Section Thématique 13
L’entre-soi politique local : Approches ethnographiques
Local political networks: ethnographic
approaches
Responsables
Présentation scientifique
Dates des sessions
Programme
Résumés
Participants
Objet longtemps délaissé d’une
discipline attachée à l’Etat central, le « local » a été
« découvert » il y a désormais 25 ans en science politique (Briquet,
Sawicki, 1989 ; Mabileau, 1993). Cette échelle d’analyse a alors été investie
par trois principaux programmes de recherche. Le premier se proposait de tester
l’hypothèse d’une nationalisation de la vie politique et d’une unification des
pratiques politiques (Gaxie, Lehingue, 1984). Le second procédait d’un effort
pour réinscrire l’ordre politique dans l’ordre social afin de déconstruire
certaines des formes objectivées de la vie politique nationale - les
partis, notamment (Lagroye, 1973 ; Politix, 1994 ; Sawicki, 1997). Le
dernier procédait d’un transfert disciplinaire par l’importation sur les terres
de la science politique des méthodes de l’anthropologie exotique (Abélès,
1989). Malgré son audience, c’est sans doute celui qui a le moins dialogué avec
les autres.
Depuis, la sociologie des espaces politiques
locaux s’est nourrie des transformations de son objet (montée en gamme de
l’intercommunalité et de la régionalisation, professionnalisation des
entourages, instauration de la parité, etc.), mais aussi d’un renouvellement de
ses méthodes. Ces évolutions soumettant les espaces politiques locaux à
des réexamens périodiques autour des mobilisations électorales municipales
(Lagroye, Lehingue, Sawicki, 2005), des parachutages (Dolez, Hastings, 2003),
de l’intercommunalité (Le Saout, Madoré, 2004 ; Desage, 2005), de l’action
publique territoriale (Smith, Sorbets, 2003 ; Lionel, Le Bart, Pasquier,
2006), du recrutement politique (Latté, 2003 ; Godmer, 2009), de la mise
en œuvre de la parité (Politix,
2003 ; Achin et alii., 2007),
des mondes ruraux (Politix,
2008 ; Vignon, 2009) ou du clientélisme (Mattina, 2004).
Il s’agira en premier lieu dans
cette section thématique de tirer
profit de l’acclimatation, récente et sans doute inachevée, de l’approche
ethnographique en science politique (Auyero, 2007) pour observer, par des
enquêtes de longue durée, les groupes d’interconnaissance qui tissent la trame
de l’espace politique local. Pour des raisons qui tiennent sans doute à
l’homologie entre la dignité des méthodes et celle des objets, les espaces
politiques « périphériques » s’offrent en effet comme l’un des lieux
où la greffe entre l’ethnographie et la science politique a été la plus aboutie (cf. notamment Masclet, 2006 ; Trépied, 2007 ; Girard,
2009 ; Mishi, 2008 ; Renahy, 2008 ; Guyon 2010).
Cette section thématique explorera plus particulièrement la notion
d’entre-soi politique local, provisoirement définie comme l’ensemble des formes
de sociabilités – non nécessairement politiques, souvent transpartisanes
– qui produit et que produit l’insertion durable dans le métier d’élu
local. En effet, si les réseaux informels et les cercles affinitaires
qui nourrissent, en aval, la mobilisation partisane et la sollicitation
électorale sont désormais bien renseignés (Sawicki, 1997 ; Briquet, 1997),
ceux qui structurent, en amont, le fonctionnement ordinaire des espaces
politiques locaux apparaissent en revanche plus rarement étudiés.
Pour interroger l’entre-soi politique local, il conviendra d’abord de
revenir sur les outils à disposition des chercheurs pour le
cartographier : comment investiguer des sociabilités diffuses qui ne se
réduisent pas aux seules amitiés partisanes et aux coopérations
institutionnelles - les « réseaux d’éligibilité » d’Abélès (1989), le
« capital d’autochtonie » de Retière (1991, 2003) ? A partir de
quelles échelles et de quelles entrées – territoriales, résidentielles,
institutionnelles, organisationnelles, etc. – les observer ? Par quels
concepts - « milieu », « champ », « réseau »,
etc. - les identifier ?
Nous envisagerons ensuite l’entre-soi politique local comme un enjeu
de frontières : qui en est et qui n’en est pas ? Comment les acteurs le
clôturent ou au contraire le fracturent ? Nous ferons plus précisément
l’hypothèse que les frontières de l’entre-soi politique local ne sont jamais
aussi visibles que lorsqu’on considère les outsiders qui peinent à les franchir. Or, la focalisation sur le « présidentialisme
municipal » et sur la figure du « notable » a braqué le
projecteur sur les seuls édiles cumulant, au détriment des conseillers
« de base », des « petits élus » et des carrières locales à
éclipse. Le contexte paritaire et les appels
à la diversification du personnel politique (Cartier et al, 2010) offrent de ce point de vue une opportunité pour interroger les conditions
d’entrée dans l’espace non institutionnel de la sociabilité politique, les
stratégies et les ressources nécessaires pour participer et se maintenir dans
des jeux locaux encore largement fondés sur l’amateurisme.
