Section Thématique 24
Universités et recherche face à la réforme
Reform policies in higher education and research
Responsables
Christine Musselin (CSO, Sciences Po et CNRS) c.musselin@cso.cnrs.fr
Pauline Ravinet (CERAPS, Université de Lille 2) pauline.ravinet-2@univ-lille2.fr
Présentation scientifique
Dates des sessions
Programme
Résumés
Participants
Afin de comprendre et d’analyser cette évolution, cette section thématique comprendra deux sessions.
Les réformes du système d’enseignement supérieur et de recherche français
La première session sera plus spécialement consacrée aux réformes du système d’enseignement supérieur et de recherche français et aux transformations récentes d’un champ institutionnel fortement constitué.
Les réformes ont en effet été accompagnées de profondes restructurations formelles car elles visent essentiellement à modifier les caractéristiques institutionnelles du système français pour entraîner des évolutions généralisées au sein de ce dernier. Elles ont donc donné lieu à des transformations des organigrammes et à l’émergence de nouvelles structures qui redessinent le paysage du secteur (à travers les fusions ou les PRES). Le caractère formel de ces réorganisations mérite d’être interrogé à la fois pour identifier les doctrines qui les ont inspirées et pour apprécier l’impact des nouveaux acteurs (comme les cabinets de conseil) qu’elles ont fait entrer dans le champ. Il s’agit donc de replacer ces transformations dans le concert de la réforme des services publics et d’analyser les dynamiques et les réorientations qu’elles ont suscitées.
Par ailleurs, en « plaçant les universités au centre du dispositif d’enseignement et de recherche français » comme le proclament les discours sur ces réformes, et en dotant les universités d’une plus grande autonomie de gestion, ces réformes affectent les capacités d’action de l’Etat sur ce champ institutionnel. Ainsi, les instruments traditionnels comme l’allocation des moyens ont été transformés par l’introduction de critères de performance et de nouvelles modalités de calcul des budgets. Mais de nouveaux instruments ont aussi été mobilisés comme le montre le recours de plus en plus fréquent à la mise en compétition entre les institutions pour l’obtention de moyens attribués de manière sélective (plan campus, plan licence, grand emprunt…). Plus largement, ce sont les principes même de l’action publique sur ce secteur qui ont été bousculés, les politiques de rééquilibrage entre les territoires étant reléguées au profit de « politiques pour l’excellence » qui visent à identifier « les meilleurs » et à leur attribuer la plus grosse part des ressources supplémentaires.
Une plus forte différenciation verticale entre les établissements d’enseignement supérieur devrait résulter de cette évolution et elle pourrait bousculer la division de l’espace et la répartition des rôles entre les universités et les grandes écoles. C’est donc à nouveaux frais qu’est posée la question de la contribution de l’enseignement supérieur à la justice sociale et à la démocratisation, et que doivent être pensées les politiques de lutte contre l’inégalité des chances.
Politiques européennes et espaces européens de l’enseignement supérieur et de la recherche
La seconde session s’attachera à éclairer ces transformations à la lumière des évolutions européennes, alors que l’enseignement supérieur et la recherche occupent une place de plus en plus importante sur l’agenda de la Commission en vue de la construction d’un espace européen de l’enseignement supérieur et d’un espace européen de la recherche. Cependant, cette construction d’une Europe de la connaissance ne va pas de soi. Plus qu’un projet univoque, on observe une pluralité de processus par lesquels elle se construit, processus qui ne sont pas nécessairement coordonnés, voire qui peuvent prendre des directions antagoniques. L’asymétrie des compétences dont disposent respectivement la DG recherche et la DG Education les a notamment amenées à développer des politiques de nature, d’ampleur et de finalités très différentes. La constitution de ce champ institutionnel supranational remet en question les analyses qui présentent comme allant de soi l’émergence de normes et de principes transnationaux.
Au niveau des différents pays concernés – et donc au-delà des pays membres quand il s’agit du processus de Bologne – la mise en œuvre et l’impact des évolutions européennes laisse tout autant apparaître une diversité des paysages et une accentuation des divergences, même au sein d’un même pays.
