Section Thématique 37
Participation ou délibération ? Sociologie historique de l'implication des citoyens en démocratie
Participation or deliberation? Towards a historical sociology of citizens inclusion in democracy
Responsables
Paula Cossart (Centre de Recherche ‘Individus, Épreuves, Sociétés’ / CeRIES) cossart.paula@free.fr
Julien Talpin (Centre de Recherches Sociologiques et Politiques de Paris / CRESPPA) julien.talpin@eui.eu
Présentation scientifique
Dates des sessions
Programme
Résumés
Participants
INFORMATION : les textes des communications précédemment mis en ligne ne sont plus disponibles, vous pourrez les retrouver prochainement dans un numéro spécial de la revue Participations.
Cette ST s'inscrit dans le cadre des recherches menées pour l'ANR "PARTHAGE" (PArticipation démocratique et Recherche coopérative : Traduction, Hybridation et Apprentissage dans la Gouvernance et l’espace public de l’Environnement), coordonnée par Rémi Lefebvre (Ceraps, Lille II).
On assiste depuis une vingtaine d’années à la multiplication de discours politiques et savants sur les vertus de la démocratie participative ou délibérative. En parallèle, s’institutionnalisent des dispositifs pouvant être rassemblés autour de leur ambition d’intensifier ou élargir la participation des citoyens par la discussion collective d’enjeux publics. Ceux-ci sont souvent perçus comme un remède nouvellement formulé en réponse à la crise que connaît le gouvernement représentatif. Cette section s’inscrit dans une réflexion sur la possibilité d’historiciser cet « impératif délibératif » (Blondiaux et Sintomer 2002). L’idée que la délibération des citoyens assemblés peut compléter les institutions représentatives s’est-elle fait entendre à d’autres périodes ? Si on ne parlait pas encore de démocratie participative ou délibérative, on peut trouver dans le passé des discours et expériences valorisant un échange public et raisonné d’arguments des citoyens orienté vers la recherche d’un relatif consensus autour du bien commun. Qui en sont les promoteurs ? Que sont devenues ces expériences ? Le mettre au jour peut aider à comprendre les enjeux de la valorisation actuelle de la participation citoyenne.
L’intention est donc d’abord d’ouvrir une réflexion quant à la nouveauté des vertus conférées et de la place donnée aujourd’hui à la délibération populaire. On ne peut que s’accorder sur l’idée que l’on a actuellement affaire à une valorisation prononcée de la délibération et une institutionnalisation croissante de dispositifs délibératifs, et qu’il existe une spécificité de ce qui est proposé et expérimenté aujourd’hui. Reste que l’insistance sur cette vogue délibérative semble avoir pour possible corollaire le maintien dans l’ombre de la question de ses racines, de ses précédents historiques. En mettant la réflexion sur la délibération en rapport avec le passé, l’ambition de la section est de montrer que les recherches gagnent à être croisées sur le plan diachronique : les questions soulevées par les arènes de délibération du passé et celles de l’heure actuelle comportent des points communs.
S’il existe des dispositifs délibératifs peu participatifs et des procédures participatives peu délibératives, les formes démocratiques qui se développent à l’heure actuelle relèvent souvent de ces deux dimensions. Cette section vise alors aussi à interroger d’un point de vue historique, la tension de plus en plus marquée entre ce qui constitue deux conceptions de la façon d’impliquer le citoyen en démocratie (Mutz 2006 ; Blondiaux 2008). Les tenants d’une démocratie participative soulignent la nécessité d’inclure un maximum d’individus dans la gestion des affaires publiques, mettant l’accent sur le lien avec la décision et le nombre de participants, plus que sur la qualité de la discussion (Pateman 1970 ; Mansbrisge 1980). Les tenants d’une conception délibérative de la démocratie (Fishkin 1997; Goodin, 2004) mettent en exergue les vertus de la discussion collective pour éclairer les décideurs publics, supposant implicitement qu’un nombre restreint d’individus y soit associé. Il semble de ce point de vue que la réflexion théorique gagnerait à historiciser les controverses et expériences politiques au cœur de cette distinction entre participation et délibération. Ne recoupe-t-elle pas celle plus ancienne entre le nombre et la raison (Rosanvallon, 1998) ? On s’interrogera donc sur les modalités d’implication du peuple en démocratie successivement déployées à travers l’histoire. Comment fait-on participer ? Dans quels contextes a-t-on privilégié délibération et participation ?
