Section Thématique 2
Penser le changement international
Thinking
International Change
Responsables
Guillaume Devin (Sciences Po Paris)
guillaume.devin@sciences-po.org
Franck Petiteville (Sciences Po Grenoble)
f.petiteville@wanadoo.fr
Présentation scientifique
Dates des sessions
Programme
Résumés
Participants
Le
commentaire médiatique de l’actualité internationale évoque en permanence
le « changement
international » : attentats du 11 septembre 2001, guerre en Irak, élection
de Barak Obama, crise financière internationale, montée en puissance des pays
émergents sont autant d’événements ou de phénomènes considérés comme annonçant
une « nouvelle ère internationale », une « rupture
stratégique », un « tournant international », un « nouveau
système international », etc. A rebours de cette
« addiction » médiatique au changement, les théories des
relations internationales invitent plutôt à relativiser les occurrences dudit
changement. Elles sont toutefois loin de s’accorder sur une conceptualisation
commune de celui-ci.
Chez
les Réalistes, qui insistent sur la « continuité structurelle » des
relations internationales, Robert Gilpin émet la possibilité de trois
idéaux-type de changement international : le changement de système
international (systems change), qui affecte la nature de celui-ci et des
acteurs qui le composent ; le changement de gouvernance du système international
(systemic change), qui entraîne des changements dans la distribution de
la puissance ; et le changement des interactions entre les acteurs du
système (interaction change). Le moteur principal de ces changements
serait la « guerre hégémonique » qui procède à de vastes
reconfigurations de la puissance, fait apparaître un ou plusieurs nouveaux
hegemons, et bouleverse la gouvernance du système, voire le système lui-même
(Robert Gilpin, War and Change in World Politics, 1981).
Les
théories libérales, transnationalistes et constructivistes ont proposé d’autres
visions plus évolutionnistes et plus diffuses du changement. L’une d’elles
est liée au changement de la structure domestique des Etats et en particulier à
leur conversion à la démocratie. Les travaux réalisés dans la perspective de la « paix
démocratique » soulignent ainsi le changement de « l’état de
guerre » vers « l’état de paix » auquel est supposé conduire la
multiplication de régimes démocratiques qui renoncent à la guerre entre eux.
Une autre vision libérale du changement repose sur l’institutionnalisation des
relations internationales à laquelle conduit la
prolifération de régimes et d’organisations internationales. La vision
transnationaliste met l’accent sur la densification des relations entre les
sociétés susceptible de déboucher sur l’émergence d’une « société civile
transnationale ». Dans la perspective constructiviste enfin, Alexander
Wendt dessine l’évolution des « cultures de l’anarchie
internationale » d’un mode hobbesien à un mode lockien puis à un mode
kantien, conduisant les Etats à transformer historiquement leurs relations et
leurs perceptions mutuelles sur un mode « amical » (Alexander Wendt, Social
Theory of International Politics, 1999).
En
fin de compte, ces conceptions du changement international soulèvent plus de
questions qu’elles n’apportent de réponses : jusqu’à quel point peut-on
affirmer la « continuité structurelle » de la politique
internationale dans le temps long de l’histoire ? Comment penser le changement
international à partir d’une perspective de sociologie historique des relations
internationales ? Peut-on établir des typologies des changements
internationaux et de leurs causalités ? L’apparition de nouvelles normes,
la création d’institutions internationales et la montée en puissance d’acteurs
transnationaux sont-ils des changements accessoires ou au contraire
structurants des relations internationales ? Les politiques étrangères des
Etats, les organisations internationales et le droit international sont-ils
susceptibles de « produire » du changement international ?
Ces
questions animeront cette section thématique sur le changement international,
qui sera divisée en deux
sous-thèmes. Le premier sera consacré à la question : « Peut-on
théoriser le changement international ? ». Seront notamment
abordés :
-
La vision
réaliste du changement international (à travers notamment la pensée de R. Aron
sur la question),
-
une approche de
la globalisation comme changement « systémique » dans le temps long,
-
les changements
dans la régulation de la globalisation,
-
les
transformations de la guerre comme formes majeures du changement international,
-
les approches
transnationales du changement (à travers l’exemple d’Internet).
