Section Thématique 29

Partis politiques et politiques publiques
Political Parties and Public Policy

Responsables

Simon Persico (Centre d’Etudes Européennes, Sciences-Po Paris) simon.persico@sciences-po.org
Isabelle Guinaudeau (SPIRIT, Sciences-Po Bordeaux) i.guinaudeau@sciencespobordeaux.fr

Présentation scientifique Dates des sessions Programme Résumés Participants

 

Présentation scientifique

Les dernières décennies ont été marquées par un discours récurrent sur le déclin des partis politiques et l’émergence de nouveaux canaux de participation et de représentation. Pourtant, le lien entre partis politiques et politiques publiques est au coeur des théories de la démocratie représentative. Les partis s'y voient attribuer des fonctions de sélection du personnel politique, d'agrégation des préférences, d'élaboration des propositions programmatiques et de mise en œuvre des politiques publiques (Manin 1995). Les citoyens, en choisissant de voter pour tel ou tel parti, évaluent les choix passés et mandatent ce parti pour les choix futurs (Klingemann, Budge et Hofferbert 1994). Le socle des régimes politiques modernes repose donc sur cette double capacité des partis politiques à mettre en œuvre les politiques publiques pour lesquelles ils ont été élus et à se distinguer dans cette tâche.
Les travaux analysant l'articulation entre partis politiques et politiques publiques sont pourtant peu nombreux. Dans ce champ, il existe une forte séparation entre spécialistes des politiques publiques – s'intéressant à l'importance du parti au pouvoir dans le contenu des politiques publiques – et spécialistes des partis et des élections – cherchant à évaluer le rôle des idées dans la compétition partisane (Hassenteufel et Smith 2002). Il nous apparaît pourtant que ces deux courants posent de bonnes questions et qu'il serait fructueux de confronter leurs résultats. C'est la raison pour laquelle nous souhaiterions que la Section Thématique, qui s’inscrit au croisement du politics et du policy comporte deux séances.

 

Séance 1. Les politiques publiques comme ressources et objets de la compétition partisane
La mise en place de politiques publiques n’est pas l’unique objectif des partis politiques, mais le débat sur les politiques publiques fait partie intégrante de la compétition interpartisane. Ainsi, les enjeux de politiques publiques (policy issues) encadrent le débat et simplifient le choix des électeurs. La compréhension d'un système politique donné passe donc notamment par l’analyse de l’usage que font les partis politiques de ces enjeux.
Cette première séance s'articulera ainsi autour de grandes questions relatives au contenu programmatique de la compétition partisane : quels sont les enjeux dominants de la compétition partisane (Laver 2001; Klingemann et al. 2007) ? Constate-t-on une évolution des dimensions de conflit des systèmes partisans (Mair 2000 ; Kriesi et al. 2006 ; Martin 2007) ? Quelle stratégie les partis mettent-ils en œuvre dans la sélection et la mise en avant de ces enjeux (Saglie 1998; Blomquist et Green-Pedersen 2004 ; Marks et al. 2007) ? Certains enjeux sont-ils l'apanage exclusif d'un parti ou d'un type de parti (Green-Pedersen 2007 ; Meguid 2008; Hobolt et de Vries 2010) ? Quelles approches méthodologiques sont-elles appropriées pour aborder ces questions (Volkens 2007 ; Laver et Benoit 2007) ?

Séance 2. L'impact des partis politiques sur les politiques publiques
Si l'on prend la théorie démocratique au sérieux, un changement de parti au gouvernement devrait transformer le contenu des politiques publiques (Blais, 2003 : 929). Des réponses plus ou moins nuancées ont été données à la question : « Do parties matter ? » (Castles, 1982 ;  Beyme 1984 ; Blais, Blake, & Dion, 1993 ; 1996). En effet, la cartellisation des partis, l’affaissement des idéologies traditionnelles, la montée des mouvements sociaux et l’augmentation de la volatilité électorale auraient affaibli le rôle des partis, y compris dans leur fonction d’élaboration des politiques publiques.
Il semble intéressant de reposer cette question à l'aune d'un affinement des hypothèses relatives à l'impact des partis sur les politiques publiques et d'un renouvellement méthodologique : à quelle étape du policy process les partis peuvent-ils avoir un impact (Carmines et Stimson 1993 ; Kingdon 1995 ; Baumgartner et Jones 1993; 2003; Baumgartner, Brouard et Grossman, 2009) ? Quelles sont les variables à prendre en compte pour mesurer l'impact partisan, tant au niveau des variables dépendantes (variations budgétaires, choix d’instruments…) qu'indépendantes (stratégies partisanes, cycles électoraux, imminence des élections...) ? Quelles sont les interactions des partis avec d'autres acteurs des politiques publiques (Mulé 1997; Zittoun 2001) ? Comment les idées circulent-elles entre les différentes arènes ?

Cette Section Thématique s'inscrit au cœur des débats internationaux relatifs aux partis et systèmes de partis et recoupe les axes de recherches de plusieurs groupes transnationaux (Comparative Manifestos Project, European Network of Political Texts, Comparative Agendas Projects, Euromanifestos Project...). Les communications sélectionnées feront un effort de systématisation empirique, par le biais de la comparaison, de l'analyse statistique ou de l'étude approfondie de cas (enjeux de politiques publiques, systèmes partisans, partis), ou tenteront un éclaircissement théorique de ce champ encore peu structuré.

