Section Thématique 28

Milieux politiques et milieux d’affaires : pour une sociologie comparée européenne
Political and business circles: for a compared European sociology

Responsables

Magdalena Hadjiisky (Université de Strasbourg, GSPE-PRISME) Magdalena.hadjiisky@misha.fr
Hélène Michel (Université de Strasbourg, GSPE-PRISME)
helene.michel@unistra.fr

Présentation scientifique Dates des sessions Programme Résumés Participants

 

Présentation scientifique

Cette section thématique se propose d’aborder les relations entre acteurs politiques et milieux d’affaires (1) sous l’angle de la sociologie des élites en étudiant les configurations d’échange et de pouvoir dans lesquelles ces dernières s’insèrent. Il s’agit non seulement de caractériser ces relations, qui répondent à des logiques et à des cadres de légitimation différents, mais aussi de rendre compte de la fluctuation des frontières entre champ politique et champ économique. Car ce qui est en jeu dans ces relations, c’est, d’une part, le périmètre d’action de l’Etat et sa légitimité à intervenir et, d’autre part, sa morphologie qui renvoie certes à son caractère fédéral ou unitaire, au degré d’autonomie territoriale, à la place respective des élus, des auxiliaires politiques et des agents de l’Etat dans le processus décisionnel, mais aussi au rôle et à la place des responsables économiques et de leurs représentants dans les affaires publiques (2).
Les travaux comparatifs sont rares dans ce domaine (3). Les analyses sur le patronat et ses représentants dans les différents Etats européens, si elles intègrent souvent la question des relations nouées avec les milieux politiques, n’ont guère les moyens de les mettre en perspective comparée. Les études récentes sur les partis politiques en Europe privilégient généralement l’analyse de leur proximité avec l’« Etat » (4), mais laissent de côté les relations unissant milieux politiques et administratifs aux secteurs économiques et financiers. De même, les travaux sur les groupes d’intérêts qui dressent des typologiques entre Etats en fonction de la forme de leurs relations avec les groupes d’intérêt ne dépassent guère l’approche institutionnelle (5), occultant ainsi la nature sociologique des proximités entre les acteurs étatiques et ceux qui seraient à l’extérieur. Enfin, déjà anciennes, les études comparées existantes n’intègrent pas les évolutions liées à l’élargissement de l’Union européenne aux pays d’Europe centrale et orientale. Pourtant, non seulement ces pays constituent, en eux-mêmes, des cas particulièrement intéressants (6), mais, avec l’arrivée de ces nouveaux acteurs et des problématiques et traditions spécifiques qui sont les leurs, l’espace européen connaît depuis le début des années 1990 des reconfigurations importantes dans ce domaine.
Il manque donc une exploration systématique et réactualisée des configurations de pouvoir existant entre les milieux politiques et d’affaires au niveau européen. Loin d’un comparatisme de façade (7), il s’agit de réunir des données empiriques tant quantitatives que qualitatives sur les élites politico-administratives et économiques de manière à pouvoir confronter des logiques de changement du champ politique.

