Section Thématique 5

Le dilemme de la paix et de la justice en sortie de conflit armé
The dilemma of peace and justice in post-conflict context

Responsables

Ryoa Chung (Philosophie, Université de Montréal) ryoa.chung@umontreal.ca

Jean-Baptiste Jeangène Vilmer (War Studies, King’s College London) jb.jeangene.vilmer@aya.yale.edu

Présentation scientifique Dates des sessions Programme Résumés Participants

 

Présentation scientifique

Le dilemme ou paradoxe de la paix et de la justice – qui consiste à se demander si ces deux objectifs, souvent associés, sont toujours compatibles et, le cas échéant, dans quel ordre ils doivent être considérés – est l’un des problèmes classiques des relations internationales. Il se pose à toutes les étapes d’un conflit : avant, lorsqu’il s’agit de prendre la décision d’entrer en guerre (jus ad bellum) ; pendant, lorsqu’il faut respecter le droit de la guerre (jus in bello) ; et surtout après, lorsqu’il faut rendre des comptes et maintenir la paix sur des ruines encore fumantes (jus post bellum). Cette session est consacrée à cette dernière étape, lorsque la question se pose à la sortie d’un conflit armé. L’un des défis les plus importants de la justice transitionnelle est effectivement de savoir articuler entre eux ces deux objectifs louables : rendre justice et garantir la paix. On jure que l’un ne va pas sans l’autre mais, dans les faits, n’y a-t-il pas des cas où rendre justice impliquerait de sacrifier la paix, la stabilité, la
sécurité d’un équilibre précaire ? La question est celle de savoir s’il faut vouloir la justice au prix de la paix, la paix au prix de la justice, ou si des compromis sont possibles et sous quelle forme.
Cette section thématique sur « le dilemme de la paix et de la justice en sortie de conflit armé » sera composée de deux sessions. La première se concentrera sur l’intervention, dont le but est de restaurer la paix et poursuivre les coupables. Comment concilie-t-elle ces deux objectifs ?

K-G. Giesen (Science politique, Université d’Auvergne) et D. Cumin (Droit, Université Lyon III) examineront la question dans une perspective historique et juridique. La communication de Giesen vise à démontrer que l’idée du jus post bellum n'est nullement récente et identifie, en particulier, les différentes contributions antiques et du Moyen-Age qui sont opposées aux conceptualisations modernes beaucoup plus radicales, notamment chez Immanuel Kant. Selon Cumin, l’évolution moderne et juridique de cette notion témoigne du fait que de la SDN à l’ONU, l’idée s’est fait jour de proscrire la guerre interétatique, donc de métamorphoser le jus ad bellum en jus contra bellum. Le système de prévention de la guerre  s’est accompagné d’un système de répression. C’est de cette façon que préservation de la paix et justice ont été associés en droit international. Le double système de prévention et de répression de la guerre  (SPRG) s’est heurté à une double limite fondamentale : d’une part, la nécessité d’une instance de décision, qui qualifie l’agression et qui désigne l’agresseur, d’autre part, la nécessité de remporter une victoire totale sur l’agresseur afin de le soumettre aux procédures judiciaires, tout en occupant voire en administrant son territoire et sa population. Qui décide ? Dans la mesure où tout dépend donc du consensus entre les grandes puissances au sein de la SDN ou de l’ONU, le SPRG s’avère donc inégalitaire et, partant, injuste (au regard du principe de l’égalité des Etats).

M-J. Zahar (Sciences politiques, Université de Montréal) observera que l’intervention internationale dans les conflits contemporains repose sur un triptyque qui cherche à atteindre trois objectifs : restaurer la paix, promouvoir la démocratie, et poursuivre les coupables de graves violations du droit de la guerre. Toutefois, le triptyque paix, démocratie et justice repose sur un profond paradoxe qui oppose la légitimité représentative à une légitimité de facto : la poursuite de la paix reconnaît la légitimité de facto des chefs de guerre, celle-ci peut être (ou ne pas être) confirmée par un processus électoral démocratique pour ensuite être remise en question par les procédures de mise en accusation pour crimes de guerre. Comment penser et, surtout, se sortir d’un tel paradoxe?

C. Nadeau (Philosophie, Université de Montréal) examinera quant à lui le cas de l’intervention militaire canadienne en Afghanistan. Le Canada s’est fortement engagé dans la guerre en Afghanistan, et ce jusqu’à oublier ses engagements internationaux et le respect des lois de la guerre. D’acteur mineur au départ, le Canada est depuis 2006 l’un des principaux acteurs du conflit, en particulier dans la dangereuse région de Kandahar. Dans sa communication, Nadeau se propose d’examiner, par l’intermédiaire des théories du jus in bello et du jus post bellum, les nombreuses fautes commises par le Canada et l’armée canadienne lors du conflit en Afghanistan, en relation avec le dilemme de la paix et de la justice.