La
seconde partie de la section thématique sera articulée autour du thème « Quand
les organisations internationales et les politiques étrangères changent ».
Seront notamment traités :
-
« l’institutionnalisation
du monde » via la croissance des organisations internationales,
-
Le changement
dans les organisations internationales à partir de plusieurs études de cas
(OMC, HCR, OIT),
-
Le changement en politique
étrangère à travers le cas de la Turquie,
-
Le rôle des
migrations dans les bouleversements du système international.
Whereas the idea of
« international change » is omnipresent in the media coverage of
international events (the terrorist attack of September 11, the war in Irak,
the election of Barak Obama, the global financial crisis, etc.), the academic
theory of international relations sees much fewer “real” changes in the history
of international relations. Nevertherless theorists are quite split over the nature of international changes and over what causes such changes.
Realists insist on the
“structural continuity” of international relations, namely the eternal struggle
between political units (be they ancient cities, medieval empires or modern
states) for security and power under international anarchy. When thinking of
international change, Realists are focused on the change in distribution of
power stemming from what Robert Gilpin calls “hegemonic wars” (victorious
powers emerge and impose a new international order on those who have been
defeated).
But there are many other ways
to theorize international changes. Liberals such as Bruce Russet claim that international change may occur at
the domestic level when more and more states convert themselves to democracy
and consequently turn their back on war in their relations whith other
democracies (“democratic peace”). Institutionalists like Robert Keohane insist
on the idea that the more international organizations are created the more
states get caught within a web of institutional interdependance and stability.
Transnational theories point out the erosion of states’sovereignty due to the
rise of transnational actors (NGOs, migrants, global corporate firms) and
transnational flows and technologies (financial flows, the Internet, etc.). The
constructivist Alexander Wendt sees the possibility of fundamental changes
based on the evolution of the nature of the relationships between states, from
a “hobbesian” model (mutual perception of states as deadly enemies) to a
“lockian” model (mutual perception as rivals) and finally to a “kantian” model
(“friendship” between states).
This theoretical debate will
be the background of our “thematic section” about “thinking international
change”. It will especially address topics such as :
-
the realist conception
of international change
-
changes related to
globalization
-
changes caused by the transformation
of warfare
-
transnational visions of change
-
changes linked to the rise
of international organisations
-
changes within foreign
policies
-
changes within
international organisations.
Les travaux de la Section Thématique se dérouleront sur les sessions suivantes :
Session 1 : 31 août 2011 13h45-16h30
Session 2 : 1er septembre 2011 8h45-11h30
Voir planning général...
Lieu : Institut Le Bel (salle 113 H)
Session 1
Benjamin Brice (EHESS, Paris)
L’inédit et le constant dans la politique interétatique : Raymond Aron, penseur du changement international Jean-Vincent Holeindre (EHESS, Paris) : Transformations de la guerre et changement international
Philip S. Golub (American University of Paris)
Systemic Change over Long Range Periods: The Two Waves of Globalization
Andy Smith (Sciences Po Bordeaux, Centre Emile-Durkheim)
Les changements dans la régulation de la globalisation
Yves Schemeil (Sciences Po Grenoble)
L’institutionnalisation du monde : une loi d'airain des relations internationales ?
Session 2
Laurent Jeanpierre (Université Paris 8)
Les migrations peuvent-elles changer l’ordre international ?