It has now been a couple of decades since political parties have been declared to be in decline, due to the emergence of new routes of political participation and representation. However, the link between political parties and public policy sits at the heart of representative democratic theories: parties should play a role in selecting representatives, aggregating preferences, devising policy proposals and implementing public policy (Manin 1995). Citizens, by voting for one party instead of another, evaluate past decisions and mandate this specific party, in view of future decisions  (Klingemann, Budge and Hofferbert 1994).  As a result, foundations of Western political regimes rest in parties’ double capacity to implement the public policies for which they have been elected, and to distinguish themselves at this task.
However, previous works analysing the relationship between party and policy suffer from a divide: public policy scholars mostly focus on the impact of parties on actual policy, whilst party and election scholars are interested in measuring the role of ideas in party competition (Hassenteufel and Smith 2002). The goal of this Section thématique will be to confront their results.
Session 1. Public policy as the object of party competition
Implementing public policy is not the only goal that political parties pursue, but debate over the most desirable policies is an integral part of party competition. Parties position themselves on different policy issues, and this positioning helps citizens’ voting decision. Hence, this first session will focus on the policy content of party competition: what are the dominating issues in political campaigns (Laver 2001, Klingemann et al. 2007)? Do dimensions of interparty conflict evolve (Mair 2000, Kriesi et al. 2006, Martin 2007)? What strategy do parties pursue when selecting and emphasizing policy issues (Saglie 1998; Blomquist and Green-Pedersen 2004; Marks et al. 2007)?  Are certain issues owned by any particular party or type of parties (Green-Pedersen 2007; Meguid 2008; Hobolt and DeVries 2010)? What methodological approaches are best suited to treat these questions (Volkens 2007; Laver and Benoit 2007)?
Session 2. The impact of political parties on public policy
According to democratic theory, a change in the governing party should lead to a change in  implemented policy (Blais 2003: 929). Many attempts to answer the question: “Do parties matter?” have come to different answers (Castles 1982; Beyme 1984; Blais, Blake and Dion 1993; 1996). Indeed, party cartelization, the fading of traditional ideologies, the rise of social movements and the increase in electoral volatility might have weakened the role of parties, including their ability to devise distinctive public policies.
However, this general question would still be extremely insightful, by dividing it into separate sub-questions: at what stage of the policy process are parties more likely to impact public policy (Carmine and Stimson 1003; Kingdon 1995; Baumgartner and Jones 1993; 2003; Baumgartner, Brouard and Grossman 2009)? What variables need to be taken into account when measuring the impact of parties? This is true for the choice of dependent variables (budgetary evolutions, choice of instruments…) or independent variables (party strategies, electoral cycles…)? What are the interactions between parties and other policy actors (Mulé 1997; ZIttoun 2001)? How do ideas circulate between different policy arenas?
This Section Thématique lays in the heart of international debates focusing on parties and party systems as well as studies of policy making. Papers will make an effort to ground their arguments in empirical data, through comparison, statistical analysis or in-dept case studies (policy issues, party systems, parties). Papers will also attempt to shed a new theoretical light on this somewhat understructured research field.