Enfin, il faut signaler le risque qu’il y a de surestimer l’impact des processus d’européanisation alors même que les systèmes d’enseignement supérieur et de recherche sont engagées dans des interactions qui dépassent largement les frontières de l’Europe et subissent de ce fait des dynamiques d’internationalisation dont les effets peuvent être plus puissants que les politiques européennes, voire annuler l’effet de ces dernières.
With the overwhelming discourse on the emergence of knowledge societies, higher education and research systems are at the center of increasing expectations. They have to train a highly qualified manpower, possessing the competences necessary to face an ever more rapidly changing world. They also have to produce frontier knowledge that can be transformed into innovations able to fuel the economic dynamism of a specific territory. As a result, higher education and research are everywhere seen by public authorities as considerable stakes.
Two sessions will be dedicated to this evolution.
Current reforms of the French higher education and research system
First, French reforms consist in in-depth formal restructuration: they aim at transforming the institutional settings in order to affect the whole system. New organizational charts have been produced and new structures (as mergers or PRES) have been developed in order to transform the formal landscape. This formal feature of the reforms must be questioned in order to identify the doctrine that have inspired them and the impact of the new actors (such as consulting firms) that were allowed to participate.
Second, by « putting universities at the center of the French higher education and research system », as expressed by the discourses on the reforms, and by giving more managerial autonomy to French universities, the reforms directly affect the capacity of action of the French state on this sector. Traditional instruments (such as budget allocation) have been transformed by the introduction of performance criteria on the one hand, but on the other, new instruments were introduced: selective allocation of funding is allocated through highly competitive devices (plan campus, plan licence, grand emprunt…). More broadly, the core principal of state intervention has been modified: redistributive policies among various territories are replaced by « policies for excellence » aimed at identifying the best and providing them with specific funding.
This could result in an increased vertical differentiation among institutions and modify the traditional divide between universities and Grandes Ecoles. This raises new issues about the contribution of higher education to social justice and democratization as well as the policies aimed at fighting against inequalities of chance.
European policies and the European research and higher education areas
The aim of the second session is to highlight these transformations with European trends while higher education and research are high on the agenda of the European Commission. Nevertheless the construction of a Europe of knowledge is not as simple. Rather than a unique project, there exist many different processes that are not always articulated one with another and that may follow antagonistic ways. The emergence of supranational norms and principles seem more difficult to reach than is generally said by authors working on supranational settings.
At the country level, - i.e. beyond the member states as far as the Bologna process is concerned – the implementation of these policies is not leading to more convergence or coherence, even within the same state.
Last but not least, one should be aware of not overestimating the strength and the effectiveness of European processes. Higher education and research systems are also involved in interactions and exchanges beyond Europe and international dynamics may have stronger influence than European policies.
Les travaux de la Section Thématique se dérouleront sur les sessions suivantes :
Session 1 : 31 août 2011 13h45-16h30
Session 2 : 1er septembre 2011 8h45-11h30
Voir planning général...
Lieu : IEP (Amphi 210)
Axe 1
Annabelle Allouch (OSC / CNRS / Sciences Po)
Vers une responsabilité sociale des universités ? Processus d’institutionnalisation et de diffusion d’une nouvelle fonction de l’enseignement supérieur. Le cas de l’ouverture sociale en France et en Angleterre
Nozarian Nazli (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, CRPS-CESSP)
Les politiques « d'ouverture sociale » des grandes écoles : vers une « démocratisation » des filières d'élite de l'enseignement supérieur? Le cas des conventions ZEP/Sciences Po
Bianca Potì (CNR-CERIS)
La politique universitaire en France à travers les changements dans les composantes du financement public: relations et effets
Aude Soubiron (IRISSO, Université Paris-Dauphine et CSO, Sciences po et CNRS)
La politique d’égalité des chances, une réforme des structures institutionnelles de l’enseignement supérieur français ?
Axe 2
Maïté Leroy (Cevipol - ULB/Belgique)
La gouvernance au sein des universités de la Communauté française de Belgique : évolutions institutionnelles dans le cadre du processus de Bologne
Christine Musselin (CSO, Sciences Po et CNRS)
La redéfinition des relations entre Etat, Universités et profession universitaire en Europe
Pauline Ravinet (CERAPS, Université de Lille 2) (avec Åse Gornitzka)
Inception and Institutionalization of the OMC education, the Bologna Process and the OMC research: From coordination templates to new policy arenas ?