Gilles Bertrand (Sciences Po Bordeaux, Centre Emile-Durkheim)
Le changement en politique étrangère : le cas de la Turquie d’Erdogan
Marieke Louis (Sciences Po Paris), Lucile Maertens (CERI, Sciences Po Paris)
Le changement dans les organisations internationales : les cas du HCR et de l’OIT
Jean-Marie Chenou (Université de Lausanne)
Le rôle des acteurs transnationaux dans les nouvelles formes de gouvernance : le cas d’internet
Auriane Guilbaud (CERI, Sciences Po Paris)
La contestation comme facteur de changement : le cas du régime de propriété intellectuelle
Benjamin Brice (EHESS)
Raymond Aron, penseur du changement international
Le monde contemporain semble d’une complexité rare et les analystes en donnent des interprétations divergentes, voire opposées. Certains observent la mise en mouvement de processus inédit et prédisent des changements fondamentaux dans les relations interétatiques (sans d’ailleurs s’accorder sur le résultat de ces évolutions). D’autres, à l’inverse, voient avant tout des fluctuations superficielles qui n’aboutiront finalement qu’à une reconfiguration de plus des rapports de force ; car la matière historique, elle, ne change pas. Une seule chose est sûre, ce débat intéresse au plus haut point l’avenir de nos sociétés. Raymond Aron fut très préoccupé par cette question du constant et de l’inédit dans l’histoire humaine. Il fait reposer son analyse sur deux concepts principaux : le « procès », c’est-à-dire les forces profondes qui nous entraînent vers de nouveaux rivages, et le « drame », c’est-à-dire l’accident imprévu, le retournement de conjoncture et le jeu éternel des passions humaines. Ces développements permettront de poser une question complémentaire : quel est le rôle des hommes dans le changement international ? Alors que la discipline des RI se tourne de plus en plus vers le déchiffrement statistiques des tendances et des processus, Raymond Aron nous rappelle que l’histoire humaine dépend encore avant tout de l’action des hommes.
A thinker of international change, Raymond Aron
The contemporary world seems to be of uncommon complexity and its interpretations by analysts are various, even opposite. On the one hand, some of them observe the motion of new process and predict fundamental changes in international relations (without agreeing on the result of these changes). On the other hand, some see only shallow variations whch will lead to another reconfiguration of power; indeed, historical materiel never changes. For sure, this debate strongly matters for the future of our societies. Raymond Aron was very concerned about this question of what is constant and what is new in human history. He based his analysis on two main concepts: the "procès" (process), meaning the deep forces that lead us to new horizons, and the "drame" (drama), meaning the unexpected accident, the trend reversal and the eternal action of human passions. These developments will raise an additional question: what is men’s role in the international change? While the IR studies are becoming more and more a statistical decipherment of trends and processes, Raymond Aron reminds us that human history is still primarily based on men’s actions.
Jean-Vincent Holeindre (EHESS, Paris)
Transformations de la guerre et changement international
Sur la scène mondiale actuelle, la guerre demeure-t-elle, comme au XXe siècle, l’un des principaux facteurs du changement international ? Telle est la question que nous souhaitons poser dans cette communication, en partant de l’hypothèse suivante : les guerres irrégulières, qui tendent à supplanter les guerres interétatiques comme formes contemporaines de la conflictualité, contribuent à la recomposition des rapports de puissance entre les différents acteurs qui se déploient dans l’espace mondial. Les guerres interétatiques du XXe siècle ont permis aux grandes puissances nationales, à commencer par les États-Unis, d’affirmer leur hégémonie dans le système international de la guerre froide. Mais le regain des « petites guerres » (guérillas insurrectionnelles, conflits asymétriques, guerres civiles…), qui ont toujours cheminé à l’ombre des « grandes guerres », contribuent désormais à l’affaiblissement, voire au discrédit de ces grandes puissances. Ainsi, les interventions militaires récentes menées par les États-Unis sur un théâtre irrégulier (Irak et Afghanistan par exemple) ont eu pour conséquence un relatif échec tactique et stratégique, mais surtout une perte de crédibilité politique et symbolique. Si les guerres interétatiques favorisent les « grands » États dotés de la puissance militaire, les guerres irrégulières tendent au contraire à les déstabiliser aussi bien militairement que politiquement.