Bibliographie / References

Baumgartner (Franck), Jones (Brian), Agendas and Instability in American Politics, Chicago: University Of Chicago Press, 1993.
Baumgartner (Franck), Jones (Brian), Policy Dynamics, Chicago: University of Chicago Press, 2002.
Baumgartner (Franck), Brouard (Sylvain) & Grossman (Emiliano), « Agenda-setting dynamics in France: revisiting the “partisan hypothesis” », French Politics, 7(2), 2009, p. 75-95.
Benoit (Kenneth) et Laver (Michael), Party Policy in Modern Democracies, New-York: Routledge, 2007.
Beyme (Klaus), « Do Parties Matter? The Impact of Parties on the Key Decisions in the Political System », Government and Opposition, 19(1), 1984, p. 5-29.
Blais (André), « Les élections affectent-elles les politiques gouvernementales ? Le cas des dépenses publiques », Revue française de science politique, 53(6), 2003, 929-940.
Blais (André), Blake (Donald), Dion (Stéphane), « Do Parties Make a Difference? Parties and the Size of Government in Liberal Democracies », American Journal of Political Science, 37(1), 1993, p. 40-62.
Blais (André), Blake (Donald), Dion (Stéphane), « Do Parties Make a Difference? A Reappraisal ». American Journal of Political Science, 40(2), 1996, p. 514-520.
Blomqvist (Paula), Green-Pedersen (Christoffer), « Defeat at Home? Issue-Ownership and Social Democratic Support in Scandinavia », Government and Opposition, 39(4), 2004, p. 587-613.
Budge (Ian) et al., Mapping Policy Preferences: Estimates for Parties, Electors, and Governments, 1945-1998, Oxford : Oxford university press, 2001.
Burstein (Paul), Linton (April), « The Impact of Political Parties, Interest Groups, and Social Movement Organizations on Public Policy: Some Recent Evidence and Theoretical Concerns », Social Forces, 81(2), 2002, 381-408.
Carmines, (Edward G.) and Stimson, (James A.) « On the Evolution of Political Issues’, in Riker (William) (ed.), Agenda Formation. Ann Arbor MI: University of Michigan Press, 1993, pp. 151–68
Castles (Francis) 1982. The Impact of Parties : Politics and Policies in Democratic Capitalist States, Londres: Sage Publications, 1982.
Dye (Thomas), Politics, economics, and the public : policy outcomes in the American States, Chicago: Rand McNally, 1966.
Green-Pedersen (Christoffer), « The Growing Importance of Issue Competition: The Changing Nature of Party Competition in Western Europe ». Political Studies, 55(3), 2007, p. 607-628.
Hassenteufel (Patrick), Smith (Andy), « Essoufflement ou second souffle ? L'analyse des politiques publiques « à la française », Revue française de science politique, 52(1), 2002, p. 53-73.
John (Peter), «The Policy Agendas Project: a Review », Journal of European Public Policy, 13(7), 2006, p. 975-986.
Katz, (Richard), Mair (Peter), How Parties Organize : Change and Adaptation in Party Organizations in Western Democracies. London: Sage publications, 1994.
Kingdon (John), Agendas, Alternatives, and Public Policies, Thousand Oaks: Longman Publishing Group, 1995.
Klingemann (Hans-Dieter), Hofferbert (Richard), Budge (Ian), Keman (Ian), Parties, Policies and Democracy. Oxford : Westview Press, 1994.
Klingemann (Hans-Dieter), Volkens (Andrea), Mapping Policy Preferences II: Estimates for Parties, Electors and Governments in Central and Eastern Europe, European Union and OECD 1990-2003, Oxford: Oxford University Press, 2007.
Kriesi (Hanspeter), Grande (Edgar), Lachat (Romain), West European Politics in the Age of Globalization , Cambridge: Cambridge University Press, 2008.
Laver (Michael), Estimating the Policy Positions of Political Actors , New York: Routledge, 2001.
Mair (Peter), “The challenge to Party Government”, West European Politics, 31 (1), 2008, pp. 211-234.
Manin (Bernard), Principes du gouvernement représentatif. Paris : Flammarion, 1996.
Marks (Gary) et Steenbergen (Marco) (eds),  European Integration and Political Conflict, Cambridge: Cambridge University Press, 2003.
Martin (Pierre), « Comment analyser les changements dans les systèmes partisans d’Europe occidentale depuis 1945 ? », Revue internationale de politique comparée, 14(2), 2007, p. 263-280.
Meguid (Bonnie), Party Competition Between Unequals, Cambridge: Cambridge University Press, 2008.
Mule (Rosa), « Explaining the Party-Policy Link: Established Approaches and Theoretical Developments », Party Politics, 3(4), 1997, p. 493-512.
Volkens, (Andrea), « Strengths and weaknesses of approaches to measuring policy positions of parties ». Electoral Studies 26 (1)
Zittoun (Philippe), « Partis politiques et politiques du logement, échange de ressources entre dons et dettes politiques », Revue française de science politique, 51(2), 2001, p. 683-706.


Sessions

Les travaux de la Section Thématique se dérouleront sur les sessions suivantes :
Session 1 : 31 août 2011 13h45-16h30
Session 2 : 1er septembre 2011 8h45-11h30

Voir planning général...

Lieu : IEP (salle 321)


Programme

Axe 1 : Les politiques publiques comme ressources et objets de la compétition partisane

Axe 2 : L'impact des partis politiques sur les politiques publiques


Résumés des contributions

Axe 1

Régis Dandoy (Cevipol, Université Libre de Bruxelles)

Enjeux et compétition partisane en Belgique (1977-2007)

A l’exception de quelques rares études, les positions des partis politiques ont rarement été mobilisées pour la compréhension de la compétition partisane. En effet, le positionnement qu’occupe un parti politique sur un enjeu de politiques publiques ou un clivage spécifique ne peut être appréhendé de manière indépendante à celui des autres acteurs au sein du même système partisan. Cette communication entend démontrer que les partis politiques entrent en concurrence au sujet de certaines thématiques de politiques publiques et que l’arrivée de nouveaux compétiteurs (nouveaux partis, dissidences, etc.) ou leur disparition ainsi que l’apparition de nouveaux enjeux entraînent une redéfinition de la concurrence partisane. Cette communication s’appuie l’analyse du contenu des programmes électoraux en Belgique entre 1977 et 2007. Les données collectées et leur traitement statistique permettent de positionner ces partis sur un ensemble de thématiques, d’identifier les partis mono-thématiques et les éventuelles « propriétés » sur certains enjeux de politique publique et de comparer ces positions dans le temps, entre communautés linguistiques et entre partis. Cette communication étudie la convergence idéologique et la contagion de thématiques telles que l’environnement, la criminalité ou encore la régionalisation sur les programmes électoraux des partis dits « traditionnels ».