En troisième lieu, on s’interrogera sur la spécificité et sur
l’autonomie de la sociabilité politique locale : existe-t-il
une « communauté politique » distincte dans ses us et dans ses
lieux des réseaux sociaux qui la charpentent ? Les acteurs politiques
locaux forment-ils en ce sens une « population politique », un groupe
« qui possède en propre ses coutumes et ses rituels et dont les membres
entretiennent, malgré les différences affichées, des relations de
sociabilité » (Abélès, 1989) ? Au contraire, l’entre-soi politique local n’est-il que le décalque ou
le point de jonction des solidarités familiales, des connivences associatives,
des affinités confessionnelles, des ententes économiques, des proximités
professionnelles, des liens de voisinage, des ancrages territoriaux, des affinités
élitaires et des sociabilités racialisées qui le nourrissent ? Dans quelle
mesure dès lors les élus locaux importent-t-ils dans le jeu politique
des enjeux propres à ces allégeances construites par ailleurs ?
Cet atelier entend faire
fonctionner à plein les ressorts de la comparaison en privilégiant la variation
des terrains - français ou étrangers, ruraux ou citadins, métropolitains ou
outre marins – et la diversification des configurations sociales et
partisanes envisagées.
Une attention particulière sera finalement accordée au souci de
clarification des usages du terme « ethnographie » en science
politique, un label qui gagne sans doute à être distingué de ses synonymes
immédiats (« monographie », « observation », « enquête
de terrain », etc.).
This Thematic Section
intends to build on the recent importation of the ethnographical method in
political science in order to explore, through long-term qualitative
surveys, the networks of interpersonal relations that structure local political
worlds. We propose to analyze the forms of sociability experienced by office
holders.
First, we wish to seize
the outlines of such networks by apprehending their frontiers. The study of the
obstacles encountered by outsiders in political life (newcomers, women,
politicians from racial minorities or from the working class, candidates from
“small” parties) is useful in this matter.
We also wish to address
the question of the links between political networks and informal social
networks (bonds of friendship, professional connections, kinship ties,
religious solidarities…) which play a role not only in the formation of party
alliances but also in the selection of candidates, in electoral mobilizations
as well as in the elaboration of public policies
These
questions should eventually allow us to examine the autonomy of local political
realms, considered through the relevant networks of interactions.
Références citées
Achin
A. et al, Sexes, genre et politique,
Economica, 2007.
Auyero J., Joseph L. et Mahler
M.(eds), New Perspectives in Political
Ethnography, New York, Springer, 2007.
Briquet
J.-L., Sawicki F., « L’analyse localisée du politique », Politix, n°7/8, 1989, p. 6-16.
Briquet
J.-L., La tradition en mouvement. Clientélisme et
politique en Corse, Belin 1997.
Cartier
M., Coutant I., Masclet O. et Siblot Y., « Promotion et marginalisation
des candidats de la « diversité » dans une commune de la banlieue
parisienne », Politix, vol. 23,
n°91, 2010, p. 179-205.
Desage F., Le
"consensus" communautaire contre l'intégration intercommunale.
Séquences et dynamiques d'institutionnalisation de la communauté urbaine de
Lille (1964-2003), thèse pour le doctorat de science politique, Université de Lille 2,
2005.
Dolez B., Hastings M., dir., Le parachutage politique, L’Harmattan, 2003.
Gaxie D., Lehingue P., Enjeux
municipaux : la constitution des enjeux politiques dans une élection municipale,
Paris, PUF, 1984.
Girard V., Un territoire périurbain, industriel et
ouvrier. Promotions résidentielles de ménages des classes populaires et
trajectoires d’élus salariés intermédiaires de l’industrie de la Plaine de
l’Ain, Thèse pour le doctorat de sociologie, EHESS, 2009.
Guyon
S., Du gouvernement colonial à la
politique racialisée. L’émergence
d’un espace politique local à St Laurent du Maroni (Guyane), Thèse pour le
doctorat de science politique, Université Paris-1, 2010.
Lagroye
J., Société et politique. Jacques Chaban-Delmas à Bordeaux, Pedone,
1973.
Lagroye J., Lehingue P.,
Sawicki F. (dir.), Mobilisations électorales. Le cas des élections
municipales de 2001, Paris, PUF, 2005.
Latté S., « Cuisine
et dépendance. Les logiques pratiques du recrutement politique », Politix, n°60, 2003, p. 55-81.
Le Saout R., Madoré
F., dir., Les effets de
l'intercommunalité, Presses universitaires de Rennes, 2004.
Lionel A., Le Bart C., Pasquier R., Idéologies
et action publique territoriale. La politique change-t-elle encore les
politiques ?, Presses
universitaires de Rennes, 2006.
Mattina C., « Mutations des relations clientélaires
et constructions des notabilités politiques à Marseille (1970-1990) », Politix, n° 67, 2004, p. 129-155.
Masclet O., La
gauche et les cités. Enquête sur un rendez-vous manqué, La Dispute, 2006.
Mabileau A. (dir.), A la recherche du local, L’Harmattan, 1993.
Mischi J., « Observer la politisation des ruraux
sous l’angle des sociabilités : enjeux et perspectives », dans
Antoine A., Mischi J., dir., Sociabilité
et politique en milieu rural, Presses Universitaires de Rennes, 2008.
Mischi J., Servir la classe ouvrière. Sociabilités
militantes au PCF, Presses Universitaires de Rennes, 2010.
Politix, « Le
métier d’élu », n°28, 1994.
Politix, « La parité en pratiques », n°60, 2003.
Renahy N., « Une lignée patronale à la mairie.
Genèse et vieillissement d’une domination personnelle (1850-1970), Politix, n°83, 2008, p. 73-102.
Retière J.-N., « La sociabilité communautaire,
sanctuaire de l’identité communiste à Lanester », Politix, n°13, 1991.