Enfin, la section aura une dimension internationale, par exemple pour prendre en compte l’histoire américaine de la célébration des vertus de la délibération des citoyens qui s’est développée ces dernières années. Aux travaux pionniers de Mattson sur les dispositifs délibératifs de l’Ère progressive (Mattson 1998), viennent désormais s’ajouter des enquêtes incluant la période du New Deal (Goodman 2004 ; Keith 2007). D’autres recherches ont par ailleurs mis en évidence que ces expériences s’inscrivent dans une histoire plus longue, le 19e siècle étant marqué par des mouvements successifs d’éducation pour adultes dans des assemblées (Rieser 2003 ; Ray 2005). Il s’agit alors de comprendre si les pratiques passées et leurs objectifs sont similaires dans les différents contextes historiques nationaux, afin notamment d’éclairer ainsi le « moindre attachement culturel aux vertus de la délibération » qui semble caractériser la France par rapport aux États-Unis ou à l’Europe du Nord (Blondiaux 2008).
The last two decades have been marked by the proliferation of political and scientific discourses on the virtues of deliberative and participatory democracy. In parallel, procedures and devices sharing the ambition to intensify or enlarge the participation of the citizenry in the collective discussion of public issues have spread and been institutionalized. They are often seen as a remedy to the crisis representative government is undergoing. While not coined participatory or deliberative democracy at the time, we can find in the past discourses and experiences praising public and reasoned exchanges of arguments among citizens aiming at building a consensus on the common good. This workshop is devoted to these discourses and experiences. Who promoted them? What did they become? Our aim is to track down the common grounds between the questions raised by the deliberative arenas of the past and present times.
While some deliberative devices are hardly participative, and some participatory institutions little deliberative, the democratic forms developing nowadays share to some extent these two features. Was it already the case in the past? The aim of this workshop is to question, from an historical perspective, the growing tension between two ways of engaging the public (Mutz 2006). On the one hand, participatory democracy’s supporters stress the need to include the greatest number of people in the administration of public affairs; thus emphasizing the importance of the link to the decision-making process and of the number of participants, rather than the quality of the discussion. On the other hand, deliberative democracy’s advocates underscore the virtues of collective discussion to enlighten public decisions, implying that a limited number of participants foster the quality of deliberation.
Our goal is therefore to historicize the controversies and experiences at the core of this distinction between participation and deliberation. Moreover approaches open to diachronic perspectives and to geographical comparisons between countries will help to shed light on the “less cultural attachment to the virtues of deliberation” (Blondiaux 2008) that seems to characterize France – among others – in comparison to the US or Northern Europe.
Les travaux de la Section Thématique se dérouleront sur les sessions suivantes :
Session 1 : 31 août 2011 13h45-16h30
Session 2 : 1er septembre 2011 8h45-11h30
Voir planning général...
Lieu : IEP (salle 212)
Session 1 : Expériences démocratiques instituées
Discutant : Jean-Philippe Heurtin (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, GSPM)
Paula Cossart (Université Lille 3, CeRIES) et Julien Talpin (CRESPPA)
Introduction. Comparer les pratiques démocratiques à travers les époques : une aberration historique ?
Noémie Villacèque (Université de Toulouse Le Mirail, PLH)
S'assembler, chahuter, puis voter. Le dèmos athénien en action
Dominique Hiebel (Université Paris 13, CERAL)
La République romaine, aux origines des mécanismes contemporains de démocratie participative ou délibérative ?
