Section Thématique 35
Rapports ordinaires au politique et comportements électoraux
Ordinary relations to politics and political behavior
Responsables
Sabine Rozier (UPJV-CURAPP) sabine.rozier@u-picardie.fr
Nicolas Mariot (CNRS-CURAPP) nicolas.mariot@ens.fr
Patrick Lehingue (UPJV-CURAPP) plehingue@yahoo.fr
François Buton
(CNRS-CEPEL) francois.buton@u-picardie.fr
Présentation scientifique
Dates des sessions
Programme
Résumés
Participants
L’objectif de cette section est de nourrir la discussion déjà engagée entre trois séries de travaux de science politique :
- les recherches sur la socialisation politique, qui réinterrogent les modalités de la politisation des citoyens ordinaires ;
- les recherches sur les comportements électoraux et l’abstention, qui insistent sur l’environnement géographique et social de l’électeur, la prévalence des groupes primaires (dans la lignée des travaux de l’école de Columbia) et les contextes de l’acte de vote ou repensent la notion de compétence sur des terrains contemporains ;
- les recherches ethnographiques sur des lieux de résidence, qui examinent le rapport à la politique des habitants, notamment ceux de milieu populaire, sans toutefois en faire le cœur de leur objet.
Le principal point commun de ces recherches réside sans doute dans le regard critique qu'elles portent sur l’équivalence entre l’acte de vote et l’existence de convictions politiques ancrées, et, plus généralement, sur le modèle du citoyen éclairé et ses implicites normatifs, dont on sait qu’il continue de fonder et légitimer le dispositif aujourd'hui dominant de l’enquête d'opinion par sondage, et qu’il informe la majorité des travaux sur la démocratie délibérative.
Un point commun de ces recherches est ainsi d’interroger et le plus souvent critiquer le présupposé selon lequel le citoyen disposerait de connaissances et de croyances même sommaires (« raccourcis ») sur la politique (ses valeurs, ses acteurs, ses institutions), bref d'une compétence, lui permettant de faire un « choix » au moment de participer aux élections (se rendre aux urnes et déposer un bulletin dans l'urne). Les recherches précitées de sociologie électorale tentent ainsi de « sonder autrement » les rapports au politique et à la politique. Si elles recourent à méthodes d'enquête variées sinon contrastées, toutes envisagent les citoyens comme des acteurs socialement situés, dont le comportement électoral (participation/abstention et « préférences ») constitue l’expression, sous contrainte d’offre électorale, de goûts ou de dégoûts sociaux informés par leurs trajectoires biographiques et leurs groupes d’appartenance et de référence. Elles rejoignent sur ce point les recherches de type ethnographique ou interactionniste.
La section thématique vise ainsi à réunir toute une série de recherches récentes, non seulement en France mais dans la science politique francophone et internationale, afin d’en confronter les résultats et les méthodes d'enquête. Les propositions pourront être centrées sur les questions d'échelle (analyses multi-niveaux, quartier ou cité, bureau de vote, milieu familial) et de méthodes (récits de vie, observation, questionnaire, focus groups), sur l’articulation entre ces jeux d’échelle et ces choix de dispositifs d’une part, et les résultats qu’elles permettent d’engranger d’autre part. La section permettra également de clarifier les points de vue des analystes et de mettre au jour leurs éventuels « points aveugles » (à propos des facteurs de la participation électorale, de la notion de compétence politique, des interprétations des entretiens biographiques, etc.). Priorité a été donnée aux propositions fondées sur un travail empirique et abordant les problèmes que soulève l’interprétation des « données » et plus largement les questions d'inférence que pose le traitement de matériaux dits « qualitatifs ».
This section aims to foster an on-going scientific discussion that brings together recent works belonging to three different areas of interest inside political science, that is :
- studies in political socialization, raising new questions about the politization of ordinary citizens ;
- electoral studies, a part of which insist on environnmental and/or contextual analysis, thus criticizing the prevailing academic conception of individual citizens’ political competence ;
- ethnographic inquiries on specific localities, dealing in particular with the daily / ordinary relation of citizens, especially working class citizens, to politics.
These works undoubtedly share a critical view on the prevailing conception of electoral participation and orientation as conscious acts based on political beliefs; more generally, they question the « enlightened citizen » model in political science, which still guides the making and uses of the vast majority of both « old » opinion surveys and « new » studies on deliberative democracy.
One of these researches’ common points is the following one: they stress the links between voting patterns and actors through the social and local context of its construction. Nothing can assume that these actors necessarily consider this experience to be a conscious choice, or even that they always care. This section will continue that tradition of analysis, sometimes referred to as “contextual”, assuming that the voter is not as much an individual that makes a “choice” as a social actor inserted in a social and local context that largely influences voting behavior.
The section’s promoters want to confront results from recent works not only on electoral behavior, but also on ordinary relations to politics. Proposals will be centered on scales’ problems (corner or suburbs, polling station, household and multilevel analysis) or on methods (biographical narratives, ethnography, quantitative surveys or focus groups).
Les travaux de la Section Thématique se dérouleront sur les sessions suivantes :
Session 3 : 1er septembre 2011 13h30-16h15
Session 4 : 2 septembre 2011 15h15-18h
Voir planning général...
Lieu : Institut Le Bel (Amphi 1)
Session 3
Atelier 1 (13h30-14h45) : Territoires.Territories.
Présentation des papiers par Nicolas Mariot (CURAPP-Université de Picardie), suivie d’une réponse des auteurs et d’une discussion.
Céline Braconnier (CEPEL-Université de Cergy-Pontoise), Jean-Yves Dormagen (CEPEL-Université de Montpellier 1), Daniella Rocha (IRIS-Université de Brasilia)
Quand les milieux populaires votent : une approche multi-méthodes du quartier d’Estrutural à Brasilia.
When the poors go to the polls : a multi-method approach in the neighborhood of Estrutural in Brasilia.
David Gouard (CEPEL-Université Montpellier 1)
L’affiliation au PCF à l’épreuve du renouvellement des générations aux cités Maurice Thorez et Youri Gagarine à Ivry-sur-Seine. La démarche multi-méthode en sociologie électorale.
French Communist Party’s affiliation in the Maurice Thorez and the Yuri Gagarin working-class housings in Ivry-sur-Seine to the test of generations’ replacement. A multi-method approach in electoral sociology.
Jean Rivière (IDEES-Université de Rouen)
L’espace social et politique des électeurs périurbains français en 2007. À propos de l’encastrement social des préférences électorales et de sa dimension spatiale
The social and electoral space of suburban voters in 2007. About social determination of electoral preferences and its spatial dimension.
Sébastien Vignon (CURAPP-Université de Picardie)
Abstentionnisme électoral et recompositions des échelles d’appartenance locale dans les mondes ruraux. Le cas des élections municipales dans la Somme.
Electoral abstention and reorganizations of the scales of local membership in the rural worlds. The case of the municipal elections in the Somme.
Atelier 2 (14h45-16h15) : Sociabilités. Sociability.
Présentation des papiers par François Buton (CEPEL-Université Montpellier 1), suivie d’une réponse des auteurs et d’une discussion.
Julien Audemard (CEPEL-Université Montpellier 1)
L’emploi d’un questionnaire administré en « boule-de-neige ». Les apports qualitatifs d’un outil quantitatif.
Using a « Snowball » Device. Qualitative Contributions of a Quantitative Tool.