Une seconde session se concentrera sur le travail de la justice pénale internationale.

P. Kienlen (EIUC, Venise) proposera une réflexion sur la qualité de la justice pénale internationale nécessaire à un processus de réconciliation. En se basant particulièrement sur l’impact du TPIY dans les pays de l’Ex-Yougoslavie de 1993 à aujourd’hui, elle montrera que la justice pénale internationale a les moyens de contribuer à la paix locale, mais que la qualité de la justice proposée est une condition sine qua non à la réalisation effective d’objectifs de réconciliation sur le terrain. Elle soutiendra que le modèle même de justice pénale internationale doit être élaboré au regard de ces objectifs sociaux. Elle défendra également l’hypothèse selon laquelle il serait nécessaire d’accorder une plus grande place aux victimes dans le procès pénal, voire de questionner la valeur de l’emprisonnement comme sanction adaptée à un contexte de violence de masse.

J. Saada (Philosophie, Université d’Artois) interrogera les usages et les critiques de l’amnistie dans l’après-guerre. La justice pénale internationale s’inscrit dans un idéal de justice par le droit et s’appuie sur un modèle éthique qui, sous sa forme institutionnalisée, rencontre un certain nombre de limites expliquant le développement de la justice réparatrice appliquée aux contextes politiques de sortie de crise. Si le recours à la justice pénale risque de faire obstacle au processus de pacification, peut-il alors justifier des procédures d’amnistie mises en œuvre notamment dans le cadre des Commissions de vérité, au risque de choisir la paix au prix de la justice ?

De la même manière, F. Mégret (Droit, McGill University) se demandera s’il faut amnistier les insurgés. La question du traitement des « insurgés » dans la sortie de conflit est une question récurrente et problématique. Souvent traitée de manière pragmatique au gré des exigences de stratégie de « peace making », elle est moins souvent traitée comme une question de justice transitionnelle, ou alors uniquement sous l’angle de la responsabilité de ceux ayant commis des crimes de guerre. Le traitement des insurgés pose néanmoins un certain nombre de questions de principe mettant en jeu la justesse de leur cause, et la possibilité d’une certaine mansuétude méritée à leur égard. Les termes du problème sont cependant en passe d’être profondément modifiés par la modification du statut de l’occupation ainsi que par la problématique du terrorisme. Contre l’instrumentalisme des justifications du traitement à accorder aux insurgés, Mégret proposera une approche plus centrée sur les considérations de justice, informées tant par les mutations du droit qu'une réflexion sur l’éthique des conflits.

B. Guillou (Sociologie, EHESS) s’intéressera quant à lui au rôle du pardon dans les processus de réconciliation après le génocide au Rwanda. Dans quelle mesure le pardon accordé et/ou demandé peut-il intervenir comme une modalité de régulation du lien social ? Il s’appuie sur une enquête effectuée au Rwanda entre 2003 et 2006, qui a analysé successivement quatre situations : les usages du pardon en prison, à l’échelle d’une paroisse rurale, sur une cellule (la plus petite entité administrative) et à Detmold en Allemagne. Sur la base de ce travail, Guillou propose d’apporter des éléments au dilemme de la paix et de la justice.

The dilemma between peace and justice is a classic problem in international relations. However, its contemporary expression in a post-conflict context exacerbates important ethical tensions. The paradox consists in the fact that the goals of peace and justice both define the objectives of international military interventions in post-conflict contexts, although the goals of peace and justice may not always be compatible with the process. In cases where these two goals conflict which one should precede the other? Should peace always precede the making of a just society or is it the case that justice sometimes requires the sacrifice of peace and stability? Therefore, one of the major challenges of transitional justice relates to the problem of articulating peace and justice in a coherent manner in order to determine the normative criteria that will be used to define acceptable compromises.
This workshop, entitled “The dilemma of peace and justice in post-conflict context”, invites normative reflections based on empirical studies and interdisciplinary exchanges. The workshop comprises two sessions.
The first session will focus on the ethical issues involved in international military interventions that aim to restore peace and justice in the aftermath of armed conflicts. The speakers in the first session are K.G. Giesen (Political Science, Université d’Auvergne), D. Cumin (Law, Université Lyon III) M.J. Zahar (Political Science, Université de Montréal) C. Nadeau (Philosophy, Université de Montréal). Their respective contributions highlight the evolution of jus post bellum in historical and legal perspectives and/or address questions such as the unequal power relations between states, the confusion between the criteria of representative legitimacy and the de facto legitimacy of warlords,  and other questions that characterize the ethical issues involved in international military interventions in peace-building operations.
The second session will focus on issues of international criminal law and will include presentations by P. Kienlen (EIUC, Venise), J. Saada (Philosophy, Université d’Artois), F. Mégret (Law, McGill University) and B. Guillou (Sociology, EHESS). Contributions in the second session highlight the ethical and legal issues involved in post-conflict settings, truth and reconciliation commissions, and in international criminal law prosecution procedures.


