Section Thématique 33

Communication politique et mobilisation électorale. Bilan et perspectives des dispositifs d’enquête
Political communication and electoral mobilization. State of the art and perspectives for research design  

Responsables

Cees van der Eijk (Université de Nottingham) cees.vandereijk@univ-nottingham.ac.uk
Anne Jadot (Université Nancy 2 / CEPEL) anne.jadot@univ-nancy2.fr

Présentation scientifique Dates des sessions Programme Résumés Participants

 

Présentation scientifique

Le pouvoir persuasif des médias lors des campagnes électorales est débattu depuis l’étude pionnière dirigée par P. Lazarsfeld. Ces premiers résultats empiriques indiquant des effets faibles, la plupart des enquêtes de sociologie électorale ont ensuite minoré leur attention pour ces aspects (Graber 1980 ; Norris 2006). Cependant, depuis les années 1970, les hypothèses de « désalignement » de l’électorat, de sa volatilité et de sa sensibilité croissante à la conjoncture, aux enjeux saillants et aux candidats ont permis de réintroduire l’intérêt pour la campagne comme contexte de choix. Cet intérêt renouvelé pour le court terme et les effets de campagne a été opéré dans le cadre d’un déplacement du questionnement quant à l’impact de la communication politique : des effets directs de persuasion vers les effets indirects. Cela a conduit à une approche par les effets d’agenda, de cadrage et d’amorçage (Gerstlé 1996, 2004). Ont également été intégrées des perspectives de recherche s’attachant aux processus cognitifs de traitement de l’information (Ferejohn & Kuklinski 1990) et au rôle des émotions positives et négatives (Marcus et. al. 2000). Par ailleurs, étudier les processus de socialisation et les dynamiques de discussion (Aldrin 2003) permet d’intégrer la communication interpersonnelle dans les études de réception de la communication et de son pouvoir (dé)mobilisateur. Plus récemment, le rôle d’Internet et des réseaux sociaux (cf. les campagnes de Howard Dean en 2004 et Barack Obama en 2008) a souligné l’acuité d’un questionnement qui intéresse tout à la fois la sociologie électorale, la communication politique et la psychologie politique. Tous ces questionnements peuvent être pertinents lors d’élections nationales mais aussi locales ou européennes.
Cette Section Thématique prolonge des travaux menés au sein de l’AFSP lors de précédents Congrès (Table Ronde en 2007 sur les temporalités de la décision électorale, Section Thématique du GAEL et du MOD en 2009 sur l’individu et le contexte en études électorales) ainsi que lors d’une journée d’étude du GAEL tenue en 2010 sur les effets des médias sur les électeurs. Son originalité est de traiter ces enjeux avec un point de vue résolument méthodologique : quels sont les dispositifs de collecte des données qui permettent de valider ou d’infirmer empiriquement les hypothèses sur les effets de la communication politique ? Selon les matériaux empiriques réunis, quelles sont les méthodes d’analyse les plus pertinentes pour mesurer l’impact de la communication en termes de (dé)mobilisation ? Il s’agit de croiser les regards disciplinaires et les méthodes pour montrer si et sous quelles conditions les dispositifs d’enquête sont pertinents pour saisir les dynamiques de communication pendant une campagne électorale susceptibles de mobiliser les électeurs. La plupart des communications présentées reposeront sur des résultats empiriques fondés sur l’analyse d’un cas national ou bien sur une comparaison à l’échelle européenne. Certaines présenteront des dispositifs d’enquête testés jusqu’alors de façon expérimentale et appelés à être développés lors de futures élections. Dans les deux cas, l’ambition commune est bien de proposer une réflexion sur les stratégies de recherche et leur adéquation aux hypothèses. Cela permettra de nourrir une discussion collective sur la pertinence des dispositifs d’enquête mis en place par le passé et leur éventuelle adaptation dans la perspective de futurs scrutins, en particulier la séquence électorale de 2012. Afin de mener un dialogue heuristique entre les papiers, deux sessions sont programmées.

