi que sur des entretiens informatifs auprès de témoins et acteurs de son évolution.
Defining a knowledge area: the role of the IPSA in the process of autonomisation of political science 1945-1955.
In spite of studies of political science as a discipline being more and more numerous, the interplay between national and international factors in the evolution of the discipline has seldom been taken as an object for study. This paper aims at contributing to filling this gap by analysing the autonomisation of political science after WWII through a sociological history of the International Political Science Association (IPSA).
Based on the concept of scientific field, the study shows how various groups of people, heterogeneous in terms of their nationality, occupation and intellectual orientation, interact and struggle at the scientific and institutional levels to lead to a gradual autonomisation of political science from the political field and other disciplines. This is shown through a systematic study of the IPSA archives and interviews with key players and witnesses of the development of the Association.
Antonin Cohen (Université Paris Ouest Nanterre La Défense / CURAPP)
L’Europe aux marges. Frontières disciplinaires, frontières champêtres et frontières nationales dans la construction d’un « objet scientifique non identifié »
Cette communication se propose de revenir sur la genèse d’un savoir savant sur la « construction européenne » à travers une étude comparée des genèses simultanées, mais différenciées des « études européennes » aux Etats-Unis, en France et au Royaume-Uni dans les années 1950 et 1960. En s’appuyant sur une analyse en cours de la production académique et politique, ainsi que sur une étude des trajectoires individuelles et collectives des « pères fondateurs » (de Ernst Haas à Jean-Baptiste Duroselle en passant par Stanley Hoffmann) de cette « science de la politique » (internationale, européenne, étrangère) en train de se faire, cette communication vise à interroger la perméabilité des frontières disciplinaires (entre science politique, droit, histoire et économie politique), champêtres (entre champs académique, bureaucratique et politique) et nationales (entre trajectoires migratoires, réseaux scientifiques et circulation des idées) dans la constitution d’un corp(u)s de connaissances spécialisé(es), mais hétérogène(s) sur l’« intégration européenne ».
Europe at the Margins: Disciplinary Boundaries, Field Limits and National Borders in the Construction of an “Unidentified Scientific Object”
This paper offers to get back to the genesis of a scholarly knowledge on “European integration” through a comparative study of the coincident, but differentiated genesis of “European Studies” in the United States, France and the United Kingdom during the 1950s and the 1960s. Based on an ongoing analysis of the political and academic production, as well as individual and collective trajectories of the “founding fathers” (from Ernst Hass to Jean-Baptiste Duroselle including Stanley Hoffmann) of this “science of (international, European, foreign) politics” in the making, this paper aims à questioning the permeability of disciplinary boundaries (between political science, law, history and political economy), field limits (between academic, bureaucratic and political fields) and national borders (between migration trajectories, scientific networks and circulation of ideas) in the constitution of a specialized, yet heterogeneous body of knowledge on “European construction”.
Session 2
Bernard Lacroix (Université Paris Ouest Nanterre La Défense / GAP)
François Goguel et la création d’un concours de recrutement de professeurs de science politique spécialisé
Le déroulement d’une journée d’étude consacrée à F. Goguel, la parution du livret qui en est sorti et l’ouverture de ses archives au Centre de documentation historique de Sciences po permettent d’apprécier plus rigoureusement son rôle dans la construction, académique et intellectuelle de « la science politique française », entre autres de « l’agrégation » . F. Goguel n’est pas n’importe qui. Il assume plusieurs raisons sociales dans une conjoncture particulière, les années 68. Et celles-ci lui permettent de faire entériner à ses homologues en cabinet ministériel les vues notamment institutionnelles dont il est porteur. Dans la perspective désormais classique d’un article de L . Boltanski (« Multiplicité des positions… etc), on espère pouvoir présenter une histoire d’une invention académique dans laquelle se reconnaissent acteurs et témoins et que le regard rétrospectif tend à transfigurer.
Alexandre Paulange-Mirovic (Université Paris IX Dauphine / IRISSO)
En quête de légitimité. L’implantation progressive d’une sociologie des organisations à « Sciences Po » (circa 1970)
Notre contribution se propose d’analyser comme entreprise académique l’insertion progressive de la sociologie des organisations à "Sciences Po" aux débuts des années 1970. Ce mouvement doit être saisi selon deux pistes principales : les logiques oppositionnelles de l’espace de la sociologie et les transformations de l’État. L’implantation progressive à "Sciences Po" poursuit l’expérience d’une structure associative privée consacrée à la formation de sociologues, crée au lendemain de 1968 par Michel Crozier, Henri Mendras, Jean-Daniel Reynaud et quelques autres. Cette initiative apparaît à la fois comme une prise de position et un révélateur de l’état du champ de la sociologie. Elle rassemble sociologues, consultants et hauts fonctionnaires, unis autant par des prises de positions politiques, que par des homologies de trajectoires et de positions dans leurs champs respectifs. En combinant une analyse structurale du champ de la sociologie et une étude approfondie des trajectoires sociales de ces individus, nous restituerons la genèse sociale de cette entreprise académique menée en dehors et contre l’Université. Enfin, l’insertion de cette initiative au sein de "Sciences Po" correspond à un moment de transformation de l’État et de ses écoles. Les politiques de réforme de l’administration s’appuient sur des technologies (telle la RCB) dont l’utilisation et le développement se déroulent en lien fort avec la sociologie des organisations. La table et la hiérarchie des savoirs administratifs se trouvent alors bouleversées par la valorisation de ces nouvelles sciences (analyse stratégique, économie de l’administration, management public) enseignées aux futurs hauts fonctionnaires.