La session sera organisée en deux séances autour des quatre thématiques suivantes :
1/ La participation directe des hommes d’affaires en politique
Quel est, selon les pays européens et/ou les périodes historiques, le degré d’autonomisation de la profession politique par rapport aux secteurs économique et financier ? En période de fluidité politique, comment se renégocient les interactions entre les champs politique et économique dans les changements de régime ? Y-a-t-il progressive ré-autonomisation du champ politique et « acculturation » au métier politique des anciens industriels et hommes d’affaires entrés en politique ?
2/ L’implication des agents politiques et administratifs dans le monde des affaires
Les élus, auxiliaires politiques et hauts fonctionnaires sont-ils présents dans les lieux de réflexion (think tank patronaux par exemple) et dans les instances décisionnelles de l’entreprise (y compris de presse) comme les directoires, les conseils d’administration ou de surveillance ? Qui sont et quel est le rôle des agents d’intermédiation (8) dans les interstices entre ces espaces sociaux ? Quels liens (familiaux, amicaux, professionnels…) les personnels partisans analysés entretiennent-ils avec d’anciens hauts fonctionnaires ou collaborateurs d’élus à la tête de grandes entreprises nationales ou multinationales ?
3/ Etudes approfondies de configurations d’acteurs
Parallèlement à ces approches quantitatives sur la morphologie des élites, une large place sera dévolue à la méthode qualitative pour décrypter les usages variés que font les acteurs politiques de leurs relations avec les milieux d’affaires et rendre compte des cadrages et jeux de contraintes réciproques induits par les négociations entre responsables politiques et milieux d’affaires (9).
4/ La « contrainte » européenne
Un dernier axe concerne les effets potentiels, sur ces configurations nationales, des dynamiques européennes dans les sphères économique et monétaire. La logique de conditionnalité mise en œuvre au niveau communautaire suppose l’adoption de stratégies de mise en conformité dans les Etats membres. Certaines doctrines économiques sont-elles favorisées par certaines configurations (10) ? ou inversement, contribuent-elle à éloigner, voire évincer du champ du pouvoir certaines élites économiques et politiques au profit d’autres ?

Notes

1 Par « milieux d’affaires », nous entendrons les chefs d’entreprises industrielles ou financières ayant un rôle économique reconnu comme significatif pour le territoire (européen, national ou local) concerné par la recherche empirique, étant entendu que la caractérisation de ce statut est elle-même l’enjeu de luttes symboliques menées par les intéressés ou par leurs représentants (qu’ils soient ou non organisés collectivement).
2 Approche privilégiée par P. Bourdieu dans La noblesse d’Etat, 1989. Voir aussi M. Bauer et B. Bertin-Mourot, Radiographie des grands patrons français, L’Harmattan, Paris, 1997, et, plus récemment, F-X Dudouet, E. Grémont, « Les grands patrons et l’Etat en France, 1981-2007 », Sociétés contemporaines, 68, 2007.
3 La dernière étude systématique a été dirigée par Bruno Jobert, Le tournant néolibéral en Europe, L’Harmattan, Paris, 1994. On trouve également des éléments de comparaison dans Le recrutement des élites en Europe (dir. E. Suleiman, H. Mendras, La Découverte, 1997), dans Le clientélisme politique dans les sociétés contemporaines,  dirigé par J-L Briquet et F. Sawicki (Paris, PUF, 1998) ou encore dans « Les hommes d’affaires en politique », Politix, 84, 2008.
4 Voir le stimulant ouvrage Les systèmes de partis dans les démocraties occidentales. Le modèle du parti-cartel en question, Y. Aucante, A. Dézé, dir., Presses de SciencePo, 2008
5 E. Grossmann et S. Saurugger, Les groupes d’intérêt, Paris, A. Colin, 2007.
6 Ils mettent en perspective le contexte historique et la rupture avec le soviétisme dans la différenciation sociale des champs politique et économique. D. Stark, L. Bruszt, Post-socialist Pathways. Transforming Politics and Property in East Central Europe, Cambridge University Press, 1998
7 P. Hassenteufel, « De la comparaison internationale à la comparaison transnationale », RFSP, 2005, 55 (1), p. 113-132
8 M. Offerlé insiste sur ces « passeurs » dont les trajectoires professionnelles hybrides sont valorisées dans Sociologie des organisations patronales (La Découverte 2009, p.102)
9 C. Woll, Firm Interests. How governments shape business lobbying on global trade, Cornell University Press, 2008
10 Les réappropriations de ces doctrines dépendront des groupes d’acteurs et des contextes historiques nationaux. Sur l’Europe centrale, voir par exemple A. Pickel, « Official Ideology ? The role of neoliberal economic reform doctrines in post-communist transformation », Polish sociological review, 1995 (4) et D. Ost, “The EU’s influence on the development of capitalism”, in D. S. Lane, The transformation of State Socialism, NY, Palgrave MacMillan, 2007.