Alexandra Gallo (Université de Provence, TELEMME)
La représentation du plus grand nombre dans la cité médiévale
Yves Sintomer (Université Paris 8, CSU)
Tirage au sort et politique : de l’autogouvernement républicain à la démocratie délibérative
Session 2 : Pratiques démocratiques instituantes
Discutant : Loïc Blondiaux (Paris 1, CRPS)
Samuel Hayat (Université Paris 8 - Saint-Denis, Laboratoire « Théories du politique » / LabToP)
Participation, délibération et représentation dans le mouvement clubiste de 1848
Mathieu Quet (Université Paris 10)
Participation-expérimentation vs participation-délibération. Les leçons de la critique des sciences dans les années 1970
Guillaume Gourgues et Ouassim Hamzaoui (PACTE, IEP Grenoble)
L'histoire de l'autogestion est-elle l'histoire des Lip ? Forme et fin(s) d'une lutte mythifiée
Paula Cossart (Université Lille 3, CeRIES) et Julien Talpin (CRESPPA)
La réunion du mercredi. Délibération et construction d'une identité collective à l'Alma-Gare dans les années 70
Noémie Villacèque (Université de Toulouse Le Mirail, PLH)
S'assembler, chahuter, puis voter. Le dèmos athénien en action.
Dans la démocratie athénienne, ce sont certes toujours des membres de l’élite qui prennent la parole à la tribune, tandis que le peuple, dans son écrasante majorité, est censé garder le silence. Cependant, les citoyens ordinaires participent à la délibération en chahutant. Cette participation informelle apparaît comme un moyen de limiter l’inégalité entre le petit nombre d’Athéniens instruits, rompus aux artifices de la rhétorique d’une part, et la masse des cinq ou six mille citoyens qui viennent assister aux débats de l’ecclésia et voter une ou deux fois par mois, d’autre part. Car, il ne faut pas l’oublier, c’est toujours à eux que le pouvoir de décision revient, in fine : le dèmos vote à main levée, après avoir entendu les différents discours des orateurs, qui ont sur lui une influence importante, certes, mais toujours précaire. Ainsi, quand les adversaires du régime athénien reprochent aux citoyens de se comporter en spectateurs et aux orateurs de se faire acteurs pour mieux séduire leurs concitoyens, ce n’est pas pour stigmatiser une quelconque passivité du dèmos, mais au contraire pour déplorer son intense participation, semblable, à leurs yeux, à la façon dont ce même dèmos se comporte quand il va au théâtre.
Gather together, create an uproar, then vote. The Athenian demos in action.
It is true that in Athenian democracy it is always members of the elite who speak at the tribune, while the overwhelming majority are expected to hold their tongues. The ordinary citizens take part in deliberations notwithstanding, by creating an uproar. This informal participation functions as a way of limiting the divide between, on the one hand, the small number of learned Athenians, passed masters at the art of rhetoric and, on the other, the five or six thousand rank and file citizens, there to deliberate and vote in the ecclesia, once or twice a month. Because, make no mistake, the power of decision is always down to them: the demos vote by raising their hands after listening to the different speeches from the orators, who will necessarily prevail, even though it is not always the same that prevail. And so, when the Athenian regime’s opponents accuse the citizens of behaving like spectators, and the orators like actors to better seduce their fellow-citizens, this is in no way a stab at any passivity of the demos, but on the contrary, disapproval of their fervent participation, akin, as they see it, to the way the demos behave when they go to the theatre.
Dominique Hiebel (Université Paris 13, CERAL)
La République romaine, aux origines des mécanismes contemporains de démocratie participative ou délibérative ?
Les notions de démocratie participative et de démocratie délibérative étaient inconnues des Romains. Cependant, l’élite républicaine romaine porta une attention aiguë à la question de la participation populaire et sut instiller des mécanismes faisant largement écho aux solutions modernes actuellement proposées comme remèdes à la crise du système représentatif. Au nom de la Res Publica, les citoyens étaient associés à la gestion de la Cité par le biais de leur participation comitiale, mais également en étant invités à prendre part aux débats publics intéressant le sort de la République. Rome consacra ainsi un espace dédié à la discussion des affaires touchant aux intérêts de la civitas : une assemblée du peuple, la contio, constitua cet espace exclusivement voué au débat, à l’information et à la propagande. Dès lors, à travers l’étude des procédures institutionnalisées de communication in contione, nous réinterrogerons le fonctionnement des institutions romaines à l’aune des notions contemporaines de démocratie participative et délibérative. Nous tenterons de déterminer si la contio fut un lieu de débat ouvert, contradictoire, destiné à éduquer politiquement le citoyen et à faire de ce dernier un acteur dynamique du jeu politique ou si, au contraire, une fois les mécanismes d’octroi de la parole pro contione analysés, une telle vision s’avère trop optimiste.