Kathia Serrano-Velarde (Université d'Heidelberg/Allemagne)
L'assurance qualité dans l'enseignement supérieur : projet politique ou mythe européen ?
Axe 1
Annabelle Allouch (OSC, CNRS / Sciences Po)
Vers une responsabilité sociale des universités ? Processus d’institutionnalisation et de diffusion d’une nouvelle fonction de l’enseignement supérieur. Le cas de l’ouverture sociale en France et en Angleterre
Les dispositifs d’ouverture sociale lancés dans les années 2000 dans les Grandes Ecoles affectent les missions traditionnelles de formation des élites nationales en questionnant la nature de leur positionnement dans la société.
A partir d’une enquête ethnographique menée auprès d’établissements français et anglais ayant mis en place de tels programmes, comme l’Université d’Oxford, notre communication vise à interroger les modalités d’institutionnalisation et de diffusion de cette nouvelle mission de responsabilité sociale dont se réclament sous des termes similaires et au même moment les dirigeants des universités d’élite des deux pays.
Légitimant l’ouverture sociale et son extension à des sujets non éducatifs associés à la « diversité », la responsabilité sociale des universités théorise a postériori l’unité d’actions plus ou moins innovantes de l’Université hors du champ traditionnel de ses compétences, dans un contexte d’autonomisation des établissements et de restriction budgétaire. Cette « mission » repose certes sur un retour paradoxal au local mais contribue surtout à introduire une logique de prestation de service, où l’université se définit comme un « hub de ressources » et un producteur de savoirs sur la « diversité » à destination du secondaire mais aussi du secteur privé. Ce processus contribue par ailleurs à expliquer la puissance de la diffusion par les universités d’élite de nouvelles normes d’action dans le champ éducatif et au-delà.
Is there a social responsibility for elite universities?
Patterns of institutionalisation and dissemination of a new function in Higher Education. The case of widening participation policies in France and England.
Widening participation schemes launched in the 2000’s in elite universities introduced changes in their traditional missions of educating and training the national elites as well as they questioned the nature of their involvement within Western societies. However, the highly publicized controversies in both France and England around the introduction of what seemed at the time affirmative action measures tended to blur the institutional changes at stakes, making them the product of national norms only rather than an international phenomenon.
On the basis of an ethnographic survey led in French and English elite universities, such as the University of Oxford, we would like to discuss the patterns of institutionalisation and dissemination of what is defined by the actors as a new mission of social responsibility for elite universities, emerging in both countries at the very same time and under very similar conditions.
The discourse on social responsibility for elite universities legitimises and creates a coherence ex-post between different types of measures implemented outside of the traditional missions of these Higher Education institutions, in a context of increasing autonomy and financial crisis. Paradoxically implemented at a local level, this new “mission” contributes to the emergence of a “service university” based on the diffusion on a new knowledge on “diversity” to secondary education and the labour market. Finally, this facilitates the legitimising of universities as antidiscrimination actors.
Nazli Nozarian (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, CRPS-CESSP)
Les politiques « d'ouverture sociale » des grandes écoles: vers une « démocratisation » des filières d'élite de l'enseignement supérieur? Le cas des conventions ZEP/Sciences Po Paris
Les politiques « d'ouverture sociale » mises en œuvre par des grandes écoles affichent une volonté de lutter contre la reproduction des inégalités sociales par l'École en mettant en place des dispositifs ayant pour but de diversifier et « démocratiser » leur population d'étudiants. Sciences Po fait figure de pionnier en instaurant, en 2001, une procédure spécifique d'admission destinée à des candidats issus de lycées situés en Zone d'Éducation Prioritaire (ZEP) et signataires de la convention avec l'Institut d'Études Politiques (IEP). Comment les politiques de « démocratisation » menées par les grandes écoles et fortement localisées, sont-elles parvenues à s'imposer comme modèle dans la lutte contre la reproduction des inégalités sociales par l'École? Ont-elles remis en cause le rôle joué par les grandes écoles de gatekeepers des filières d'élite de l'enseignement supérieur? A travers l'analyse du cas de la procédure spécifique d'admission mise en place par Sciences Po, nous verrons que la légitimation du dispositif par le registre de la « diversité » passe par la formulation d'un discours d'institution fondé sur la « responsabilité sociale » des élites, la réponse aux besoins des entreprises et la mise en avant de figures « méritantes » comme égéries du dispositif qui en individualisent et en dépolitisent du même coup la portée. Ceci permet l'attribution à des acteurs privés et non plus seulement étatiques de la prise en charge de politiques fortement localisées pouvant réclamer des réponses plus structurelles.