This thematic section will address relationships between political actors and business circles in the perspective of the sociology of elites, by studying the interplays and configurations of power in which elites are involved and which are informed by different logics and frames of legitimization. The research will also investigate the fluctuations of the boundaries between political and economic fields.
At stake in these relationships is, on the one hand, the State’s perimeter of action and its legitimacy, and on the other, its morphology, which admittedly depends on its federal or unitary character, on the degree of territorial autonomy, on the respective positions of political representatives and State agents in the decision-making process, but also hinges on the role played by key economic actors and their representatives in public affairs.
The section will be divided into two sessions, around the following four themes: 

1/ Direct participation
of businessmen in politics
What is, according to the European countries and/or historical periods, the degree of autonomisation of the political profession in relation to the economic and financial sectors?
2/ The involvement of political and administrative agents in the business world
Are political representatives and top officials present in venues of reflection (such as think tanks) and decision-making bodies of businesses (including the press), such as executive or supervisory boards, and with what role?
3/ In-depth studies of configurations of actors
In addition to these quantitative approaches of the morphology of elites, we intend to leave ample room for the qualitative method to account for political reorientations, investigate the political actors’ varied uses of their relationships with business circles, and to highlight the framings and reciprocal constraints induced by negotiations between political and business actors.
4/ The European “constraint”
EU conditionality entails the adoption of strategies of compliance in Member States. Are specific economic doctrines favoured in given configurations? Conversely, do they result in the eviction of certain economic and political elites in the field of power to the benefit of others?


Sessions

Les travaux de la Section Thématique se dérouleront sur les sessions suivantes :
Session 1 : 31 août 2011 13h45-16h30
Session 2 : 1er septembre 2011 8h45-11h30

Voir planning général...

Lieu : IEP (Amphi 318)


Programme

Axe 1 : Hommes d’affaires en politique : trajectoires et participations

Axe 2 : Configurations d’acteurs et « participations » croisées


Résumés des contributions

Axe 1

Maryse RAMANBASON-VAUCHELLE (GSPE/CERCEC)

Entrepreneurs économiques ou entrepreneurs politiques ? Le rôle des représentants des commerçants et entrepreneurs lors de la Conférence Constitutionnelle de la Fédération de Russie (1993)

Le 5 juin 1993 s’ouvre au Kremlin la première séance plénière de la Conférence constitutionnelle de la Fédération de Russie. A l’occasion de cette Conférence, les agents d’un espace économique en construction reçoivent leur première existence politique dans la constitution d’un groupe de représentants chargés de défendre leurs intérêts. Composé de 47 membres, ce groupe rassemble des représentants d’associations fédérales et interrégionales et autres unions de commerçants et d’entrepreneurs.
L’intervention sera consacrée plus précisément au rôle et à la place particulière qu’occupe le groupe « des commerçants et entrepreneurs » dans l’ensemble de ce processus constituant. Les membres de ce groupe seront ainsi à l’origine du premier acte symbolique produit par la Conférence, la « Déclaration sur une nouvelle Constitution de la Russie démocratique libre » qui sera approuvée et signée par l’ensemble des représentants de la Conférence. La Conférence constitutionnelle sera appréhendée comme un espace de transactions sociales où se négocie un nouvel ordre social et politique.

Economic or Political Entrepreneurship?The role of the Representatives of the Tradesmen and Entrepreneurs in the Constitutional Conference of the Russian Federation (1993)

On June 5th, 1993, the first plenary session of the Constitutional Conference of the Russian Federation opens at the Kremlin. During this Conference, some agents of an economic space under construction come to political existence, as they constitute a group of representatives charged to defend their interests. This group, composed of 47 members, gathers representatives of federal and interregional associations and of other unions of tradesmen and entrepreneurs.
The intervention focuses more precisely on the role and the particular place which the group “of the tradesmen and entrepreneurs” occupy in the whole of the constituent process. The members of this group are at the origin of the first symbolic act produced in the Conference, the “Declaration on a New Constitution of Free Democratic Russia”, which is approved and signed by the whole of the representatives of the Conference. The constitutional Conference is apprehended as a space of social transactions where a new political and social order is negotiated. 