(1) Les enquêtes par questionnaire Une session complète sera dédiée aux seules enquêtes par questionnaire car elles sont une source d’information majeure en recherche électorale, même si non exclusive bien sûr. Les stratégies de recherche qui y sont mises en œuvre opérationnalisent de facto une vision des électeurs, de la campagne électorale et des dynamiques du choix qui mérite d’être explicitée mais aussi discutée. Les papiers présentés s’appuieront sur des dispositifs nationaux, en France et en Europe. Ils permettront entre autres de réfléchir à la temporalité du terrain : combien de fois et à quel(s) moment(s) faut-il interroger les électeurs afin d’être en mesure de saisir d’éventuels effets de campagne sur la participation électorale et le choix ? En fonction de la configuration des candidatures, de la cristallisation des images des candidats et du cadrage des enjeux proposé par les principaux médias, faut-il enquêter plus ou moins longtemps avant l’élection ? Cela a des conséquences fortes sur le plan d’enquête : sondage pré- ou post-électoral, dispositif panélisé avant/après l’élection qui permet de suivre la construction de la décision électorale ou encore « rolling-cross » avec assez d’interviews quotidiennes pour mettre en regard les réponses et des événements précis de la campagne. Outre ces questions relatives à la stratégie d’enquête, un effort particulier sera consacré à leur analyse, en particulier pour l’articulation entre ces données individuelles et une analyse de contenu des médias et de l’offre électorale. Différents médias où apparaissent les candidats seront pris en compte, à la fois la presse écrite et les médias audiovisuels. Une attention sera donc portée à la diversité de l’offre médiatique mais aussi à l’hétérogénéité des électeurs : tous ne suivent pas la campagne électorale avec la même fréquence, ni avec les mêmes buts, en fonction notamment de leur sensibilité préalable aux enjeux et aux candidats. Enfin, il est indispensable de s’interroger sur les méthodes statistiques adéquates en fonction des données disponibles, différentes modélisations permettant plus ou moins bien de tester les hypothèses sur la décision électorale et ses dynamiques.

(2) Les dispositifs méthodologiques mixtes et la communication via Internet D’autres dispositifs d’enquête sont pertinents en recherche électorale, il convient donc de leur consacrer la seconde session, avec la même ambition de présenter des résultats empiriques fondés sur différents pays et différents types d’élection. Les papiers montreront comment une diversité, voire une combinaison, de méthodes qualitatives et expérimentales permettent d’étudier la réception de la campagne électorale, en prenant aussi en compte les discussions politiques et leur dynamique. Cette fois, les données empiriques sont recueillies grâce à des entretiens qualitatifs approfondis avec des individus et au sein de groupes sociaux, à des entretiens collectifs, à des tests projectifs et à des questionnaires localisés. Par ailleurs, Internet prenant de l’importance comme canal de communication politique, voire outil de mobilisation des électeurs via des dispositifs en ligne « d’aide au vote », une partie de cette session lui sera consacrée pour établir un état de l’art des stratégies d’enquête permettant d’intégrer ces innovations.

Références

- Aldrin P., 2003, « S’accommoder du politique : économie et pratiques de l’information politique ». Politix, n° 64, p. 177-203.
- Ferejohn J., J. Kuklinski (dir.), 1990, Information and democratic processes. Urbana/Chicago : University of Illinois Press.
- Gerstlé J., 1996, « L’information et la sensibilité des électeurs à la conjoncture ». Revue française de science politique, vol. 46, n° 5, p. 731-752.
- Gerstlé J., 2004, La communication politique. Paris : A. Colin.
- Graber D., 1980. Mass media and American politics. Washington DC, Congressional Quarterly.
- Iyengar S., A. Simon. 2000. “New Perspectives and Evidence on Political Communication and Campaign Effects”, Annual Review of Psychology 51, pp. 149-169.
- Marcus G., R. Neuman, M. MacKuen, 2000. Affective Intelligence and Political Judgment. Chicago : The University of Chicago Press.
- Norris P., 2006. “Did the Media Matter? Agenda-Setting, Persuasion and Mobilization Effects in the British General Election Campaign”, British Politics 1, pp. 195-221.

How powerful and persuasive media are in election campaigns has been contested ever since Lazarsfeld’s pioneering studies that suggested only weak effects. Particularly since the 1970s academic interest in effects of campaign communication increased, with the emphasis on electoral dealignment, increased voter sensitivity to context, issues and candidates, and the proliferation of new forms of communication. Such studies focused on phenomena such as agenda-setting, framing, priming, cognitive information processing, the role of emotions and, more recently, the Internet and social networks.
This ST aims at taking stock of the state of the discipline, substantively and methodologically. Papers in this session will assess and discuss research designs for studying mobilising and persuasive effects of political communication. Papers will build upon national cases (in France and in Europe) or on comparisons to present empirical results or lessons from experiments to be expanded in future election studies. In both cases, strengths and weaknesses of the quantitative and qualitative approaches will be the focus of discussion. Two sessions are planned.
(1) Survey research Papers will present and debate the relevance of survey research in their methodological choices, especially the timing of observations and the sampling design (repeated cross sections, rolling cross, panels and so on). Papers will also cover strategies for analysing survey data, especially linking such individual information about voters to media content analysis. In doing so, it is crucial to take into account the differences between media and the heterogeneity of voters (e.g. in their campaign exposure and their prior sensitivity to issues and candidates). It is also important to implement adequate statistical methods to test hypotheses about the effects of political communication, both on turnout and vote choice.
(2) Mixed methods and communication via Internet The 2nd session will build upon a diversity and sometimes a combination of methods (such as in-depth interviews, focus groups, projective tests, localised questionnaires and experiments) to study the reception of campaigns by voters, including the dynamics of interpersonal communication and political discussions. The increasing importance of the Internet (both for partisan campaigning and non-partisan on-line voters advice tools) as a context to mobilise and persuade voters will also be included in this session.