Yassin Boughaba (IEPI-Université de Lausanne)
La culture politique des pompiers volontaires dans une petite ville populaire en Suisse.
The Political Culture of Volunteer Firefighters in a Small Working-class Town in Switzerland
Damien Boone (CERAPS-Université Lille 2)
Un rapport ordinaire à la politique construit par des activités politiques extra-ordinaires ? A la recherche d'une compétence politique enfantine.
An ordinary relation to politics built by extra-ordinary political activities? Looking for a child-related political ability.
Christèle Marchand-Lagier (CURAPP-Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse)
Le retour sur son terrain qualitatif comme occasion de laisser l’ordinaire nous parler de politique.
The return to one’s qualitative fieldwork as an occasion to let the ordinary tell us something about politics.
Muriel Surdez, Ivan Sainsaulieu et TAPAS group (Université de Fribourg).
Politisation au travail et milieux de sociabilité.
Politicization at work and sociability networks
Session 4
Atelier 3 (15h15-16h45) : Discussions.Talks.
Présentation des papiers par Sabine Rozier (CURAPP-Université de Picardie), suivie d’une réponse des auteurs et d’une discussion.
Philippe Aldrin (Ermes/Université de Nice), Marine de Lassalle (Prisme-IEP Strasbourg)
Ce que faire parler de politique veut dire.
What does talking politics mean ?
Lorenzo Barrault (CESSP-CRPS-Université Paris 1)
Les interpellations individuelles des élus locaux : l’exemple de demandes relatives au choix de l’école. Une contribution à l’analyse des rapports pratiques au politique.
The individual questionings of the local elected representatives: the example of requests relating to the school’s choice. A contribution in the analysis of the practical relations to politics.
Céline Braconnier (CEPEL-Université de Cergy-Pontoise)
L’apport du paradigme conversationnel dans l’analyse des rapports ordinaires au politique.
Conversational paradigm and analysis of ordinary relations to politics.
Cécile Cuny (CRESPPA-CSU-Université Paris 8)
Décrire l'engagement de citoyens ordinaires dans des dispositifs participatifs locaux : les enjeux théoriques d'une reformulation de la notion de prise de parole.
Describing ordinary citizens' commitment in local participative institutions : a theoretical reformulation of the concept of « voice ».
Charlotte Dolez (CEE-Sciences Po Paris), Guillaume Garcia (CDSP-Sciences Po Paris)
Comment observer ce que les citoyens croient savoir lorsqu’ils discutent des affaires publiques ? Saisir la mobilisation des ressources médiatiques par entretiens.
How can we observe what people believe they know when talking about public affairs? Understand how people use media resources in interviews.
Atelier 4 (16h45-18h) : Mobilisations. Mobilizations.
Présentation des papiers par Patrick Lehingue (CURAPP-Université de Picardie), suivie d’une réponse des auteurs et d’une discussion.
Eric Agrikoliansky (IRISSO-Université Paris Dauphine)
Voter dans les beaux quartiers. Quelques hypothèses sur les rapports ordinaires au politique des classes supérieures : l’exemple du 16e arrondissement de Paris.
Vote in "Beaux quartiers". Some hypothesis about the ordinary relations of upper class citizens to politics in Paris 16th posh district.
Eric Darras, Sandra Véra Zambrano (LASSP-IEP Toulouse)
La politisation pratique et médiatique, en pratique.
The reinforcement effect reinforced ? How can we know how the TV viewers-voters make up their mind ?
Sarah Mailleux (CSPRP-Université Paris 7)
Le choix électoral : un savoir faire politique au service de la survie des citoyens.
The electoral choice : a political know-how in service of the citizens survival.
Fabrice Ripoll (Lab’urba-Université Paris Est Créteil), Jean Rivière (IDEES-Université de Rouen)
Rapports ordinaires au politique lors des scrutins municipaux de 2008. La perception des habitants face aux mobilisations électorales en contexte(s) périurbain(s).
Ordinary relations to the political during the municipal elections of 2008. The perception of the inhabitants in the suburban context(s).
Atelier 1 – Territoires
Céline Braconnier (CEPEL-Université de Cergy-Pontoise), Jean-Yves Dormagen (CEPEL-Université de Montpellier 1), Daniella Rocha (IRIS-Université de Brasilia)
Quand les milieux populaires votent : une approche multi-méthodes du quartier d’Estrutural à Brasilia.
Il s’agira, dans cette communication, d’expliquer les logiques de la mobilisation électorale et les mécanismes de la production des choix, en étant attentifs à l’histoire politique et sociale du quartier, à la manière dont sont entretenus les clivages sociaux, dont les réseaux de patronage opèrent, dont les fidélités et les loyautés se constituent et s’entretiennent, et en soulignant à quel point la production des votes serait inexplicable à partir d’approches surplombantes ou fonctionnant à l’adhésion idéologique. Pour cela, nous nous appuierons sur un travail d’enquête réalisé par des universitaires et étudiants de l’Université de Brasilia menés par Daniella Rocha, en collaboration avec Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen. La communication intègre une dimension implicitement comparative, reposant sur la mise en œuvre, dans un contexte brésilien, du dispositif « PAECE (Pour une Approche Ecologique des Comportements Electoraux) ». En conséquence, elle prend appui sur de l’observation directe, des entretiens formels et informels et des questionnaires sortie d’urnes administrés dans le quartier lors des élections présidentielles, législatives et locales d’octobre 2010.
When the poors go to the polls : a multi-method approach in the neighborhood of Estrutural in Brasilia.
The aim of this communication will be to explain the logic of electoral mobilization and the mechanisms of choices production, with attention paid to political and social history of the neighborhood, how social divisions are maintained, patronage networks operate, and loyalties are created and sustained. We will show how the production of votes would be inexplicable from overarching approaches or through a focus on ideological adherence. For this, we will rely on survey work conducted by academics and students of the University of Brasilia under the direction of Daniella Rocha, in collaboration with Céline Braconnier and Jean-Yves Dormagen. The communication will include an implicit comparative dimension, based on the implementation, in a Brazilian context, of the "PAECE” program approach (For an Ecological Approach to Electoral Behavior). It is therefore based on direct observations, formal and informal interviews and exit polls administered in the district during the presidential, parliamentary, and local elections in October 2010.
David Gouard (CEPEL-Université Montpellier 1)
L’affiliation au PCF à l’épreuve du renouvellement des générations aux cités Maurice Thorez et Youri Gagarine à Ivry-sur-Seine. La démarche multi-méthode en sociologie électorale.
Durant des décennies, dans une ville symbole de la « banlieue rouge », l’hégémonie du PCF aux cités Maurice Thorez et Youri Gagarine relevait d’un cas d’école. Depuis les années 1980, selon des degrés variables, ces deux espaces sont touchés par le déclin communiste. Dans un contexte de repli du PCF sur ses premiers « bastions », notre étude s’est donnée comme objectif de déterminer de quelles manières l’affiliation au PCF était en mesure de supporter (ou non) le renouvellement des générations. Pour répondre à cette question, notre démarche a largement emprunté à l’immersion ethnographique. Entre 2006 et 2008, on a effectué toute une série d’observations et d’entretiens auprès d’un échantillon diversifié de résidents des deux cités. Nous avons aussi réalisé une passation de questionnaires à la sortie des deux bureaux de vote à quatre occasions. Associée à un examen des listes d’émargements, cette méthode a renseigné l’ampleur et la nature des décrochages intergénérationnels. Les parcours biographiques et les expériences de vie à l’échelle territoriale ont mis en lumière la variabilité des significations politiques accordées au sentiment d’autochtonie. Pour un certain nombre de familles, la loyauté au parti politique dominant se perpétue. A contrario, pour d’autres, notamment au sein des populations d’origine immigrée, le manque de reconnaissance peut alimenter des formes de contestation de l’autorité politique traditionnelle.