Equal opportunities » policies of grandes écoles : towards a « democratization » of higher education elite networks? The ZEP/Sciences Po Paris agreements case study
The « equal opportunities » policies implemented by grandes écoles highlight their will to fight against social inequality reproduction by the educational system by setting-up specific schemes in order to diversify and « democratize » their students population. Sciences Po is considered as the pioneer in this field by setting up in 2001 a specific admission process intended to high school candidates located in Priority Education Zones (ZEP) and having signed the agreement with the Institute of Political Studies (IEP). How locally restricted “democratization” policies implemented by grandes écoles manage to prevail as a model in the fight against social inequality reproduction? Did they question the role played by grandes écoles as gatekeepers of higher education elite networks? By analyzing the specific admission scheme implemented by Sciences Po, we will show that the scheme's legitimation through the “diversity” field is enabled by the formulation of an institutional speech based on the elites “social responsibility”, the answer to the private sector needs and the emphasis on “meriting” figures as symbols of the scheme which individualize and depoliticize in the same way its impact. This enables the attribution to private actors – and not only public actors – of the management of locally limited policies which could need more structural answers.
Bianca Potì (CNR-CERIS, Italie)
La politique universitaire en France à travers les changements dans les composantes du financement public: relations et effets
Le contrat quadriennal avec les établissements d’enseignement supérieur en France est une réalisation originale du changement différemment réalisé en Europe vers le pilotage public à distance et la responsabilité et autonomie du système académique. L’étude veut répondre à la question sur comment les changements récemment introduits en France dans le mode d’allocation du financement public, la création d’un organisme autonome d’évaluation et la faveur vers l’excellence dans le monde académique ont eu un impact sur le rôle du contrat. Est que il représente un espace réel de flexibilité et innovation, ou la politique, avec un certain dégrée d’indépendance des résultat d’évaluation, peut trouver en accord avec les objectifs et les expectatives des universités? Le contrat quadriennal n’a pas été conçu comme un instrument de délégation par l’Etat et, permettant aux acteurs d’essayer des trajectoires spécifiques, sur le quelles on collecte des informations, pourrait contraster les effets cumulatives à partir des résultats comparative moins performants registrés par les indicateurs d’évaluation. L’étude utilise des documents politiques, inclus un certain nombre de contrats, autres études sur le thème et interviews sélectionnées. Les résultats sont présentés à travers des schémas qui montrent l’évolution des trois composants du financement public aux établissements d’enseignement supérieur. Le cout de la transformation en cours et ses premiers effets sont aussi pris en considération.
How HE governance has changed in France, looking at the recent evolution of the public funding components: relations and effects.
A policy can be studied through its instruments, revealing many things on the relation between government and governed actors through its design and implementation. The French HE quadrennial contract is an interesting example of an original realization of the general movement towards steering at distance and accountability within academia. The study explores if the recent reorganization of the public core funding model, the creation of a national independent agency of evaluation (AERES) and the European pressure for quality and excellence has changed the role of contract and if it represents a real space of flexibility and innovation, where political choices can be affirmed, partly independently from the evaluation results of the Agency and in agreement with purposes and expectations of the universities. Recently the contracts became more linked to the new managerial duties of universities, but always keeping their medium term strategy content. French contracts were not delegation based tools and they “could” prevent cumulative negative circles to install, allowing actors try new routes and collecting information on the results. The study is based on the analysis of policy documents, including a list of contracts, available studies and on a number of selected interviews. Results are presented through synthetic schemes, showing the evolution of the three components of public funding to universities: formula funding, contract and project funding. The paper looks also to the costs of the current transformation and to the first effects.