The transformations of war and international change
On the current world stage, are wars still essential factors for international change, as they used to be in the XXth century? That is the question which will be raised in this lecture with the following hypothesis: irregular wars, which tend to replace the interstate wars as contemporary forms of conflict, contribute to a redefinition of the power relationships between the various forces that operate in the world. The interstate wars of the XXth century allowed the major national powers, the United States in particular, to establish their hegemony in the international system of the cold war. But the recurrence of the "small wars" (guerrilla warfares, asymmetric conflicts, civil wars), which have always flourished in the wake of the "great wars", now entail the decline, even the disrepute of the superpowers. Thus, the recent military interventions of the United States of America on an irregular theatre (Iraq and Afghanistan for example) led to a relative tactical and strategic defeat and above all a loss of political and symbolic credibility. If the interstate wars will favour the "big" States endowed with a military power, the irregular wars tend on the contrary to destabilize them both from a military and political point of view.
Philip S. Golub (American University of Paris)
Le changement systémique dans la longue durée
La réémergence de l’Asie ainsi que celle d’autres régions du monde autrefois périphériques représente la transformation structurelle la plus importante du système international depuis la révolution industrielle européenne. Longtemps concentrés entre les mains d’un petit nombre d’Etats et d’une fraction de la population mondiale, le pouvoir et la richesse se diffusent à des sociétés postcoloniales devenues ou en voie de devenir des unités actives du système, au sens où elles façonnent leur environnement, plutôt que d’être façonnées par lui. En conséquence, nous assistons à un décentrement du système mondial, à un retour graduel mais relativement rapide au plan historique, à la configuration de pluralisme et de relative égalité internationale qui prévalait avant la fracture “Nord-Sud” de la première vague de mondialisation du XIXe siècle. Cette communication examine le changement systémique dans la longue durée et analyse les implications de ce mouvement vers un polycentrisme dans l’économie politique mondiale. Elle questionne le présupposé newtonien selon lequel le monde aurait besoin d’un centre de gravité. Elle développe l’argument que la fin du long cycle d’ascendance euro-atlantique — qui met en question les a priori culturels aux racines profondes sur la singularité occidentale — appelle un changement de vision et une plus grande interdisciplinarité dans les recherches en relations internationales.
Systemic Change over Long Range Periods: The Two Waves of Globalisation
The re-emergence of Asia and other formerly peripheral world regions represents the most significant structural transformation of the international system since the European industrial revolution. Wealth and power, which were long concentrated in a handful of states and a small fraction of the world population, is diffusing to post-colonial societies that have become, or are fast becoming, active units of the system, shaping their environment rather being shaped by it. As a result, we are witnessing a decentring of the world system, a gradual but nonetheless historically speaking rapid return to the conditions of pluralism and relative international equality that prevailed prior to the fracture between the then newly industrializing countries of the Euro-Atlantic area and the rest of the world during the first wave of late modern globalization in the nineteenth century. This paper examines systemic change over long periods and assesses the implications of the present movement towards polycentrism in the world political economy. It questions the Newtonian assumption that the world needs a single centre of gravity. It argues that the end of the long cycle of Euro-Atlantic ascendancy, which undermines deep-rooted cultural assumptions about western singularity, calls for a change of gaze and more interdisciplinary work in international relations theory.
Andy Smith (Centre Emile Durkheim-Sciences Po Bordeaux)
Les changements dans la régulation de la globalisation : de l’Economie politique internationale au travail politique mondial
L’Economie politique internationale (EPI) est fréquemment présentée comme un segment autonome des sciences sociales. Lassé de ce traitement de la « dimension internationale » de l’économie, et notamment de son changement, cette communication proposera en trois temps une ontologie et une démarche de recherche alternatives. Le premier sera consacré à une revue extensive de la littérature en EPI. Plus précisément, après avoir brièvement résumé les apports et les limites des « classiques », il braquera les projecteurs sur les controverses et les débats plus récents concernant « la gouvernance globale » en général, et celle du commerce international en particulier. Le deuxième temps de notre communication proposera une approche de l’économie politique ancrée dans l’économie régulationniste, l’analyse de l’action publique et la sociologie politique. A la base de cette approche est une ontologie qui conçoit l’économie et la politique, et donc le changement des deux, comme liées de manière constante et inextricable : les économies sont régulées politiquement par les institutions et ces dernières sont coproduites par le travail politique des acteurs privés (les entreprises), collectifs (les groupes d’intérêts) et les pouvoirs politiques (les administrations et les élus). Enfin, la troisième partie de cette communication « fera tourner » notre grille d’analyse et testera nos hypothèses autour des études ce cas de deux industries : le vin et lés médicaments.