In search of legitimacy. The progressive settling of a sociology of organizations at "Sciences Po" (circa 1970)
The paper aims to envisage as an enterprise inside academia the progressive settling of the sociology of organizations within "Sciences Po" in the early 1970s. Two dimensions should be taken into account. First, the conflictual logic of the disciplinary field of sociology and secondly, the transformations of the French State. The progressive settling at "Sciences Po" draws out the experience of a non-profit organization. Founded in the stream of 1968 by -among others- Michel Crozier, Henri Mendras, and Jean-Daniel Reynaud, it carried out the training of prospective sociologists. From an analytical standpoint this effort appears as both a stand and an exposure of the current state of the field of sociology. Sociologists, consultants, and high ranking civil servants are brought together, not only by common political stands, but also by the similarities of positions in their respective fields. Combining a structural analysis of the field of sociology and a thorough study of individual trajectories, the paper renders an account of the social sources of this academic entreprise conducted outside and against the traditional French University. Furthermore, the setting of this project at "Sciences Po" converges with a period of change in the French State as well as in its’ schools. The policies of state reform rely on technologies -such as the RCB ("Rationalization of the Budget Choice")- deeply connected to the sociology of organizations. At the same time, the hierarchy of administrative knowledge undergoes a disruption caused by the promotion of new sciences (such as strategic analysis, public management, public choice) taught to the future members of the higher ranking civil service and "grands corps" of the State.
Antoine Faure et Ouassim Hamzaoui (IEP de Grenoble/ (PACTE)
Souci du politique et gouvernement du public. Sociogenèses de la science politique chilienne (1964-2009)
Cette communication se donne comme objectif premier d’analyser d’un point de vue socio-historique l’institutionnalisation de la science politique au Chili depuis la deuxième moitié des années 1960. Mettant d’abord en évidence l’hétérogénéité et la diversité des savoirs émergents et/ou sciences déjà établies (le droit, la sociologie, la science communicationnelle…) qui jusqu’en 1973 prétendent prendre le « politique » pour objet d’analyses et d’investigations, cette étude insiste notamment sur le processus par lequel, en réaction au repli de ce souci du politique au cours de la dictature militaire du Général Pinochet, un groupe d’universitaires « politistes » (formés en Europe et/ou aux États-Unis) reprennent l’énonciation de ce questionnement, qui se retrouve de la sorte affiliée à une science politique dont l’assise disciplinaire et l’affichage institutionnel commencent à s’affirmer dès les années 1980, mais se consolident et se renforcent surtout depuis les années 1990. Le deuxième objectif poursuivi ici est de prolonger cette étude de « l’état disciplinaire » d’un savoir sur le « politique » par une « archéologie » du savoir effectivement produit. Le constat est qu’au-delà des différences sociologiquement apparentes, il existe un parallèle saisissant entre la production de ces savoirs aussi hétérogènes que multiples dans les années 1960 et 1970, et celle, en voie d’homogénéisation depuis deux décennies, d’une science politique aux prétentions monopolistiques. L’élément central permettant d’opérer une telle analogie, est celle de la figure du « public » dont le « bon gouvernement » traverse de part en part les problématiques élaborées dans le cadre de ces savoirs sur le « politique » (la science politique y compris), qui ont ainsi constitué des lieux de rationalisation des tactiques et stratégies à contrecarrer ou mettre en œuvre pour agir sur la production par la population de comportements démocratiques.
The primary goal of this communication is to analyse, from a sociohistorical point of view, the institutionalisation of the Chilean political science since the mid-sixties.
We first point out the heterogeneity and the diversity of the emerging knowledges of the already established sciences (law, sociology, communicational science…) that up until 1973 claim to take the “political” as an object of analysis and investigation. This study insists in particular on the process by which in reaction to the withdrawal from this political concern during Général Pinochet’s military dictatorship, a group of university “politists” (trained in Europe and/or the United States) recapture the enunciation of this questioning, that is thus affiliated to a political science whose disciplinary establishment and institutional display start to assert themselves from the 1980’s but are actually consolidated and reinforced especially since the 1990’s.
