Section Thématique 40
Le travail politique
Political Work
Responsables
Didier Demazière (CSO / CNRS et Sciences Po) d.demaziere@cso.cnrs.fr
Patrick Le Lidec (CERSA / CNRS et Paris II) patrick.le-lidec@cersa.cnrs.fr
Présentation scientifique
Dates des sessions
Programme
Résumés
Participants
La notion de travail politique demeure controversée voire suspecte pour les acteurs politiques et notamment les élus, et elle est faiblement utilisée comme catégorie d’analyse. Cette section thématique entend ouvrir une réflexion sur l’usage de cette notion, explorer les contours d’une telle approche et proposer des perspectives théoriques et empiriques qui la consolident. Cette posture s’appuie sur et prolonge les interrogations en termes de professionnalisation des activités et des acteurs politiques, qui mettent l’accent sur certaines dimensions comme les statuts (activité rémunérée et codifiée), les socialisations (activité exigeant des apprentissages complexes), les expertises (activité nécessitant des compétences renouvelées) [Gaxie, 1973 ; Politix, 1994 ; Offerlé, 1999]. De même elle s’alimente au champ des legislative studies qui, à travers une variété d’objets et de questions, renseignent sur ce que font certains professionnels de la politique, en l’espèce les parlementaires [Fenno, 1978 ; Nay, 2004]. Mais raisonner en termes de travail politique c’est aussi mobiliser pour l’analyse des activités politiques des instruments forgés pour l’étude d’autres mondes professionnels [Demazière, Gadéa, 2009].
Si les tentatives pour proposer une définition substantielle du travail politique sont problématiques [Hammond, 1996], il importe de pointer d’emblée quelques propriétés structurantes du travail politique. Trois apparaissent particulièrement saillantes [Demazière, Le Lidec, 2008]. Tout d’abord les contours du travail politique sont flous, non seulement parce qu’il se loge dans nombre de contextes institutionnels mais aussi parce qu’il n’est pas indexé sur une production ou un service aisément identifiables. Ensuite il est une activité collective assez diffuse qui exige, au-delà du cercle des élus, l’enrôlement et la rémunération d’une multiplicité de catégories de travailleurs agencés en collectifs hybrides. Enfin il est une activité professionnelle spécifique à maints égards puisque rythmée par les calendriers électoraux, adossée à des conditions d’emploi particulières, monopolisée dans sa dimension publique et visible par les élus.
Ces propriétés (activité incertaine, collective, spécifique) invitent à considérer le travail politique non pas à partir d’une catégorie spécialisée d’acteurs (définis par une fonction spécifique, par un mandat électif, par un engagement militant…), mais à partir des systèmes d’acteurs, des modes d’organisation, des arènes institutionnelles dans lesquels il est inscrit et s’effectue. Il devient alors pertinent d’interroger la division du travail et la délimitation de sphères différenciées d’activités, d’attributions, de compétences, de zones d’action, en considérant qu’elles ne sont pas toujours, loin s’en faut, codifiées, stabilisées, réglementées. Parce qu’il n’est ni codifié, ni monopolisé, ni protégé par des règles formelles, le travail politique peut être analysé dans une perspective écologique : il est un territoire aux limites incertaines dans lesquels interagissent une multiplicité d’acteurs et d’institutions qui sont engagés dans des relations de compétition [Abbott, 1988] et de négociation [Strauss, 1985]. Bien entendu ces relations prennent des formes différentes, et sont très inégalement codifiées ou labiles d’une institution à l’autre selon que la distribution des responsabilités et des tâches est assez étroitement réglée – comme dans les cabinets ministériels par exemple –, ou que les modalités de définition du travail des élus sont plus variables et indexées sur les configurations d’acteurs – comme au sein des équipes parlementaires.
Aussi l’objectif de cette section thématique est-il de confronter des analyses centrées sur les mécanismes de définition et de configuration du travail politique des élus et sur les processus de traçage, de construction et de déplacement des sphères d’activités et des territoires professionnels des élus et de leurs entourages (hauts fonctionnaires, directeurs de services, conseillers, collaborateurs, assistants, consultants…). Le travail politique est donc considéré comme un objet de négociations, ajustements, compromis, conflits et confrontations entre des acteurs qui ont des statuts institutionnels variés, qui occupent des positions différenciées dans organisations productives, qui ont des carrières et des stratégies spécifiques.
Par conséquent, l’accent est porté, de manière centrale, sur les processus de négociation, de stabilisation et de déplacement du travail politique, au carrefour d’une pluralité de logiques relatives : aux institutions dans lesquelles les élus – et leurs entourages – sont inscrits (type de mandat et de fonction, modes de scrutin utilisés, magnitude des circonscriptions, caractéristiques socio-économiques des populations électorales, traditions locales…), aux organisations dans lesquelles ils agissent (procédures, division des tâches, spécialisation des rôles…), aux parcours biographiques qui les caractérisent (socialisation, profil de la carrière, conception de l’activité…), aux situations quotidiennes qu’ils rencontrent (pratiques de travail, interactions, gestion de dossiers…).
Pour éclairer ces questions, il semble important de porter l’attention sur le travail politique au concret, en prenant en compte les activités ordinaires et quotidiennes, et d’étudier comment il est produit et défini à travers des situations et des régulations multiples, ressortissant d’organisations et de fonctionnements institutionnels, de préférences et engagements individuels ou encore de délimitations et de différenciations de juridictions. Dès lors des catégories d’analyse parfois utilisées, comme celle de rôle, de métier ou de profession apparaissent insuffisantes et trop englobantes. Ce faisant, il ne s’agit pas de privilégier une analyse micro attachée à saisir les actes de travail en situation et négligeant les cadres de l’interaction, car la compréhension de la configuration du travail exige de saisir les modalités d’organisation du travail des élus, les modes de fonctionnement de collectifs de travail composites, les chaines de coordination et d’autorité entre acteurs, les modes de régulation formelle ou non…, bref les définitions des sphères d’activités respectives – et souvent fluctuantes – des catégories différenciées de travailleurs – qui pour certains circulent entre ces sphères – et leur agencement en un travail politique. Cette perspective s’accorde avec la prise en compte d’une variété de terrains empiriques et la formulation d’une multiplicité d’angles d’analyse. Les travaux qui seront présentés et discutés partiront de terrains d’enquête variés, portant ainsi sur des élus à la direction de formations politiques, sur des élus municipaux de petites communes, sur des membres des exécutifs régionaux, sur des conseillers régionaux, sur des conseillers généraux, sur des maires cumulants, sur des assistants parlementaires européens, sur des conseillers et membres de cabinets ministériels, notamment.