Sessions

Les travaux de la Section Thématique se dérouleront sur les sessions suivantes :
Session 3 : 1er septembre 2011 13h30-16h15
Session 4 : 2 septembre 2011 15h15-18h

Voir planning général...

Lieu : IEP (Salle du Conseil)


Programme

Axe 1

Présidence / Chair : Anne Jadot
Discutants / Discussants : Cees van der Eijk & Andreas Würst

Axe 2

Présidence / Chair : Cees van der Eijk
Discutants / Discussants : Anne Jadot


Résumés des contributions

Axe 1

Bruno Cautrès (CNRS / CEVIPOF, Paris) & Thierry Vedel (CNRS / CEVIPOF, Paris)

Comment étudier les effets de campagne et d’information avec des données de panel ? Leçons méthodologiques des enquêtes électorales françaises

Les enquêtes électorales réalisées en France, par exemple par le CEVIPOF, ont fait un certain nombre de progrès depuis la fin des années 1970, en particulier dans la production et l’analyse d’enquêtes par panel. Bien que de tels panels semblent représenter un cadre méthodologique approprié et adapté pour analyser le processus de décision électorale et les effets d’information et de campagne, elles présentent également quelques faiblesses et lacunes importantes. Notre communication commencera par comparer les enquêtes par panel aux dispositifs alternatifs pour étudier ces effets : quelles sont les principales différences et avantages par rapport aux méthodes telles que les enquêtes longitudinales répétées auprès d’échantillons indépendants, les « rolling cross sections » ou les enquêtes expérimentales ? La seconde partie de notre communication présentera une série d’analyses basées sur le Panel Electoral Français de 2007 montrant la pertinence de cette technique pour comprendre le moment de la décision électorale et les effets de campagne et d’information. Nous terminerons par un regard critique sur les expériences des panels électoraux de 2002 et de 2007 et proposerons des améliorations dans la perspective des élections de 2012.

How to study campaign and information effects with panels? Methodological lessons from French electoral surveys

French electoral surveys, in particular those carried out by the CEVIPOF, have made a great deal of progress since the end of the 1970’s especially in the production and analysis of panel studies. Although such panel studies seem to offer a highly suitable and relevant methodological design for analysing the voting decision-making process, information processing and campaign effects, it also has some important drawbacks and weaknesses. The first part of our paper will compare the merits and limits of panels over alternative methods to study campaign and information effects: what are the main differences and advantages compared to designs such as longitudinal cross-section surveys, rolling cross-sections or experimental surveys? The second part of the paper will present some empirical findings from the 2007 French election study to show the relevance of panels for investigating the timing of the electoral decision, information processing and campaign effects. Finally, we will present a critical perspective on what was done in the recent experiences of “French Electoral Panels” (2002 and 2007) and propose some improvements for studying the 2012 elections.

Hans Schadee (Bicocca University, Milan), Paolo Segatti (Milan University) & Cristiano Vezzoni (University of Trento)

Analyser une enquête menée « par roulement ». Les élections législatives italiennes de 2006.

Dans les 40 jours précédant les élections législatives italiennes de 2006, chaque jour 200 personnes ont été interrogées par téléphone dans une enquête combinant échantillonnage « par roulement » et panel, la moitié étant réinterrogées après l’élection. Le questionnaire pré-électoral portait sur la sympathie envers les leaders et les partis politiques, l’intention de vote et des questions classiques sur les attitudes et le bagage socio-démographique. La vague post-électorale a répété les questions sur les partis et les leaders et recueilli le vote effectif.
Cette communication a deux objectifs. D’abord, elle présente des résultats sur l’évolution des opinions vis-à-vis des leaders et des partis. On peut noter un accroissement de la sympathie dans la vague post-électorale du fait des répondants qui fournissaient des scores très faibles auparavant; cette hausse est intervenue après l’élection. Ensuite, elle expose les enjeux méthodologiques de l’analyse de telles données recueillies dans un système multipartisan. D’une part, comme dans la plupart des enquêtes téléphoniques en Italie, des biais systématiques affectent l’échantillon (par exemple, les répondants faiblement diplômés sont sous-représentés) pour des raisons qui seront exposées ainsi que de potentiels remèdes. D’autre part, des analyses multiniveaux appliquées à ces données ainsi structurées sont discutées.

