Section Thématique 17

Excellence scientifique et prise de parole dans l’espace public. Le cas de l’analyse des politiques publiques
« Scientific excellence » and its outcomes on public commitment from scholars. The case of public policy analysis

Responsables

Cécile Blatrix (AgroParisTech/CESSP-Sorbonne) cecile.blatrix@agroparistech.fr
Pierre Muller (CEE-Sciences Po) pierre.muller@sciences-po.fr

Présentation scientifique Dates des sessions Programme Résumés Participants

 

Présentation scientifique

La question des relations entre science et action publique a fait l’objet de nombreuses réflexions ces dernières années (cf. par exemple la controverse entre Pierre Favre et Jacques Lagroye ou les travaux de Bruno Latour). Dans le cadre de ces débats, l’objet de la section thématique porte, de manière plus précise, sur les relations entre les critères de l’excellence scientifique et les conditions de l’intervention dans la sphère publique dans le domaine de l’analyse de l’action publique. Il s’agira de répondre à la question suivante : en quoi les transformations des conditions d’exercice des métiers de la recherche ont-elles un impact sur les conditions de prise de parole dans l’espace public des spécialistes de l’action publique ?
En effet, avec l’internationalisation des sciences sociales, les critères d’excellence à partir desquels sont évalués les travaux des chercheurs se modifient sensiblement. Alors qu’il y a vingt ans, la tradition de l’intellectuel à la française était encore forte, qui trouvait sa légitimité dans une prise de parole extérieure au monde académique, le nouveau modèle professionnel repose davantage sur le jugement des pairs sur la base de publications dans des revues académiques internationales. Pourtant, la question de l’implication des chercheurs dans les processus de décision et de l’utilisation des savoirs académiques par les décideurs est plus que jamais d’actualité avec les effets du « tournant néo-libéral » (cf Jobert, Dezalay et Garth), mais aussi avec les enjeux liés aux nouveaux risques environnementaux ou sociétaux.
Ces transformations des modes d’insertion des chercheurs dans les processus d’élaboration et d’évaluation des politiques publiques, seront abordées à partir de deux questionnements et d’une approche pluridisciplinaire :
- Excellence scientifique et expertise : Comment mesurer l’impact des transformations des critères d’excellence scientifique sur l’intervention des chercheurs dans la sphère publique ? Les thèmes abordés pourront concerner les relations entre chercheurs et décideurs, l’implication des chercheurs dans les procédures d’évaluation, l’impact de ces changements sur les métiers académiques…
- Analyse des politiques publiques et aide à la décision : Dans quelle mesure l’implication des chercheurs varie-t-elle selon les domaines d’action publique ? Les communications pourront soit présenter une analyse portant sur un secteur donné, soit proposer des comparaisons intersectorielles.

The relationships between science and public action has been long explored through various debates during last years.
The purpose of this round-table is to examine the links between social sciences and the public sphere concerning public policies.
To what extent do the transformations of the scientific work impact the conditions the expression of public positions from policy analysts? We will explore the interplays between different principles of academic work.
Scientific excellence is being measured with rather new assessment methods, and the « excellence of the researcher » become a common criterion. Whereas, twenty years ago, the legitimacy of scholars in French scientific system relied on public involvement, the autonomy of the academic field seems to have strongly increased and the professional “normative framework” is closely linked to the number of publications in international academic reviews.
This leads to change the role of  academics in the policy-making process.  Yet, the scholarly debate about the involvement of academia in the decision-making process, and the use of academic knowledge by policy-makers remains as lively as ever, as they are linked to questions regarding the effects of the « neo-liberal turn » (cf Jobert, Dezalay and Garth) and the challenges raised by new environmental or social risks.


Sessions

Les travaux de la Section Thématique se dérouleront sur les sessions suivantes :
Session 3 : 1er septembre 2011 13h30-16h15
Session 4 : 2 septembre 2011 15h15-18h

Voir planning général...