Cette richesse des terrains empiriques permettra de creuser à partir de points d’analyse multiples une série d’interrogations, qui seront enrichies et approfondies lors des débats, et de croiser des résultats, portant notamment sur les conditions de travail et les modalités de gestion des emplois du temps, la division du travail et les ajustements entre les élus et les acteurs de leurs entourages, les arbitrages entre lieux d’investissement possibles, les conceptions du travail politique et leurs traductions pratiques, les modèles de légitimité structurant l’exercice d’un mandat, la diffusion de normes professionnelles soudant les collectifs de travail, etc.
The category of « political work » is much debated. It is even suspect in the eyes of many political agents, and particularly elected representatives, and it does not belong to the classical topics of social scientists. Nevertheless, the aim of this panel is to emphasize the particular interest in the use of such a concept and its ability to renew our scientific knowledge. We invite papers that discuss this category, explore the outlines of such an approach, and propose some theoretical leads and empirical perspectives.
Rather than trying to give a substantial definition of political work, we point out three significant properties: its boundaries are rather vague; unlike the classical focus on elected representative, it appears to be a quite diffuse collective activity; political work is punctuated by electoral calendar and other specific elements.
Also the purpose of this panel is to present and discuss researches focused on the mechanisms by which the political work is defined and specified: how the professional territories of the elected representatives and people around them (civil servants, staffs, technical advisers, councillors, managers of administrative services...) are marked out and stabilized? The political work is therefore considered as a matter of negotiation, conciliation, settlements, conflicts, and confrontations between all these agents whose institutional statuses, positions in organizations, careers and strategies are varying.
The contributions will be based on empirical investigations focused on varied fields. This diversity will allow participants to cross their results and to strengthen the analysis of political work. Encouraged topics will be analyses of working conditions and management of time and diaries; division of labor and relations between elected representatives and their entourage; arbitration among several conceptions of professional commitment; different ways to conceive political work and their practical effects; legitimacy models supporting the exercise of mandates; professional norms contributing to reinforce heterogeneous working teams, etc.
Les travaux de la Section Thématique se dérouleront sur les sessions suivantes :
Session 1 : 31 août 2011 13h45-16h30
Session 2 : 1er septembre 2011 8h45-11h30
Voir planning général...
Lieu : IEP (salle 317)
Axe 1 : Délimitation et maîtrise du travail politique : luttes, négociations, arbitrages
Laurent Godmer (EEP), Guillaume Marrel (CEPEL)
« Alors ? Plus belle la vie ? ». Ethnographie de l’emploi du temps d'une vice-présidente de conseil régional
Rémi Lefebvre (CERAPS)
Temps et tensions des rôles politiques. Les emplois du temps des maires cumulants. « Le métier politique comme maîtrise du temps »
Didier Demazière (CSO), Patrick Le Lidec (CERSA)
Trois perspectives sur le travail des élus comme ordre négocié
Maud Navarre (Université de Dijon)
La divisions genrée du travail politique : entre contrainte de genre et stratégie de carrière
Jérémie Nollet (CERAPS)
Le travail politique de production des décisions ministérielles. La gestion de la « vache folle » dans les cabinets ministériels
Aisling Healy (Triangle), Sébastien Gardon (LEST) et Eric Verdier (LEST)
Les différents modes d’exercice du travail politique Des rôles fonctionnels composites
Sébastien Gardon (LEST) et Eric Verdier (LEST)
Le travail d’organisation du gouvernement régional
Axe 2 : Travail et carrières politiques : formes, mobilités, socialisations
Carole Bachelot (CEE)
Le travail politique des élus à la direction du Parti socialiste français
Michel Catlla (CERTOP)
Elu local : un travail sans qualité ?
Marie-Ange Gregory (ERMES)
Travail politique et production du territoire. L’exemple des conseillers généraux
Rémy Le Saout (CENS)
La mobilité des directeurs généraux des services municipaux comme indicateur de rapports renouvelés au travail politique
Frédéric Louault (CERI)
Les carrières politiques non électives au Brésil. Mobilités et dépendances du personnel de confiance politique
Sébastien Michon (PRISME-GSPE)
Institutionnalisation du travail politique au Parlement européen : l’organisation des entourages des eurodéputés
Sandrine Nicourd (Printemps)
S’engager dans un mandat : les modes de socialisation des élus régionaux
Axe 1
Laurent Godmer (EEP), Guillaume Marrel (CEPEL)
La fabrique de l’agenda : l’emploi du temps d’une vice-présidente de conseil régional
Cette communication présente les premiers résultats d’une recherche portant sur l'organisation du travail quotidien d’une vice-présidente d’un conseil régional français. Elle articule quatre approches : analyse quantitative d'un an de l'agenda partagé, étude qualitative de la production de l'agenda, observation ethnographique de journées types, entretiens semi-directifs avec l'élue et ses auxiliaires. L'agenda de l’élu revêt alors trois dimensions :
1. L'agenda-instrument est saisi comme la mise en ordre rationalisée de l’activité politique et l’optimisation du temps, répondant à un impératif de professionnalisation du mandat ; 2. L’agenda-dispositif géré collectivement est analysé comme une machine professionnalisée au fonctionnement sophistiqué. La fabrique de l’agenda fait ainsi partie intégrante du travail politique, hybridant des pratiques traditionnelles (prises de rendez-vous, agendas institutionnels) et des outils techniques devenus centraux (messageries électroniques, logiciels d’agendas partagés, Smartphone) ; 3. L’agenda-contenu est saisi comme instrument d’objectivation du travail politique, à condition d’évaluer les éventuels écarts entre agenda théorique et agenda réalisé. Il permet une représentation du volume et de la répartition spatio-temporelle de la personne de l'élu, de la diversité de ses rôles et de ses réseaux d’interactions.