French Communist Party’s affiliation in the Maurice Thorez and the Yuri Gagarin working-class housings in Ivry-sur-Seine to the test of generations’ replacement. A multi-method approach in electoral sociology.
For many decades, inside an archetypal city belonging to what was known as the “red belt”, the hegemony of the PCF in the Maurice Thorez and the Yuri Gagarin working-class housings has been considered as a textbook case. Since the 1980’s however, to different degrees, these areas are affected by the communist decline. In a context of PCF’s withdrawal to its historic bastions, this paper aims to identify factors which help the PCF to cope –or not- with the issue of generational replacement. To answer this question, we adopted an ethnographic approach based on observations made from 2006 to 2008, consisting in interviews with a heterogeneous sample of inhabitants of these working-class housings. Four times, we also gave questionnaires to the electors at the exit of their polling station. Combined with a study of electoral lists, we argue that this method help understand the scope and the nature of the generational disaffiliations we noticed. Trajectories and social experiences at the local scale highlight political identities’ variability according to an «indigenous” feeling. For the most integrated families, loyalty to the PCF is important. For others, on the contrary, particularly the young generations of immigrant’s families, a feeling of lack of social recognition led them to drop their electoral to the PCF as a traditional political authority.
Jean Rivière (IDEES-Université de Rouen)
L’espace social et politique des électeurs périurbains français en 2007. À propos de l’encastrement social des préférences électorales et de sa dimension spatiale »
En France, le champ des études électorales est fortement affecté par des usages routinisés et disciplinaires de certains matériaux empiriques. Pourtant, des travaux désormais anciens comme ceux de Michelat et Simon ou de Derivry et Dogan ont bien montré l’intérêt de la combinaison de données de nature différentes (agrégées et individuelles). L’analyse contextualisée des pratiques électorales et des rapports ordinaires au politique connaît d’ailleurs actuellement un certain renouveau, à l’image de l’ouvrage de Braconnier plaidant pour Une autre sociologie du vote. Dans cet esprit, cette contribution s’appuie empiriquement sur des questionnaires « sorties des urnes » collectés lors du scrutin présidentiel de 2007 devant les bureaux de vote de huit communes exemplaires de la diversité de la France périurbaine. À l’aide de techniques statistiques, un espace social et politique des électeurs périurbains français est alors construit en mettant en relation les préférences électorales des habitants avec leurs propriétés sociales et notamment leurs trajectoires résidentielles. Les régions de cet espace social sont ensuite explorées de manière qualitative grâce à l’analyse des questions ouvertes, ce qui permet de travailler la question des rapports ordinaires au politique. On montre enfin que les propriétés sociales des habitants n’ont pas les mêmes effets selon les communes de résidence, autrement dit que les effets électoraux des appartenances sociales admettent une importante dimension spatiale.
The social and electoral space of suburban voters in 2007. About social determination of electoral preferences and its spatial dimension
In France, the field of electoral studies is largely characterized by a disciplinary and fruitless using of a certain kind of empirical data. Nevertheless, many old researches like those of Michelat and Simon or Derivry and Dogan have shown the interest of the association between individual and ecological data. Moreover, the contextual analysis of electoral behaviours and the study of the ordinary relations to politic actually know an important revival in the image of the Braconnier’s book called Une autre sociologie du vote. According to this trend, this contribution is empirically based on “right at the polling booth” opinion polls collected at the occasion of the 2007 presidential election in eight suburban districts. Using statistical methods, a social and electoral space of suburban voters is built in order to reveal the relationships between the political positions of inhabitants, their social characteristics and their residential trajectories. After then, the regions of this social and electoral space are studied in a qualitative way; thereby allow to explore the question of the ordinary relation to politic. Finally, this contribution shows the existence of strong contextual effects, in other words that voter’s social characteristics have not the same effects depending of their living districts.
Sébastien Vignon (CURAPP-Université de Picardie)
Abstentionnisme électoral et recompositions des échelles d’appartenance locale dans les mondes ruraux. Le cas des élections municipales dans la Somme.
Les évolutions socio-économiques qui ont frappé les campagnes ces dernières décennies (déprise agricole, accueil de nouvelles catégories sociales issues des centres urbains, mobilité résidentielle, etc.) ont engendré une complexification des rapports aux lieux, des pratiques et des représentations des habitants d’une même commune. L’individualisation des rapports à l’espace prend des formes et des degrés divers qui s’échelonnent de la parfaite coïncidence des différentes « scènes » au plus total éclatement. Ces mutations sont au fondement de rapports différenciés aux pratiques électorales municipales en opérant une redéfinition des échelles d’appartenance locale. Le phénomène d’abstention croissant n’est pas réductible à l’arrivée de nouvelles populations entretenant systématiquement des rapports distanciés à la vie communale se détournant des enjeux politiques locaux estimés plus « triviaux » que les élections « nationales ». Il est aussi le fait de catégories fragilisées économiquement reléguées dans ces espaces ruraux qui se tiennent déjà en marge des autres échéances électorales. L’abstention résulte enfin d’une moindre prégnance des pressions communautaires et du contrôle social qui fonctionnaient comme de puissants facteurs d’incitation au vote auprès des populations les plus établies localement.
Electoral abstention and reorganizations of the scales of local membership in the rural worlds. The case of the municipal elections in the Somme.
The socioeconomic evolutions which struck countrysides these last decades (abandonment of farmland, reception of new social categories stemming from urban areas, residential mobility, etc.) engendered a complexity of connections in places, practices and representations of the habitants of the same municipality. The individualization of connections in the space takes forms and diverse degrees which are spread out of the perfect coincidence of the various scenes in the most total explosion. These transformations are in the foundation of reports differentiated in the municipal electoral practices by operating a redefining of the ladders of local membership. The increasing phenomenon of abstention is not reducible upon the arrival of new populations maintaining systematically connections distanced in the municipal life turning away from local political stakes considered more "coarse" than the "national" elections. It is also the fact of weakened categories economically relegated to these rural spaces which are already held outside the other electoral terms. Finally, the abstention results of lesser prégnance one of the community pressures and the social control which worked as powerful factorsof incitement in the vote with the populations the most established locally.
Atelier 2 – Sociabilités
Julien Audemard (CEPEL-Université Montpellier 1)
L’emploi d’un questionnaire administré en « boule-de-neige ». Les apports qualitatifs d’un outil quantitatif.
Cette communication est avant tout une réflexion méthodologique. Nous présenterons ici la mise en œuvre d’une enquête originale attachée à l’étude d’un objet particulier : l’impact des relations interpersonnelles sur les comportements électoraux. En nous inspirant des travaux fondateurs des chercheurs de l’Université de Columbia traitant de l’influence interpersonnelle (Lazarsfeld, Katz 2008), nous avons imaginé un dispositif méthodologique basé sur la technique de la passation d’un questionnaire en « boule-de-neige ». En partant d’un échantillon restreint d’individus (10 personnes issues de notre entourage, sélectionnées sur le critère de la confiance), nous avons sollicité leur aide pour qu’ils diffusent un questionnaire dans leurs propres entourages. En répétant ce mécanisme avec comme nouveau point de départ ce nouvel échantillon, nous avons identifié un ensemble de chaînes dyadiques.