Dilek YANKAYA (Science Po Paris – CERI/ OBTIC)

La consolidation de la nouvelle bourgeoisie islamique en Turquie : la circulation des nouvelles élites économiques dans les champs du pouvoir

Cette communication se propose d’étudier la circulation des responsables du MÜSIAD des années 2000 dans les positions d’influence sous le pouvoir de l’AKP (Parti de la justice et du développement, fondé en 2001). Plus précisément elle étudie les mécanismes d’intégration des membres de l’association patronale dans les structures du pouvoir. Tout d’abord elle montre comment la participation active à la vie associative au MÜSIAD conduit les entrepreneurs à s’intégrer parmi les élites locales de leur province en leur permettant d’accumuler quatre espèces de capital : le capital économique, le capital médiatique, le capital humain professionnel et le « capital social des élites ». Ensuite, elle montre comment ces élites diversifient leurs activités civiles et circulent dans divers champs en prenant trois types de responsabilités : l’engagement dans des organisations civiques, l’intégration dans l’administration des chambres de commerce et d’industrie et l’engagement partisan dans l’organisation locale de l’AKP et dans le parlement. Les élites du MÜSIAD s’intègrent ainsi dans les élites dirigeantes en Turquie et cette intégration leur permet d’influencer le développement économique, l’orientation politique et le changement social du pays en faveur des intérêts économiques et des caractéristiques socioculturelles de la nouvelle bourgeoisie islamique.

The consolidation of the new Islamic bourgeoisie in Turkey: New economic elites’ circulation in the power fields

This paper aims to study the MÜSIAD members social mobility since 2000 towards the positions of influence under the rule of the AKP (Justice and Development Party founded in 2001). The focus is on the mechanisms of integration of the members of this businessmen association in power structures. Firstly, this study shows how active participation in MÜSIAD's organization leads the entrepreneurs to integrate among the local elites of their provinces by allowing them to accumulate four kinds of capital : economic capital, mediatic capital, professional human capital and social capital with elites. Then it analyzes how these elites diversify their activities and circulate in various fields undertaking three types of responsibilities: activism in civic organizations, integration in the administration of chambers of commerce and industry and the partisan engagement in the local organizations of AKP and in the National Assembly. MÜSIAD elites become hence the ruling elites in Turkey and this integration allows them to influence economic development, political orientation and social change in the country in favour of the economic interests and sociocultural characteristics of the new Islamic bourgeoisie.

Jean-Louis BRIQUET (FNSP-CERI)

La conversion politique d'un homme d'affaires : la « descente sur le terrain » électoral de Silvio Berlusconi (1993-1994)

La « descente sur le terrain » électoral de Silvio Berlusconi, en janvier 1994, a marqué un tournant important dans la vie politique italienne. Ce sont en effet des ressources inédites que ce dernier a mobilisées pour imposer son leadership sur la nouvelle droite italienne, qui a remporté les élections législatives en mars. Il a mis notamment en avant son statut d’homme d’affaires, étranger à l’establishment politique et aux partis traditionnels, pour justifier sa conversion aux affaires publiques. Il s’est appuyé sur ses entreprises (ressources organisationnelles et financières, savoir-faire managériaux, techniques de marketing, capital social et implantation territoriale) pour fonder un parti entièrement nouveau : Forza Italia. A partir des nombreux témoignages désormais disponibles sur la création de ce parti, j’examine les conditions et les modalités de la conversion de ressources entrepreneuriales en ressources politiques. Il s’agira également de montrer en quoi cette trajectoire particulière d’accès au métier politique contribue à rendre incertaine la légitimité de Berlusconi et à ouvrir un nouvel espace de controverses, dominant le débat public jusqu’à aujourd’hui et opposant la légende dorée de la success story personnelle à la légende noire de la corruption affairiste de la démocratie italienne.