Manufacturing the Agenda: The Schedules of a Regional Council Vice-Chairwoman
This presentation describes the first results of a research in the organization of the daily work of a vice-chairwoman of a French Regional Council. This research articulates four approaches: a quantitative analysis of one year of a shared agenda, a qualitative study of the production of the agenda, an ethnographic observation of ideal-typical days, semi-directive interviews with the vice-chairwoman and her co-workers. The agenda of the vice-chairwoman is a three-dimensional one: 1. The agenda-instrument ensures a rationalized ordering of the political activity. 2. The collectively managed agenda-device is analyzed as a professionalized machine of which the functioning is sophisticated. The fabrication of the agenda is a part of political work, which hybridizes traditional practices (organizing the appointments, institutional agendas) and technical tools that have become central (e-mails, shared agendas software, Smartphone). 3. The agenda-content apprehended as an instrument of objectification of the political work, provided one assesses possible differences between theoretical agenda and realized agenda. It allows a representation of the volume and of the space-temporal division of the elected official’s person, of the diversity of her roles and of her interactions networks.
Rémi Lefebvre (CERAPS)
Temps et tensions des rôles politiques. Les emplois du temps des maires cumulants.
L’objectif de notre communication est, à partir d’une trentaine d’entretiens approfondis avec des maires cumulants (parlementaire ou vice-président d’un exécutif local) et leurs collaborateurs (secrétaires, assistants, directeurs de cabinet..) d’analyser l’enjeu de la définition de l’emploi du temps, les arbitrages qu’il suppose, les contraintes de rôles contradictoires qu’il révèle, les interdépendances dont il est constitutif (rôle des entourages, des réseaux locaux…).
Les élus peuvent être analysés comme de véritables entrepreneurs de temps, cherchant à le maitriser sans jamais parvenir à le dominer complètement. Le premier rapport au temps des élus est celui de la maximisation de son emploi. La gestion de l’agenda qui fait l’objet d’arbitrages constants constitue un enjeu majeur pour les élus et leurs collaborateurs. Il représente pour le politiste un analyseur particulièrement heuristique des contraintes et ressources du métier politique. Il s’agit à la fois pour l’élu de planifier son temps à des fins de rationalisation mais aussi de se laisser des marges de manœuvre, des plages horaires, pour être réactif.
Political roles and tensions.
The purpose of our communication from about 30 detailed conversations with mayors holding several jobs (members of parliament vice chairman of a local executive) is to analyse the stakes of the definition of the schedule the arbitrations it ensues the constraints of the contradictory roles it shows the constitutive inter dependences (role of the circles of acquaintances local networks). The representatives can be viewed as real time undertakers, trying to master it without being able to have the situation under control. The first relation with time of the elect is the one of maximum efficiency of his job. The management of the diary which is the subject of constant arbitrations is a stake of great importance for the elect and their fellow workers. It represents for the analysis a peculiar analyser of the constraints and resources of the political job. It is the point for the elect both to plan his time with a view to rationalize it and to give him-self scheming margins and periods to be reactive.
Didier Demazière (CSO), Patrick Le Lidec (CERSA)
Trois perspectives sur le travail des élus comme ordre négocié
Cette communication part de l’hypothèse que le travail des élus est fuyant, incertain. Il n’a pas de contenu positif et il revient dès lors aux élus de le configurer et de lui donner une consistance. Si le scrutin électoral constitue une source de légitimité pour les élus, celle-ci ne leur confère pas pour autant autonomie, influence, pouvoir dans l’exercice de leur mandat.
Cette perspective est explorée dans le cas des vice-présidents de conseils régionaux. Les matériaux mobilisés sont issus d’entretiens croisés avec des élus et les principaux membres de leurs entourages avec lesquels ils interagissent dans la réalisation –la production- de leur travail et la mise en œuvre de leur délégation.
Nous explorons et confrontons trois perspectives sur le travail. D’abord le travail revendiqué par les élus eux-mêmes, appuyé sur l’affirmation d’une expertise et sur la mobilisation d’une identité statutaire. Ensuite le travail expérimenté en situation, découlant du caractère flexible et instable de la division du travail politique. Enfin le travail assigné en pratique, résultant de conceptions normatives portées par les entourages. Ces trois composantes du travail des élus forment des combinaisons multiples, traduisant variété des normes institutionnelles et professionnelles et diversité des expériences individuelles et collectives.
Three perspectives on elected representatives’ work as negotiated order
This paper takes off from the hypothesis that the work accomplished by elected representatives is elusive and uncertain. It has no positive content and representatives are called upon to give it shape and consistency. Though the vote gives elected representatives legitimacy, it does not make them autonomous nor empower them to exert their mandate.
We examine this outlook for the case of vice-presidents in French Regional Councils. Our material comes from three-way interviews with the principal members of the staffs with whom they interact to do – produce – their work and implement their term in office.
Three perspectives are explored and compared. First of all the work the representatives themselves claim to be doing, backed up by their own expertise and status. Then the work they actually do, reflecting the flexible and unstable nature of the division of political labor. Finally, the work they are assigned as a result of the normative conceptions of their entourage. The three components of elected representatives’ work combine in several different ways, translating the variety of institutional and professional norms and the diversity of individual and collective experience.
Maud Navarre (Université de Dijon)
La divisions genrée du travail politique : entre contrainte de genre et stratégie de carrière
Cette communication a pour objectif d’étudier le partage des responsabilités politiques entre les hommes et les femmes élus. Depuis l’instauration des mesures paritaires à partir de la fin des années 1990, les femmes ont investi massivement la sphère politique au point de représenter près de la moitié des élus dans les assemblées soumises à ces lois. Comment s’organise alors le travail politique entre les sexes ? Comment expliquer cette répartition ? Afin de répondre à ces questions, nous nous appuierons sur l’analyse d’une trentaine d’entretiens réalisés auprès d’élus régionaux, départementaux et communaux, l’observation des séances plénières des assemblées élues et l’exploitation de 262 questionnaires adressés aux hommes et femmes élus de la région Bourgogne, tous types de mandat confondus. Nous mettrons en avant, dans un premier temps, un partage genré du travail politique qui sévit dans ces assemblées, puis, nous montrerons comment cette division du travail résulte d’un arrangement tacite entre les sexes, destiné à introduire les femmes au sein de la sphère politique sans remettre en question le monopole masculin. La question qui se pose alors pour les femmes élues est de savoir jusqu’à quel point elles doivent endosser ces rôles prescrits afin de pouvoir faire carrière.