Issues and party competition in Belgium (1977-2007)

With the exception of few studies, the positions of the political parties have rarely been mobilised in order to explain party competition. The positions of a party on a public policy issue or on a specific cleavage cannot be understood independently from the one of the other actors of the party system. This paper intends to demonstrate that the political parties enter in competition regarding certain public policy issues and that the arrival of new competitors (new parties, dissidences, etc.) or their disappearance, as well as the appearance of new issues, lead to a redefinition of the party competition. This paper relies on the analysis the content of the Belgian party manifestos between 1977 and 2007. The collected data and their statistical treatment allow positioning these parties on a set of issues, identifying single-issue parties and the eventual “ownerships” on certain public policy issues and comparing these positions over time, across linguistic community and across parties. This paper analyses the ideological convergence and the contagion of issues such as the environment, the criminality or the regionalisation on the manifestos of the mainstream parties.

Ismail Ferhat (Sciences Po Paris)

Entre école et pouvoir. Le « secteur éducation » du Parti socialiste face aux politiques éducatives des gouvernements de gauche (1981-1993)

Parmi les ruptures récentes de la social-démocratie européenne en matière de politiques publiques se trouve l’éducation. Traditionnellement implantés dans le monde enseignant, les sociaux-démocrates ont redéfini leurs politiques éducatives au pouvoir, suscitant des conflits inédits avec leurs soutiens traditionnels. Ce conflit a été particulièrement vif en France, où le PS aurait « perdu l’école » (Emmanuel Davidenkoff).
Le Secteur éducation du Parti socialiste peut être analysé comme un exemple de ces transformations des sociales-démocraties européennes pour deux raisons. Structure à l’enracinement social et culturel fort au sein de l’Education nationale, le secteur éducation du PS a été profondément modifié par la première expérience gouvernementale socialiste (1981-1993). De Délégation autonome et innervée à la sociabilité enseignante en 1981, il est devenu un Secrétariat national, sur le modèle des autres secteurs du PS en 1993. Ces transformations ont entraîné une « évolution sous contrainte » du secteur éducation, pris entre les demandes contradictoires des réseaux éducatifs du PS- eux-mêmes changeants- et sa relation aux politiques éducatives menées par les gouvernements de gauche. La transformation est d’autant plus problématique que le secteur éducation touche un sujet « identitaire » pour le Parti socialiste, tant au point de vue culturel (laïcité), programmatique que sociologique.

Between school and power. The Education Commission of the French Parti socialiste in front of left-wing Education policies (1981-1993)

Among the recent ruptures which have affected European social-democratic public policies, education has been a sensitive topic. Social-democrats have reshaped their education policies while in office. They have taken a more market-friendly stance, fuelling conflict with teachers, their deep-rooted constituency. This change has been particularly dramatic in France. According to journalist Emmanuel Davidenkoff, the French Parti socialiste « has lost school » since assuming power in 1981.
The Education Commission of the French Parti socialiste could be taken as an example of such a shift. Widely portrayed as a « teachers’ party », the Parti Socialiste has deeply changed under the terms of the first socialist governments (1981-1993). At its foundation, the PS Education commission was an institution connecting teachers, trade-unions and socialists.
It has undergone an « evolution under constraints » during the presidential mandates (1981-1995), stemming from the complex relation between Party’s structure and education policies led by the PS which is at the crossroads for the party in terms of platform, identity (in particular, militant secularism or « laïcité ») and sociology.

Joseph Keutcheu (Université de Dschang, Cameroun)

L’enclavement entre politics et Policy. Les enjeux partisans de la politique des voies de communication au Cameroun.

La question du lien entre policy et politics constitue une problématique récurrente de l'analyse des politiques publiques. Précisément, notre exposé développe l’idée que la question des voies de communication au Cameroun ne relève pas que de la rationalité utilitariste de l’infrastructure; elle est en partie la résultante d’un travail symbolique mené par les acteurs du champ politique, travail qui fait passer des situations problématiques (difficulté de circuler, enclavement de certaines localités) au rang d’objets problématiques pour les pouvoirs publics. On entend donc démontrer que les problèmes publics d’enclavement et de difficulté à circuler sont tout autant des produits de processus collectifs de définition que de conditions objectives. In fine, on déplace le curseur analytique en indiquant que les politiques publiques ici n’échappent pas au phénomène de patrimonialisme. La réflexion est donc hantée par les questions suivantes : comment et pourquoi la question des voies de communication devient-elle un problème public au Cameroun? Par quels acteurs est-elle portée ? Comment le traitement de ce problème public transforme-t-il son contenu ?
Sur le plan théorique, l’approche en termes de politisation exprime dans une certaine mesure le scepticisme par rapport à la rationalité économique de la décision politique exprimée dans le Plan directeur routier du Cameroun, rationalité de laquelle découlerait la construction des voies de communication. La politisation de ce champ des politiques publiques est l’usage de l’action publique comme ressource pour les élus et les prétendants dans le cadre de la lutte pour le pouvoir politique.