Aude Soubiron (IRISSO, Université Paris-Dauphine et CSO, Sciences po et CNRS)
La politique d’égalité des chances, une réforme des structures institutionnelles de l’enseignement supérieur français ?
Cette contribution analyse la mise en cause de la dichotomie structurelle caractéristique de l’enseignement supérieur français opérée par l’instauration d’une réforme de la politique d’égalité des chances et de diversité dans la décennie 2000.
La frontière séparant universités et grandes écoles constitue l’un des enjeux centraux de la réforme de démocratisation de l’enseignement supérieur. L’émergence de normes internationales des formations supérieures remettent en question la position occupée par les grandes écoles dans l’enseignement supérieur français. Les injonctions politiques nationales au rapprochement, voire à la fusion avec les universités, constituent une contrainte supplémentaire. L’autonomie du système des grandes écoles est ainsi mise en cause. Les responsables de grandes écoles se saisissent de la question au début des années 2000, et parviennent à renverser la formulation du problème, passant d’une situation où elles incarnent le problème de la démocratisation de l’enseignement supérieur, à une configuration où elles deviennent le seul acteur de sa résolution.
La réforme étudiée est investie par les acteurs autour de l’enjeu d’autonomie du système des grandes écoles, les uns travaillant à abolir la frontière avec l’université, les autres à la maintenir. Ce jeu avec les frontières institutionnelles contribue à un maintien des configurations existantes, par une marginalisation voire une exclusion de l’université dans la définition du problème de la démocratisation, et par un renforcement des liens entre les établissements sélectifs.
The policy of equal opportunity : a reform of institutional structure in the French higher education system
This contribution analyses how the structural opposition between university and grandes écoles in French higher education is questioned by the reform of the policy of equal opportunity in the 2000s.
The boundary between universities and grandes écoles is one of the most important stake of the democratizing reform of higher education. New international norms emerge, questioning the position of grandes écoles in the higher education system. The government injunction to bring them together, or even to merge, are also constraining. The autonomy of grandes écoles system is thus called into question. When the directors of the grandes écoles seize the problem in the early 2000s, they manage to turn upside down the way how it is defined. Thus, after having embodied the democratizing problem of higher education, the grandes écoles become the only actor solving it.
The public policy reform of equal opportunity in higher education is built on the stake of the autonomy of the grandes écoles system, by actors competing with each other. Some of them endeavour to end the boundary, others to support the autonomy of grandes écoles. This play with institutional boundaries helps to support the former configurations, by marginalizing or even excluding university from the problem frame, and by confirming the links between the selective schools.
Axe 2
Maïté Leroy (CEVIPOL, Université Libre de Bruxelles)
La gouvernance au sein des universités de la Fédération Wallonie-Bruxelles : évolutions institutionnelles dans le cadre du processus de Bologne.
En 2004, la Communauté française de Belgique (aujourd’hui Fédération Wallonie-Bruxelles) a adopté un décret ‘définissant l’enseignement supérieur et favorisant son intégration au sein de l’Espace européen de l’enseignement supérieur’. Ce dernier contenait diverses mesures susceptibles de modifier en profondeur le paysage universitaire belge. Celui-ci, a contrario de son voisin français, est caractérisé par son morcellement extrême et le caractère privé de ses institutions.
Nous nous proposons, dans cette contribution, de revenir sur les processus de fusion entre universités initiés suite à l’adoption du décret de 2004. Basée sur une approche essentiellement institutionnaliste, cette étude nous permettra de mettre en exergue les liens étroits entre d’une part, l’organisation interne des universités et leur position dans le paysage universitaire francophone et d’autre part, la manière dont celles-ci ont mis en œuvre ou non les processus de fusion fortement encouragés par le législateur. Considérant la grande autonomie de gestion dont disposent les universités pour la réalisation des objectifs de Bologne, il est en effet nécessaire d’examiner en profondeur les structures institutionnelles existantes pour comprendre l’application du décret en Belgique francophone.
The governance within the universities of the Federation Wallonia-Brussels: institutional evolutions within the framework of the process of Bologna.