The changing regulation of globalization: From International Political Economy to worldwide political work
International Political Economy (IPE) is frequently presented as an autonomous segment of the social sciences. Dissatisfied with this treatment of ‘the international dimension’ of economics, and notably of its change, in three parts this paper will propose an alternative ontology and approach to research. The first part will present an extensive review of the relevant IPE literature. More precisely, having resumed the strengths and the weaknesses of IPE’s classic texts, particular attention will be paid to recent debates over ‘global governance’, and that of international trade in particular. The paper’s second part will then propose an approach to political economy anchored in regulationist economics, public policy analysis and political sociology. What founds this approach is an ontology that conceives of economics, politics and their change as being permanently and inextricably linked: economies are regulated politically by institutions whilst the latter are coproduced by the political work carried out by private actors (firms), collective actors (interest groups) and public authorities (administrations and politicians). The final part of the paper will put this analytical grid to work and test hypotheses through case studies of two industries: wine and medicines.
Yves Schemeil (IEP Grenoble)
L’institutionnalisation du monde : une loi d'airain des relations internationales ?
Le monde tel qu’il nous apparaît est anarchique : les Etats sont toujours là, la guerre aussi ; les organisations internationales n’ont réussi ni à instaurer la paix ni à lutter contre la pauvreté, les acteurs non étatiques prolifèrent. Mais dans cent ans le monde pourrait être différent : les Etats ayant délégué de plus en plus de compétences aux institutions internationales, leur réseau croissant peut permettre cette transition. Les OI, en effet, doivent être à la fois performantes à court terme (sinon elles sont marginalisées) et résilientes à long terme (sinon elles disparaissent). Pour se régénérer de l’intérieur, elles inventent de nouvelles normes : elles disent ce qui est juste, garantissent la fourniture de biens publics planétaires, reconnaissent de nouveaux droits. Elles élargissent donc leur mandat car les nouvelles normes empiètent les unes sur les autres, obligeant les organisations à coopérer. La loi d’airain de l’institutionnalisation du monde qui en résulte peut ainsi être formulée : la multiplication des OI (dont certaines en créent à leur tour d’autres) s’accompagne d’une extension de leur périmètre d’action (grâce à l’élargissement du mandat initial, fruit de l’énonciation de normes nouvelles), elle-même assortie d’une expansion et d’une autonomisation des OIG, et d’une professionnalisation des ONG. Chaque catégorie d’organisation s’étant constituée en réseau, leurs interactions conduisent inévitablement à la création et à la densification de méta-réseaux.
The institutionalization of the World
In recent years International Organization of all sorts grew, they consolidated their institutional bases, and constitutionalized the rights of their individual or corporate stakeholders. Therefore, a reordering of the world centred on organizations rather than states now looks possible. IOs’ interactions are expanding at a quick pace, to such an extent that growth of unexpected amplitude can hamper the division of labour between international organizations. In successfully addressing collaborative issues some IOs contribute to the institutionalization of the world – a sort of « iron law » of IR: they benefit from several transfers of competencies from either citizens or governments, conditioned on sufficient guarantees pledged to the delegators by the delegates, i.e. empowered associations (NGOs) or institutions (IGOs). Therefore, networks are built up and tend to become denser meta-networks. Beyond current explanations of IOs empowerment or, to the opposite, IOs predicament, managers discretely become enforcers and experts are converted into leading decision-makers achieving sophisticated tradeoffs with their stakeholders at the highest levels of politics.
Laurent Jeanpierre (Université Paris 8 – Saint-Denis)
Les migrations peuvent-elles changer l’ordre international ?