Enclavement between Policy and politics. The multipartisan stakes in the Policy of roads in Cameroon

The issue of the link between policy and politics is a recurrent problem in the analysis of public policies. We therefore want to show that the question of channels of communication does not only stem from utilitarist rationality of infrastructure ; it is partly the resultant of a symbolic study carried out by actors of the Cameroonian political scene, a study exposes main problems ( difficulty in movement, enclavement of certain localities) which constitute issues of concern to the authorities. We intend therefore to show that public problems of enclavement and difficulty of movement are equally products of collective processes of definition as well as objective conditions. In fine, we can move the analytical cursor by indicating that public policies here do not escape the phenomenon of patrimonialism. The refection is thus haunted by the following questions : how and why has the question of channels of communication become a public problem in Cameroon ? Who are the actors that portray it ? How does the treatment of this public problem transform its content ?
At the theoretical level, the approach in terms of politisation expresses sceptism at a certain level in relation to economic rationality of the political decision expressed in the road master plan of Cameroon, rationality from which the construction of communication channels stem. The politisation of public policy portrays the use of public action as a resource for elected officials and postulants within the framework of the fight for political power.

Vanessa Jérôme (CESSP, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne)

Démarcation du parti dans la compétition électorale et (il)légitimité des élu/e/s. Le cas des politiques publiques d’économie sociale et solidaire.

Souhaitant cerner les conditions et les effets de l’élection des Verts, tant du point de vue de leur carrière militante, que du point de vue de l’inscription de leur parti et de leurs propositions programmatiques dans le champ politique, j’ai enquêté auprès d’élu/e/s en charge de l’économie sociale et solidaire. Entrer ce domaine, - encore mal connu mais qui s’avère être, au même titre que l’environnement, la « marque de fabrique » institutionnelle des Verts -, me permet d’envisager à la fois leurs manières de faire de la politique et des politiques. Rapportée à la question des terreaux partisans, des ressources et de la professionnalisation politique, cette approche permet de faire le lien entre la trajectoire sociale des individus et leur carrière militante et politique. Elle permet également, rapportée à la prise en charge des demandes et à l’offre politique, de penser le lien entre les difficultés et les ambigüités du développement de l’économie sociale et solidaire, et celles relatives à l’ancrage des Verts dans le champ politique.
Il s’agit ainsi de montrer que, d’une part, la prise de responsabilité en matière d’économie sociale et solidaire par les élu/e/s verts est le produit de la rencontre entre les engagements politiques pluriels des militants verts et le discours de démarcation politique du parti, et que, d’autre part, si la conversion de ressources autorise et facilite la prise de responsabilité en matière d’économie sociale et solidaire, elle n’est a priori pas suffisante pour envisager une professionnalisation politique durable des élu/e/s qui en ont la charge. Il s’agit enfin de saisir que la difficile professionnalisation politique des verts élu/e/s à l’économie sociale et solidaire ne relève pas uniquement de leurs difficultés à convertir un ensemble de ressources qui leurs sont propres mais qu’elle signale également la faiblesse du monde de l’économie sociale et solidaire au nom duquel ils prétendent intervenir dans l’action publique.

Partisan demarcation in electoral competition and representatives’ (il)legitimity. The case of social economy policies

My initial wish was to understand the conditions and effects of the access of members of the French Green Party (Les Verts) to electoral mandates, as far as their carrier and trajectory within the party, but also their programmatic proposals were concerned. I therefore focused on elected members at different institutional levels, who were in charge of social economy policies. Studying this precise policy – which has so far been seldom studied, but is one of Les Verts’ defining issues, alongside with environmental policies – allows me to study the way greens “do” both politics and policies. It seems possible to connect this aspect partisan grassroots, resources and political professionalization. Hence, a link is to be made between individuals’ social trajectory and their carrier within the party. It also allows reflecting on the difficulties of the development of social economy policies and those of Les Verts in the political system. This has to be put in relation to political supply and demand.
I aim at showing that, on the one hand, the fact that Greens are in charge of social economy policies lies at the crossroads of individuals’ plural political commitments and a discourse of political demarcation by the party itself. On the other hand, even though the resource conversion makes it easier to take over social economy policy making, it is not enough to lead to a sustainable political professionalization of these elected members. It finally aims at showing that this difficult professionalization is not only due to these members’ inabilities to convert acquired resources, but also enlightens the weakness of the world of social economy, for which these members claim to intervene in public policy making.

Axe 2

Caterina Froio (Institut Universitaire Européen)

Comment les priorités des partis influencent l’attention du gouvernement ? Comparaison France, Italie (1974-2008)