Retière J.-N., « Autour de l'autochtonie. Réflexions sur la notion de
capital social populaire », Politix,
n°63, 2003.
Sawicki
F., Les réseaux du Parti socialiste,
Belin, 1997.
Smith A., Sorbets C., Le leadership politique et le territoire, PUR, 2003.
Trépied B., Politique
et relations coloniales en Nouvelle-Calédonie : ethnographie historique de la
commune de Koné (1946-1988), thèse de doctorat, EHESS, 2007.
Vignon S., Des maires en
campagne : les dynamiques de (re)construction du rôle de maire des petites
communes,
Thèse pour le doctorat de science politique, Université de Picardie, 2009.
Les travaux de la Section Thématique se dérouleront sur les sessions suivantes :
Session 1 : 31 août 2011 13h45-16h30
Session 2 : 1er septembre 2011 8h45-11h30
Voir planning général...
Lieu : Institut Le Bel (salle 101 H)
Discutants : Jean-Louis Briquet (CERI) et Delphine Dulong (Université Paris 1, CESSP)
Axe 1 : L’entre-soi politique local au prisme de ses frontières. Outsiders et sociabilité politique.
Stéphanie Dechezelles (Sciences Po Aix, CHERPA)
Dans la peau de l’outsider et de l’observateur. Dilemmes méthodologiques d’une immersion participante dans (l’étude de) l’espace politique local
Violaine Girard (Université de Rouen, Groupe de recherche innovations et sociétés GRIS)
Sociabilité locale et entre-soi politique : la légitimation d’une élite municipale de salariés de l’industrie auprès de pavillonnaires des classes populaires
David Gouard (Université Montpellier I, CEPEL)
Renouvellement générationnel et renversement des légitimités politiques en territoire communiste
Stéphanie Guyon (Université Paris 1)
Rapports sociaux de race, sociabilités locales et institutionnalisation des partis politiques à St-Laurent du Maroni (Guyane) (1971-1983)
Etienne Pingaud (IEP de Strasbourg, CESSP-EHESS)
L’insertion des « élus des quartiers » dans les réseaux de sociabilité politique locale : l’exemple de Nanterre
Benoît Trépied (EHESS / programme ERC SOGIP - "Scales of governance and Indigenous Peoples")
« Outsiders coloniaux » contre « vieilles familles blanches ». Frontières raciales et reconfigurations partisanes à la mairie de Koné (Nouvelle-Calédonie, années 1950-1960)
Axe 2 : L’espace politique local est-il soluble dans les réseaux sociaux ordinaires ? Encastrement et différenciation.
Amin Allal (IEP d'Aix en Provence, CHERPA/IREMAM)
On ne s’improvise pas du coin ! Éléments d’analyse de l’entre-soi politique local à Bénimakada, périphérie urbaine paupérisée au Maroc
Ivan Bruneau (Université Lyon 2) et Renahy Nicolas (INRA)
Une « nouvelle » petite bourgeoisie rurale dans la compétition politique locale
Alexandre Hobeika (EHESS et Université Paris 1, CMH)
La déprise du syndicalisme agricole sur une scène politique locale rurale (Basse-Normandie)
Julian Mischi (INRA) et Renahy Nicolas (INRA)
Scène municipale et espace professionnel : quels emboîtements ?
Pierre Renno (Université Paris 1)
L’entre-soi politique dans un contexte d’entre-soi social : Le cas du Conseil Régional de Misgav
Axe 1
Stéphanie Dechezelles (IEP d’Aix-en-Provence-Cherpa)
Dans la peau de l’outsider et de l’observateur. Dilemmes méthodologiques d’une immersion participante dans (l’étude de) l’espace politique local.
A partir d’une étude qualitative extensive sur les dimensions clientélaires et les ressorts politiques d’une pratique ludique ordinaire (le carnaval de Limoux dans l’Aude), cette communication interroge les profits et difficultés méthodologiques d’un rôle conjoint d’enquêtrice et d’actrice (responsable associative dans le domaine environnemental) localement immergée. Si la proximité résidentielle diminue les coûts du recueil d’informations, le statut d’observatrice faiblement pourvue en capitaux d’autochtonie, « étrangère » au lieu et aux règles locales de cooptation contraint à adopter des stratégies alternatives de présentation des motifs de l’enquête, à choisir dans sa garde-robe statutaire différents « costumes » méthodologiques en fonction d’informateurs différemment situés dans l’espace politique local. Ces « changements de peau », dont la maîtrise n’est jamais totalement assurée, et l’objectivation de ces diverses situations d’inconfort scientifique permettent certes de mettre au jour certains des ressorts de la clôture sociale d’une activité présentée comme populaire (le carnaval), mais aussi et surtout d’éclairer les logiques sociales de domination qui marquent l’entre-soi politique local et dont les principaux acteurs s’attachent à en masquer l’existence comme l’efficace. Dans ce cadre, les obstacles méthodologiques agissent comme des révélateurs cognitifs du fonctionnement du système politique local étudié.
In the outsider’s and the observer’s shoes. Methodological dilemmas about a participant immersion in (the study of) the local political space.
From an extensive and qualitative survey about the patronage dimensions and the political springs of an ordinary recreational activity (the carnival of Limoux, Department of Aude), this communication aims to discuss the methodological profits and problems caused by being simultaneously a locally immerged researcher and an associative actor. Being a “foreigner” also leads to adopt alternative strategies to present oneself and the reasons of one’s study. This not only depends on the various sociological fancy-dresses or tools one can use but also on the local actors one can/want to meet and who are members of different networks inside the local social life. Thanks to the objectivation of these scientific constraints and strategies, it is not only possible to show how socially closed to some people a so-called popular recreational activity is, but also to shed light upon the social logics of domination which play a role in the local and political networks of interpersonal relations. In this context, the methodological obstacles help to reveal how local political field works.