Sessions

Les travaux de la Section Thématique se dérouleront sur les sessions suivantes :
Session 2 : 1er septembre 2011 8h45-11h30
Session 3 : 1er septembre 2011 13h30- 16h15
Voir planning général...

Lieu : Institut Le Bel (salle 107 H)


Programme

Axe 1 : L’intervention militaire

Session présidée par Ryoa Chung (Université de Montréal)

Axe 2 : La justice pénale internationale

Session présidée par Jean-Baptiste Jeangène Vilmer (King’s College London)


Résumés des contributions

Axe 1

Klaus-Gerd Giesen (Université d’Auvergne)

Le jus post bellum des Anciens et des Modernes

La communication vise à démontrer que l'idée du jus post bellum n'est nullement récente. Elle historise dans la longue durée les tentatives de penser le contenu du concept avant l'apparition formelle de celui-ci. En particulier, les différentes contributions antiques et du Moyen-Age sont opposées aux conceptualisations modernes beaucoup plus radicales, notamment chez Immanuel Kant. Se bornant à une histoire des idées politiques le texte n'aborde en revanche pas la philosophie contemporaine.

The jus post bellum of the Ancients and the Moderns

The idea of jus post bellum is by no means recent. This presentation traces the long history of diverse attempts to think the content of this notion prior to its formal appearance as jus post bellum. In particular, it will focus on different ancient and medieval contributions and show how they contrast with its modern, much more radical conceptualizations of jus post bellum, notably in Immanuel Kant’s work. This essay offers a historical account of political ideas and does not deal with contemporary political philosophy.

David Cumin (Université Lyon III)

Le problème de la justice punitive en jus ad bellum

De la SDN à l’ONU, l’idée s’est fait jour de proscrire la guerre interétatique, donc de métamorphoser le jus ad bellum en jus contra bellum. Depuis la conclusion des procès de Nuremberg et de Tokyo, le droit international a évolué dans un double sens : interdire l’agression, sans la criminaliser ; réparer et, surtout, réprimer les infractions graves au jus in bello (les crimes de guerre), ainsi que les crimes contre l’humanité et les crimes de génocide. Le droit international public a beau qualifier l’agression de « crime contre la paix » donnant lieu à « responsabilité internationale » (réparatrice comme punitive), le jus ad bellum ne connaît point de répression pénale : l’agression est la seule incrimination en jus ad bellum ; mais il s’agit d’une incrimination en formation, car la CPI n’a pas (encore) défini le crime d’agression ; ni le TPIY ni le TPIR ne sont compétents en la matière ; aucun Etat n’incrimine l’agression dans son Code pénal. Seule exception : le Tribunal spécial irakien a eu à statuer sur le crime d’agression, qui était l’un des chefs d’accusation portés à l’encontre de Saddam Hussein. A l’issue de la guerre du Golfe, aucune procédure pénale n’avait été intentée contre des personnes physiques ou morales irakiennes : la résolution 687 du CSNU du 3 avril 1991 s’était arrêtée à la responsabilité réparatrice de l’Etat irakien. On doit donc conclure que, à ce jour, le jus ad bellum n’a pas de juge pénal et que les procédures punitives ne concernent que le jus in bello. Notre communication portera sur les conséquences de l’incrimination du jus ad bellum.