Il s’agira ici de revenir sur ce dispositif « boule-de-neige », sur sa mise en œuvre, ses apports et ses limites. Notre réflexion se portera surtout sur les relations entre les différents acteurs de l’enquête. En effet, cette méthodologie exige que l’on s’intéresse au statut particulier des individus constituant l’échantillon de base, les « enquêtés souches », à la fois enquêtés répondant au questionnaire, et « enquêteurs » diffusant le questionnaire, sélectionnant ainsi les unités additionnelles de l’échantillon. Par le biais de retours d’expériences vécues par ces « enquêtés souches », il nous est devenu possible d’envisager les biais de ce dispositif et les limites de l’utilisation d’un questionnaire afin d’appréhender notre objet d’étude. Mais, en plus de ce qu’elle nous apprend de ces limites, cette réflexion critique menée à partir de ces retours d’expérience est en mesure de nous renseigner – au-delà des résultats statistiques produits – sur la place des relations interpersonnelles en matière de comportements politiques ordinaires.
Using a « Snowball » Device. Qualitative Contributions of a Quantitative Tool.
This presentation is principally a methodological reflection. What we present here is the realisation of an original research related to an original object: the impact of interpersonal relationship on electoral behaviour. Inspired by works of scholars from Columbia University on interpersonal influence (Lazarsfeld, Katz 2008), we have imagined a methodological device based on the formation of a “snowball” sampling. Beginning with a small sample of individuals (10 people from our own surroundings, selected on the criterion of confidence), we have requested their assistance for the diffusion of a questionnaire among their own peers. By repeating this mechanism with this new sample obtained we have identified a set of dyads.
Our objective is to develop a critical return on this “snowball” device, its realisation, its contributions and its limitations. Mainly, our reflection will focus on the relationship between the different actors of the research. Indeed, this methodology asks us to be attentive to the particular status of the individuals constituting the base sample: the “strain respondents”, people who are at the same time the subjects of the investigation and the “investigators” diffusing the questionnaires and selecting the other members of the sample. Interviewing “strain respondents” about their perceptions of this experience, we have considered the bias of this device and the limitations of the utilisation of a questionnaire for analysing the object of our study. But more than these limitations, this reflection informs us – beyond the statistical products – on the role played by interpersonal relationships in the production of electoral behaviour.
Yassin Boughaba (IEPI - Université de Lausanne)
La culture politique des pompiers volontaires dans une petite ville populaire en Suisse
Il s’agit dans cette communication d’avancer dans la connaissance des attitudes et pratiques politiques des pompiers volontaires d’une petite ville populaire en Suisse. Plus précisément, l’objectif est de rendre compte des significations que ces acteurs sociaux, qui occupent souvent une position subalterne dans la division du travail, prêtent à leurs pratiques politiques et plus généralement au monde politique. Parallèlement au constat d’incompétence et d’indifférence politique des classes populaires, il s’agit d’analyser les manières dont ces individus, engagés pour leur commune, réagissent aux (potentielles) injonctions à l’expression politique légitime. Ainsi, cette communication aborde entre autres les questions de l’indifférence, de l’abstention et des préférences politiques en milieux populaires. Le matériau mobilisé se fonde sur l’observation de rencontres de sapeurs-pompiers et sur un corpus d’entretiens approfondis. Ces données ethnographiques sont par ailleurs interprétées à l’aune d’une contextualisation du territoire enquêté.
The Political Culture of Volunteer Firefighters in a Small Working-class Town in Switzerland
My point is to investigate political attitudes and behaviors among volunteer firefighters in a small working-class town in Switzerland. More precisely, I wish to give an account of these actors’ points of view about politics. Beside the idea of political exclusion of working-class citizens, I analyze the ways they react towards (possible) political injunctions to participate. Therefore, I treat the questions of apathy, abstention and political preferences among working-class people. I use fieldwork observation made during the firefighters’ exercises and in-depth interviews. These ethnographic data are interpreted with regard to the historical context of the studied case.
Damien Boone (CERAPS-Université Lille 2)
Un rapport ordinaire à la politique construit par des activités politiques extra-ordinaires ? A la recherche d'une compétence politique enfantine.
Cette communication met l'accent sur la dimension culturelle de l'apprentissage politique des futurs citoyens. Elle propose de questionner les formes de compétence que les enfants mettent en œuvre dans des situations collectives issues de notre travail de terrain (ateliers de lecture, spectacles artistiques, entretiens avec les concepteurs des projets, confrontation à la façon dont ceux-ci sont reçus par les enfants), afin de comparer à une analyse menée sur une population légalement exclue du droit de vote des dispositifs d’enquête novateurs -tant la méthodologie de travail avec des enfants reste à construire- et des méthodes et conclusions issues d'enquêtes réalisées auprès d'adultes. En reprenant les récentes actualisations de la notion souvent problématique de « compétence politique » (RFSP 2007/6), nous tentons de montrer qu'investir l'univers culturel des enfants permet de déceler des éléments « rudimentaires » [Joignant, 2007] tout autant constitutifs du fait politique, en prenant en compte des modes de pensée politiques acquis ailleurs que dans les pratiques politiques consacrées. Cette recherche de nouveaux types d'apprentissage auprès d’individus qui, face à un champ politique dont les enjeux leur sont encore largement étrangers, sont moins acculés vers une position d’incompétence que amenés à saisir le politique, dans une acception large, à leur manière, permet aussi de poser d’une autre façon la question de l’émergence des dispositions à l’action politique et des rapports au politique.
An ordinary relation to politics built by extra-ordinary political activities? Looking for a child-related political ability
This communication emphasizes the cultural dimension of the future citizens’ political training. It questions the different types of skills children use in collective activities from our fieldwork (reading workshops, art shows, meetings with project directors, confrontation about how welcomed they were among the children), in order to compare these to an experiment conducted on a population legally excluded from any right to vote regarding innovative ways to investigate – as working methods with children is still left to be built – and conclusions from investigation among adults. By taking recent updates of the often problematic notion of “compétence politique” (political competence), we will attempt to show that observing the children’s cultural sphere allows to demonstrate “basic” (“rudimentaires”) elements that take part in the political life. It takes into account a variety of political thoughts acquired outside other political practices. This research for new types of training beside individuals, who are facing the political sphere while ignoring the matters at stake and who are less driven towards an incompetent position than grasping the fact of politics in large and unique ways, enables to explores other sides of the question of the emergence of political aptitudes, regarding political actions and connections to the field.
Christèle Marchand-Lagier (CURAPP-Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse)
Le retour sur son terrain qualitatif comme occasion de laisser l’ordinaire nous parler de politique.