Analysing a rolling cross section survey. The 2006 Italian general election

In the forty days before the 2006 general election in Italy, 200 respondents were interviewed py phone every day in a design combining a rolling cross section with a panel element. Half have been reinterviewed after the election. The questionnaire measured the sympathy for leaders and parties, intended vote and standard socio-demographic and attitudinal questions. The post election wave repeated the questions about parties and leaders and asked the actual vote.
The paper has two objectives. Firstly, it analyzes leader and party questions, noting a jump in sympathy scores after the elections, due to respondents with very low overall scores before; the jump occurred after the elections. Secondly, it deals with methodological issues of RCS data in multiple party systems. The sample is distorted (eg low education is underrepresented) systematically, as are most telephone surveys in Italy, some reasons and cures are discussed. Multilevel analyses of such data are discussed.

Guenther Lengauer (University of Innsbruck) & Iris Hoeller (University of Innsbruck)

Le cadrage médiatique et ses effets sur la mobilisation électorale. L’impact des « cadres génériques » sur l’engagement dans la campagne et la participation lors des élections parlementaires autrichiennes de 2008

Cette communication établit une mesure combinée et innovante des effets des cadrages génériques sur l’engagement dans la campagne et la participation. La couverture médiatique accorde une place variée au divertissement (personnalisation, jeu), à la contextualisation (épisodes), à la confrontation (conflits) et aux dynamiques (perspectives). Cela peut avoir des effets contrastés de (dé)mobilisation. Se pose ici la question centrale de savoir si les nouvelles, quand elles sont personnalisées, dramatisées, épisodiques, centrées sur le conflit ou le jeu, ou bien négatives, (dé)mobilisent l’électorat ? Nous établissons les tendances au cadrage générique de six journaux autrichiens et les rapportons aux pratiques médiatiques des électeurs, leur attention à la campagne et leur propension à voter. Dans une série de régressions logistiques binaires, notre étude montre un effet démobilisateur de la couverture médiatique centrée sur « le jeu » (plus les électeurs autrichiens y sont exposés, moins ils votent) mais faible. Par contraste, pour l’implication en général dans la campagne, nous trouvons plusieurs indications nettes d’effets des médias :plus la couverture des journaux est pessimiste, négative ou centrée sur les conflits, plus les lecteurs sont attentifs à la campagne.

Media framing and its effects on voter mobilization. The impact of generic media frames on campaign involvement and turnout in the 2008 Austrian parliamentary elections

This paper designs an innovative and integrative empirical measure regarding the effects of generic framing (De Vreese; Semetko and Valkenburg) on campaign involvement and electoral turnout. Diverging levels of entertainment (personalization, game-centrism), contextualization (episodic framing), confrontation (conflict), and dynamization (prospect) in covering elections may have dissimilar effects on voter mobilization. The central question of this paper is: does personalized, dramatized, episodic, conflict-centered, game-centered or pessimistic news lead to a more mobilized or demobilized electorate? We analytically contrast patterns of generic framing in six leading Austrian newspapers with the voters’ newspaper consumption patterns and their attentiveness toward the campaign and their propensity to vote. In a series of binary logit regression models, our study finds a moderate demobilizing effect of “game-centered” newspaper coverage. The more people are exposed to game-centered election coverage in the Austrian newspapers, the more likely they abstain from voting. Regarding the level of general campaign involvement, however, we find multiple indications of media effects: the more pessimistic, episodic, and conflict-centered the newspaper coverage, the more attentive readers are towards the campaign.