Lieu : MISHA (Salle de Conférences)


Programme

Cécile Blatrix et Pierre Muller : Introduction

Axe 1 : Quelle place pour les savoirs scientifiques dans les processus d’action publique ?

Axe 2 : Quelle place pour les activités d’expertise dans l’exercice des métiers académiques ?

Cécile Blatrix et Pierre Muller : Conclusion


Résumés des contributions

Axe 1

Bruno Jobert (CNRS/PACTE)

Les médiations changeantes entre science et action publique : Une profonde dissonance

Cette contribution soutient que les échanges entre le forum de la science politique et le forum des politiques publiques sont brouillés par une profonde dissonance cognitive. En effet, depuis plusieurs décennies, la science politique a établi les apports d’une multiplicité d’acteurs sociaux et bureaucratiques à la conduite des politiques. Les politiques mettent en jeu des ensembles humains traversées par les perspectives parfois contradictoires de leurs protagonistes. Or ces acquis semblent passés sous silence sur le forum des politiques publiques où prévaut une conception instrumentale des institutions étatiques inspirée par le management public et le choix rationnel. Cet instrumentalisme se manifeste notamment avec la RGPP, la LOFL qui ne prend pas en compte la complexité des objectifs publics et les difficultés de l’imputation ou dans le développement d’une gestion individualisée associant primes et indicateurs de performance. Ce développement de l’instrumentalisme est en phase avec un référentiel néolibéral qui ne considère que les défaillances de l’action collective et pense en conséquence l’action publique comme un système d’incitations individualisées.

Changing relationships between science and public action : A deep dissonance

This contribution assumes that there is a deep cognitive dissonance that blurs the relationships between the forum of political science & the forum of public policies. Indeed, political science has outlined for decades the contribution of a diversity of social and bureaucratic actors to the steering of public policies. Public policies bring together human entities relying on sometimes contradictory perspectives.
Yet, these elements of knowledge remain in the public policies forum where an instrumental conception of public institutions prevails, inspired by public management and rational choice theories. This intrumentalism is especially evident with RGPP, LOFL that do not take into account the complexity of public goals and the difficulty of any imputation, or in the development of an individual management combining incentives and performance indicators. This development of instrumentalism is coherent with a neo-liberal normative framework which focuses on the failures of collective action and thus, considers public action as a system of individualized incentives.

Patrick Gibert (Université Paris 10)

La nouvelle gestion publique a-t-elle des fondements scientifiques ?

L’évolution des sciences de gestion ne facilite pas l’influence (qui a toujours au demeurant été assez faible) que pouvait avoir les académiques de la discipline de gestion sur les décideurs de la sphère politico-administrative. Le centrage sur la théorie organisationnelle, sur des considérations quasi-épistémologiques, un « mainstream » s’appuyant sur un recours poussé aux analyses statistiques rendent moins lisibles et moins audibles le discours de l’académique gestionnaire. La vogue du N.P.M et une disponibilité de l’information, assez souvent, supérieure à celle donnée par les entreprises ont donné naissance à des travaux où le public est objet d’investigation mais sans que sa logique et ses spécificités n’y fassent l’objet d’une attention suffisante. La logique d’universalisme du management véhiculée par certains académiques gestionnaires, plait aux partisans de la « transformation » mais heurte aussi bien les conservateurs que ceux des novateurs qui sont convaincus que l’on ne gère pas l’administration comme une entreprise. Plus fondamentalement la distance, l’appréciation critique dont les académiques gestionnaires font preuve vis à vis des outils de gestion, si elles traduisent l’ancrage de plus en plus fort de la discipline dans les sciences sociales, enlèvent à la profession l’image rassurante, que procure un discours plus confiant dans les vertus des réformes, et des modes organisationnels et porteur de mots d’ordre simples ; discours qui est celui de la majorité des consultants. Ce qui n’empêche pas la relation entre ceux-ci et la haute fonction publique d’être particulièrement ambivalente.

Does new public management has scientific basegrounds ?