The Roman Republic, at the origins of actual mechanisms of participative or deliberative democracy?
Notions of participative and deliberative democracy were unknown by Romans. However, the roman republican elite took great care of the question of popular participation and was able to instil mechanisms largely doing echo to modern solutions actually proposed as medicines to the crisis of representative system. On behalf of Res Publica, citizens were associated to the handling of the City by their comitial participation, but too by being invited to assist to public debates related to the being of the Republic. Rome, also, devoted a space to discuss affairs in relation with the interests of the civitas: a popular assembly, the contio, constituted this place exclusively consecrated to debate, information and propaganda. Then, by the study of institutionalized procedures of communication that took place in contione, we’ll interrogate again the functioning of roman institutions in the light of contemporary notions of participative and deliberative democracy. We’ll try to determine if the contio was a place of open, contradictory debate, in order to make the political education of the Citizen and to do of him a dynamic actor of the political game or on contrary, if, at the light of the analyze of mechanism of distribution of the right to speak, such a vision is too optimist.
Alexandra Gallo (Université de Provence, TELEMME)
La représentation du plus grand nombre dans la cité médiévale
Dès le Moyen Âge, les institutions représentatives municipales permettaient la participation des citoyens ou d'une partie d'entre eux au gouvernement de la cité. Au XIIIe siècle, l'assemblée des citoyens a la responsabilité d'un certain nombre de choix impliquant la communauté. Ce fonctionnement est peu à peu abandonné au cours du XIVe siècle, en raison notamment du trop grand nombre de participants, suite à la forte croissance démographique qui a touché tout l'Occident médiéval. Les villes reçoivent alors de l'autorité seigneuriale le droit d'être représentées et perdent la capacité du plus grand nombre à s'exprimer. Toutefois, dans certaines cités, ce transfert décisionnel est limité par la mise en place d'une administration participative. Les conseils de ville restreints s'ouvrent à la présence de nombreux citoyens qui participent aux votes. Dans un second temps, il convient de s'intéresser à la façon dont s'effectue la prise de décision au sein des réunions communales. Le fonctionnement municipal repose sur l'idée qu'une majorité des deux tiers est suffisante pour représenter un groupe. Concomitamment toute assemblée médiévale est régie par le principe de la major et sanior pars qui prend en compte non plus seulement le nombre mais la qualité des participants. Selon les lieux, ce dernier choix a ainsi favorisé la mainmise d'élites sociales sur l'administration urbaine.
The representation of the largest number in the medieval city.
From the Middle Ages onward, the municipal representative institutions have allowed the participation of citizens in the government of the city. In the XIIIth century, the assembly of citizens is responsible for a certain number of choices implicating the community. This institution is progressively abandoned during the XIVth century, mostly due to the fact that there are now too many participants, owing to the strong population growth which affects the medieval West. The cities then receive from the seigniorial authority the right to be represented and thus lose the capacity of their majority to express itself. However, in certain cities, this decision-making transfer is limited by the implementation of a participative administration. These restricted city councils open up to a large number of citizens who take part in voting. Secondly one must take into account the way decisions were taken during municipal meetings. The municipal functioning is based on the idea that a two-third majority is enough to represent a group. Concomitantly, any medieval assembly follows the principle of the major et sanior pars which takes into account not only the number, but also the quality of its members. So, in some places, this last choice did favour the control of the urban administration by a social elite.
Yves Sintomer (Université Paris 8, CSU)
Tirage au sort et politique : de l’autogouvernement républicain à la démocratie délibérative.
Quelles étaient les fonctions de l’usage politique du tirage au sort dans la République de Florence, et quels liens entretenait-il avec la délibération ? Pourquoi cette procédure est-elle de nouveau utilisée depuis quelques décennies dans de nombreux dispositifs délibératifs ? L’invention de l’échantillon représentatif marque une rupture entre les usages anciens et modernes du tirage au sort. Celui-ci, tout en conservant sa fonction d’impartialité, soutient désormais une logique de démocratie délibérative centrée sur des mini-publics contrefactuels, et non plus une logique d’autogouvernement républicain où chaque citoyen est tour à tour gouvernant et gouverné. Cette comparaison historique permet de mieux comprendre les expériences actuelles de démocratie délibérative et certains des défis auxquels elles sont confrontées.