Jonas Lefevere (Antwerp University)

Critères de choix pré-existants et effet d’amorçage sur les candidats et les enjeux. Le cas de la campagne électorale de 2009 en Belgique

Les études sur l’effet d’amorçage ont montré que l’information médiatique affecte le choix des électeurs. Certains candidats ou enjeux deviennent plus saillants pour ceux qui s’exposent à la campagne, jusqu’à potentiellement changer leur décision (Althaus & Kim; Druckman). La plupart des études ont inclus les jugements sur les candidats et les enjeux, très couverts dans les campagnes. Notre travail affine cela à double titre. D’une part, il s’attaque directement au problème de l’hétérogénéité des électeurs en contrôlant l’importance au début de la campagne de leurs autres critères de choix, comme les préférences exprimées par les pairs et les groupes d’appartenance (Christin, Hug, & Sciarini; Forehand, Gastil, & Smith), et en vérifiant s’ils ont un effet médiateur. Autrement dit, l’effet d’amorçage a-t-il lieu « dans le vide » ou d’autres considérations préalables comptent-elles ? D’autre part, l’importance croissante des candidats et des enjeux n’est pas analysée qu’au niveau global, les changements des électeurs sont suivis au niveau individuel. En effet, notre papier combine une analyse de contenu détaillée des médias et un panel avec trois vagues en Wallonie et en Flandres lors des élections régionales de 2009. Grâce à cela, il établit si les médias ont conduit les électeurs à utiliser comme critères de choix les candidats et les enjeux.

Pre-existing considerations and priming of candidates and issues. The case of the 2009 electoral campaign in Belgium

Studies of priming established that information from mass media affects the way voters decide on election day. Considerations regarding certain candidates or issues become more important for voters who are exposed to campaign communication, potentially altering the outcome of their decision-making (Althaus & Kim; Druckman). Most studies looked at candidate and issue considerations, both of which are featured extensively in campaigns. Our work improves existing research on priming in two ways. First, it explicitly addresses the problem of voter heterogeneity by controlling for the salience at the start of the campaign of other considerations, such as endorsements by peers or group cues (Christin, Hug, & Sciarini; Forehand, Gastil, & Smith), and evaluating whether these mediate the priming effect. In other words, priming occurs but does it happen on a blank slate or does the pre-existing salience of other considerations matter? Second, it focuses not merely on whether candidates or issues as such become more important but looks at individual-level changes at the specific issue / candidate level. Using both a detailed content analysis of mass media and representative three-wave panel survey in Flanders and Wallonia in the run up to the 2009 regional elections, the paper assesses whether media did in fact prime voters to use issue and candidate considerations.

Jacques Gerstlé (Université Paris I) et Christophe Piar (CSA / IEP de Paris)

Combiner sondage et étude de contenu pour mesurer l’impact des campagnes. Le cas de l’élection présidentielle française de 2007

Contrairement aux attendus du modèle des effets limités, le couplage d’une analyse de contenu avec la 1ère vague préélectorale du Panel Electoral Français montre des effets des médias sur la compétence politique, la participation électorale et l’orientation du vote.
* Les répondants qui utilisent la télévision comme principale source d’information politique ont une probabilité de juger la politique compliquée plus élevée que ceux qui utilisent principalement un autre média. De plus, l’impact de l’information télévisée sur la compétence politique subjective dépend du JT.
* L’actualité télévisée mobilise bien les citoyens. Ceux qui s’y exposent le plus ont, toutes choses égales par ailleurs, une probabilité plus élevée d’avoir l’intention de voter.
* Pour l’orientation du vote, il faut distinguer effet de visibilité, d’association et de cadrage : l’information télévisée 1) accroît la probabilité de voter pour Nicolas Sarkozy ou pour Ségolène Royal car plus un message domine les flux d’information, plus son impact persuasif est important ; 2) incite les téléspectateurs à voter pour le candidat qu’elle associe le plus au problème qu’ils considèrent comme étant le plus important au moment de voter ; 3) a limité l’impact sur le vote de l’évaluation négative de l’économie en présentant Nicolas Sarkozy comme un candidat de rupture avec le pouvoir sortant.

Linking survey data with media content analysis to assess the impact of campaigns. The case of the 2007 French presidential election

Contrary to the minimal effects model, the combination of a content analysis with the first wave (pre-electoral) of the “French Electoral Panel” shows some effects of the media on subjective political sophistication, electoral participation and electoral choice.
* People for whom television is the primary source of political information have a higher probability than those who use another media to find that politics is complex. Moreover, the impact of televised news on subjective political sophistication depends on the TV channel.
* Televised news mobilizes citizens. Indeed, those who watch a lot of television news have a higher probability, ceteris paribus, to say they will turn out.
* Regarding electoral choice, three effects can be distinguished: a visibility effect, an association effect and a framing effect. 1) The more a message dominates, the more it has a persuasive impact. Watching TV news increases the probability to vote for Nicolas Sarkozy or Ségolène Royal 2) TV news encourages viewers to vote for the candidate most often associated with the problem they consider to be the most important in their vote 3) By framing Nicolas Sarkozy as a candidate breaking with the incumbent power, television has limited the impact on the vote of negative economic evaluations.