Le retour sur son terrain qualitatif 10 ans plus tard est envisagé ici comme occasion de saisir les rapports ordinaires au politique d’électrices témoignant de préférences inégalement formées et informées pour le Front national. Cette démarche avant tout méthodologique vise à éprouver l’usage répété des entretiens en sociologie politique en interrogeant de manière longitudinale l’équivalence trop souvent supposée entre l’acte de vote et l’existence de convictions politiques ancrées. Par la reconstitution des itinéraires électoraux, ce retour permet de saisir les éventuels reclassements politiques, les comportements abstentionnistes intermittents ou le choix du FN à n’importe quel prix sur les départements très spécifiques du Vaucluse et des Bouches du Rhône. Déculpabilisation à l’égard de la rupture avec son terrain, occasion de saisir un rapport à la politique qui, s’il n’est pas constant, n’en est pas moins pratique (au sens de « concret » mais également de « commode ») et recul quant à l’inconscience supposée des moins compétents politiquement sont autant de perspectives offertes par cette étude. Les rapports ordinaires au politique se (dé) construisent autour de quelques souvenirs, sortes de balises que les enquêtées convoquent systématiquement lorsque qu’elles sont amenées -contraintes- à parler politique. Les préférences électorales peuvent alors être ré-encastrées dans des espaces de vie vécus à l’intérieur desquels le capital relationnel participe de certaines formes de misères affectives côtoyant divers types de difficultés sociales.
The return to one’s qualitative fieldwork as an occasion to let the ordinary tell us something about politics.
The return to one’s qualitative fieldwork ten years after training is considered here as affording the possibility of understanding the ordinary relationship to politics of female electors with unequally fixed and less fixed preferences for the National Front. This primarily methodological approach aims to put the repeated use of interviews in political sociology to the test by questioning in longitudinal manner the too often supposed equivalence between the act of voting and the existence of firmly rooted political convictions. By reconstituting electoral itineraries, this return enables us to grasp areas of possible political redeployment, intermittent abstentionist behaviour and the choice of the National Front at any price in the specific counties of the Vaucluse and the Bouches-du-Rhône. Various possibilities are offered by this survey: freeing oneself of guilt about the rupture with one’s home ground, the chance to understand a relationship to politics which, even if inconsistent, is nevertheless practical (« concrete, « convienent »), and a distancing with regards to the supposed unawareness of the least competent in terms of politics. Ordinary relationships to politics are constructed (or deconstructed) round a few memories, some sort of landmarks those questioned systematically put forth when they are led – or obliged – to talk politics. Thus electoral preferences can be reframed and put into the context of the life-patterns in which they were lived, where the stock of human relations contributes to certain forms of emotional poverty that go with various types of social difficulties.
Muriel Surdez, Ivan Sainsaulieu et TAPAS group (Université de Fribourg)
Politisation au travail et milieux de sociabilité.
Quels rapports peut-on établir entre appartenance professionnelle et positionnement politique, entre socialisation professionnelle et socialisation politique? Basée sur une recherche suisse portant sur la (non)politisation au sein de trois milieux professionnels contrastés – des agriculteurs, des dirigeants de ressources humaines et des ingénieurs –, notre communication examine comment l’appartenance professionnelle est un vecteur de construction, de renforcement ou de conversion des représentations du monde social et des opinions politiques. Elle met en regard les interactions qu’ont les individus dans leur travail avec leurs relations dans d’autres milieux de sociabilité : famille, cercles amicaux, de loisirs, de voisinage ou liés à des engagements associatifs et politiques. Nous comparons la circulation des représentations politiques entre ces milieux. Ainsi, les DRH, fortement marqués par leur socialisation professionnelle, côtoient des porteurs d’opinions politiques diversifiés et privilégient des réflexions philosophiques et religieuses. Ils se forgent une représentation de la politique « économiquement de droite et socialement de gauche », en homologie avec leur fonction, mais ils sont souvent attachés à des marqueurs de gauche dans leur entourage, traces d’une origine sociale modeste. Les cercles de sociabilités ont été cartographiés sous forme de « cibles » à partir des entretiens biographiques. Cette méthode, dont nous discuterons l’apport, permet de montrer que les trois groupes professionnels répartissent différemment leurs réseaux (plus ou moins étendus et durables) de sociabilité familiale, professionnelle, de loisir et d’engagement.
Politicization at work and sociability networks
Far from assuming that there would be a “mechanical” link between the membership to a professional group and the political orientations of the individuals, our presentation explores the complex relationship between political and professional socialization within three different professional groups in Switzerland: farmers, human resources managers and engineers. First, we show how professional affiliation can be operationalized as a factor of construction, reinforcement or conversion of political opinions and social representations. We examine the interactions at work and the changing occupational environment of the various professionals. We compare them with their sociability networks out of work (networks made up of relatives, friends, neighbours, or leisure, community, charity and political networks). We will therefore describe the influence and the circulation of political representations from one environment to another. Professional socialization plays for example a strong role on human resources managers’ political opinions. They belong to large social networks that include right-wing and left-wing individuals who give some importance to philosophical and religious thinking. Although they have left-wing relatives, because of their frequent lower-class origins, they develop a right-wing view of economical issues and a left-wing view of social issues, an ambivalent political position which reflects their professional function. In order to observe the connections between these different kinds of environments, “targets” have been drawn, during the biographical interviews. This qualitative method, whose limits would be discussed, allows us to show that the members of the three professional groups differently dispatch their family, professional, leisure and commitment networks.
Atelier 3 – Discussions
Philippe Aldrin (Ermes-Université de Nice) et Marine de Lassalle (PRISME-IEP Strasbourg)
Ce que faire parler de politique veut dire.
À travers cette communication, les auteurs se livrent à une analyse secondaire d’un matériel d’enquête constitué dans le cadre d’une enquête collective (l’ANR CONCORDE coordonnée par D. Gaxie entre 2006 et 2009) et composé de plus de quatre cents entretiens semi-dirigés. Fondé sur des questions ouvertes, le guide d’entretien visait initialement à recueillir des éléments sur les représentations et les attitudes des enquêtés à l’égard de l’Europe politique. La ré-analyse du matériel d’enquête à laquelle se livrent les auteurs envisage différemment le statut sociologique de ces entretiens, les considérant désormais comme le produit de l’interaction entre un(e) enquêté(e) et un(e) chercheur(e). Or, sous cet angle, le principe de l’échange enquêteur-enquêté paraît davantage reposer sur une sollicitation générale et implicite (car non formulée ainsi par les enquêteurs) qui pourrait être : « Quel point de vue pouvez-vous (sou)tenir en public à propos de l’Europe politique ? » Dès lors, l’exploitation du matériel ne consiste plus à en extraire des attitudes ou des représentations (qui seraient données en tant que telles par les enquêtés ou seulement suggérées dans leurs propos) mais d’observer comment ces derniers parviennent à tenir un point de vue sur l’Europe. En s’intéressant plus particulièrement à la partie des enquêtés qui réussissent à articuler leur point de vue à leurs expériences personnelles du monde social, les auteurs se propose d’étudier le rapport ordinaire au politique comme l’ensemble des propriétés relationnelles acquise pour penser et exprimer les liens entre le soi et l’univers politique.
What does talking politics mean ?
This communication is based on the analysis of more than 400 semi-directive interviews conducted in the framework of the ANR CONCORDE project directed by D. Gaxie between 2006 and 2009). Based on open questions, the interview template initially sought to collect elements on the representations and attitudes of citizens with regard to the European political project. By reanalysing this material, the authors wish to consider differently this material by understanding its sociological status as the product of an interaction between interviewees and a researcher. In this light, the principal of the exchange between interviewer and interviewee appears to rely on a general and implicit solicitation (not explicitly formulated by the interviewer) which could be resumed as follows: “What point of view can you state or hold in public on political Europe?” In this perspective, the exploitation of the empirical material is no longer just limited to the extraction of attitudes or representations (provided explicitly by interviewees or suggested by their discourse) and brings us to observe how, and in which circumstances they publically produce a point of view on Europe. By focussing more particularly on the interviewees who succeed in articulating their point of view with their personal experiences of the social world, the authors propose to explore the “ordinary” relationship to politics as the reflection of the totality of relational properties acquired to reflect upon and express their relationship to the political sphere.