Violaine Girard (Université de Rouen-GRIS)
Sociabilité locale et entre-soi politique : La légitimation d’une élite municipale de salariés de l’industrie auprès de pavillonnaires des classes populaires
Basée sur une enquête ethnographique, cette contribution interroge la notion d’entre-soi politique local dans le cas d’élus de communes rurales, non cumulants et non engagés au sein de structures partisanes. Il s’agit de saisir les conditions d’accès aux mandats d’élus issus des classes populaires, en montrant que l’interconnaissance locale et les sociabilités non politiques favorisent l’émergence de formes de légitimation construites à distance des compétences socialement jugées nécessaires pour l’accès aux fonctions politiques. Dans un premier temps, nous montrons ainsi que la scène municipale d’une commune majoritairement ouvrière constitue un lieu d’investissement en politique pour des techniciens de l’industrie, ayant connu des trajectoires d’ascension sociale « modestes ». Nous nous attacherons ensuite aux formes de domination qui se jouent, au sein du conseil municipal, entre techniciens, ouvriers et employées, et qui se traduisent par des carrières municipales différenciées. L’analyse de formes d’engagement déconnectées des réseaux partisans ou syndicaux vise ainsi à décloisonner l’étude de la scène politique locale en prenant en compte les effets de réputation liés au statut socio-professionnel et résidentiel inscrits dans l’espace local au sein duquel prennent sens les engagements municipaux.
Local Sociability and Political Networks: The Legitimatization of a Non-Professional Political Elite in a Rural Industrialised Territory
Based on an ethnographic case study, this paper focuses on local political elites who are neither professional politicians nor even members of a political party. My goal is to analyze the conditions under which working class people can reasonably have access to political mandates. I show that informal, non-political social networks can enable such a legitimatization of candidates who lack the usually required social and political resources. In the case of a working class rural town in a recently industrialised territory, technicians in the industry from a working class background invest the political scene. Then, among the municipal council, hierarchies and domination appear between technicians, blue-collar and white-collar workers, which differentiates their local political careers. In particular I depict the role played by the mayor in the selection of councilors and their legitimatization as a group. Such an analysis of political involvement, aside from parties or trade unions, fully shows the importance of the local reputation based on work and residence status as a political resource, as well as its limits.
David Gouard (Université de Montpellier 1, CEPEL)
Renouvellement générationnel et renversement des légitimités politiques dans un ancien bastion communiste
La cité Youri Gagarine d’Ivry-sur-Seine a longtemps fait figure de « bastion ouvriéro-communiste » en banlieue parisienne. La légitimité des représentants communistes se fondait sur une proximité sociale et physique auprès de leur électorat. Depuis trente ans, les bouleversements démographiques, socio-économiques et politiques ont sapé les conditions d’autoreproduction de l’ancienne communauté politique. A partir d’une enquête ethnographique menée sur la période 2007-2008, nous montrerons dans quelle mesure l’ancienne autorité politique est contestée par la jeune génération. Notre analyse mobilisera le cas d’un jeune homme, enfant d’immigrés algériens. Son entreprise politique, finalement réussie, renseigne les difficultés rencontrées dans sa volonté de passage du statut d’outsider au statut d’acteur en politique à l’échelle locale. Tout au long de son parcours, ce jeune a revendiqué un droit à la représentation politique fondé sur les mêmes ressources que celles autrefois célébrées par le PCF : rapport de familiarité et de confiance avec les populations résidentes, prise en charge de la sociabilité locale, revendication d’un localisme, etc. De ce fait, ce n’est pas seulement des strates générationnelles que le PCF a tardé à intégrer, c’est aussi tout son appareil de politisation des milieux populaires qu’il a délaissé au profit de mouvements de politisation concurrents.
« Generational changing and substitution process of political legitimacy in an elder communist bastion”
For a long time, the Yuri Gagarin working-class estate has been a communist and working-class bastion in the Parisian suburb area. In there, communist activist legitimacy traditionally relied on a social and physical proximity to their electorate. However, thirty years ago, demographic, socioeconomic and political changes undermined the conditions of auto-reproduction of this elder political community. From an empirical survey between 2007 and 2008, we will show how the elder political authority is today contested by a new generation. In this paper more precisely, we focus on the case of young man, child of Algerian migrants and on his successful political project. As we will show, this case highlights the difficulties this generation has to face to become a political actor at the local scale. All along his trajectory, this man claimed a right to a political representation founded on the same values as those previously celebrated by communist activists: friendship and faith with inhabitants, supervision of local sociability, claims of localism, etc. In sum, observations of this young man’s trajectory show that the PCF didn’t postponed the integration of new generations; they also reveal that the party gave up with its previous model of politicization in favor of alternative politicization movements.