Axe 2

Laura Sudulich (University of Amsterdam) & Matt Wall (Vrije Universiteit, Amsterdam)

A quoi bon faire campagne ? Les évolutions des campagnes électorales et leur efficacité dans le cas des élections de 2009 pour le Parlement Européen

Les activités des candidats à la députation européenne ont été largement ignorées dans la littérature de science politique, en partie à cause de la nature de ces élections « de second ordre », en partie à cause de la prédominance de systèmes électoraux où les votes sont comptabilisés par partis et non par candidats. L’étude Candidats Européens de 2009 nous permet pour la première fois d’explorer empiriquement en détail les activités de campagne des candidats au Parlement Européen et d’évaluer dans quelle mesure cette campagne est réellement « de second ordre ». Dans cette communication, nous cherchons d’abord à établir l’efficacité des activités de campagne en termes de gains électoraux. Puis nous explorons l’influence de la structuration du bulletin de vote sur l’efficacité de la campagne en prenant en compte trois dimensions : l’intensité de l’effort, le focus de la campagne (sur le parti ou sur les candidats) et la stratégie de communication (mesurée par les outils utilisés). Nous ne trouvons pas d’effet de campagne pour les candidats en lice sur des listes fermées mais les activités de campagne s’avèrent bénéfiques dans les systèmes électoraux avec listes ouvertes. Nous montrons également que, dans cette seconde configuration, le style de la campagne est plus intense et personnalisé que dans le cas de listes fermées.

Why bother? Electoral campaigns development and their effectiveness in the case of the 2009 EU elections

The activities of candidates in European Parliament election campaigns have been mostly overlooked in the political science literature; partly because of the ‘second order’ nature of the elections and partly because of predominance of electoral systems that pool votes at the party-level, rather than the candidate level. The 2009 European Election Candidate Study allows us a first opportunity to empirically investigate EP candidates’ campaigns in-depth and to assess the extent to which they really are ‘second order campaigns’. This paper seeks firstly to explore the effectiveness of candidates’ campaigns in terms of electoral gains. We then investigate the influence exercised by ballot structure over campaign effectiveness and three stylized dimensions of candidate campaigning: intensity of effort, campaign focus (party or candidate) and campaign communications strategy (campaign tools). We find that there is no evidence for campaign effectiveness among candidates who compete in closed list electoral systems, but some evidence that campaigns are electorally beneficial in open list systems. We also find that open list campaigns are more personally intense than closed list campaigns.

Matt Wall (Vrije Universiteit, Amsterdam), André Krouwel (Vrije Universiteit, Amsterdam) & Thomas Vitiello (Sabanci University, Istanbul)

Mesurer l’impact d’un site Internet de «conseil aux électeurs » sur le choix lors des élections législatives de 2010 aux Pays-Bas.

Les sites Internet qui fournissent des conseils de vote aux électeurs deviennent fréquents en Europe de l’Ouest, en particulier dans les pays avec systèmes multipartisans. Avec parfois des millions de visiteurs, il est crucial de comprendre comment ces sites peuvent influencer les choix. Jusqu’ici, cette question a été explorée par des sondages post-électoraux ou des panels qui dépendent des souvenirs des répondants quant aux conseils qu’ils ont reçus en ligne, donc avec de possibles biais de projection. Nous avons mis en œuvre un dispositif en deux temps pour étudier les utilisateurs du site Kieskompas.nl. De façon cruciale, leurs réponses sont reliées aux fichiers générés par leur visite sur le site. La première vague a été réalisée pendant la campagne, la seconde une semaine après l’élection. Les questions visaient à saisir les effets de campagne, les usages des médias, l’incertitude des électeurs, divers facteurs du choix et l’évaluation par les utilisateurs de l’impact du conseil qu’ils ont reçu sur le site. Ce dispositif nous permet d’établir des inférences très nuancées quant au fait de savoir quels types d’électeurs sont les plus ou les moins susceptibles d’être influencés par les conseils reçus en ligne. Nous pointons l’importance de la congruence entre les recommandations reçues et les préférences partisanes préalables des utilisateurs.