The evolution of management theory and literature does not facilitate the influence (which has always been quite low in France) that could have the academic discipline of management on the public decision-makers. Focusing on organizational theory, on quasi-epistemological considerations- with a "mainstream" relying on statistical analysis- make it less readable and less audible discourse from the academic profession. The vogue of NPM and the availability of information, often greater than that provided by the private corporations, have generated dissertations and papers where the public administration is investigated but where its logic and its specificities are not integrated enough. The logic of “universalism” conveyed by some academics, appeals to supporters of the "transformation" but not to the conservatives as well as those innovators who are convinced that they don’t have to manage the administration like a business. More fundamentally the distance, the critical appraisal of management tools or methods , if they reflect the anchoring, increasingly strong, of the management discipline in the social sciences, don’t allow the profession to present the reassuring image generated by a discourse more confident in the virtues of managerial tools, methods and reform, and carrying simple slogans; discourse of most consulting people. This does not prevent the relationship between the latter and the senior civil service to be quite ambivalent.

Marielle Berriet-Solliec (AgroSup Dijon/CESAER)

Quels apports des démarches  « Evidence-Based Policy » ? Application aux politiques agricoles

Pour qui s’intéresse à l’évolution des relations qu’entretient la sphère politique et la communauté scientifique, la politique agricole constitue un intéressant « cas d’école ». En effet, alors que le scientifique-expert est toujours largement sollicité en appui à la décision publique, nombre de chercheurs rechignent désormais à alimenter le débat politique, lui préférant d’autres formes de légitimité et de reconnaissance dans le monde académique. Il s’ensuit un fossé croissant entre la production de connaissances scientifiques et la décision politique. Après avoir rappelé les grandes figures du chercheur en économie et politique agricoles, nous analyserons en quoi les méthodes « evidence based » peuvent contribuer à renouer ce lien entre science et action publique.
Nées dans le domaine médical pour favoriser l’accès des praticiens aux connaissances scientifiques, ces démarches apparaissent comme une des façons de renouveler les démarches positives d’aide à la décision publiques et de revaloriser les démarches en sciences sociales reposant sur des tests de validation scientifique. Aujourd’hui étendues à différents secteurs de l’action publique (environnement, justice, éducation …), elles contribuent à organiser les liens entre le monde des décideurs publics et la communauté scientifique . Toutefois, alors que ces pratiques sont désormais largement répandues dans le monde anglo-saxons, elles rencontrent en France certains obstacles.

Which contribution of “Evidence Based Policy”methods ? Application to agricultural policies

For someone who is interested in the relations between science and policy decision agricultural policy is an interesting case study. Scientists are still requested to contribute to policy design but researchers in social science are not interested any more in this form of social acknowledge. They prefer now academic spheres to enhance the value of their researches. As a result there is an increasing gap between scientific knowledge and decision making. After reminding the main figures of researchers we analyze how evidence based methods can contribute to renew links between science and public policies.
Born in the medical sector (Evidence Based Medicine) these methods could improve the scientific knowledge transmission between practicians and scientists. It could be a way to renew positive methods and the confrontation between scientific evidence and reality. Agriculture knows the same evolutions and it is interesting to study the consequences of the reinforcement of Evidence Based Policies (EBP) applied to this sector. However these practices which are now widespread in Great-Britain meet difficulties to be developed in France.

Jacques De Maillard (Université Versailles Saint-Quentin/CESDIP)

Les recherches sur les politiques publiques de sécurité : quel rapport au terrain?