In 2004, the French Community of Belgium (now called Federation Wallonia-Brussels) adopted a decree 'defining the higher education and favoring its integration within the European Space of the higher education'. It contained several measures susceptible to modify in depth the Belgian university landscape. This one, at the opposite of its French neighbor, is characterized by its extreme division and the character deprived of its institutions.
We suggest, in this contribution, to go back over the processes of fusion between universities initiated further to the adoption of the decree of 2004. Based on an institutionalist approach, this study will allow us to highlight the narrow links between, on one hand, the universities’ internal organization and their position in the French-speaking university landscape and, on the other hand, the way these implemented or not the process of fusion strongly encouraged by the legislator. Considering the huge autonomy of management which universities for the realization of the objectives of Bologna have, it is indeed necessary to examine in depth the existing institutional structures to understand the application of the decree in French-speaking Belgium.
Christine Musselin (CSO, Sciences Po et CNRS)
La redéfinition des relations entre Etat, Universités et profession universitaire en Europe
Les systèmes d’enseignement supérieur européens sont soumis à des changements très lourds. Cette contribution questionne les effets de ces changements sur les configurations universitaires nationales, c’est-à-dire les relations et modes de régulation spécifiques qui lient les autorités publiques, les universités et la profession universitaire dans chaque pays (Musselin 2001 [2004)].
Partant de travaux récents sur le cas français et de recherches sur d’autres pays européens, on montrera que :
la nature des relations entre les trios “piliers” a connu des transformations profondes au cours des dernières années et notamment celles qui lie la profession universitaire aux autorités publiques.
Chacun de ces piliers a lui-même connu des évolutions importantes
Les nouveaux arrangements qui émergent entre les trois piliers tendent à devenir plus comparables d’un pays à un autre.
Ces configurations universitaires sont mises en question par l’émergence de nouveaux acteurs et la complexification de l’environnement des universités.
Dans ces nouvelles configurations, le gouvernement des universités est plus autonome et plus fort mais son renforcement dépend largement des évaluations et allocations budgétaires conduites par de nouvelles élites académiques au niveau national.
Relationships between universities and their environment: the transformation of university configurations in Europe
The higher education landscape is undergoing massive changes in many European countries. This paper questions how these changes affect the different university configurations, i.e. the national and each time specific interplay between public authorities, the academic profession and universities (Musselin 2001 [2004)].
Building on recent studies on the French case and some European countries, it will be shown that:
the nature of the relationships between these three pillars has changed dramatically within the last years, the more radical transformation concerning the relationships between the academic profession and universities.
each of the pillar is also submitted to important changes
the new interplay emerging between the three pillars tends to become more and more similar from one country to another.
university configurations are also challenged by the influence of new actors and the increased complexity in the environment of universities.
Within these new configurations the management of universities become more autonomous and stronger but this empowerment heavily depends on the role of evaluation and budget allocation played by some new academic elites at the national level.
Pauline Ravinet (CERAPS, Université de Lille 2) (avec Åse Gornitzka, ARENA, Université d’Oslo)
Emergence et institutionnalisation de la MOC éducation, du processus de Bologne et de la MOC recherche : les nouvelles modes de coordination conduisent-elles à de nouvelles arènes de gouvernance ?
Cet article compare trois cas de politiques de l’Europe de la connaissance. Dans quelle mesure la méthode ouverte de coordination (MOC) Education, le processus de Bologne et la MOC recherche représentent-elles une rupture avec les pratiques et les arènes de gouvernance existantes ?
Notre hypothèse centrale est la suivante : la façon dont une nouvelle forme organisationnelle transforme un ordre politique dépend des pratiques et structures institutionnalisées. Plus les structures existantes dans un secteur sont élaborées et reconnues, plus on pourra à s’attendre à ce qu’un nouveau mode de coordination soit absorbé par elles (plutôt que de donner lieu à la création d’une nouvelle arène).
La comparaison vient confirmer cette hypothèse. Pour le cas de l’enseignement supérieur, dans une situation initiale de relatif vide institutionnel, on observe une cristallisation et une institutionnalisation rapide du processus de Bologne. Dans le cas de l’éducation, l’arrangement institutionnel initial était lâche, la coordination peu dense, la mise en place de la MOC a impliqué la création d’un nouvelle espace politique et la MOC est devenue la pièce maîtresse de politique européenne d’éducation. Dans le cas de la recherche enfin, le point de départ est proche de la saturation institutionnelle, et l’on observe une faible institutionnalisation de la MOC, plus à la marge et entremêlée à d’autres procédures.