Stéphanie Guyon (Université Paris 1)
Rapports sociaux de race, sociabilités locales et institutionnalisation des partis politiques à St-Laurent du Maroni (Guyane) (1971-1983)
Cette communication porte sur l’émergence des partis politiques dans les années 1970 et 1980 dans la petite ville de St-Laurent du Maroni (5000 habitants) en Guyane française. A partir de matériaux ethnographiques (entretiens et usage ethnographique des archives), elle appréhende l’organisation sociale locale comme matrice de l’institutionnalisation partisane. Nous verrons en effet comment les processus de politisation et d’institutionnalisation partisane empruntent les voies des sociabilités et réseaux locaux traditionnels du milieu populaire créole (manifestations festives comme le carnaval, réseaux familiaux, amicaux, catholiques et sportifs). Nous nous intéresserons en particulier aux mobilisations électorales de 1977 et de 1983 qui furent très compétitives pour montrer comment les sociabilités populaires créoles, mais aussi les relations de patronage entre Créoles et Amérindiens héritées de la période coloniale structurent la compétition politique locale. En effet la concurrence croissante entre le RPR et le Parti Socialiste Guyanais incite les élus créoles à élargir leur clientèle et à solliciter de nouveaux électeurs hors de leur groupe d’origine, en particulier les Amérindiens et les Noirs-marrons qui viennent d’accéder à la citoyenneté. En étudiant ces campagnes électorales dans les activités concrètes de sollicitations des voix et dans les pratiques de composition des listes des deux camps, nous montrerons dans quelle mesure les activités politiques demeurent encastrées dans les réseaux de sociabilités créoles et dans les hiérarchies raciales entre Créoles, Amérindiens et Noirs-marrons.
The institutionalization of political parties in St-Laurent du Maroni : creol informal social networks
This paper addresses the emergence of political parties in a small town of French Guyana (5000 inhabitants), St-Laurent du Maroni in the 1970 and 1980’s. Based on ethnographical data (interviews and ethnographical uses of archives), it considers how local social networks shaped the institutionalization of parties. Indeed we’ll see how this process of institutionalization interferes with creol sociability and traditional popular networks (the carnaval, familial relations and friendship, catholic networks and sport activities specially football). We’ll focus on electoral mobilizations during two very competitive pulls (1977 and 1983) to demonstrate how networks of creol popular relations structure the local political competition. More over, the increasing competition between the RPR and the Guyanese Socialist Party (PSG) incite the two camps to solicitate new electors such as Amerindians and Maroons that just became citizens. Studying these campaigns in the concrete activities of solicitation of votes (canvassing, meetings, local comities of solidarity) as well as in the selection of candidates in the two camps, we’ll see that political activities are embedded in social informal relations in the Creol group as well as in racialised relations between Creols, Amerindians and Maroons.
Etienne Pingaud (CESSP – EHESS)
L’insertion des « élus des quartiers » dans les réseaux de sociabilité politique locale : l’exemple de Nanterre
Nanterre est une ville de la banlieue rouge parisienne que le Parti communiste a dirigé pendant 75 ans (1935-2010). La perte d’emprise progressive du parti sur la population a fait de la représentation des habitants des « quartiers » sensibles de la ville un enjeu central de la vie politique locale depuis les années 1980. De fait à chaque élection entrent au Conseil municipal des élus issus des quartiers, élus sur des listes de gauche comme de droite, qui pour la plupart ne militaient pas jusque-là dans les structures partisanes traditionnelles. On voudrait se pencher dans cette communication sur les liens de sociabilité que tissent ces « nouveaux entrants » avec les autres militants politiques locaux. Au-delà des liens encadrés par les organisations partisanes (réunions, manifestations, distributions, activités diverses), les militants de la ville forment en effet entre eux un certain nombre de réseaux de sociabilité locale, plus ou moins solides et durables, dans la création desquels interviennent des critères divers et non-exclusifs (politiques, idéologiques, générationnels, affectifs, géographiques,…). Comment les élus des quartiers s insèrent-ils dans ces réseaux ? Entre adhésion individuelle totale, création de réseaux parallèles ou rejet, les entretiens et observations montrent la diversité des situations et des stratégies mises en œuvre par et pour ces nouveaux acteurs de la politique municipale.
Nanterre is a city located in the « banlieue rouge » suburbs of Paris, that was governed by French Communist Party during 75 years (1935-2010). The party’s loss of influence on local population made representation of the sensitive “quartiers” of Nanterre a central issue in local political life since the 80’s. Therefore, each municipal election makes elected people from these boroughs, who were not at this time political militants in traditional organizations. We will focus in this paper on the sociability links between these new elected and the other local militants. Beyond the ones that are provided and controlled by the parties (meetings, activities, demonstrations), militants in Nanterre create some political sociability networks, non exclusives and based on multiple criteria (age, political opinion, ideology, affective bounds,…). How works the insertion in these networks for the elected from “quartiers”? The ethnography reveals the different strategies built by these new political actors in the town, from individual integration to rejection and isolation.
Benoît Trépied (EHESS)
« Outsiders coloniaux » contre « vieilles familles blanches ». Frontières raciales et reconfigurations partisanes à la mairie de Koné (Nouvelle-Calédonie, années 1950-1960)
En Nouvelle-Calédonie, l’accession des anciens « sujets indigènes » à la citoyenneté en 1946 a bouleversé les règles du jeu politique local. Dans la commune rurale de Koné (nord-ouest) où j’ai mené une enquête ethnographique approfondie, cette nouvelle configuration a eu pour conséquence la prise de contrôle de la mairie par une alliance d’« outsiders coloniaux » (descendants de bagnards, d’immigrés asiatiques et d’indigènes) et la marginalisation politique des colons issus des « vieilles familles blanches » anciennement au pouvoir. Mon exposé se penchera sur cet événement à partir d’un double questionnement. D’un point de vue méthodologique, je m’interrogerai sur la production des matériaux ethnographiques utilisés pour analyser cet épisode. Il s’agira de restituer, à partir de ce travail de terrain, les principaux enjeux et conditions d’une ethnographie à la fois historique et politique. D’un point de vue théorique, je m’appuierai sur ce cas pour penser les dynamiques sociales d’inclusion et d’exclusion à l’œuvre dans un espace politique local donné en situation coloniale, construit au cœur d’une articulation complexe entre race, classe, genre et statut. Dans le contexte particulier de cette « France lointaine » transplantée en terre kanak, je réfléchirai in fine à ce que la focale micro et le prisme de la politique locale, en réintroduisant de la complexité sociale grâce à la « matière ethnographique », peut dire de la question coloniale et postcoloniale.