Assessing the effects of an online voter advice application on user vote choice in the 2010 Dutch legislative elections

Voting advice application websites are becoming a typical feature of electoral campaigns in Western Europe, particularly in countries with multiparty systems. With user numbers often running into the millions, understanding how experience of such sites influences users’ vote choice is of considerable substantive importance. This issue has previously been addressed with post-election surveys and panel surveys which rely on respondents’ recall of the advice they received on-line, thus may be subject to projection bias. Here, we deployed a two-wave survey which targeted users of the Kieskompas.nl site. Crucially, their answers were linked to the log files generated by their visits to the site. The first wave was carried out during the campaign, the second one week after the election. The questions sought to capture campaign effects, media usage patterns, voter uncertainty, factors influencing vote choice and users’ evaluations of the impact of the advice received from the Kieskompas.nl site. So the research design applied here allows us to make more nuanced inferences about the type of users most and least likely to be influenced by the advice received online. It points out the importance of the congruence of the recommendation with the users’ pre-existing preferences for the parties.

Pierre Lefébure (Sciences Po Bordeaux / Centre Emile Durkheim)

Faire sens de la campagne. Croisement des analyses d’agenda et d’entretiens collectifs avec des citoyens dans l’enquête « Médias-Election 2007 »

Durant la dernière élection présidentielle, l’enquête « Médias-Election 2007 » (laboratoire Communication et Politique) a articulé quatre domaines habituellement traités séparément : activités des candidats, processus de production journalistique, dynamiques de « mise à l’agenda » des thèmes de campagne, réception et utilisation de l’information par les électeurs. Cette stratégie correspond à une conception de la campagne comme phénomène complexe et multidimensionnel. Il s’agit notamment de caractériser les raisonnements des électeurs par rapport aux messages des candidats et à leur présentation par les médias en identifiant les possibles déformations et reconstructions intervenant entre ces catégories d’acteurs.
En étudiant l’agenda des médias et les perceptions des électeurs (entretiens collectifs auprès de quatre groupes rencontrés chacun trois fois durant la campagne), cette contribution fait le bilan de la stratégie d’enquête, des modes de recueil des données et des résultats issus de l’articulation des opérations de recherche. La complémentarité entre données qualitatives et quantitatives est aussi examinée grâce à la collaboration avec le Panel Electoral Français 2007 (CEVIPOF). Enfin, la définition de la campagne électorale comme objet d’étude est discutée en vue d’optimiser les futures stratégies d’enquête.

Making sense of the campaign. Combining media content analysis with group interviews in the “Médias-Election 2007” project

The Medias-Election 2007 project (Communication et Politique research centre) conducted during the last French presidential election combined four research areas which are most of the times implemented separately: candidates activities, media coverage process, campaign issues agenda setting by media, reception and uses of news by voters. This design is related to an understanding of the campaign as a complex and multidimensional phenomenon. It thus allows us to substantiate how voters’ reasoning is mirroring candidates’ messages and media coverage as well as the possible reshaping and reshuffling operated by these last two types of actors.
In this paper, content analysis of media coverage and interpretative analysis of media reception and uses by voters (collective interviews with four groups gathered three times each during the campaign) are brought together in order to comment on the research design of the project, the methods used for data collection and the results generated by the combination of these packages. The value of a cross-methods strategy combining qualitative and quantitative data is also examined by taking into account the collaboration with the 2007 French Electoral Panel (CEVIPOF). The definition of the campaign as a research object is finally discussed in order to refine future research designs.

Julien Audemard (Université Montpellier 1 / CEPEL)

Saisir l’importance de la communication politique entre citoyens ordinaires : une perspective théorique et méthodologique

Si la communication politique fait depuis longtemps partie des préoccupations privilégiées des chercheurs en sciences sociales, elle a le plus souvent été abordée comme un processus top down, des élites – professionnels de la politique ou médias – vers les électeurs. Pourtant, les auteurs de The People’s Choice ne manquèrent pas, dès 1944, de souligner l’importance des mécanismes de communication horizontale entre citoyens. C’est dans cette voie que se sont orientés ensuite les travaux de l’Université de Columbia puis, plus récemment, ceux de D. Mutz ou R. Huckfeldt.
Cette communication propose d’abord une réflexion sur la prise en compte de la communication politique entre citoyens ordinaires. Il s’agira avant tout de s’intéresser aux mécanismes qui encadrent et orientent la forme la plus personnelle d’interaction politique : la discussion. Puis nous présentons un dispositif méthodologique « hybride » afin de répondre à ces questions. Nous nous appuyons en effet sur l’analyse de données obtenues par la passation « en boule de neige » d’un questionnaire. Les données quantitatives concernant les dyades identifiées, l’analyse qualitative de la sélection des partenaires lors de la passation du questionnaire ainsi que la réalisation d’entretiens approfondis sont autant de matériaux précieux dans la perspective de notre recherche.