On comptait en 2009 près de 200 millions de personnes vivant hors de leur pays d’origine, soit environ 3 % de la population mondiale recensée. Une partie de la science politique s’est traditionnellement intéressée aux causes de ces mouvements de population. Les études internationales ont également traité de migrants spécifiques comme les demandeurs d’asile ou les réfugiés, notamment parce que ces derniers font l’objet d’une politique publique internationale. Depuis quelques années, certains effets politiques indirects de la croissance des migrations sont aussi circonscrits et analysés, qu’il s’agisse par exemple des flux économiques entre les diasporas et leurs pays d’origine ou des conséquences de la migration sur la composition du corps politique de ces pays et des pays d’accueil. Cette communication visera à montrer que la question des migrations mérite d’être posée dans le cadre d’une analyse de la dynamique historique des relations internationales. Sous certaines conditions, les migrations intègrent ou désintègrent des unités politiques, elles les recomposent de même qu’elles peuvent accompagner des basculements d’hégémonie. Une approche combinant une sociologie et une sociologie historique des migrations permet de réévaluer le rôle des migrants dans le changement international.
Can international Migrations Change the International Political Order ?
In 2009, 200 millions people, i. e. 3% of the World Population, were living abroad. Political science has usually been interested in the causes of these population movements. International Studies also deal with refugees and asylum seekers, which are the targets of international public policies. For a few years, some indirect political consequences of the growth of international migrations have also been highlighted and analyzed: economic flows between diasporas and their country of origin; transformation of the composition of the political body and change in citizenship in various countries. This paper will show that international migrations are an interesting topic to include in our analyses of international change. Under certain political and social conditions, international migrations helped shape new political units or contributed to their disintegration. As Morgenthau noticed referring to the United States, they sometimes took part in changes of international hegemony. This paper will briefly review the theoretical literature on migrations and international change in the various currents of IR research. It will provide a tentative model to understand these relations.
Gilles Bertrand (IEP de Bordeaux, Centre Emile-Durkheim)
Comment changer sa politique étrangère pour changer les perceptions de ses partenaires : le cas de la Turquie depuis 2002
Il est relativement rare qu’une politique étrangère connaisse des changements majeurs au sens où l’entendent les théories classiques des relations internationales, notamment le Réalisme et le Néo-réalisme : redéfinition de « l’intérêt national » par les décideurs, réexamen des relations bilatérales, voire du positionnement multilatéral. Il n’est pas question ici des inflexions que peuvent connaître les politiques étrangères à la faveur d’une alternance politique, mais plutôt de que l’on peut observer lors d’un changement de régime. La politique étrangère de la Turquie connaît en effet de tels changements depuis l’arrivée au pouvoir en 2002 de R.T. Erdo?an. On assiste à un effacement relatif et progressif des acteurs bureaucratiques (le ministère des Affaires étrangères et l’institution militaire). Nous tentons d’expliquer que cet effacement est la clé pour comprendre l’importance et la gradualité de ces changements. Nous mobilisons aussi la théorie libérale de la politique étrangère sur la fabrication de l’intérêt national (rôle des milieux d’affaires, des médias et de l’opinion publique), ainsi que l’approche organisationnelle. Tous les acteurs ne perçoivent pas ces changements de la même manière, notamment parce que leur niveau d’analyse et leurs interlocuteurs sont différents (Etat, gouvernement, firmes, société civile). Certains acteurs interprètent ces changements comme un éloignement de la Turquie de ses alliances occidentales.
How to change its foreign policy to change the perceptions of its partners:
The case of Turkey since 2002.
It is relatively rare that a foreign policy experiences major changes as defined by the classical theories of international relations, Realism and Neo-realism: Redefinition of “the national interest” by the decisionmakers, re-examination of bilateral relations, if not of the multilateral positioning. It is not question here of inflections which foreign policies may experience due to a political alternation, but rather of what one can observe in the case of a regime change. Turkish foreign policy indeed experiences such changes since R.T. Erdo?an came into power in 2002. There is a relative and gradual fading of the influence of the bureaucratic actors (the Ministry of Foreign Affairs and the Military). We try to explain that this fading is the key to understand the importance and the graduality of these changes. We mobilize also the liberal theory of foreign policy on the making of the national interest (role of the business sector, the media and public opinion), as well as the organisational approach. All the actors do not perceive these changes in the same way, in particular because their level of analysis and their interlocutors are different (State, government, firms, civil society). According to some actors, Turkey is moving away from its Western alliances.