Gendered Division of Political Work: Between Constraint of Gender and Strategy of Career
This communication has for objective to study the division of the political responsibilities between elected men and women. Since the institution of the equal measures from the end of 1990s, the women invested massively the political sphere in the point to represent near half of the elected representatives in the assemblies subjected to these laws. How gets organized then the political work between the sexes? How to explain this political distribution of work? To answer these questions, we shall lean on the analysis of around thirty interviews realized with regional, departmental and municipal elected representatives, the observation of the plenary sessions and the exploitation of 262 questionnaires sent to the elected representatives, the men and women, of the region the Burgundy. We shall advance, at first, a gender division of the political work which rages in these assemblies, then, we shall show how this division of labour results from a tacit arrangement between the sexes, intended to introduce the women within the political sphere without questioning the male monopoly. The question which settles then for the women is to know up to which point they have to put on these roles prescribed to be able to make a career.
Jérémie Nollet (CERAPS)
Le travail politique de production des décisions ministérielles. La gestion de la « vache folle » dans les cabinets ministériels
À partir d’une enquête empirique sur la gestion politique du problème de la « vache folle » en France dans les années 1990, le texte vise à rendre compte des contributions différenciées des membres des cabinets ministériels à la fabrique des décisions. Il esquisse d’abord une sociologie des principaux rôles politiques qui composent les cabinets ministériels : conseillers techniques, conseillers en communication, directeurs de cabinet et ministres. L’article explique ensuite que l’intervention différentielle de ces divers rôles politiques dans le processus décisionnel, c’est-à-dire dans les réunions de travail ou d’arbitrage et dans les multiples opérations de rédaction de notes et de projets de textes, dépend à la fois de la hiérarchie formelle et pragmatique de ces rôles, mais aussi de celle des problèmes traités. Il est alors possible, pour finir, de saisir les logiques d’action hétérogènes investies dans la production des décisions ministérielles. En effet, au gré de cette définition en actes des juridictions, chaque agent intègre à la décision en train de se faire une vision des objectifs à poursuivre, des moyens à mettre en œuvre, etc. auxquels il est plus sensible du fait de sa position et de ses dispositions. Cette sociologie du travail politique en cabinet ministériel permet de rendre compte de la tension entre policy et politics dans laquelle est prise toute décision publique.
Political Work of Ministerial Decision-Making. How Ministers’ Personal Staff managed “Mad-cow” Crisis
This text takes into account the specific contributions of ministers’ personal staff to the decision-making process during « mad-cow » crisis management in the 1990’s France. First, the paper outlines sociologically the main political roles within ministry: Technical Adviser, Public Relations Adviser, Chief of staff, and ministers themselves. Second, the article explains the unequal involvement of these different roles in the decision-making process (i.e. in working meetings, in the arbitration and in the writing of notes or draft bills). Involvements depend both on the formal and informal hierarchy within these roles, but also on the hierarchy of the problems. Therefore, it is possible to understand the heterogeneous logics invested in the decision-making process. Actually, with this practical definition of the jurisdictions, each actor – depending on their social position or their social predispositions - integrates, into the decisions, their vision of the policy’s goal and of the means that should be implemented, etc. This sociology of the political work in the ministers’ personal staff explains that each political decision is structured by policy and politics dimensions.
Sébastien Gardon (LEST), Aisling Healy (Triangle), Eric Verdier (LEST)
Les différents modes d’exercice du travail politique. Des rôles fonctionnels composites
Dans un contexte d’incertitude sur les ressources, les compétences et les horizons d’actions de la collectivité dont ils ont la responsabilité, les membres des exécutifs régionaux fabriquent leurs activités de travail dans des configurations organisationnelles peu stabilisées. Il leur est d’ailleurs souvent difficile de savoir si une situation donnée est porteuse d’opportunités d’action ou à l’inverse, engoncée dans des contraintes peu prévisibles. Le retour récurrent d’un État surplombant qui érige le « coup d’état » en technique de gouvernement – voir le domaine clé de la formation professionnelle - rend la délimitation de leur juridiction et la définition de leur mandat particulièrement délicates, ce dont témoigne une division du travail entre élus et services en recomposition régulière.
Malgré ces incertitudes et l’instabilité institutionnelle croissantes, l’analyse s’efforce de construire une typologie de rôles fonctionnels qui définissent diverses manières légitimes de s’investir dans un travail d’élu en charge de responsabilités politiques au sein de l’exécutif régional. L’hypothèse première considère que l’appariement entre un élu et un mode d’exercice n’est ni univoque, ni irréversible. En d’autres termes, selon des paramètres dont on s’efforcera de rendre compte, chaque vice-président compose entre plusieurs modes d’exercice idéal-typiques ; en outre, selon des contextes d’action qui évoluent et qu’il contribue d’ailleurs à construire, l’élu pourra modifier sensiblement la définition de son travail.
On s’intéressera ainsi à des caractéristiques qui tiennent aux expériences accumulées dans divers espaces – professions, société civile, organisation politique, mandats, … -, au positionnement de son groupe politique – majoritaire-minoritaire – et à sa capacité à négocier le périmètre de sa délégation, à la nature des domaines de responsabilité, à la configuration de son entourage, à ses arbitrages entre les diverses activités dont il a la charge, … On cherchera à identifier les situations qui précipitent les recompositions de ces positionnements fonctionnels, aux prix d’arbitrages et de négociations plus ou moins délicats pour les élus au travail. On tentera notamment de proposer une typologie de ces rôles fonctionnels selon plusieurs postures majeures ou mineures qui se combinent à travers chaque figure de vice-président : régulateur, entrepreneur, militant, cumulant. Les matériaux sont issus d’entretiens avec les diverses parties prenantes et en particulier les vice-présidents des conseils régionaux mais aussi sur des observations et la mobilisation d’archives.