La présente contribution se propose de réfléchir de façon comparative sur les liens existants entre l’institutionnalisation de la formation et de la recherche sur les questions policières et les politiques policières. Quels liens observe-t-on entre savoirs académiques et politiques policières ? Alors que de nombreux policiers anglo-saxons ont des diplômes en criminologie, ont suivi des formations continues dans des universités, une plus grande étanchéité domine dans les systèmes marqués par un recrutement sur concours administratif : détenteurs généralement d’un diplôme en droit, les policiers sont formés dans des écoles spécialisées. Un tel système organise une clôture relative entre les univers policiers et académiques et valorise un savoir de type juridique. En France, la rupture entre monde universitaire et monde policier est forte : à des policiers enclins à considérer que les chercheurs sont incapables de comprendre leurs contraintes de travail et jouent « contre » eux, s’opposent des universitaires qui regrettent le manque d’ouverture des policiers à l’égard d’un regard extérieur. Au contraire, aux Etats-Unis, les chercheurs spécialisés dans la police ont été à l’origine, en tant que conseillers d’autorités policières ou évaluateurs, de nombreuses innovations dans le monde policier, dont les expériences de community policing ne constituent qu’un exemple. Ici, la perméabilité entre univers policier, expert et universitaire est centrale. Les idées de réforme ont été les plus décisives dans les pays dans lesquels la clôture entre les mondes universitaire et professionnel est la moins étanche. Cette contribution reviendra sur le contraste existant entre ces « modèles » nationaux, sur leurs inscriptions dans des histoires nationales différentes, mais s’attachera également à les observer « en mouvement » en envisageant les recompositions dont elles ont pu faire l’objet.

Police policies and academic research : what kind of relationships?

The present contribution aims to reflect comparatively on the links between the institutionalization of training and research on policing issues with police policies. What connections do we observe between academic knowledge and policy elaboration and implementation? While many English-speaking police officers have degrees in criminology, attended further training at universities, greater isolation dominates in systems marked by administrative concourse: candidates generally holds a degree in law, police are trained in specialized schools. Such a system implies a relative separation between the “worlds” of police and academia and values legal knowledge (although it is more oriented toward the social sciences in the Anglo-Saxon countries). In France, the rift between academia and police world is loud with police likely to see that researchers are unable to understand their limitations and are working "against" them, and academics who regret the lack of openness of Police. Instead, in the United States, researchers specializing in the police were at the origin, as advisors or evaluators of police authorities, many innovations in the world policeman, whose experiences of community policing merely constitute an example. Here, the permeability between police, experts and academics is central. This contribution will return to the contrast between these "models" national, their enrollment in different national histories, but will also seek to consider the recompositions that are affecting them.

Axe 2

Pierre Muller (CNRS/Sciences Po/CEE)

La question de l’expertise dans le nouveau modèle professionnel de la recherche

A partir d'une expérience d'évaluation des laboratoires de sciences sociales, cette communication met en évidence le processus d'alignement des critères de jugement de la qualité scientifique en France par rapport aux standards internationaux. Cette "normalisation" entraîne un autre rapport entre recherche et action publique. A la place de "l'intellectuel à la française" proposant une explication globale du monde, les chercheurs interviennent dans la fabrication des politiques à partir de compétences spécifiques issues de leurs travaux. Pour autant il n'est pas certain que leurs relations avec les hauts fonctionnaires en soient pacifiées.

The issue of expertise in the new academic model of professionnalisation

This contribution will outline the way criteria of academic quality are aligned on international standards of evaluation.
This process of “normalisation” leads to a transformation of the relationships between research and public action. The “à la française” intellectual model is being replaced by interventions of academics based on their fields of competence.
Yet, this does not necessarily mean that their relationships with high civil servants are turning more peaceful.

Michel Chauvière (CNRS/Paris2/CERSA)

Le métier de chercheur et les injonctions évaluatives des autorités gouvernementales

Ayant été l’un des responsables pour la recherche à la MiRE (ministère des Affaires sociales - 1982-1986), puis directeur d’un laboratoire CNRS au ministère de la Justice (1988-1994) et ayant contribué au livre collectif du CERSA : L’État à l’épreuve des sciences sociale (2003), je souhaite réfléchir aux conséquences pour le métier de chercheur de l’injonction officielle de procéder à des évaluations, tant de certaines politiques publiques que des pratiques sociales financées par des fonds publics.
Je ferai deux hypothèses. Première hypothèse : l’évaluation pourrait avoir été l’opérateur d’une transition des légitimités et des pratiques : de l’amont vers l’aval, d’une liberté problématique essentielle vers la généralisation du modèle contractuel (par « appels d’offres » et mise en concurrence), du jugement scientifique impliquant les pairs vers la gestion formelle des résultats et des carrières (impact factor). Deuxième hypothèse : resteraient certaines possibilités pour les chercheurs, mais ces marges sont plus individuelles que collectives, avec parfois des proximités politiques cachées. Finalement, certains chercheurs tentent d’intégrer et de banaliser leurs activités d’évaluation ; d’autres, au contraire, les soustraient aux évaluations académiques.