The second aim is to prolong this study of the “disciplinary state” from a “political” knowledge with the “archaeology” of the effectively produced knowledge. The assessment is that beyond the apparent sociological differences, there exists a striking parallel between the production of these knowledges, all as heterogeneous and multiple in the 1960’s and 1970’s, and one which is progressively becoming homogeneous in the last two decades, a political science with monopolitical pretensions.
The main element which enables such an analogy is the figure of the « public » whose « good governing » crosses all the problematics elaborated in the frame of these knowledges concerning the “political” (including political science). Thus are created areas of rationalisation of strategies and tactics to be counteracted or to be implemented in order to act on the production of democratic behaviours within the population.
François Buton et Nicolas Mariot (Centre National de la Recherche Scientifique / CEPEL et CURAPP)
Un essai de cartographie des thèses de science politique des années 2000 (L’enquête “Itinéraire des docteurs en science politique 1998-2008”)
Cette communication repose sur l’analyse d’une enquête par questionnaire menée sur Internet auprès de la population des individus ayant soutenu un doctorat de science politique en France entre 1998 et 2008 (501 répondants pour 754 contacts sur une population totale 1374 thésards). L’enquête est centrée sur la question du devenir des docteurs en lien avec les conditions, matérielles et scientifiques, dans lesquelles il a réalisé sa thèse. Pour la présente table ronde, la communication tente d’aller au-delà des premiers résultats. Nous chercherons particulièrement à caractériser, au moyen d’une analyse des correspondances multiples, ce qu’on pourrait appeler « l’espace du doctorat de science politique » en France durant les années 2000.
Mapping French political science : evidence from a survey conducted among doctors who defended a thesis between 1998 and 2008
This communication is based on the analysis of a questionnaire survey conducted on the Internet among the population of individuals who supported a PhD in political science in France between 1998 and 2008 (501 respondents to 754 contacts on a total population 1374 PhD). The investigation questions the fate of doctors in relation to the conditions, both material and intellectual, where he completed his thesis. For this roundtable, the paper attempts to go beyond the first results. We particularly seek to characterize, using a multiple correspondence analysis, what might be called “the political science doctoral field” in France during the 2000s.
Etienne Ollion (École des Hautes Études en Sciences Sociales / CMH)
La sociologie contemporaine aux États-Unis : contribution à l’étude d’une discipline » (Contrepoint)
Objet de nombreuses attentions à l’heure actuelle, la sociologie étasunienne est finalement peu connue en France. Outre la barrière linguistique, l’importation sélective réalisée ces dernières décennies de certains travaux explique probablement la vision partielle qu’ont les chercheurs français de la production sociologique dans ce pays. À partir d’une étude statistique extensive, cet article met en évidence les grands principes organisateurs de la discipline et de son fonctionnement. Il montre que deux facteurs sont importants pour rendre compte de la production sociologique dominante aux États-Unis : une forme épistémologique particulière – parfois qualifiée de positiviste, ainsi que la structure organisationnelle de la discipline. On souligne alors la relative spécificité des questionnements, de raisonnements, des modes d’écriture et d’administration de la preuve qui prévalent dans la sociologie étasunienne. Ce faisant, cette étude permet de mieux saisir certains débats comme les orientations actuelles de la discipline telle qu’elle se fait Outre-Atlantique.
Sociology in America. Contribution to a sociology of contemporary US sociology
In spite of growing attention, little is known about contemporary US sociology: our vision of this prolific field is at best partial. More than the linguistic barrier, this situation is a consequence of the selective import carried out in the last decades. Drawing primarily on statistics (about articles published in major journals since the first half of the 20th century, and about the population of the American Sociological Association), this presentation will highlight some of the structuring principles of the discipline in the USA. Attention will be paid to two of them: the implicit epistemology (oftentimes referred to as positivistic) that drives the sociological production; the organizational-intellectual structure of the field. By so doing, the presentation will show the relative specificity of the reflections, reasoning, styles and modes of demonstration currently prevalent in US sociology, as well as it will exhibit some of the contemporary directions taken by the discipline.
BERGES Michel michel.berges@free.fr
BLONDIAUX Loïc loic.blondiaux@free.fr
BONCOURT Thibaud thib.boncourt@free.fr
BUTON François frbuton@gmail.com
COHEN Antonin antonincohen@aol.com
DELOYE Yves yvesdeloye@hotmail.com
FAURE Antoine antoine.faure@wanadoo.fr
GAÏTI Brigitte Brigitte.Gaiti@univ-paris1.fr
HAMZAOUI Ouassim ouassimo2003@yahoo.fr
JEANPIERRE Laurent laurent.jeanpierre@univ-paris8.fr
LACROIX Bernard lacroix_b@yahoo.fr
MARIOT Nicolas Nicolas.Mariot@ens.fr
OLLION Etienne etienne.ollion@gmail.com
PAULANGE-MIROVIC Alexandre alexandre.paulange@gmail.com
SACRISTE Guillaume gsacriste@hotmail.fr