Different ways of turning policy work into practice. Composite functional roles
In a context characterized by a high level of uncertainty experienced by local authorities concerning their resources, competences and range of action, the members of regional executives define the purpose of their work and the way they concretely work within unsteady organizational configurations. In addition, they often encounter great difficulties in establishing whether a given situation is going to provide good opportunities for action or, on the contrary, bring with it unforeseeable and insurmountable constraints. The recurrent intervention of a dominating state apparatus which uses unilateral decision-making as its primary tool of government –notably in the key field of education– indeed complicates the delimitation of their jurisdictions and the definition of their mandates, as is well illustrated by the permanently evolving division of labor between politicians and civil servants.
In spite of these growing uncertainties and institutional instability, our analysis aims at establishing a typology of functional roles, shedding light on different recognized ways in which the politicians having policy responsibilities within regional governments undertake their work. The very first point we would like to make consists in emphasizing the fact that the link between individual politicians and the specific ways in which they turn their policy work into practice is neither a one-to-one link nor an irreversible link. To put it differently, because of a number of variables that we will point out, vice-presidents combine different ideal types of ways to turn policy work into practice. Moreover, under the influence of contexts of action they themselves take part in, politicians may noticeably transform the definition of their works.
We will thus, in this paper, conduct an in-depth study of the resources politicians have accumulated thanks to their past experiences in various places –professional communities, civil society, political organizations, public authorities in which they’ve occupied positions, etc., the positioning of their political groups –as part of the majority or of the minority, their abilities to negotiate the extent of their delegations, the specificities of the fields they are responsible for, the configurations of actors they work with, the trade-off between their different activities, etc. We will thus seek to identify the situations which facilitate these transformations of functional roles, thanks to a more or less delicate trade-off and negotiation for the politicians concerned. Our ultimate objective will be to draw up a typology of these functional roles based on major and minor postures combined through each vice-presidential figure who can in function of his own background and current situation occupy two of the following stances: regulatory, entrepreneurial, militant or mandate-cumulating. In terms of sources, our demonstration will be based on first hand material gathered thanks to interviews with the main involved players, in particular the vice-presidents of different regional councils, and also thanks to direct observations and readings of public records and private archives.
Sébastien Gardon (LEST), Eric Verdier (LEST)
Le travail d’organisation du gouvernement régional
Collectivités récentes, les Régions sont marquées périodiquement par des changements institutionnels de grande ampleur qui touchent plusieurs dimensions constitutives : le mode d’élection des assemblées (récent, le scrutin de liste sur une base départementale à la proportionnelle à deux tours serait appelé à changer) avec en amont, les effets de la parité sur la constitution des listes ; leurs compétences, avec le transfert de missions de plus en plus techniques avec de surcroît des périmètres d’intervention régulièrement reconfigurés (cas emblématique de la formation professionnelle) ; leurs ressources, avec une attrition croissante de leurs capacités de financement qui perturbe leur désormais classique travail de courtage ; leurs personnels, sachant que l’arrivée brutale des personnels techniciens, ouvriers et de service (TOS) de l’Education Nationale a quadruplé leurs effectifs et induit un glissement de leur position d’administration de mission, pivot de projets territoriaux, à celui d’administration de gestion.
Compte tenu de cette métamorphose récurrente, le travail d’organisation de cette collectivité territoriale est frappé de nombreuses incertitudes qui rend la fabrication du travail des élus et les accommodements entre les exécutifs et leurs services potentiellement incertains, alors même que cette collectivité est partout caractérisée par un « présidentialisme » affirmé.
Cette communication partira de l’hypothèse selon laquelle le positionnement, la composition et l’organisation de la direction générale des services (DGS) joue un rôle décisif pour comprendre les configurations de travail du gouvernement régional. En effet, elles seraient révélatrices des ajustements entre services et gouvernants qui, au prix de révisions périodiques, plus ou moins conflictuelles, construisent des « ordres locaux » (Friedberg, 1993), plus ou moins stabilisés. Les divisions du travail entre membres de l’exécutif et services en ressortent particulièrement mouvantes. Face aux élus et aux services, le rôle du cabinet d'une part et des groupes politiques d'autre part, est également déterminant pour comprendre ces configurations de travail du gouvernement régional.
Trois dimensions seront explorées pour rendre compte de ce travail d’organisation du gouvernement régional : diachronique afin d’analyser comment diverses épreuves engendrent des apprentissages institutionnels qui incluent la définition du travail des élus qui composent l’exécutif ; comparative en confrontant les configurations adoptées dans diverses régions, sur lesquelles pèsent des héritages politico-organisationnels propres à telle ou telle collectivité régionale ; gestionnaires pour rendre compte des règles du jeu qu’élaborent les divers types d’acteurs (les élus et leurs entourages, les agents et leurs hiérarchies, les partenaires institutionnels). Les matériaux sont issus d’entretiens avec les diverses parties prenantes et en particulier les vice-présidents des conseils régionaux mais aussi sur des observations et la mobilisation d’archives.
Working at structuring regional government
Not only have French Regions recently been set up, but they also keep undergoing both regular and large institutional changes which transform many of their constitutive dimensions: from the way regional politicians are elected (though itself quite recent, the county -or départementally- based proportional double ballots list system is soon to be changed again) and, upstream, the impact of rules imposing the creation of parity lists; to the competences of these local authorities, with the transfer of more and more technical missions to be moreover developed over regularly redefined territories of implementation (we notably have in mind the case of vocational training); to their resources, with a constant reduction of their financial capacities that limits the margins of politicians when acting as brokers; to their staffs, especially having in mind that the sudden integration of technical, manual and servicing (the so-called “TOS”) employees from the National Education system has quadrupled the mass of manpower and led to a tendency towards gradual change of these local authorities’ purpose, from that of being a strategic administration to that of being a managing administration.