Lorenzo Barrault (CESSP-CRPS-Université Paris 1)
Les interpellations individuelles des élus locaux : l’exemple de demandes relatives au choix de l’école. Une contribution à l’analyse des rapports pratiques au politique.
Cette communication questionne un aspect des rapports « ordinaires » au politique par l’étude de demandes que des administrés formulent aux élus (municipaux et parlementaires), à travers l’exemple des places à l’école. S’inscrivant dans le cadre d’une thèse sur la carte scolaire et ses appropriations par les familles, l’analyse localisée de sollicitations de parents contrastés (tentant d’obtenir une place dans un établissement scolaire hors secteur sans dérogation) s’appuie sur une enquête ethnographique débutée en 2006 articulant des observations, des entretiens diversifiés (avec des parents et des acteurs institutionnels) et des archives. Si une socialisation et une compétence politique restreintes n’empêchent pas chez les parents de différents milieux - y compris dans les régions les plus basses de l’espace social - l’existence d’attentes et l’expression d’intérêts auprès d’élus locaux, ces pratiques d’interpellation sont plus répandues à mesure que l’on monte dans la hiérarchie sociale. Surtout, les modalités différenciées de ces demandes soulignent que la compétence et l’implication politique (qui ont leurs conditions sociales et culturelles) fonctionnent le plus souvent comme des ressources dans la production de sollicitations recevables. L’observation de leur traitement politique souligne qu’elles disposent de chances très inégales d’obtenir satisfaction qui sont liées à leurs formes et contenus et donc, par cette médiation, à la différenciation sociale et culturelle des rapports au politique des demandeurs. Les inégalités des rapports au politique pèsent ainsi sur les stratégies des administrés pour s’approprier des ressources publiques comme les positions scolaires.
The individual questionings of the local elected representatives: the example of requests relating to the school’s choice. A contribution in the analysis of the practical relations to politics.
This communication questions an aspect of the "ordinary" relations to politics by the study of requests that citizens express to elected representatives (local and parliamentary), through the example of places in the school. The analysis located of contrasting parents’ requests (trying to acquire a place in a school out of area without exception) leans on a ethnographic inquiry started in 2006 gathering observations, diversified interviews (with parents and institutional actors) and archives. If a limited socialization and political competence do not prevent to the parent's of different surroundings - including in the lowest areas of the social space - the existence of wishes and the proof of interests with local elected representatives, these practices of questioning are more frequent as we go up in the social hierarchy. The differentiated modalities from these requests underline that ability and political implication (which have their social and cultural conditions) act the most often as resources in the output of receivable solicitations. The observation of their political use underlines that they have very unequal chances to get satisfaction which are linked to their forms and contents and therefore, by this mediation, to the social and cultural differentiation of relations to politics of the applicants. Thus the inequality of relations to politics influences on the social actors strategies to appropriate public resources like school positions.
Céline Braconnier (CEPEL-Université de Cergy-Pontoise)
L’apport du paradigme conversationnel dans l’analyse des rapports ordinaires au politique.
Investies depuis différentes traditions sociologiques, les conversations le sont aussi à partir d’outils méthodologiques très variés, mis en œuvre dans le cadre d’analyses tant quantitatives que qualitatives qui s’ignorent largement les unes les autres. Les conclusions apparemment contradictoires qu’elles énoncent – par exemple sur la capacité des conversations à compenser les inégalités sociales de participation politique liées aux prédispositions- donnent l’impression d’un foisonnement qui n’améliore pas sensiblement la connaissance de ce qui, se jouant dans les conversations, peut éclairer les rapports ordinaires au politique. Plaidant en faveur d’une appréhension globale de ces travaux, la communication mettra d’abord en évidence leur horizon épistémologique commun. Support essentiel de l’influence et de l’entraînement inter-individuels, la conversation retient en effet l’attention de ceux pour qui la dimension sociale des pratiques politiques ne renvoie pas seulement aux prédispositions individuellement incorporées mais également aux environnements susceptibles de constituer des « configurations de stimuli », ce qui justifie qu’on les lise ensemble. Elle montrera ensuite qu’à la condition d’opérer une relecture « active » des travaux en prenant soin de préciser, pour chacun d’eux, l’espace de validité des conclusions qu’il énonce, alors celles-ci deviennent les pièces d’un puzzle déjà bien avancé, où les zones d’ombre qu’il s’agit donc désormais d’investir sont bien identifiées.
Conversational paradigm and analysis of ordinary relatons to politics
Investigated through different sociological traditions, conversations are also analyzed with a wide range of methodological tools, implemented through both quantitative and qualitative analysis, which largely unaware of one another. The seemingly contradictory conclusions that result - eg concerning the ability for conversations to compensate for social inequalities in political participation due to predispositions- give the impression of an expansion that does not substantially improve the knowledge of what, in conversations, can illuminate the ordinary relations with politics. Arguing for a global understanding of those works, this paper will first identify their common epistemological horizon. Backbone of inter-individual influence and pressure, the conversation maintains the attention of researchers for whom the social dimension of political practice not only refers to individuals’ embedded predispositions but also refers to environments as "configurations of stimuli," which justifies reading them all together. This paper will then show that an 'active' re-reading of these works, taking care to specify for each work the space of validity of its conclusions, allows then to become parts of a puzzle already well on its way to being solved, where the shadow areas are well identified, and which now shows the way to follow.
Cécile Cuny (CRESPPA-CSU-Université Paris 8)
Décrire l'engagement de citoyens ordinaires dans des dispositifs participatifs locaux : les enjeux théoriques d'une reformulation de la notion de prise de parole.
Cette contribution présente les résultats d'une enquête ethnographique menée sur la participation des habitants dans un grand ensemble à Berlin-Est durant la deuxième moitié des années 2000. Cette enquête porte sur des dispositifs participatifs dont la facture synthétise un ensemble de procédures expérimentées depuis une vingtaine d'années dans le domaine de l'urbanisme à Berlin et dans quelques autres villes européennes. Les expériences étudiées n'ont rien d'atypique ni d'original par rapport à celles qui l'ont inspirées. Leur étude nous a cependant conduite à reformuler la notion de prise de parole proposée par Albert Hirschman (1970). Nous la définissons comme la forme sous laquelle la dimension politique d'une action effectuée en vue de réaliser un bien commun est révélée aux yeux d'autrui dans le contexte d'un espace public. En nous appuyant sur des exemples empruntés à notre enquête, nous montrons que cette reformulation permet de proposer : une vision positive du rapport ordinaire à la politique ; une description réaliste de la prise de parole ordinaire.
Describing ordinary citizens' commitment in local participative institutions : a theoretical reformulation of the concept of « voice ».
This contribution presents the results of an ethnographic study led on inhabitants' participation in a great housing estate of East Berlin during the second half of the years 2000. The studied participative institutions synthetize in their structures a set of procedures, which have been experimented during the last twenty years in the field of town planning in Berlin and some other countries. Although these experiences aren't atypical nor original with regard to those who inspired them, their study nevertheless led us to reformulate the concept of « voice » by Albert Hirschman (1970). We define it as the shape under which the political dimension of an action appear to the eyes of others in the context of a public space. On the basis of examples taken from our study, we show that this definition draws : a positive vision of the relationship, that ordinary citizen can have to politics; a realistic description of the « voice » of ordinary people.