La vision normative de la démocratie postule le lien entre choix électoral et politiques publiques (les politiques mises en œuvre sont supposées prendre en compte les préférences des électeurs) mais l’analyse empirique conduit à un certain scepticisme. L’enjeu de cette communication est d’explorer la notion, centrale en théorie de la démocratie, de responsiveness. Notre étude se situe dans la lignée des travaux sur l’influence des partis sur les politiques publiques (Cameron, Swank, Hibbs, Wildavsky, Budge et Hofferbert, King et Laver,…). Son objectif est d’analyser comment et sous quelles circonstances les préférences des partis de gouvernement influencent l’allocation de l’attention gouvernementale dans différents secteurs de politiques publiques dans deux pays pour la période 1974-2008. D’un point de vue théorique, notre contribution se propose d’approfondir deux aspects principaux. Il s’agit de comprendre d’une part, quelle est la place des préférences partisanes dans les politiques publiques que les gouvernements mettent en place à travers une comparaison entre des partis idéologiquement hétérogènes et des secteurs des politiques publiques qui ont une saillance différente. D’autre part, comment éventuellement, l’importance des préférences partisanes dans l’action gouvernementale peut changer (s’affaiblir, voire se renforcer) sous l’effet de la routine du policy making et de la configuration institutionnelle des systèmes politiques dans lesquels ils agissent. La question de recherche qui oriente notre travail est la suivante : comment s’organise la relation, si elle existe, entre la distribution de l’attention dans les programmes partisans et la distribution de l’attention du gouvernement par rapport aux secteurs des politiques publiques?
Ce travail est novateur pour deux raisons principales. Tout d’abord, il suggère une perspective d’analyse nouvelle qui dépasse à la fois les études budgétaires, et celles sur le positionnement idéologique des partis selon les enjeux des politiques publiques. Notre travail fait de l’attention son instrument principal dans le but d’étudier directement la relation entre programmes partisans et politiques publiques. L’attention est définie dans les pas de Baumgartner et Jones comme la capacité de se concentrer sélectivement sur certains enjeux des politiques publiques. Deuxièmement, cette contribution vise à comprendre le lien entre partis et politiques publiques en prenant en compte les structures des systèmes politiques (et notamment des systèmes partisans) comme variables capables d’expliquer les différences d’intensité de la responsiveness.
Nous présenterons tout d’abord la littérature existante qui aborde l’impact des partis sur les politiques publiques. Ce rappel nous permettra de montrer pourquoi il est important de renouveler à la fois les outils méthodologiques et théoriques et les variables dépendantes utilisées. Par la suite, nous testerons deux hypothèses : H1 : si l’agenda partisan influence l’agenda gouvernemental, alors la distribution de l’attention dans les programmes partisans est en relation avec celle de l’agenda gouvernemental. H2 : si le système partisan est très polarisé (ex. Italie), alors l’intensité du lien entre les préférences partisans et l’attention gouvernementale est plus faible.
Nous présenterons des résultats préliminaires à partir des bases de données du Comparative Agendas Project, qui permettent de mesurer l’attention envers les différents secteurs de politiques publiques (policy content) dans les agendas gouvernemental, parlementaire et partisan. Nous ajouterons certains indicateurs qui permettent de prendre en compte les spécificités des systèmes politiques (système électorale, polarisation du système partisan, nombre de veto-players, …).
L’impact des partis sur les politiques publiques suit-t-il une "loi d’airain" ou est-il plutôt dépendant des spécificités institutionnelles des systèmes politiques et des cultures politiques ? Que reste-t-il des partis et des idéologies dans la routine du policy making ? Ces interrogations constituent les principaux débats sur lesquels cette contribution a vocation à se positionner.

When parties matter? Reassessing the role of partisan priorities in governmental attention: the joint influence of issue competition and institutional setting in France and Danmark (1978-2008)

This paper focuses on the influence of issue competition and institutional setting on the ability of political parties to prioritize their preferences, once they are in power, in 2 western democracies and in the US in a longitudinal perspective (1978-2008).
The place of partisan priorities in policy making has been largely investigated in classical research by analyzing whether parties once in power actually implement what they promised. I suggest to explore the link between partisan priorities and policy outputs in an innovative way. On the one hand, by mobilizing a new concept derived from the agenda-setting literature: governmental attention. On the other hand, this study proposes to consider how issue competition and institutional setting influence the behavior of governing parties, thus overcoming the simple relationship between policy preferences and policy outputs that was assumed in previous studies.
Instead of merely taking into account macro-economic indicators, I present a more complex theoretical model accounting for the joint influence of both institutional structures (majoritarian vs consensual polities, executive/legislative relations, the structure of the party systems) and issue competition on policy issues salience. The latter factor has been largely ignored in the literature. In my opinion, the study of the role of party preferences in policy making cannot be based only on the investigation of whether parties once in power realize their ideological preferences. If one really wants to understand the relationship between partisan preferences and policy outputs, it is necessary to explore governmental attention: 1) by investigating its internal composition, in order to understand what is the “place” of party preferences in this space. 2) By analyzing how different patterns of issue competition and institutional setting influence the internal structure of governmental attention, and thus „shrink? or „let out? the influence of party preferences.
This paper will present some preliminary findings of my PhD dissertation. It will include that will include France and Denmark, two democratic polities characterized by different institutional settings and different patterns of issue competition. The main question that is addressed is the following: How different patterns of issue competition and different institutional settings influence the ability of political parties to prioritize their preferences once they are in power?
I will conduct my analysis making use of Comparative Agendas Project data (parties manifestos, media stories and national policymaking activities).

Rafaël Cos (Ceraps Université Lille II)

Pour une sociologie du désengagement électoral. Le Parti socialiste et les « privatisations » du gouvernement Jospin

La sociologie des relations entre partis politiques et politiques publiques se réduit pour l’essentiel à des approches quantitatives et comparatistes qui ne permettent pas de saisir les interactions concrètes qui se tissent entre les membres du « party in central office » et ceux du « party in public office » (P. Mair). A partir d’une étude de cas portant sur les privatisations conduites par le gouvernement Jospin entre 1997 et 2002, notre propos insistera d’abord sur l’intérêt méthodologique que revêt une approche qualitative (entretiens et analyse documentaire) d’une configuration dans laquelle le parti au pouvoir renonce aux engagements portés durant la campagne électorale. En déplaçant la focale depuis la « boîte noire » de l’Etat vers le parti, il devient possible de mettre en discussion le postulat couramment admis selon lequel le « volontarisme partisan » achopperait mécaniquement sur la force de l’institution étatique. Sur un plan théorique, une analyse relationnelle du Parti socialiste cherchera à mettre au jour l’imbrication de trois des éléments fondamentaux susceptibles d'expliquer le désengagement électoral : la place du parti au sein de l’espace de la compétition politique, la force de la doctrine partisane (c’est-à-dire à la fois sa résistance aux expériences gestionnaires passées, et son caractère consensuel parmi les élites dirigeantes), enfin les dispositions normatives et les ressources partisanes des agents positionnés au niveau ministériel.