Because of this recurrent oscillation between two very different purposes, the organization of the local authority has become a very uncertain activity which, in turn, complicates the definition of the politicians’ work and the negotiation of division of labor between the politicians with executive responsibilities and the departments they work with, even if all regional councils are characterized by a pronounced tendency towards “presidentialism”.
This paper will first focus on the idea that the positioning, make-up and organization of the general management of departments (Direction générale des services: DGS) are key elements for understanding the regional government’s working configurations. They indeed seem to reveal adjustments between departments and executive leaders which, thanks to regular and more or less hard fought-over revisions, build “local orders” (Friedberg, 1993). The division of labor between executive leaders and departments is thus particularly unstable. Interacting both with politicians and civil servants, the cabinet on the one hand and the political groups on the other also constitute key elements for understanding the regional government’s working configurations.
Three main dimensions will be studied in order to make the organizing and structuring of regional government visible. First, a diachronic one that will enable us to analyse how various complicated situations lead to institutional learning which include redefinitions of the executive politicians’ work. Second, (we analyse) a comparative dimension by confronting the different configurations located in various regions and each one linked to a specific politico-organizational inheritance. Finally, (we examine) a managing dimension in order to point out the ground rules that a wide variety of actors have elaborated together (politicians and their entourage, civil servants and their hierarchies, and institutional partners). In terms of sources, our demonstration will be based on first hand material gathered thanks to interviews with the main involved players, in particular the vice-presidents of the regional councils, and also thanks to direct observations and the use of public records and private archives.
Axe 2
Carole Bachelot (CEE, FNSP)
Le travail politique des élus à la direction du Parti socialiste français
Dans la lignée des travaux de l’école élitiste, la littérature sur les partis a principalement abordé la question du travail politique sous l’angle de la professionnalisation des organisations (expertise, modernisation des campagnes électorales). L’apport spécifique des élus à la sociologie du PS a été essentiellement abordé au niveau local, ou sous l’angle de la structure des carrières. Leur participation au travail partisan (sélection des candidatures, élaboration des programmes et d’une ligne politique, socialisation des adhérents et des électeurs) au niveau national mérite pourtant d’être étudiée. Sur la base d’un travail d’observation ethnographique et d’entretiens mené dans le cadre d’une thèse portant sur les membres des instances nationales du PS, cette communication se propose donc d’étudier les effets réciproques qu’exercent l’un sur l’autre « métier d’élu(e) » et travail partisan. Une première partie explorera l’animation des courants et le rôle joué par les élus dans la compétition intra-partisane, notamment dans le travail de mobilisation et de stabilisation des courants. Dans un deuxième temps sera étudiée l’animation des instances nationales par ces élus, afin de comprendre la manière dont les savoir-faire ainsi que les jeux de statut issus de leurs mandats électifs sont importés dans les activités de décision et de délibération partisanes.
The political job of the elected representatives within the leadership of the French Socialist Party at the national level
In line with elitist works, the literature on parties mainly dealt with the problem of the political job from the point of view of the professionalization of parties (use of expertise, modernization of the electoral campaigns). The role of the elected people in parties has been studied at the local level or to understand political career developments. But few has been said about how they participate in the party political tasks : nomination of candidates, members and voters socialization, policy-making process. Based on data from an ethnographic field work collected for a doctorate thesis on the leadership of the French Socialist Party (PS) at the national level, this presentation aims to study the mutual relationship between the political skills required from the elected representatives and the party tasks. It first focuses on how the elected representatives take part in managing the factions, especially in the recruitment of new members and in all matters regarding intra-party competition. The second part deals with the managing of the party national level and how the political skills of elected people are imported into deliberative and decision-making activities.
Michel Catlla (CERTOP, Toulouse 2)
Elu local : un travail sans qualité ?
En France, les conditions d’exercice de l’activité politique – du moins pour les élus municipaux – restent marquées par un faible cadrage juridique. Des missions sont confiées dans des termes génériques, des directions globales sont pointées, des pôles d’activités aux frontières plus ou moins marquées doivent être assurés. Mais, d’une manière générale, la législation refuse de considérer l’exercice d’un mandat local comme une activité professionnelle. Sur la base d’une étude empirique nous ayant conduit à rencontrer plus de cinquante élus locaux (maires, adjoints et conseillers municipaux), la communication reviendra sur les conditions de travail concrètes auxquelles sont confrontés ces professionnels de la politique. Les élus rencontrés nous disent qu’il s’agit d’une activité stressante, que leurs collègues sont en dépression d’autant plus s’ils viennent de subir une défaite, un revers ou des attaques personnelles, qu’il s’agit d’un travail à temps complet au service des administrés et des agents territoriaux, ne laissant pas de temps pour soi ou pour ses proches. En somme, le travail des élus locaux s’apparente à un travail sans qualité : flexible, corvéable, précaire, sous l’emprise de responsabilités toujours plus nombreuses et intenables, devant faire face à des dispositions contradictoires, sans nécessaire reconnaissance relationnelle ou financière en contrepartie, etc. C’est cette facette peu reluisante du travail de l’élu qui sera exposée dans la contribution.
Local councilors : a job without quality?
In France, the conditions of exercise of political activity - at least for town councilors - are characteristically underdefined from a legal point of view. The content of the missions they are assigned are sketchily drawn, global orientations are vaguely indicated, different ranges of activity with shifting borders must be effectively carried out. But generally speaking, the legislators refuse to consider the performance of a local office as a professional occupation. Based on an empirical study that led us to meet more than fifty local elected officials (mayors, assistants and municipal councillors), this paper will attempt to reassess the real working conditions of these professional politicians. The elected officials that we met told us that theirs is a stressful activity, that their colleagues are depressed, especially when they have just suffered a defeat, a setback or personal attacks, that it is a full-time work in the service of the citizens and municipal officials, leaving them no time for themselves or their kin. In short, the work of locally elected officials appears to be a job without quality: flexible, freely exploitable, precarious, under the influence of increasing and untenable responsibilities, faced with contradictory measures, without recognition by their peers and interlocutors and with no financial return, etc. Such is the dark side of the job performed by local elected representatives that we wish to expose in the main bulk of this paper.