Charlotte Dolez (CEE-Sciences Po Paris) et Guillaume Garcia (CDSP-SciencesPo Paris)
Comment observer ce que les citoyens croient savoir lorsqu’ils discutent des affaires publiques ? Saisir la mobilisation des ressources médiatiques par entretiens.
Les relations entre médias et politique, beaucoup moins explorées en France que dans le monde anglo-saxon, sont le plus souvent étudiées sous un angle quantitatif, à partir de la problématique des effets et dans le cadre de la campagne électorale. Nous proposons à l’inverse de nous situer dans l’en-deçà de la problématique des « effets », en nous inscrivant dans le tournant qualitatif, qui consiste à étudier de manière compréhensive l’impact des ressources médiatiques sur le rapport ordinaire des individus au politique et à comprendre dans quelles conditions les citoyens mobilisent les contenus médiatiques. Dans une démarche exploratoire nous mettrons en perspective deux terrains d’enquête : des discussions consacrées à l’entrée de la Turquie dans l’Europe, à partir d’une enquête collective et comparative par entretiens collectifs sur les attitudes à l’égard de l’UE ; des entretiens de couple sur la réforme des retraites. Nous pouvons ainsi contrôler la variable de la médiatisation – élevée dans les deux cas – et le degré de proximité du thème avec l’expérience personnelle – a priori faible dans le premier cas, élevé dans le second. Cette comparaison permet de travailler l’articulation entre expérience personnelle et expérience médiatique. Nous proposons également de mener en filigrane une comparaison sur la situation d’entretien, engageant par là une réflexion méthodologique sur les conditions de possibilité d’observation et d’imputation des discours des citoyens.
How can we observe what people believe they know when talking about public affairs? Understand how people use media resources in interviews.
Relationships between media and politics have been much less explored in France than in the Anglo-Saxon world. In the field of French political science and sociology, most studies focus on the media effects on citizens’ opinions and behaviours within the specific framework of electoral campaigns and are based on a quantitative approach. Our contribution does not address the question of media effects. It comes within the scope of the qualitative turn which consists in studying the impact of media resources on citizens’ ordinary relationship to politics in a comprehensive way. We rather try to understand in which conditions and to what extent the reference to media contents is used. We will mobilise two field studies to address these questions. The first was carried out through focus groups in which people did not know each other. It raises the question of Turkey’s entry into the European Union. The second is based on couple interviews and offers elements about the French pension reform. This comparison allows to take into account media coverage, which is high for each of these topics, and the proximity with citizens’ daily life and personal experience – here pensions could be a closer issue than Turkey’s entry into the EU. Our work also tries to understand how media resources and personal experience can be connected. We besides propose to make a comparison between our two interview situations in order to think about conditions of observation and imputation of citizens’ discourses.
Atelier 4 – Mobilisations
Eric Agrikoliansky (IRISSO-Université Paris Dauphine)
Voter dans les beaux quartiers Quelques hypothèses sur les rapports ordinaires au politique des classes supérieures : l’exemple du 16e arrondissement de Paris.
Cette contribution vise à formuler quelques hypothèses sur les rapports ordinaires au politique des classes supérieures dans la France contemporaine. Alors que les attitudes et pratiques politiques ordinaires des classes populaires ont été bien explorées, la politisation des classes supérieures, et en particulier celles pour lesquelles domine le capital économique, semble en revanche constituer un objet de recherche encore en jachère. Les rares travaux sur le sujet suggèrent cependant son intérêt : entretenant un rapport actif, intéressé et légitime à la politique, notamment électorale, les classes supérieures manifestent parfois aussi une forme de méfiance, voire de défiance, à l’égard d’une politique jugée trop vulgaire pour les mobiliser ostensiblement. A partir, d’une enquête menée lors de scrutins nationaux et locaux dans le 16e arrondissement de Paris depuis 2007, il s’agira de tester ces hypothèses et d’explorer les différentes configurations qui semblent régler la politisation dans les beaux-quartiers, en particulier les modalités de la participation électorale.
Vote in « Beaux quartiers ». Some hypothesis about the ordinary relations of upper class citizens to politics int Paris 16th post district.
This communication aims to provide an understanding of the ordinary political relation of upper class citizens to politics in French democracy. This research is based on several surveys located in the 16e district of Paris, usually call the “beaux-quartiers”. This communication aims to analyses the level of political sophistication and of political participation of the upper-class citizens and intends to study the social embedding of political attitudes of the French “bourgeoisie”.
Eric Darras et Sandra Vera-Zambrano (LASSP-IEP Toulouse)
Vers un renforcement de l’effet de renforcement des prédispositions ? La politisation pratique et médiatique, en pratique.
Les discours politiques médiatiques sont invariablement médiatisés par le prisme des appartenances sociales et des conditions matérielles d’existence (Hoggart, Morley) avec notamment ce rôle si particulier de l’injustice (Gamson) ou plus exactement le sens différentiellement vécu de l’injustice. L’incorporation (Suaud) joue toujours un rôle central pour fixer des schèmes de perception et d’évaluation politique (frames) qui imputent (ou non ou mal) au « système politique » et/ou aux hommes politiques (dont leur incompétence supposée) locaux, nationaux, européens, étatsuniens ou autres, la responsabilité du cours des choses (issues). La musique, (punk, hard rock, rap) a toujours été le produit et le vecteur des sous-cultures (Hebdige) ou de contre-culture (Hall et Jefferson) politiques presque complètement ignorées par la science politique française. Mais au-delà, c’est le rôle politique des médias commerciaux qu’il convient désormais de prendre au sérieux. Ce qu’avait déjà compris Stuart Hall ou Richard Hoggart insistant sur l’influence politique vraisemblable des pratiques culturelles les moins légitimes. Appréhender la politisation pratique, qui passe outre la verbalisation et la rationalisation (Blondel et Lacroix, Passeron) suppose imagination et innovation méthodologiques dans la lignée des intuitions du Bourdieu de La distinction. Sous le prétexte d’étudier le rapport à la télévision et aux loisirs, il apparaît parfaitement possible de voir émerger une parole politique profane y compris parmi les femmes de milieu populaire. Nous avons ainsi testé à Toulouse depuis les municipales de 2001, une série de protocoles d’enquête sur la « réception » en s’inspirant principalement mais librement des protocoles d’enquête développés par Gamson et Iyengar, on montre comment les pratiques culturelles les plus apparemment éloignées de la politique (l’appropriation des émissions de jeux à la télévision, lectures de romans, de magazines, de talk shows, de la presse people…) contribuent à une politisation pratique.
The reinforcement effect reinforced ? How can we know how the TV viewers-voters make up their mind ?