The political conversion of a businessman: Silvio Berlusconi’s entrance into politics (1993-1994)

Berlusconi’s entrance into politics, in January 1994, was a turning point in Italian politics. He mobilized indeed original resources in order to assert his leadership on the new rightwing coalition, which was victorious at the general elections in March. He advanced his own status of entrepreneur and outsider in order to differentiate himself from the political establishment and the traditional political parties. He created a totally new party (Forza Italia) using the organizational and financial resources, the professional expertise in management, the social capital and the grassroots supports at the local level, of its own enterprises. Based on accounts and testimonies of individuals involved in the creation of Forza Italia, the paper examines the conditions and the modalities of the conversion of entrepreneurial resources into political resources. It also discusses the way in which the peculiarity of Berlusconi’s political career contributes to make uncertain and controversial his political legitimacy.

Axe 2

Antoine VAUCHEZ (Paris 1 Panthéon-Sorbonne, CESSP)

Quand le politique « prend la robe ». Elite politique nationale et barreau d’affaires

Depuis un texte du 27 novembre 1991, hauts fonctionnaires et hommes politiques peuvent désormais accéder à la profession d’avocat sur dossier, sans examen, ni condition de diplôme. Au fil des vingt dernières années, plusieurs dizaines d’hommes politiques –souvent de premier plan- ont ainsi pris la robe, à Paris pour la grande majorité d’entre eux, selon des trajectoires qui révèlent la variété des usages qui sont faits de la profession d’avocat autant qu’elles invalident la thèse souvent évoquée d’un retour à la « République des avocats ». La communication propose une première analyse de ces passages, cumuls et circulations de part et d’autre de la frontière entre les deux professions et revient sur les controverses qui les ont progressivement accompagnées.
 

Politicians in the legal profession. French political elite and Parisian law firms

Ever since a decree of Novembre 27th 1991, a new entry point to the French bar has opened allowing for high civil servants and politicians to access legal practice without exam, nor conditions of diploma. Over the past twenty years, several dozens of politicians –oft of national status- have entered the bar, most often in Paris, following trajectories that indicate a variety of possible career paths, as much as they invalidate the parallel with the “Republic of lawyers” of the late XIXth century. The paper suggests a first analysis of these career moves, multiple positioning and circulations on both sides of the professional fences (political/bar). It also questions the growing public controversies that have come along with these moves. 

Julie GERVAIS (Paris 1- Panthéon-Sorbonne, CESSP)

Nous sommes tous des acteurs de la modernisation". Quand milieux d'affaires, personnel politique et agents administratifs oeuvrent de concert à la réforme de l'Etat

Nous proposons d’interroger l’idée d’une opposition entre « l’énarchie » et la « ‘consultocratie’ » et la thèse selon laquelle l’existence des grands corps aurait ralenti la pénétration des consultants au sein de l’administration centrale. Nous souhaitons prendre la mesure du déploiement des logiques marchandes au sein des administrations publiques et interroger la labilité entre les sphères publique et privée ainsi que la (re)définition des rapports entre les espaces administratif, politique et économique. En partant de la notion d’« élites de l’administration » et de l’étude d’un club (le « Club des acteurs de la modernisation de l’Etat ») nous proposons de nous intéresser, plus particulièrement, aux acteurs positionnés à la frontière des espaces privé et public et d’interroger les modalités et les effets de leurs circulations entre ces deux secteurs.
L’étude des trajectoires professionnelles et des propriétés des élites qui participent à ce club révèle des enjeux de légitimation croisée entre les acteurs issus des sphères publique et privée ou positionnés à la frontière de ces deux espaces. Dans cette perspective, nous nous intéresserons plus particulièrement aux parcours et aux rapports d’affinité qu’entretiennent ou ont entretenu les membres du Club et les fonctionnaires et personnels de cabinet proches de l’ex-ministre Eric Woerth.

Overlapping borders – when public and private spheres interplay

In the literature related to corporate participation to public policies, the case of France is often considered as an exception. French resistance to such an evolution is often put down to the organization of its civil service around unified and quite powerful bodies called ‘grands corps’. It is the very existence of these ‘grands corps’ and their resistance to any kind of competitors coming from the private sector which would explain the fact that corporate actors are less present in the public sector than in other countries. In other words, the monopolization of expertise related to the public sector by French senior civil servants is considered as a major brake in the development of ‘consultocraty’. The purpose of this paper is to oppose the thesis of the French officials’ resistance as it artificially opposes two groups: corporate actors on the one side and public ones on the other, which both are supposed to protect the price and the legitimacy of their own expertise. The paper will focus on the careers of a consultants club’s members and will draw particular attention to their closeness to political and officials networks.