Assessing the importance of political communication between ordinary citizens: a theoretical and methodological perspective

If political communication has always been a major concern for social scientists, most often it was treated as a top-down process, from elites – political professionals or medias – to voters. Nevertheless, the authors of The People’s Choice, as soon as 1944, underlined the importance of horizontal political communication, i.e. between ordinary citizens. Within this framework other research later developped, for instance led by Columbia University and, most recently, by D. Mutz or R. Huckfeldt.
This presentation first offers a general reflection on these mechanisms of political communication between ordinary citizens. Our main focus is to turn our attention to the mechanisms that govern and guide the most personal form of political interaction: political discussions. Then we present a "mixed” methodological design to answer these questions. We rely on the analysis of data obtained by the realisation of a snowball sampling. Quantitative data about the identified dyads, qualitative analysis of partners’ selection during the implementation of the survey, and the realisation of in-depth interviews are all rich material in our research perspective.

Alexandre Dezé (Université Montpellier 1 / CEPEL)

Pour une approche « co-constructionniste » des effets communicationnels. Retour sur un protocole d’enquête sur les affiches du Front national

Cette communication revient sur les modalités et les résultats d’une enquête de réception des affiches du Front national réalisée pendant la campagne des élections régionales de 1998. Contournant la question récurrente des « effets » des affiches, cette enquête ambitionnait de mettre en place un protocole de recherche visant à saisir les modalités de « co-construction » du sens du discours graphique électoral. Il s’agissait d’analyser les interactions complexes qui se nouent dans le processus communicationnel entre émetteur, texte, contexte et récepteur. Pour mener à bien cette entreprise, quatre dispositifs ont été combinés : des entretiens avec les responsables de la propagande du FN (pour cerner l’intentionnalité émettrice) ; une analyse de contenu (pour mettre au jour la structure scripto-iconique du message) ; la passation d’un questionnaire pendant la campagne électorale en face des panneaux d’affichage (afin de rendre compte en contexte des modalités de rencontre entre une affiche et ses publics) ; une série d’entretiens individuels et collectifs de type projectif, fondés sur la reproduction de plusieurs affiches - réelles et truquées - du FN (pour compléter l’analyse de leur réception).

Towards a co-constructionist approach of communication effects. A Research on FN political posters

This paper presents a research conducted during the 1998 regional elections campaign to discuss its methodological design and main findings. It deals with the reception of political posters of the Front national. Trying to overcome the somehow unverifiable question of the effects of political posters, it adopts a co-constructionist approach tackling the complex interactions between the political message author, the message itself, its context and its audience. In this perspective, the main issue is not to determine whether the graphical discourse of the FN has a direct influence on voters, but to understand how the meaning of this discourse is built through the interaction between the FN and its public. In doing so, I combined four types of material: interviews conducted with the leaders of the FN graphical propaganda (to assess their intention) ; a content analysis of the political posters (to underline the graphic structure of their message) ; a survey about the reception of these posters in situ (questioning people in front of the notice boards in order to contextualize the reception process); individual and collective interviews with projective tests based on - true and fake - FN posters (to expand the reception analysis).


Participants

AUDEMARD Julien julien_audemard@yahoo.fr
CAUTRES Bruno bruno.cautres@sciences-po.fr
DEZE Alexandre alexandre.deze@univ-montp1.fr
EIJK, VAN DER Cees cees.vandereijk@nottingham.ac.uk
GERSTLE Jacques jacques.gerstle@univ-paris1.fr
HOELLER Iris iris.hoeller@uibk.ac.at
JADOT Anne anne.jadot@univ-nancy2.fr
KROUWEL André a.p.m.krouwel@vu.nl
LEFEBURE Pierre p.lefebure@sciencespobordeaux.fr
LEFEVERE Jonas jonas.lefevere@ua.ac.be
LENGAUER Guenther guenther.lengauer@uibk.ac.at
PIAR Christophe christophe.piar@sciences-po.org
SCHADEE Hans hans.schadee@unimib.it
SEGATTI Paolo paolo.segatti@unimi.it
SUDULICH Laura m.l.sudulich@uva.nl
VEDEL Thierry thierry.vedel@sciences-po.fr
VEZZONI Cristiano cristiano.vezzoni@unitn.it
VITIELLO Thomas thomasv@sabanciuniv.edu
WALL Matt matthewtwall@gmail.com
WUST Andreas andreas.wuest@mzes.uni-mannheim.de