Marieke LOUIS (Sciences Po/CERI) Lucile MAERTENS (Sciences Po/CERI)
Penser le changement dans les organisations internationales : une analyse comparée du HCR et de l’OIT
En décembre 2004, à la suite du tsunami en Asie du Sud-Est, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) intervient pour la première fois au secours de victimes de catastrophes naturelles. Cette intervention « exceptionnelle » marque en réalité le début d’un élargissement du mandat de l’Organisation. En juin 1999, le Directeur Général de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) lance l’Agenda du travail décent, qui vise à rénover le mandat de l’Organisation et à la sortir de son isolement sur la scène des organisations internationales. En dépit de leurs différences, ces deux moments de la vie du HCR et de l’OIT attirent notre attention sur la question du changement au sein des organisations internationales ou, tout du moins, sur ce que l’on serait tenté de caractériser de « changement ». Pour certains, la redéfinition du mandat des institutions internationales constitue en effet une pratique routinière quasi inhérente aux organisations en général et qu’il ne conviendrait donc pas de qualifier de changement. Néanmoins, de par les résistances qu’elles ont suscité et suscitent encore, les redéfinitions de mandat évoquées précédemment méritent, selon nous, que l’on s’y attarde. L’étude conjointe et comparée du HCR et de l’OIT met effectivement en valeur des processus relevant de dynamiques de rupture et de continuité, qui varient selon les niveaux d’analyse, et qu’il convient d’identifier.
Analyzing change within international organizations: a comparative study of the ILO and the UNHCR
In December 2004, following the tsunami which occurred in South-East Asia, the United Nations High Commissioner for Refugees (UNHCR) intervened to relief the victims of natural disasters for the first time. This supposedly “exceptional” intervention was actually a redefinition of the Organization’s mandate. In June 1999, the International Labour Organization’s Director General (ILO) launched the Decent Work Agenda which aimed at renovating the Organization’s mandate to put an end to the ILO’s isolation among other international organizations. In spite of their differences, these two moments of the UNHCR and the ILO’s activities draw our attention to the question of change within international organizations. Or, at least, what could be labeled “change”. For some scholars, redefining one’s mandate is a common even inherent practice within organizations in general. Therefore, they shouldn’t be qualified and analyzed in terms of change. However, given the controversial reactions they arose, those events deserve our attention. This common and comparative study of the ILO and the UNHCR emphasizes processes of rupture and continuity that we should identify and qualify according to different levels of analysis.
Jean-Marie Chenou (Université de Lausanne)
Elitisme dans la politique mondiale : le rôle des acteurs transnationaux dans les nouvelles formes de gouvernance
Les formes de gouvernance à l'échelle internationale ont subi de profonds changements depuis les années 1990. Les réseaux d'acteurs en capacité de se mobiliser de manière transnationale sont acteurs du changement international. Nous assistons à une nouvelle forme d'élitisme dans la politique mondiale qui affecte de nombreux domaines dont la régulation échappe à la coopération intergouvernementale. La gouvernance de l'Internet est en l'espèce un cas représentatif. Ce papier se propose d'analyser le processus de création d'un nouvel espace politique transnational autour de la question de la gouvernance de l'Internet et de mettre en lumière le consensus élitiste qui s'est dégagé sur le rejet de l'intergouvernementalisme et la promotion d'une gouvernance semi-privatisée. Il tentera par ailleurs de montrer en quoi les tendances à l'oeuvre dans la gouvernance de l'Internet traduisent un changement plus général dans les relations internationales vers de nouvelles formes de gouvernance. Cette analyse se base sur les approches critiques de relations internationales et d'économie politique internationale et complète leur description en introduisant des réflexions issues de la sociologie des élites telles que le concept d'élite du pouvoir de Wright Mills. Elle se fonde sur l'étude des archives électroniques disponibles ainsi que sur quelques entretiens qualitatifs.