Marie-Ange Gregory (ERMES)
Travail politique et production du territoire. L’exemple des conseillers généraux
Le travail politique des conseillers généraux se limite, dans les textes législatifs, à leur participation aux séances de l’assemblée départementale. De même, leur travail n’est généralement appréhendé, dans les travaux scientifiques, qu’à l’aune de la notabilité des élus, c’est-à-dire de leur activité relationnelle auprès de l’administration ou des administrés. Or, l’attention portée à cette facette « relationnelle » tend à en occulter d’autres, non moins heuristiques, parmi lesquelles la production du territoire.
Cette communication se propose donc d’analyser le travail politique des conseillers généraux à travers la question de la production du territoire. L’étude du contenu du travail, de la division des tâches, de l’organisation des activités ou encore de la gestion du temps, renseigne sur le quotidien des élus. Deux angles seront privilégiés : les dispositifs organisationnels (quels moyens sont mobilisés pour faire exister le canton ?) et les lieux d’implication (au sein de l’institution et sur le terrain). En outre, le choix de trajectoires contrastées (élus urbains, ruraux, péri-urbains) permet de pointer similitudes et dissemblances dans le travail politique des conseillers généraux.
Political work and the production of territory. The case of “conseillers généraux”
Legislative texts confine the political work of “conseillers généraux” to their participation in the departmental assembly. In general, political science research treats their political notability, i.e. their relations with the administration or citizens. However, the emphasis on this “relational” facet overshadows other equally heuristic facets, the production of territory in particular.
This contribution will analyze the political work of “conseillers généraux” through the prism of the production of territory. The study of the content of their work, the division of labor, the organization of activities and time management gives information about the daily tasks of elected representatives. Two aspects will be emphasized: organizational systems (what means are mobilized to give existence to the territory?) and places of involvement (within the institution and on the field). Moreover, the choice of various trajectories (urban, rural and peri-urban representatives) highlights similarities and differences in the political work of “conseillers généraux”.
Rémy Le Saout (CENS)
La mobilité des directeurs généraux des services municipaux comme indicateur d’un rapport renouvelé au travail politique
Qu’il s’agisse de travaux scientifiques ou bien de points de vue journalistiques, tous s’accordent généralement pour considérer que la mobilité des directeurs généraux des services des collectivités territoriales (DGS) est essentiellement due aux échéances électorales et aux alternances politiques. S’il ne s’agit pas de contester ces analyses, il convient de les nuancer. À partir d’une étude quantitative portant sur les DGS communaux français, cette communication permettra de montrer que depuis les années 2000, l’univers professionnel de ces dirigeants est de plus en plus marqué par une relative instabilité mais qui tend à être moins associée au renouvellement des personnels politiques. Cette transformation est en partie due aux possibilités renforcées de circulation qu’offre actuellement l’état de ce marché du travail qui, compte tenu du processus d’assouplissement des normes qui l’encadrent mais aussi des évolutions de son environnement institutionnel et social, devient plus fluide. Mais cette tendance est également due à l’intégration de pratiques de mobilité chez les directeurs, notamment chez les responsables des communes intermédiaires, qui conçoivent la mobilité comme une voie d’ascension professionnelle. Aussi, ce qu’exprime la mobilité des directeurs, c’est la construction d’un rapport renouvelé au travail politique qui se caractérise par le déclassement du capital partisan au profit d’un renforcement du capital d’expertise.
The mobility of the directors-general of municipal services as an indicator of a renewed relationship to political work.
Whether in scientific works or in newspaper editorials, all generally seem to agree that the mobility of the directors-general of the regional services (DGS) is mainly influenced by the electoral agenda and the changes in political power. If our aim is not to question these analyses, we ought to moderate them. Starting from a quantitative study about the French communal DGS, this presentation will seek to demonstrate that since the years 2000, the professional environment of those executives has been more and more touched by a relative instability which, however, tends to be less influenced by the replacement of the political staff. This transformation partly results from the greater possibilities to circulate that the state of the job market offers at the moment which, considering the process of making the norms surrounding it more flexible, but also the evolution of its institutional and social environment, has become more fluid. But this tendency is also due to the integration of usages related to the mobility of the directors, particularly those in charge of mid-size towns who see mobility as a path to professional achievement. To that extent, the directors’ mobility is the expression of a renewed relationship with the political work which is characterized by the devaluation of the political adherence in favor of the reinforcement of the professional expertise.
Frédéric Louault (CERI)
Les carrières politiques non électives au Brésil. Mobilités et dépendances du personnel de confiance politique
L’objet de cette communication est de présenter une catégorie d’acteurs agissant dans l’ombre du personnel politique élu : le personnel de confiance politique. Cette catégorie aux contours flous englobe divers types de « métiers » politiques. Les individus qui la composent ont pour point commun d’être pris dans un système de dépendance et de loyauté vis-à-vis d’entrepreneurs politiques. L’auteur analyse les stratégies de carrière de ce personnel, particulièrement lors des conjonctures critiques telles que les défaites électorales. Il présente les défaites électorales comme des opportunités de redéfinitions professionnelles. Il identifie des schémas de mobilités et de circulation du personnel de confiance d’un niveau de pouvoir à l’autre. L’auteur s’intéresse particulièrement à deux types de mobilités post-électorales : (1) les mobilités intra-champ (reclassements dans l’espace du pouvoir politique), considérées comme des bifurcations mineures ; (2) les mobilités hors-champ (sorties de l’espace du pouvoir et retour vers le marché privé), considérées comme des bifurcations professionnelles majeures. Ce travail s’articule autour d’une double dimension temporelle (perspective processuelle) et spatiale (analyse multi-niveaux). L’analyse des mobilités et dépendances met en rapport trois dimensions principales : l’évolution de la structure d’opportunités ; les ressources politiques ; l’échelle des priorités individuelles.
Non-elective political careers. Mobilities and dependences of the political staff in Brazil.