Random selection and politics. Republican self-government vs. deliberative democracy ?
What have been the functions of the political use of sortition in the Florentine Republic, with what kind of relation with deliberation? Why has this device come back in the last decades, in many deliberative devices? The invention of the representative sample makes a decisive difference between Ancient and Modern use of random selection. While keeping a function of impartiality, its logic passed from Republican self-government, where each citizen is governing and governed in turn, to deliberative democracy, where a counterfactual mini-public is given a voice. Through this historical comparison, one can better understand the actual deliberative experiments and underline several challenges they have to face.
Samuel Hayat (Université Paris 8 - Saint-Denis, Laboratoire « Théories du politique » / LabToP)
Participation, délibération et représentation dans le mouvement clubiste de 1848.
La révolution de février 1848 ouvre une période de participation populaire intense, à travers la prolifération de clubs, en particulier à Paris. Ces clubs, dont les plus radicaux se regroupent rapidement pour former un mouvement unifié, entendent à la fois être des lieux de discussion et des moyens pour les représentés d’influencer plus ou moins directement les délibérations des représentants. Cette expérience met ainsi en lumière deux façons de lier participation, délibération et représentation : selon la première, qu’on peut qualifier de « discursive », les clubs sont des lieux de discussion sans participation à la décision ; selon la seconde, qu’on peut qualifier de « participationniste », les clubs sont des moyens de « représenter les représentés » auprès de leurs mandataires, et donc d’organiser le contrôle de leurs délibérations. Au cours du printemps 1848, un ensemble d’événements constituent des épreuves où s’affrontent ces deux interprétations du rôle des clubs : la manifestation du 17 mars 1848, qui marque le début de l’organisation du mouvement clubiste ; la journée du 16 avril, suite à laquelle les deux conceptions opposées du rôle des clubs se cristallisent ; la manifestation du 15 mai, qui débouche sur la délégitimation des clubs comme moyen d’influencer directement les représentants. Suite à ces journées, et après l’échec de l’insurrection de juin 1848, la conception participationniste des clubs se trouve invalidée, reconduisant un strict partage des tâches entre représentants et représentés.
Participation, deliberation and representation in 1848 club movement.
The revolution of February 1848 opens a period of intensive popular participation, through the spreading of clubs, especially in Paris. These clubs, among which the more radicals quickly regroup in order to build an unified movement, want to be both places for discussion and means for the represented to influence more or less directly the deliberations of their representatives. This experiment thus brings into light two ways of linking participation, deliberation and representation: according to the first “discursive” way, clubs are place where ones discuss without participating to the political decisions; according to the second “participative” way, clubs are means to “represent the represented” in front of their trustees, and so to organize the control of their deliberations. During the 1848 Spring, a series of events can be described as challenges during which these two interpretations of the role of the club movement confront themselves: the March 17th demonstration, which marks the beginning or the club movement’s organization; the April 16th journée, after which the two opposed conceptions of the clubs’ role crystallize; the May 15th demonstration, which leads to the delegitimization of clubs as a mean to directly influence the representatives. After these events, and after the failure of the June insurrection, the participative conception of clubs is invalidated, renewing the strict division of tasks between the represented and their representatives.
Mathieu Quet (Université Paris 10)
Participation-expérimentation vs participation-délibération. Les leçons de la critique des sciences dans les années 1970.