« Colonial Outsiders » versus « Old White Families ». Racial Frontiers and Political Reconfiguration in the Municipality of Koné (New Caledonia, 1950s-1960s).
In New Caledonia, the extension of French citizenship to former « native subjects » in 1946 deeply transformed the rules of local politics. In the rural Commune of Koné (North-West), where I have undertaken extensive fieldwork, this political reconfiguration led to the take-over of the Municipality by an alliance of « colonial outsiders » (descendants of convicts, Asian immigrants and natives). In return, it also led to the political marginalisation of settlers belonging to the « old White families » who had controlled the Municipality until then. My presentation will focus on this particular event in two different ways. First, I shall reflect on the very production of ethnographic materials used to analyse this episod, in order to lighten the methodological stakes and conditions of an ethnography both historical and political. Second, I shall use this particular case to analyse the social dynamics of inclusion and exclusion – in terms of race, class, gender and status – which define a local political space in a colonial situation. Finally, in the very specific context of this « far-away France » rooted in Kanak land, I shall underline to which extent micro-analysis and the study of local politics, as they re-introduce social complexity with ethnographic materials, contribute to a better understanding of colonial and postcolonial issues.
Axe 2
Amin Allal (Université de Nice)
On ne s’improvise pas du coin. éléments d’analyse de l’entre-soi politique local à Bénimakada, périphérie urbaine paupérisée au Maroc.
A Tanger, depuis le milieu des années 70, des familles ont fait fortune grâce au blanchiment d’argent du cannabis. C’est dans les quartiers de Bénimakada, ancien bidonville sur les hauteurs de Tanger, que ces entrepreneurs politico-économiques (souvent d’origine rifaine comme une grande partie des habitants de Bénimakada) ont constitué des clientèles électorales et occupé depuis une vingtaine d’années les places importantes de la représentation politique. Cette communication ambitionne d’analyser les ressorts complexes des sociabilités politiques locales, de questionner l’entre-soi politique local, les frontières de celui-ci, en partant de trois entrées : parenté et politique, la construction de l’autochtonie et les relations ethniques en politique. Celles-ci sont appréhendées non pas comme des « données naturelles » mais comme à la fois des ressources mobilisables par les entrepreneurs de la compétition politique (qu’ils soient notables locaux, candidats têtes de liste, militants de base ou intermédiaires « mercenaires » apartisans…) et des scènes dramaturgiques, rhétoriques et pratiques qui fondent la relation politique. Les enquêtes sur lesquelles s’appuie cette contribution sont un corpus d’une cinquantaine d’entretiens menés depuis 2006 et des observations in situ avec des intermédiaires électoraux, des militants de base des partis politiques et les principales figures de la représentation politique en lisse pour les élections législatives 2007 et municipales 2009 à Tanger. Enfin, une fréquentation assidue, en amont des élections, de lieux qui s’avéreront clés pour les mobilisations en campagne électorale: cafés, terrains de football, a constitué un matériau riche pour cette analyse. Cette étude permet d’éclairer les fondements de la pérennité des Bigs men rifains dans la représentation politique locale à Tanger au delà des mécanismes de corruption et d’achat des voix en temps court de campagne, ordinairement soulignés par les analystes.
Improvising street-corner politics : Analyzing self-segregation in the local politics of Beni Mekada, a impoverished urban periphery in Northern Morocco
In Tangier since the seventies, families have made their living through laundering cannabis money. In the neighborhoods of the BeniMakada slums, located at the outer reachers of Tangier, these political-economic actors have over the past approximately twenty years constituted key electoral constituencies and occupied important political positions. In addition, these actors often have Rifi ethnic origins like a large number of Beni Makada inhabitants. This paper analyzes the complex patterns of action in this local, socio-political context in order to explore the role and boundaries of self-segregation in local politics in terms of three concepts: kinship, indigeneity, and ethnic relations. These three concepts are understood not as « natural givens » but rather as both strategic resources used in political competition between these actors (who include local elites, leading candidates, grassrootes activists, and apartisan intermediaries) and performative arenas, discursively and practically establishing the basis for political relations. The research on which this paper is based include around fifty interviews conducted since 2006 and participant observation with electoral intermediaries, grassroots activists, and key individuals running for the 2007 legislative and 2009 municipal elections in Tangier. The researcher also conducted observations and informal interviews during the 2007 and 2009 election periods at cafés and soccer fields, key sites for electoral campaigns mobilization that provided rich material for this analysis. This study clarifies the basis for the ongoing role of Rifi « Big Men » in local political representation in Tangier beyond the mechanisms of corruption and vote buying occuring during campaign periods, ordinarily emphasized by political analysts.