This work presents a category of actors acting in the shadow of the elected politicians: the political staff. This category includes various types of political "jobs". The persons who compose this staff have for common to be taken in a system of dependence and loyalty towards political entrepreneurs. The author analyzes the strategies of career of this staff, particularly in critical situations such as electoral defeats. He presents the electoral defeats as professional turning points. He identifies the plans of mobility and the circulation of this staff in Brazil’s structure of power. The author analyses two types of post-electoral mobilities: (1) the in-field mobilities (redeployments in the structure of the political power), considered as minor forks; (2) the out-fields mobilities (political exits and returns towards the private market), considered as major professional forks. This work considers both temporal and spatial dimensions (process and multi-level analyze). The analysis of the mobilities and dependences puts in relationship three main dimensions: the evolution of the structure of opportunities; the political resources; the individual priorities.
Sébastien Michon (PRISME-GSPE)
Institutionnalisation du travail politique au Parlement européen : l’organisation des entourages des eurodéputés
Le travail politique au Parlement européen se rationalise et s’institutionnalise. La mise en place, en juillet 2009, d’un statut pour les assistants parlementaires des eurodéputés basés à Bruxelles est un indicateur. Le statut homogénéise les relations contractuelles, l’imposition et la sécurité sociale. Contrats et salaires, fonction du grade, sont désormais gérés, non plus directement par les députés, mais par les services financiers du Parlement. Dans le cadre de cette communication, on se propose d’appréhender le travail politique au Parlement européen et ses transformations en s’intéressant à la structuration des équipes parlementaires que forment les eurodéputés élus en France et leurs collaborateurs au cours des dix dernières années. Sont mobilisées et croisées diverses sources de données qualitatives et quantitatives (entretiens, bases de données sur les caractéristiques sociopolitiques des assistants parlementaires et des eurodéputés entre 2002 et 2011). Contrairement à ce que l’on observe au Parlement français, les eurodéputés ne recrutent pas prioritairement des collaborateurs en circonscription, mais de plus en plus au Parlement. L’organisation spécifique des équipes parlementaires est à lier avec les spécificités du mandat européen et du recrutement des eurodéputés. Conséquence de la croissance des équipes, le travail politique est toujours plus divisé. Si les tâches et les profils se spécialisent, le travail au sein des équipes parlementaires demeure une activité collective.
Political work institutionalization in the European Parliament: MEPs’ parliamentary team organization
There is a trend toward a rationalization and an institutionalization of the European Parliament political work. The establishment of a statute for MEPs parliamentary assistants, based in Brussels, in July 2009 is a clear indicator of this trend. This statute homogenizes contractual relationships, taxation and social security for MEPs assistants. Contracts and salaries are now managed by the Parliament financial services, whereas they used to be managed directly by MEPs. This paper proposes to shed light on the political work in the European Parliament and its transformations. We focus on the structuring of French MEPs parliamentary teams over the last decade. To explore this issue we cross various sources of qualitative and quantitative data (interviews, several databases on socio-political characteristics of parliamentary assistants and MEPs over the period 2002 to 2011). Results show that contrarily to what is observed in French parliament, MEPs assistants are not uppermost recruited in electoral district, but rather at the EU Parliament. Parliamentary teams’ specific organization can be attributed to the specificities of European mandate and MEPs recruitment. Although teams’ growth favours the division of political work, it remains a collective activity.
Sandrine Nicourd (Printemps)
S’engager dans un mandat : les modes de socialisation des élus régionaux
Au sein des conseils régionaux, à chaque élection, les mandats des vice-présidents se renouvellent partiellement. Certains élus disposaient déjà un mandat au sein du conseil régional, d’autres arrivent dans l’institution à cette occasion. A partir d’entretiens biographiques, cette communication propose d’éclairer les modes de socialisation à l’œuvre pour nouveaux élus. Nous étudierons en particulier les modes concrets d’ajustement des dispositions politiques et professionnelles au nouveau système d’interaction au sein du conseil régional. Nous nous concentrerons sur le travail singulier de construction de légitimité. Un accent sera particulièrement mis sur les processus de décision liés aux premiers dossiers importants qui se présentent à eux.
Profitant ainsi d’une analyse contextualisée dans une temporalité singulière, cette approche permettra de saisir les principaux supports, appuis et ressources mobilisés par les élus régionaux pour s’engager dans leur mandat.
Pour cela, notre approche articule trois dimensions essentielles : pour la première, il s’agit de rendre compte des trajectoires antérieures (socialisation politique, formation, expériences). La deuxième dimension est centrée sur les cadres organisationnels qui sont les scènes de leurs multiples interactions professionnelles. La troisième porte un regard sur les régulations institutionnelles spécifiques au conseil régional
Mandate Commitment : Social Learning of French Regional Council Representatives
After each election, mandates of vice-presidents of Regional Councils are renewed. Some representatives are reappointed, others join the institution on this occasion. Based on a series of biographic interviews, the paper considers social learning processes at stake for newcomers. More precisely, the focus is put on how political and professional dispositions adjust with the new system of interactions they are facing within the Council. More, the particular process of legitimacy construction is stressed, especially in relation with decision making pertaining to the first major files they have to handle.
Situated within a certain context and period; this approach enables to seize the main features and resources mustered by Regional Council Representatives in order to commit to their mandate. Three elements are accounted for in this purpose: previous life courses (political learning, training, experiences), organisational settings where their multiple professional interactions are performed and institutional regulatory processes inherent to the Regional Council.
BACHELOT Carole carole.bachelot@sciences-po.org
CATLLA Michel catlla@univ-tlse2.fr
DEMAZIERE Didier d.demaziere@cso.cnrs.fr
GARDON Sébastien sebastien.gardon@gmail.com
GODMER Laurent laurent.godmer@univ-mlv.fr
HEALY Aisling ais.healy@gmail.com
LE LIDEC Patrick patrick.le-lidec@cersa.cnrs.fr
LE SAOUT Rémy remy.le-saout@univ-nantes.fr
LEFEBVRE Rémi remi.lefebvre@univ-lille2.fr
LOUAULT Frédéric frederic.louault@gmail.com
MARREL Guillaume guillaume.marrel@univ-avignon.fr
MICHON Sébastien Sebastien.Michon@misha.fr
NAVARRE Maud mnavarre@laposte.net
NICOURD Sandrine sandrine.nicourd@uvsq.fr
NOLLET Jérémie jeremie.nollet@univ-lille2.fr
VERDIER Eric eric.verdier@univmed.fr