Les conceptions actuelles de la participation politique dans les institutions gouvernementales sont profondément marquées par les notions de délibération et de précaution. Ces conceptions, et les normes dont elles sont porteuses, négligent ainsi et tendent à invisibiliser une grande variété de pratiques participatives qui ne relèvent ni de la délibération ni de la précaution. Pourtant, la participation n'a pas toujours été définie de façon aussi restrictive. La conception actuelle est un produit des années 1980 et 1990, et en se penchant sur les années 1960 et 1970, il est possible d'éclairer à nouveau et d'enrichir la notion de participation. Cette intervention interroge la signification attribuée à la notion de participation aux sciences et aux techniques dans les années 1970 en France, à travers l'étude de trois pôles de discours : la section de politique scientifique de l'OCDE, le mouvement de critique des sciences et la discipline académique des études sur la science (domaine « Sciences, Techniques, Société »). Certaines bases de la participation sont posées au cours des années 1970. Mais à cette époque, la participation a plus à voir avec l'expérimentation qu'avec la délibération et la précaution. Par conséquent, la conception de la participation des années 1970 diffère largement de la conception contemporaine. Les méthodes employées dans cet article combinent les outils de l'histoire sociale des sciences et de l'école française d'analyse de discours.
Participation-experimentation versus participation-deliberation. Some lessons from the critique of science in the 1970s
The current conception of political participation in governmental institutions is deeply marked by the notions of deliberation and precaution. This normative conception of participatory politics neglects, backgrounds or disqualifies various other participatory practices, in so far as they are not connected to deliberation and precaution. However, participation has not always been defined in such a restricted way : the current conception of participation is a product of the 1980s and 1990s. If one searches for the meaning of participation in the 1960s and 1970s, one can shed more light on this notion and enrich its definition. In this paper, the meaning ascribed to the notion of participation in the 1970s in France is explored through the study of discourses produced in three fields : the Science Division Policy of the OECD, the French radical science movement, and the emerging STS academic field. As it is shown, some of the bases of the current notion of participation originate in the 1970s. Nevertheless, it is argued that in these years, the notion of participation has more to do with experimentation than with deliberation and precaution. Therefore, the conception of participation in the 1970s differs largely from the current one. Methodologically, this paper combines tools offered by social history of science and the French school of discourse analysis.
Guillaume Gourgues et Ouassim Hamzaoui (PACTE, IEP Grenoble)
L'histoire de l'autogestion est-elle l'histoire des Lip ? Forme et fin(s) d'une lutte mythifiée.
Remarquable par la remise en cause des hiérarchies syndicales qui l’a accompagnée, l’évolution du rôle des publics traditionnellement dominés (femmes, ouvriers spécialisés) qu’elle a permise, ainsi que par la centralité accordée à l’établissement d’un débat démocratique et égalitaire dans la gestion de l’usine, la grève productive des ouvriers des horlogeries Lip de Besançon entre 1973 et 1975 a été consacrée dans la mémoire militante française comme l’une des plus emblématiques expériences autogestionnaires. Toutefois – et il s’agit là de l’interrogation qui sous-tend cette communication – cela suffit-il pour justifier, sur un plan analytique, l’inscription de cette lutte dans l’histoire des revendications autogestionnaires ? Tendant à répondre par la négative, nous nous emploierons pour cela à montrer que, loin de revendiquer l’autogestion et la démocratie radicale, les ouvriers de Lip s’empressent de revenir – et ce dès 1974 – vers une forme classique et balisée de modèle d’entreprise. En outre, à partir des notions d’ « évènement » et de « politique », telles qu’elles sont respectivement utilisées par Deleuze et J. Rancière, nous nous efforcerons de démontrer en quoi l’application d’une perspective historiographique détourne la matérialité proprement historique de cette lutte par une confusion entre « l’avenir des révolutions » et « le devenir révolutionnaire des gens » (Deleuze).
Is the history of self-management the history of the Lip workers? Shapes and aims of a mythicized struggle.
The productive strike of the Lip factories in Besançon (France) in 1973 is celebrated by the French militant history as one of the most emblematic self-managing experiences, mainly because of its original organization: the challenge of the trade-unions hierarchies, the change of the role for the traditionally dominated population (women, low skilled workers) and the centrality of the democratic and egalitarian debate within its rule-making process. However, is this organization sufficient to justify that the Lip experience was mainly described as a piece of the history of self-management? We argue that the Lip workers never claim for the settlement of direct and radical democracy: as soon as they can (1974), the workers accept to re-settle a well-known and classical form of factory. Based on the notions of “event” (Deleuze) and “politics” (Rancière), we try to show how a specific history or historiography could translate the real history of this struggle and make a confusion between “the future of the revolutions” and “the revolutionary future of the people” (Deleuze).