Elitism in world politics: the role of transnational actors in new forms of governance
International governance has undergone profound changes since the 1990s. Networks of actors that have the ability to mobilize transnationally are agents of international change. We are witnessing a new form of elitism in world politics that affects many areas regulated outside intergovernmental cooperation. Internet governance is a representative case. This paper will analyze the process of creating a new transnational political space around the issue of Internet governance and highlight the elite consensus that has emerged on the rejection of intergovernmentalism and the promotion of semi-privatized governance. It also attempts to show how the trends at work in Internet governance reflect a more general change in international relations towards new forms of governance. This analysis is based on critical approaches to international relations and international political economy and draws upon the sociology of elites to introduce concepts such as Wright Mills' power elite. It is based on the study of electronic archives as well as some qualitative interviews.
Auriane Guilbaud (Sciences Po Paris)
La contestation comme facteur de changement. Le cas du régime mondial de propriété intellectuelle.
La signature de l’accord de l’OMC sur les ADPIC (aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce) en 1995 marque une étape significative dans le processus d’institutionnalisation du régime mondial de propriété intellectuelle. Celui-ci se trouve néanmoins rapidement contesté. Cette remise en cause n’est pas inhabituelle : une analyse historique montre que la question de la propriété intellectuelle se trouve soumise en permanence à une tension entre protection et diffusion de la connaissance. Actuellement, la contestation s’exprime principalement dans le domaine de l’accès aux médicaments, et a abouti à des aménagements du régime (Déclaration de Doha sur les ADPIC et la santé publique en 2001). A travers une analyse de l’opposition aux ADPIC dans ce domaine, notre contribution vise à expliquer la place de la contestation dans le processus de changement à l’œuvre dans le régime de propriété intellectuelle. Nous montrons d’abord comment les acteurs porteurs de la contestation tentent d’influencer d’autres facteurs de changement (facteurs technologique, idéationnel, puissance). Nous tentons ensuite de caractériser plus précisément la portée et la nature du changement à l’œuvre, qui est ambiguë car les mouvements d’opposition au régime ne sont pas uniformes et sont eux-mêmes soumis à des tensions.
Contestation as a factor of change. The case of the global intellectual property regime.
The signature of the TRIPS Agreement (trade-related aspect of intellectual property rights) in 1995 was a significant step in the institutionalization process of the global intellectual property regime. It was nevertheless rapidly contested. This is not unusual: an historical analysis shows that intellectual property rights have always been torn between protection and diffusion of knowledge. The resulting contestation is currently particularly intense in the domain of access to medicines, which led to an adjustment of the regime (2001 Doha Declaration on the TRIPS Agreement and Public Health). Through an analysis of the opposition to the TRIPS in that area, this paper will explain the role of contestation in the process of change occurring in the global intellectual property regime. It will show the strategies developed by the actors of the contestation to influence other factors of change (technological, ideational, and power factors). It will also characterize the scope and nature of this change, which is ambivalent because the opposition to the regime is not homogeneous and is subject to tensions.
BERTRAND Gilles g.bertrand@sciencespobordeaux.fr
BRICE Benjamin benjamin.brice@gmail.com
CHENOU Jean-Marie Jean-Marie.Chenou@unil.ch
DEVIN Guillaume guillaume.devin@sciences-po.org
GOLUB Philip S. p.golub@wanadoo.fr
GUILBAUD Auriane auriane.guilbaud@sciences-po.org
HOLEINDRE Jean-Vincent jvholeindre@gmail.com
JEANPIERRE Laurent laurent.jeanpierre@univ-paris8.fr
LOUIS Marieke marieke.louis@sciences-po.org
MAERTENS Lucile lucile.maertens@sciences-po.org
PETITEVILLE Franck f.petiteville@wanadoo.fr
SCHEMEIL Yves Yves.Schemeil@iep-grenoble.fr
SMITH Andy a.smith@sciencespobordeaux.fr