Baptiste GIRAUD (CESAER-INRA de Dijon)

La reconfiguration de l’engagement politique et professionnel des chefs d’entreprise. L’exemple du Châtillonnais

Cette communication prend appui sur une recherche en cours sur les ressorts de l’engagement politique et professionnel du territoire rural, constitué essentiellement de PME, et qui se caractérise par un déclin à la fois économique et démographique depuis plusieurs décennies. A travers cette enquête monographique, il s’agit donc, en premier lieu, de se pencher sur un monde patronal encore peu étudié, celui des petites entreprises du monde rural, d’observer à travers lui les transformations du capitalisme familial et patrimonial – qui ne disparaît pas mais se recompose -, et d’étudier les implications de ces métamorphoses sur les conditions de possibilité et la manière dont le groupe patronal se construit et se mobilise dans l’espace politique local. A partir de l’observation du club des entreprises de ce territoire, je chercherai d’abord à expliquer comment les transformations et la pluralité de ce groupe patronal – du point de vue des caractéristiques des entreprises, des propriétés de leurs dirigeants, et de leur rapport au territoire - déterminent les processus d’engagement différenciés de ces chefs d’entreprise. A partir de cet angle d’analyse, la question des liens entre le monde économique et le monde politique, sera alors abordée à travers un double questionnement. Comment se redéfinissent les modalités d’engagement de ces chefs d’entreprise dans des carrières d’élus locaux ? Quels sont les dispositifs et les stratégies d’action à travers lesquels les représentants patronaux défendent leurs intérêts dans la construction de l’action publique locale, et que nous montrent-elles des relations d’échange mais aussi des motifs de tension qui se nouent entre représentants du monde économique et représentants du monde politique ?

Christophe BOUILLAUD (IEP de Grenoble, PACTE)

Le cas Silvio Berlusconi ou la lente destruction du capitalisme italien par un capitaliste (1994-2011)

Il pourrait sembler que l’accession au pouvoir d’Etat pendant une longue période (2001-2006, 2008-2011) par un grand entrepreneur capitaliste soit un viatique pour une marche en avant du capitalisme contemporain vers son achèvement utopique. En prenant le cas de Silvio Berlusconi, on tentera de montrer qu’il n’en est rien, aussi bien sur le plan des relations au sein de la classe capitaliste, sur le plan de l’image de l’Italie comme pays attractif pour les investisseurs, ou enfin sur le plan des performances économiques. Le cas italien montre – sans surprise - l’importance des institutions adéquates afin d’approfondir le capitalisme.

Silvio Berlusconi’s Case, or the Slow Destruction of Italian Capitalism by a Capitalist (1994-2011).

At first glance, one could consider the rise to State power by an important capitalist entrepreneur during a long period of time (2001-2006, 2008-2011) as an easy option to facilitate the great leap forward of contemporary capitalism to its utopian realization. Taking into account the case of Silvio Berlusconi, we will try to show that it is not so, under three interrelated dimensions: relations inside the capitalist class, image of Italy as a good place to invest money, and economic performance. The Italian case shows - once again - the centrality of institutions if we wish to go deeper in the capitalism realm.


Participants

BOUILLAUD Christophe bouillaud@yahoo.com
BRIQUET Jean-Louis briquet@ceri-sciences-po.org
GERVAIS Julie gervais_julie@yahoo.fr
GIRAUD Baptiste baptistegiraud@hotmail.com
HADJIISKY Magdalena Magdalena.Hadjiisky@misha.fr
MICHEL Hélène helene.michel@unistra.fr
RAMANBASON-VAUCHELLE Maryse maryse.ramambason@gmail.com
VAUCHEZ Antoine vauchez@hotmail.com
YANKAYA Dilek dilek.yankaya@sciences-po.org