Paula Cossart (Université Lille 3, CeRIES) et Julien Talpin (CRESPPA)
La réunion du mercredi. Délibération et construction d'une identité collective à l'Alma-Gare dans les années 70.
Notre intervention porte sur l’expérience de participation des habitants du quartier de l’Alma-Gare à Roubaix dans les années 1970 dans la conception d’un projet urbain alternatif à la décision des élus locaux de démolir ce quartier vétuste. La lutte prend forme par l’association des habitants et d’un groupe politisé ; militants de l’Association Populaire des Familles, maoïstes, et habitants, s’assemblent pour défendre une réhabilitation d’une partie du quartier, en préservant la sociabilité populaire le caractérisant. En 1973, ils fondent un Atelier Populaire d’Urbanisme (APU) ayant pour finalité de penser collectivement leur cadre de vie, qui obtient de l’État en 1976 une aide technique, l’ABAC, venant l’appuyer dans l’élaboration d’un plan alternatif à celui de la mairie. L’espace central dans l’organisation de l’APU est la réunion du mercredi, ouverte à tous les habitants du quartier, et visant à permettre l’expression de tous et la « construction d’une parole collective ». Assidument fréquentée pendant près de dix ans, cette réunion hebdomadaire pourrait apparaître comme un haut lieu de délibération des classes populaires. L’expérience participative de l’Alma n'est pourtant pas que d'ordre dialogique, cette réunion hebdomadaire pouvant être vue comme un espace essentiel de construction d’une identité collective, décisif dans la lutte engagée avec la municipalité. Nous nous interrogerons alors sur le caractère potentiellement peu inclusif du principe dialogique, et nous demanderons dès lors si les actions collectives (ne reposant pas sur la prise de parole) organisées par l’APU n’ont pas davantage permis, ici, la participation et la politisation des classes populaires.
The Wednesday meeting. Deliberation and collective identity formation in Alma-Gare in the 1970s
Our paper focuses on the Alma-Gare neighborhood experience of residents’ participation in Roubaix in the 1970s. Citizens mobilized against the plans of the municipality to raze this timeworned neighborhood and organized to build an alternative urban-plan instead. The struggle gathered together activists from the Association Populaire des Familles, Maoists groups and ordinary citizens who fought for the renovation of part of their neighborhood and the preservation of its well-know popular sociability. In 1973 they create the Atelier Populaire d’Urbanisme (APU – Popular urban-planning workshop), aimed at collectively defining and designing their environment. In 1976 they receive from the central state a technical support, ABAC, helping them in the working-out of an alternative urban-plan to the one proposed by elected officials. The central stage of APU organization is the Wednesday meeting, open to all inhabitants from the neighborhood and aimed at fostering the construction of a “collective message” and the expression of everyone. Gathering dozens of participants for 10 years, this weekly meeting could appear as a landmark of working class deliberation. Alma-Gare participatory experience is not merely dialogic however, the Wednesday meeting appearing also as a central stage for the construction of a collective identity, crucial in the struggle against the municipality. This will allow raising the question of the potentially non-inclusive nature of the dialogic principle. We will therefore wonder whether, in this case, the collective actions organized by APU (that were non-discursive) did not promote poor people participation more than deliberation itself.
BLONDIAUX Loïc loic.blondiaux@free.fr
COSSART Paula cossart.paula@free.fr
GALLO Alexandra alexandra.gallo@univ-provence.fr
GOURGUES Guillaume guillaume.gourgues@hotmail.com
HAMZAOUI Ouassim ouassimo2003@yahoo.fr
HAYAT Samuel samuel.hayat@club-internet.fr
HEURTIN Jean-Philippe jean-philippe.heurtin@noos.fr
HIEBEL Dominique dominique.hiebel@wanadoo.fr
QUET Mathieu mathieu.quet@gmail.com
SINTOMER Yves sy@cmb.hu-berlin.de
TALPIN Julien julien.talpin@eui.eu
VILLACEQUE Noémie noemie-villaceque@orange.fr