For a sociology of the electoral disengagement. The Parti socialiste and the Jospin government's « privatizations »

Sociology of the links between political parties and public policies merely consists of comparative and quantitative approaches which do not allow to grasp the concrete interactions that are being established between members of the « party in public office » and the « party in central office » (P. Mair). Our communication is based on a case study on the privatizations policies under Jospin government between 1997 and 2002. It will first of all stress the methodogical interest of a qualitative approach (interviews and documentary analysis) in the study of a configuration in which the party in public office gives up commitments expressed during the electoral campaign. In shifting the analysis from the State « black box » towards the party, it becomes possible to discuss the common postulate according to which « partisan voluntarism » would mechanically stamble over the State strength. From a theoretical point of view, a relational analysis of the Parti socialiste will highlight the overlapping of three basic principles that are likely to explain electoral disengagement: the party position into the political space, the strength of the partisan doctrine (i.e. both its resistance to past power experiences, and its consensual nature among partisan elites), as well as normative dispositions and partisan ressources of the agents positioned at the ministerial level.

Aurélien Evrard (CEE, Sciences Po Paris)

Les partis (écologistes) peuvent-ils changer les politiques publiques ? L’exemple de l’énergie en Allemagne et en France

Les études quantitatives visant à évaluer la capacité des partis politiques à influencer les politiques publiques ont donné lieu à des conclusions contradictoires. Cette communication vise à préciser les conditions de cette influence en comparant l’attitude des partis écologistes allemand et français à l’égard des politiques énergétiques. Elle propose alors d’étudier les partis « en interaction », autour de deux dimensions principales. Nous soulignons tout d’abord l’importance du cadre institutionnel dans lequel ces partis évoluent. Les institutions du secteur de l’énergie et celle du système politique représentent un ensemble de ressources et de contraintes qui encadre la capacité des partis à modifier le cours d’une politique publique. La seconde dimension est relationnelle et stratégique. Elle repose sur la comparaison des comportements des partis écologistes au sein des coalitions gouvernementales, mais aussi en amont de leur participation à l’exécutif. La capacité de ces partis à nouer des contacts avec les acteurs alternatifs de l’énergie, puis leurs choix stratégiques au sein de leurs coalitions gouvernementales respectives sont des facteurs explicatifs important pour évaluer leur impact sur les politiques énergétiques.

Assessing policy impact of political parties. Green parties and energy policy in Germany and France

Do political parties matter? Many quantitative works have tried to assess partisan influence as an explicative factor for policy change. Based on in-depth case studies, this paper aims at specifying the conditions of this influence by comparing the French and German green parties’ attitude to energy policy. It uses an interactive approach, with two main dimensions. Firstly, there is a need to better understand the impact of institutions, both in the energy sector and the political system. Institutions constitute a set of resources and constraints that frame parties’ ability to change public policies. Secondly, we need to take the relational and rational dimension of parties’ attitude, not only within governmental coalitions, but also before they come to power. Precisely, the paper focuses on parties’ capacity to interact with alternative actors in the energy sector and their strategic choices within the government.

Amandine Crespy (Cevipol, Université Libre de Bruxelles)

Le rôle des partis politiques dans la formation des préférences en matière de politiques publiques européennes : le cas des services publics

En débat depuis le début des années 2000, l’idée d’une directive cadre européenne protégeant les services publics (ou services d’intérêt général) des règles de la concurrence inscrites dans le droit européen a aujourd’hui été abandonnée. Cette contribution cherche à expliquer quel est le rôle des partis politiques dans la formation des préférences sur les politiques publiques européennes. En se concentrant sur les principaux partis français et allemands, trois hypothèses sont explorées. Premièrement, conformément aux analyses portant sur le rôle structurant des institutions sur le long terme, on peut supposer que les acteurs politiques privilégient la préservation des arrangements institutionnels nationaux. Dans ce cas, les débats seraient structurés par des lignes de conflit plutôt nationales, ce qui tendrait à neutraliser l’influence des groupes et partis politiques. Deuxièmement, il apparaît que le sectorisation du policy-making européen s’impose comme une contrainte majeure faisant obstacle à la formation des préférences politiques sur la question des « services publics » en tant que question politique globale. Dans ce cas, une lecture technicienne s’oppose à une lecture plus politique formulée par les partis politiques. Troisièmement, il apparaît que les services publics sont une question éminemment idéologique. Comme le suggère la mouvance constructiviste du néo-institutionnalisme, l’existence ou non d’un cadrage commun apparaît donc comme facteur crucial pour la formation de coalitions.