Researcher's job and evaluative orders of the governmental authorities

After being one responsible of the MIRE, Research Department of the Social Services Ministry - 1982-1986), then manager of a Ministry of Justice CNRS laboratory (1988-1994) and having contributed to the collective book of the CERSA: The State in the test of social sciences (2003), I would like to focus on the consequences of State order to proceed to evaluations of certain public policies and social practices financed by public money on researcher's job.
I would make two hypotheses. First: evaluation could have been the operator for a transition of the legitimacies and the practices: from the up-stream towards the down-stream, from the essential problematic freedom towards the generalization of the contractual model (by “calls for tender” and competition), from the scientific judgment involving the peers towards the formal management of results and careers (impact factor). Secondly: some possibilities for the researchers could remain, but these margins are more individual than collective, with sometimes hidden political connexions. Finally, some researchers try to integrate and to trivialize their evaluation activities; others, on the contrary, hide them from the academic evaluations.

Eve Fouilleux (CNRS/CEPEL)

Recherche et organisations internationales : des relations variées. Un tour d’horizon dans le domaine des politiques agricoles 

Les organisations internationales prennent une part plus ou moins active dans les dynamiques de concurrences discursives qui se déroulent au niveau transnational. Dans cette communication, nous soutiendrons que l’intervention des organisations internationales dans les débats et controverses sur les politiques agricoles ainsi que leur influence sur leur déroulement sont en partie conditionnées par nature de leurs liens avec les acteurs de la recherche, c’est-à-dire avec les forums scientifiques. Nous montrerons que si toutes ont tendance, pour pouvoir affirmer leur voix dans les débats, à s’appuyer sur des arguments empruntés aux chercheurs, elles sont en revanche plus ou moins efficaces dans leur instrumentalisation des connaissances et savoirs scientifiques. La communication sera nourrie de plusieurs exemples empiriques : Commission Européenne, United Nations Food and Agriculture Organization (FAO) et Banque Mondiale pour les organisations internationales publiques, Roundtable on Sustainable Palm Oil (RSPO) et International Social and Environnemental Accreditation and Labelling Alliance (ISEAL) pour les organisations transnationales privées.

International organizations and research: the case of farm and food policies

International organizations do take an active part to policy debates and discursive competition on the transnational arena. In this contribution, I assume that the influence of international organizations on the policy debates and controversies regarding farm and food policies partly depends on the types of links and alliances they have been able to develop with the research and the academic community. International organizations all tend to develop discourses based on academic arguments in order to enhance their legitimacy. However, not all of them are equally efficient at instrumentalizing scientific knowledge and academic arguments. The paper will be illustrated based on various empirical examples of international organizations: European Commission, United Nations Food and Agriculture Organization (FAO), World Bank, on the public side, and: the Roundtable on Sustainable Palm Oil (RSPO) and the International Social and Environnemental Accreditation and Labelling Alliance (ISEAL) regarding private regulation.

Laurent Mermet (AgroParisTech-ENGREF/CIRED)

Il n'y a pas de "recherche non-intervention". Le cas du champ environnemental en France

Comme d’autres secteurs,mais peut-être de façon encore plus marquée,  la recherche française en environnement est enchâssée dans les luttes institutionnelles qui marquent l’action publique dans ce domaine, en particulier avec le monde agricole et l’industrie. La communication présentera la genèse d’une posture de recherche élaborée en partant notamment des théories de la négociation pour penser une recherche sur et pour l’environnement. Les conditions de possibilités d’une telle approche seront discutées, sur la base d’une analyse des conditions de production de la recherche en France dans les domaines du vivant et de l’environnement. Inversant la question habituelle de la légitimité d’une telle posture dans le champ académique, la communication montrera au contraire que le champ académique porte dans ses fondements-mêmes des orientations fondamentales, ici pour - ou en France plus souvent, contre - l'environnement. Dès lors c'est en assumant (dans des modalités à discuter) "l'intervenance" inhérente à toute recherche - plutôt qu'en posant à la "non-intervenance" - que l'on peut conduire un travail de recherche lisible.