Dozens of content analysis have highlighted the overall conservative discourse of the “television culture”. However, the core question of what the viewer-voter (or non-voter) do with the media and how (s)he makes up his mind is still in debate (Glasgow Media Group, Morley, Gerbner vs Fiske, Marcus, Gamson…). Since Gitlin notably, the Lazarsfeld’s “dominant paradigm” (with its famous “reinforcement effect”) could be seen rather than a limited effect, as a powerful one. Besides and after the system of schooling, dominant media are part of the deep cultural processes which make inequalities acceptable, even normal, especially for housewives and working-class people. By testing in Toulouse for a decade, focus groups and political games around the television set and other working-class passions (tabloid press, music, sport…) it appears that analysing practical political appropriations of “popular culture” should take seriously the agency or more precisely the ambiguous active appropriations of working-class people. The reinforcement effect paradigm could be reinforced but not as simply as Lazarsfeld but also his intellectual challengers explained it. This lecture will focus on the methodological difficulties faced by the sociology of cultural appropriations.
Sarah Mailleux (CSPRP-Université Paris 7)
Le choix électoral : un savoir faire politique au service de la survie des citoyens.
Il s’agira de présenter une recherche ethnographique de plusieurs mois qui examine le rapport à la politique des habitants pauvres d’une petite ville au Nordeste brésilien. Ces observations ethnographiques s’inscrivent dans une recherche doctorale sur la question de la justice sociale. Ayant accompagné une grande partie des campagnes électorales présidentielles de 2006 et municipales en 2008, les questions sur les rapports ordinaires au politique et les comportements électoraux sont apparus comme très significatives non seulement au regard des questions de représentativité, de mode de gouvernement, mais également aux questions de la pauvreté et de la justice sociale. Plusieurs questions concernant le comportement électoral sont apparues au fil de cette observation telles que : la manière dont on choisit les candidats, les rapports de force qui s’établissent, comment se comporter, à qui en parler, comment faire ou pas une campagne électorale, comment résoudre les illégalités lors d’une campagne électorale. Un autre axe très important sera de mesurer ce qu'il se passe au lendemain des élections : Comment les perdants et les vainqueurs se comportent-ils ? Comment cela influence t'il la vie des électeurs ? Dans ce contexte de pauvreté, l’analyse de toutes ces pratiques servira à interroger le genre de citoyenneté qui se manifeste au moment des élections et vis-à-vis du pouvoir local. Nous verrons qu'il ne s’agit pas de pratiques électorales qui se résument à une compétence particulière permettant de faire un choix entre les candidats, mais bien plutôt d'un savoir-faire relatif au positionnement social et politique tantôt favorisant sa possibilité de survie, tantôt diminuant les conflits avec le pouvoir local.
The electoral choice : a political know-how in service of the citizens survival
This paper shall present an ethnographical research realized through out many moths in a small town in the Brazilian Northeast. Having accompanied a big part of the presidential election campaigns of 2006 and municipal campaigns in 2008, the questions of the ordinary relation towards politics and the electoral behaviour appeared as very significant . These ethnographical observations are linked to my yet unfinished ph.D. research on the matters of poverty and social justice. Several questions concerning the electoral behaviour has risen, such as: the way one chooses the candidates, the relations of power which are established, how does one behave, to whom can one talk about it, how campaign or not, how to resolve the illegalities during a campaign, what happens the following day from the elections?; how the losers and the winners behave ?; How does that influence the life of the voters? In this context of poverty, the analysis of all these practices will be used to question a specific citizenship which appears during the elections and it’s relation towards the local authority. It is not only a matter of electoral practices which are summarized with a particular competence to make a choice between the candidates. It is a know-how of how to relate to social and political positions within a small town. This know-how can support the possibility of one’s survival and sometimes decrease the conflicts with local authorities or it’s contrary.
Fabrice Ripoll (Lab’urba-Université Paris Est Créteil), Jean Rivière (IDEES-Université de Rouen)
Rapports ordinaires au politique lors des scrutins municipaux de 2008. La perception des habitants face aux mobilisations électorales en contexte(s) périurbain(s).
Pour analyser les rapports ordinaires au politique, les élections municipales constituent une entrée particulièrement pertinente, notamment quand il s’agit de petites communes où les enjeux sont souvent considérés comme situés aux frontières de la politique. Cette communication se propose de présenter les résultats d’une recherche portant sur les élections municipales de 2008 dans les communes des aires urbaines de Caen et du Mans. Depuis les années 1960, ces communes sont en effet marquées par un processus de périurbanisation qui bouleverse l’espace social et politique communal. Les scrutins municipaux y seront interrogés sous l’angle du rôle des transformations sociales locales sur la structuration de l’offre, sur le déroulement des « campagnes » électorales, et sur les modalités de participation des habitants et leurs rapports aux élections (au panachage, aux enjeux, aux candidats…) en fonction de leurs ressources sociales. La démarche méthodologique retenue articule trois techniques d’enquête qui correspondent à trois échelles géographiques : analyses statistiques sur l’ensemble des communes des deux aires urbaines (données INSEE, données électorales, dépouillement du journal Ouest-France), analyses statistiques sur un échantillon de communes (questionnaire téléphonique auprès d’environ 200 habitants), travail de terrain ciblé (observation de la campagne, entretiens).
Ordinary relations to the political during the municipal elections of 2008. The perception of the inhabitants in the suburban context(s)
Municipal elections are a good way to analyze the ordinary relations to the political, particularly in the small communes where the stakes are often seen as not really political. This paper will present the results of a research on the municipal elections of 2008 in the urban areas of Caen and Le Mans (France). Since the sixties, these communes are characterized by a process of suburbanization which alters the local social and political spaces. These elections will be examined throw the consequences of these social mutations on the structure of the electoral supply, on the characteristics of the electoral “campaign” and on the perceptions and practices of the different categories of inhabitants. The method used in this study combines three techniques of investigation which correspond to different scales of analysis: an ecological analysis of all the communes of the two urban areas (based on data from the census, the election results and the regional newspaper Ouest-France); a telephone survey of 200 inhabitants of a representative sample of communes; a field work in some of the communes during and after the campaign (direct observations and interviews).
AGRIKOLIANSKY Eric eric.agrikoliansky@dauphine.fr
ALDRIN Philippe philippe.aldrin@unice.fr
AUDEMARD Julien julien_audemard@yahoo.fr
BARRAULT Lorenzo lorenzobarrault@yahoo.fr
BRACONNIER Céline celinebraconnier@yahoo.fr
BOONE Damien damien.boone@yahoo.fr
BOUGHABA Yassine Yassin.Boughaba@unil.ch
BUTON François frbuton@gmail.com
CUNY Cécile cecile.cuny@unistra.fr
DARRAS Eric Eric.Darras@univ-tlse1.fr
DOLEZ Charlotte charlotte.dolez@sciences-po.org
DORMAGEN Jean-Yves jean-yves.dormagen@univ-montp1.fr
GARCIA Guillaume guillaume.garcia@free.fr
GOUARD David gouardd@yahoo.fr
LASSALLE Marine de marine.delassalle@misha.fr
LEHINGUE Patrick plehingue@yahoo.fr
MAILLEUX Sarah sarah_ms2@yahoo.com
MARCHAND-LAGIER Christèle christelemarchand@neuf.fr
MARIOT Nicolas nicolas.mariot@ens.fr
RIPOLL Fabrice fabrice.ripoll@free.fr
RIVIERE Jean jean.riviere@unicaen.fr
ROCHA Daniella daniella.decastrorocha@gmail.com
ROZIER Sabine sabine.rozier@u-picardie.fr
SAINSAULIEU Ivan ivan.sainsaulieu@unifr.ch
SURDEZ Muriel muriel.surdez@unifr.ch
VERA ZAMBRANO Sandra sandritavera@yahoo.com
VIGNON Sébastien sebastienvignon@yahoo.fr