Inception and Institutionalization of the OMC education, the Bologna Process and the OMC research: From coordination templates to new policy arenas ?
This article is a comparative analysis of three cases located in knowledge policy domain at the European level. To what extent do the Open method of coordination (OMC) education, the OMC research and the Bologna Process represent a radical departure from existing practices and political arenas within the three policy domains?
Our central hypothesis is the following: The way in which an organizational template is picked up and processed in a political order depends on the nature of existing institutionalized practices. The more elaborated and dominating the extant official structures in a given sector, the more likely that a new specific template will be absorbed by it in the preference in the creation of new ones.
This hypothesis is confirmed by the comparative analysis of the cases. In the case of higher education, following a initial situation of relative institutional emptiness, we observe quick institutional crystallisation and then institutionalization of the Bologna process. In the case of education, there was a loose initial institutional setting, existing practices of coordination were traditionally less dense, and the application of OMC has implied that a new political space has been added, OMC has become the centerpiece of European approach to education. In the case of research finally, the starting point is closer to institutional saturation, and we observe a weak institutionalisation of the OMC process, more at the margins, and blended with existing procedures.
Kathia Serrano-Velarde (Université d’Heidelberg)
Les investissements privés dans l’enseignement supérieur – Une logique d’action européenne
La communication s’intéresse au discours européen sur l’enseignement supérieur articulé dans la stratégie de Lisbonne. Elle montre comment et pourquoi la commission européenne s’est mise á défendre la cause des investissements privés dans l’enseignement supérieur. L’étude aborde donc deux problématiques centrales : d’une part l’institutionnalisation d’une nouvelle ligne politique au niveau européen, d’autre part, le développement d’un argumentaire justifiant une logique d’investissement « capitaliste » dans l’enseignement supérieur (Boltanski/Chiapello 1999).
Nous proposons de mettre en lumière ce décalage discursif (et normatif) qui s’opéré au niveau européen depuis l’an 2000. Pour ce faire, nous entreprenons l’analyse discursive de documents européens sur une période de 5 ans (2003-2008). Nous démontrons comment la construction discursive d’une logique d’investissement capitaliste s’accompagne de l’institutionnalisation d’un indicateur MOC (Méthode ouverte de coordination) correspondant, assurant par là même la pérennité de ce genre de politique.
Private investments in higher education – A European action plan
The paper addresses the reframing of universities in EU policy discourse since the launch of the Lisbon strategy in 2000. It shows how and why the European Commission started to lobby for increasing levels of private investments for higher education in the framework of the so called “modernisation agenda”. The study thus tackles two interrelated issues: 1) the institutionalization of a new policy activity at the European level and 2) the development of an argumentative arsenal aimed at justifying and legitimizing capitalist investment logics in higher education.
At the centre of our analytical approach lies a discursive notion of institutionalisation as developed by Boltanski and Chiapello in “The new spirit of capitalism” (2006). We propose to take the premises of this work as a starting point to shed light on a complex political phenomenon: the normative shift in EU policy making that underlies European integration efforts in higher education and research. We therefore work with EU policy documents spanning a 5 year period (from 2003 to 2008) and demonstrate how the discursive construction of private investments for higher education went hand in hand with the institutionalisation of the OMC indicator to “increase public and private investments for higher education to 2% GDP”.
ALLOUCH Annabelle annabelle.allouch@sciences-po.org
LEROY Maïté maite.leroy@ulb.ac.be
MUSSELIN Christine c.musselin@cso.cnrs.fr
NOZARIAN Nazli nazli30@yahoo.com
POTI Bianca b.poti@ceris.cnr.it
RAVINET Pauline pauline.ravinet-2@univ-lille2.fr
SERRANO-VELARDE Kathia katiah.serrano-velarde@csi.uni-heidelberg.de
SOUBIRON Aude aude.soubiron@wanadoo.fr