There is no such thing as "inaction-research": examples from environment-related research in France

As other sectors, but maybe in a more marked way, French research works on environmental issues are embedded in institutional contexts and struggles that affect public policies, especially with in the agricultural or industrial sectors. The presentation will present how we defined a research position to found research work on and for environmentally motivated action. The conditions for such work to become possible will be discussed in view of the specific way research on the environment is institutionalized and organised in France - that is, mainly under the control of the ministries in charge of agriculture and of industry. In the paper, we will turn around the usual challenge addressed to action related research from others in the academic field. We will show on the contrary that each and every part of the academic field carries deeply inscribed action orientations and pragmatic effects, e.g. in favor of - or in France, more often against - environmentally motivated action. Each and every research work has the same level of engagement, they just have different forms of engagements, different ways of conceiling or flaunting their engagement, and their engagement is more or less visible depending on the causes they serve and the roles they play in action systems. It is by owning to the pragmatic bearing of one's work that one can produce research in which pragmatic and epistemic considerations are both held apart and linked in a transparent and productive way.

Cécile Blatrix (AgroParisTech/CRPS)

Comment résister aux sollicitations du terrain ? Le cas des recherches sur la participation

Les différentes formules de mise en débat de l’action publique, ou de démocratie participative, se sont progressivement constituées en un espace concurrentiel, dans la mesure où elles correspondent à des produits proposés au sein d’un marché émergent par un nouveau champ de professionnels.
La communication proposera une réflexion basée sur un retour d’expérience en tant que chercheur sur cet objet devenu en une quinzaine d’années un champ de recherche relativement autonome. Il s’agit de dégager les différents types de difficultés à la fois théoriques et méthodologiques pour un chercheur cherchant à maintenir une position de « neutralité axiologique » sur la démocratie participative. Les exemples concrets mobilisés seront replacés dans un contexte plus général, et l’on reviendra notamment sur les grandes étapes de structuration parallèle des dispositifs participatifs et du champ de recherche correspondant.
Ceci nous amènera à formuler l’hypothèse d’une spécificité de certains objets de recherche du point de vue de la place des activités d’expertise dans l’exercice du métier de chercheur.

Trying to resist to the “call of the field”. The case of public participation research

The various recipes for public debate or participatory democracy have progressively constituted a space of competition, in that they correspond to new participatory products proposed in what can be seen as an emerging market. The communication will be based on a reflexive view on 15 years of research in a field that tends to be more and more autonomous in research. We would like to outline some of the difficulties any scholar has to face when working on participatory democracy, especially when he/she tries to maintain a position of “axiologic neutrality”. Concrete examples will be mobilized as well as an overview of the main steps of structuration of participatory institutions on the one hand, and research on the subject on the other. This will lead us to develop the hypothesis of a specificity of some kind of research fields regarding the relationships between practitioners and researchers, their networks, role and relations.


Participants

BERRIET-SOLLIEC Marielle m.berriet-solliec@agrosupdijon.fr
BLATRIX Cécile cecileblatrix@gmail.com
CHAUVIÈRE Michel mchauviere@noos.fr
FOUILLEUX Ève eve.fouilleux@cirad.fr
GIBERT Patrick patrick.c.gibert@wanadoo.fr
JOBERT Bruno bruno.jobert@upmf-grenoble.fr
de MAILLARD Jacques jacques.de.maillard@libertysurf.fr
MERMET Laurent Laurent.Mermet@agroparistech.fr
MULLER Pierre pierre.muller@sciences-po.fr