Ivan Bruneau (Université de Lyon 2) et Nicolas Renahy (INRA-Dijon)
Une « nouvelle » petite bourgeoisie rurale dans la compétition politique locale
Qu’est devenue la « petite bourgeoisie rurale », catégorie utilisée couramment dans les années 1950-1970 ? Nous nous intéressons ici à ses transformations et leurs effets sur la compétition politique locale. Une enquête en cours dans un bourg de Bourgogne très éloigné des centres urbains indique en effet que depuis les années 1970, une « nouvelle » petite bourgeoisie a pris une place centrale dans le jeu politique local du fait de son capital culturel et du déclin de la petite bourgeoisie « traditionnelle ». Pour ses membres, la scène municipale et intercommunale offre une opportunité de distinction dans un monde rural avant tout caractérisé par la forte permanence des classes populaires et la moindre centralité de l’agriculture. Une position d’encadrement, une même aspiration à devenir visible dans l’espace local, le maintien d’une distance au populaire mêlé au développement d’un entre-soi fondent l’appartenance au groupe des petit-bourgeois. Pour autant, ce groupe est loin d’être homogène. Sur la période, une petite bourgeoisie culturelle se démarque de la petite bourgeoisie d’exécution, et notamment par la manière dont elle cherche à investir la scène politique locale : plus grande distance pratique au populaire, abandon d’une lecture « sociale » des choix électoraux, refus d’un positionnement explicite sur l’axe droite-gauche, et stricte évaluation des ressources politiques en termes de compétence. Mais cette conflictualité interne ne fait elle-même qu’assurer les délimitations du groupe.
A “new” rural petite bourgeoisie in local political competition
What has become of “the rural petite bourgeoisie,” a commonly used category in the 1950s-1970s? In this paper we are interested in its transformations and their effects on local political competition. Ongoing field research in a small Burgundian city far from urban centers indicates that indeed since the 1970s a “new” petite bourgeoisie has taken a central place in the local political game, due to its own cultural capital and the decline of the “traditional” petite bourgeoisie. For them, the municipal and intercommunal scene offers an opportunity for distinction in a rural world which is above all characterized by the great durability of the popular class and a lesser importance of agriculture. A position of social responsibility, an aspiration to become visible in the local space, and the maintenance of distance with the popular class mixed with the development of a sense of being “amongst themselves” form the basis of membership in the petite bourgeoisie as a group. Nonetheless, this group is far from being homogeneous. Since the early 1980s, a cultural petite bourgeoisie has demarcated itself from a petite bourgeoisie rooted in mid-level employment, notably in the way it tries to invest itself in the local political scene: a greater distance in social practices in relation to the popular class, an abandon of a “social” reading of electoral choices, a refusal of an explicit position on the left-right axis, and a strict evaluation of political resources in terms of capacities. Ultimately, this internal conflict serves to assure the delimitations of the group.
Alexandre Hobeika (CMH-ETT, EHESS)
La déprise du syndicalisme agricole (FNSEA) sur une scène politique locale rurale
Les mondes ruraux sont habituellement caractérisés par la faiblesse des structures partisanes. Cette communication questionne la place qu’y tient le syndicalisme agricole (FNSEA) dans la structuration des réseaux politiques. En effet, si les agriculteurs sont largement démunis des ressources politiques les plus légitimes, ils disposent d’atouts importants, allant d’une bonne connaissance des réseaux familiaux et économiques locaux, aux formations et réseaux fournis par leurs puissantes organisations professionnelles. La FNSEA est un acteur central de ce jeu, et encourage ses membres à briguer des mandats municipaux. On se base sur une enquête ethnographique dans deux sites de Basse-Normandie, focalisée sur les réseaux politiques de droite modérée. On montre alors que les responsables syndicaux agricoles éprouvent des difficultés croissantes à s’insérer sur la scène politique locale, pour des raisons professionnelles (désyndicalisation des élites agricoles, déclin numérique), institutionnelles (développement de l’intercommunalité) et sociales (concurrence de petite et moyenne bourgeoisie). Toutefois, si le syndicalisme décline, d’autres organisations économiques d’origine « agricole » (banque, centre de gestion) désormais désectorisées, peuvent, par leur place dans l’économie locale et l’information qu’elles confèrent à leurs administrateurs et employés, offrir de meilleures chances d’éligibilité.
The decline of the main farmers’ union (FNSEA) on a local rural political scene
Rural worlds are usually described by the weakness of the political parties. This paper asks the extent to which the main farmers’ union (FNSEA) contributes to structuring the political networks there. Farmers are largely deprived of the most legitimate political resources; however they have access to other useful ones for being eligible, from the knowledge of the economic and family networks to the formations and relations made available by their old and powerful professional organizations. The union is a pivotal actor of this system, and encourages its members to run for municipal mandates. By two ethnographic case studies in Basse-Normandie, focused on the moderate right-wing networks, we show that the union leaders have increasing difficulties to access local political mandates. The main reasons are professional (de-unionization of the farming elite, decline in numbers), institutional (“intercommunalité”) and social (new competitors, from lower and middle bourgeoisie). However, though the union’s influence decreases, other “farmers’” but now de-sectored economic organizations (bank, accounting services), thanks to their place in the local economy and the information they confer to their board members and employees, can offer them better chances to be elected.
Julian Mischi (INRA - Dijon) et Nicolas Renahy (INRA - Dijon)
Scène municipale et espace professionnel : quels emboîtements ?