The role of political parties in building preferences in the field of European public policies: the case of public services

From 2000 on, the adoption of a framework directive aiming at protecting public services (or, in EU language, services of general interest) from the EU competition law has been discussed. Today, however, this idea has been abandoned. This paper seeks to explain what role political parties play in preference formation over EU public policy. While focusing on the main French and German political parties, three hypotheses are explored. Firstly, referring to the analyses stressing the structuring role of institutions in the long run, it can be hypothesized that political actors seek to preserve national political arrangements. Thus, the debate shall be structured along national lines, which undermines the role of political parties. Secondly, insofar as « policies shape politics », the striking sectorization and fragmentation of policy making in the EU is a major impediment to the formation of political preferences over the issue of public services as a whole. Thirdly, one must bear in mind that services of general interest are an intrinsically ideological issue. Therefore, in tune with the constructivist-discursive strand of neo-institutionalism, the absence of a common framing will be crucial with regard to coalition formation.

Clémence Ledoux (CEE, Sciences Po Paris)

Les Eglises et les partis : facteurs explicatifs de la construction des Etats-Providence ? Une analyse franco-allemande dans le domaine du « care ».

Le rôle de la religion dans l’émergence et le développement des régimes d’Etats-Providence est analysé depuis plusieurs années déjà. Récemment, plusieurs travaux ont posé directement cette question, en soulignant à la fois le rôle des systèmes électoraux proportionnels dans la constitution des partis chrétiens-démocrates et la participation de ces partis à la définition du contenu des politiques sociales.
L’attention à ce facteur religieux peut permettre d’expliquer des différences entres des Etats-Providence pourtant apparemment similaires. Selon Philip Manow et Kees Van Kersbergen, l’existence d’un parti chrétien-démocrate en Allemagne et son absence en France permettrait de rendre compte de nombreuses différences entre les deux pays. Pourtant, l’influence de la religion s’arrête-t-elle ici ?
L’enjeu de cette communication sera de discuter la thèse de Kees Van Kerbergen et de Philip Manow et de montrer que l’attention au rôle joué par la religion dans le « policy making » ne peut pas s’arrêter à l’identification des partis idéologiquement proche d’une religion. En France il n’existe certes pas de parti équivalent à la CDU mais les Eglises chrétiennes ont trouvé d’autres canaux pour défendre leurs positions, comme les organisations familiales. Nous montrerons alors que la perméabilité des partis à des idées développées par les Eglises peut être essentielle pour expliquer le contenu donné à certaines mesures de politiques sociales. La perméabilité des partis aux positions religieuses peut aussi dépendre du fait qu’ils sont au gouvernement ou non. Les Eglises chrétiennes n’ont pas trouvé les mêmes canaux pour influencer les politiques publiques en France et en Allemagne, elles n’ont pas la même place dans les systèmes institutionnels. Pour comprendre le rôle de la religion chrétienne dans le « policy making », il importe donc de ne pas s’arrêter à une identification statique des partis chrétiens démocrates mais aussi de regarder la porosité plus ou moins grande des partis aux demandes des groupes d’intérêt religieux, notamment lorsque les partis sont au gouvernement.

Churches and political parties: explanatory factors of Welfare State development? A comparison of their role in French and German care policies

For many years the role of religion in the growth and development of welfare states has been analyzed. Recently several works have addressed this question directly, and underlined the importance of proportional electoral rules in the development of Christian-Democrat parties and the participation of these parties to the definition of the content given to social policies.
Attention to this religious factor can explain the differences between welfare states that otherwise appear similar. According to Philip Manow and Kees Von Kersbergen, the existence of the Christian-Democrat party in Germany and the absence of a similar party in France explains many differences between the two countries. Yet, is the influence of religion non-existent here?
This paper will discuss the thesis of Kees Van Kersbergen and Philip Manow and show that attention to the role of religion in policy making is not limited to identifying a political party that is philosophically close to a religion. Indeed, in France there is no political party equivalent to Germany’s Christian-Democrat party, but religious organizations have found other channels to defend their positions, such as through family organizations. I will show that the parties receptivity to ideas developed through the religious element is essential to explain certain social policies. Christian churches did not use the same avenues to influence policy in France and Germany; they did not occupy the same place in the political system. To understand the role of religion in policy making it is important not to contrive a static vision of only a Christian-Democrat party, but to also examine the receptivity of the parties to the demands of religious interest groups, particularly when parties govern.


Participants

COS Rafaël Rafael.cos@etu.univ-lille2.fr
CRESPY Amandine Amandine.crespy@ulb.ac.be
DANDOY Régis rdandoy@ulb.ac.be
EVRARD Aurélien Aurelien.evrard@sciences-po.org
FERHAT Ismail ismaelferhat@yahoo.fr
FROIO Caterina Caterina.froio@eui.eu
GUINAUDEAU Isabelle i.guinaudeau@sciencespobordeaux.fr
JEROME Vanessa vanessa0jerome@gmail.com
KEUTCHEU Joseph jkeutcheu@yahoo.fr
LEDOUX Clémence Clémence.ledoux@sciences-po.org
PERSICO Simon Simon.persico@sciences-po.org