L’étude des espaces politiques locaux ne peut faire l’économie d’une sociologie des espaces professionnels et des groupes sociaux. Les luttes pour le pouvoir local expriment des rapports de force qui dépassent les limites strictement « politiques » des conseils municipaux. Ces relations d’opposition, d’alliance ou d’évitement renvoient à des logiques sociales forgées en partie dans le cadre du travail, elles traduisent et transforment des rapports de domination ayant court dans la scène professionnelle. Afin d’analyser ces emboîtements entre scènes municipales et espaces professionnels, nous présenteront les premières résultats d’une étude comparative de deux petites communes ouvrières. Nous voulons surtout montrer tout l’intérêt qu’il peut y avoir à analyser la formation d’espaces politiques locaux, en s’efforçant d’inscrire les rapports de force politique dans des histoires sociales localisées. En associant exploitation d’archives, analyse d’entretiens et compte-rendu d’observations d’élections, on voudrait répondre à une série de question : Quel impact de la conjoncture économique sur le pouvoir municipal ? Quelles traductions municipales des conflits sociaux ? A quelles conditions des positions de pouvoir dans les entreprises peuvent-elles se reconvertir dans le métier d’élu ? A quelles conditions certains groupes professionnels aux intérêts opposés mais en situation d’interconnaissance sont-ils susceptibles de s’allier ?
The Municipal Stage and the Professional Space – to what extent do they interconnect?
When studying local political spaces, one cannot avoid the sociology of professional spaces and social groups. Local power struggles show the relations of power which exceed the strictly “political” limits of municipal councils. The relationships of opposition, alliance and avoidance relate to social logics forged, to some extent, within the framework of work, translating and transforming the domination relationships existing in the professional arena. In order to analyse the interconnections between the municipal stage and the professional space, we shall present the initial results of a comparative study of two small, working-class towns. Above all, we wish to demonstrate the benefits of analysing how local political spaces are formed by striving to understand how political power struggles are part of local social histories. By combining the use of archives and analysing interviews and accounts of observations of elections, we hope to answer a series of questions: What impact does the economic context have on municipal power? Under what conditions can positions of power in business be converted to the job of elected representative? Under what conditions are some professional groups - with conflicting interests but in a situation of interpersonal acquaintance - likely to form an alliance?
Pierre Renno (Université Paris I – CESSP)
L’entre-soi politique dans un contexte d’entre-soi social. Le cas du Conseil Régional de Misgav (Israël)
Cette communication se propose d’étudier les règles du jeu politique en contexte d’entre-soi social. L’étude porte sur l’élection du président du Conseil Régional de Misgav, une collectivité territoriale israélienne caractérisée par le haut degré d’homogénéité sociale de sa population. Dans un premier temps, elle tentera de tester les hypothèses de Jean Noël Retière sur le « capital d’autochtonie ». Dans son étude sur Lanester, ce dernier avait mis en avant le rôle que pouvait jouer cette ressource lorsque capitaux économique et culturel sont assez également répartis au sein de la population. Dans le cas de l’élection du président du Conseil Régional de Misgav de 2007, cette opposition entre vétérans et nouveaux arrivants fut un élément clivant. Elle le fut d’autant plus qu’elle recoupait une opposition sur le rapport au champ politique national. Lors de leur création, à la fin des années 1970, les nouveaux villages galiléens se sont en effet construits en rupture avec le clientélisme politique qui régnait jusqu’alors dans les implantations rurales israéliennes. L’affirmation de cette indépendance politique s’exprime encore aujourd’hui dans le rejet de toute affiliation partisane. En 2007, c’est le candidat le plus récemment installé dans la région qui fut le seul à revendiquer le soutien d’un parti – en l’occurrence le parti au pouvoir Kadima.
Local Politics in Socially Homogeneous Communities. The Case of the Misgav Regional Council (Israel)
This paper aims to study the rules of politics in socially homogenous communities. The study focuses on the election of the President of the Misgav Regional Council, an Israeli local administration whose population is characterized by a high degree of social homogeneity. First, it will try to test Jean Noël Retière’s hypothesis about the capital d’autochtonie. In his study of Lanester, he had highlighted the role of this capital when economic and cultural capitals are fairly evenly distributed within the population. In the case of the 2007 election of the President of the Regional Council, this opposition between veterans and newcomers was a cleaving factor. Besides, it overlapped an opposition about the role of national political parties. At their creation, in the late 1970s, the new Galilean villages have broken with the political patronage that existed previously in Israeli rural settlements. The assertion of this political independence is expressed today in the rejection of party affiliations. In 2007, the most controversial candidate, a newcomer, was the only one to claim the support of a party - in this case the ruling party Kadima.
ALLAL Amin amin.allal@gmail.com
BARGEL Lucie bargel@unice.fr
BRIQUET Jean-Louis briquet@ceri-sciences-po.org
BRUNEAU Ivan bruneau.ivan@gmail.com
DECHEZELLES Stéphanie stephanie.dechezelles@sciencespo-aix.fr
DULONG Delphine delphine.dulong@free.fr
GIRARD Violaine violaine.girard@univ-rouen.fr
GOUARD David gouardd@yahoo.fr
GUYON Stéphanie stephanie.Guyon@ens.fr
HOBEIKA Alexandre alexandre.hobeika@gmail.com
LATTE Stéphane latte.stephane@gmail.com
MISCHI Julian julian.mischi@dijon.inra.fr
PINGAUD Etienne etienne.pingaud@gmail.com
RENAHY Nicolas nicolas.renahy@dijon.inra.fr
RENNO Pierre pierrerenno@gmail.com
TRÉPIED Benoît benoit.trepied@ehess.fr