The problem of punitive justice in jus ad bellum

From League of Nations to the UN, the idea emerged to ban interstate war, thus to transform the jus ad bellum in jus contra bellum. Since the conclusion of the Nuremberg and Tokyo trials, the international law has evolved in two ways : to prevent aggression, without criminalizing it ; repair and, more importantly, to repress grave breaches of jus in bello (war crimes) as well as crimes against humanity and genocide. The international public law may qualify aggression as « a crime against peace » giving rise in « international responsability » (restorative as punitive), the jus ad bellum doesn’t know any penal repression : aggression is the only incrimination in jus ad bellum ; but it is a criminal offense in training because the ICC has not (yet) defined the crime of aggression ; neither the ICTY nor the ICTR are competent in the subject ; no state incriminates aggression in its Penal Code. Only exception : the Iraqi Special Court had to rule on the crime of aggression, which was one of the counts of indictment carried against Saddam Hussein. At the end of the Gulf War, no criminal procedure had been instituted against Iraqi physical or moral persons : UNSC Resolution 687 of April 3, 1991 had stopped at the restorative responsability of the Iraqi State. We must therefore conclude that, this day, the jus ad bellum has no penal judge and that the punitive procedures only concern the jus in bello. Our communication will focus on the consequences of the incrimination of jus ad bellum.

Marie-Joëlle Zahar (Université de Montréal)

Promotion de la démocratie, justice transitionnelle et paix: Penser le triangle infernal de l'intervention internationale dans les conflits contemporains

L'intervention internationale (principalement onusienne et occidentale) dans les conflits contemporains repose sur un triptyque. En effet, celle-ci cherche à atteindre trois objectifs: restaurer la paix, promouvoir la démocratie, et poursuivre les coupables de graves violations du droit de la guerre. Chacun des éléments de ce triptyque est étroitement associé aux deux autres. Faire taire les conflits est essentiel pour le rétablissement d'un État de droit; la démocratie est conçue comme l'appareil institutionnel le plus adéquat pour stabiliser la paix, il ne peut être établi dans un cadre d'impunité; enfin, la justice transitionnelle est un élément-clé de la reconstruction d'un État de droit qui s'oppose à la logique de la loi du plus fort (ou violent) qui prévaut en période de conflit armé. Toutefois, le triptyque paix, démocratie et justice repose sur un profond paradoxe qui oppose la légitimité représentative à une légitimité de facto. En effet, la poursuite de la paix reconnaît la légitimité de facto des chefs de guerre, celle-ci peut être (ou ne pas être) confirmée par un processus électoral démocratique pour ensuite être remise en question par les procédures de mise en accusation pour crimes de guerre. Comment penser, et surtout, se sortir d'un tel paradoxe? La communication réfléchira au triptyque paix, démocratie, justice à l'aune de différentes conceptions de la légitimité mais également à celle de différentes conceptions de la responsabilité de la communauté internationale. Envers qui les intervenants sont-ils responsables -- l'ONU et son Conseil de sécurité, les valeurs et normes démocratiques, ou les populations des pays où ils interviennent? Le lien entre légitimité et responsabilité reflète différentes conceptions de l'éthique de l'intervention que cette communication s'efforcera de penser à partir de cas contemporains concrets tels l'Irak et le Soudan.

Democracy promotion, transitional justice and peace: Apprehending the infernal triangle of international intervention in contemporary conflicts

International intervention (mostly Western and UN-led) in contemporary conflicts is founded on a trilogy. Indeed, such interventions have three objectives: to restore peace, to promote democracy and to prosecute those guilty of grave violations of the laws of war. Each element of this trilogy is closely tied to the others. The appeasement of conflicts is essential for the reestablishment of the rule of law; democracy is conceived as the most adequate set of institutions to bring about durable peace; and transitional justice is key to rebuild the rule of law thus countering the logic of war which gives primacy to the rule of the strongest (or most violent). However, the trilogy of peace, democracy and justice rests on a profound paradox that sets representative against de facto legitimacy. Indeed, in order to restore peace, the de facto legitimacy of warlords must be acknowledged (whether or not this is later confirmed by the result of a democratic electoral process), only to be challenged at a later stage by the procedures leading to indictments for war crimes. How can we apprehend, and most importantly, how can we escape this paradox? The paper will reflect upon the trilogy of peace, democracy and justice in light of different conceptions of legitimacy as well as of the responsibility of the international community. To whom, to what are those countries and organizations leading interventions accountable (are they accountable to the UN and the Security Council, should their responsibility be measured according to their commitment to democratic values and norms, or should they be accountable to the peoples of the countries where they intervene)? The relation between legitimacy and responsibility reflects different ethical perspectives of intervention that the presentation will try to analyze in light of contemporary cases of international intervention such as Iraq and the Sudan.

Christian Nadeau (Université de Montréal)

L’intervention militaire canadienne en Afghanistan à la lumière du jus in bello et du jus post bellum

Le 7 octobre 2001 avaient lieu les premières frappes aériennes américano-britanniques contre l'Afghanistan, en représailles aux attentats du 11 septembre. Le Canada s’est fortement engagé dans la guerre en Afghanistan, et ce jusqu’à oublier ses engagements internationaux et le respect des lois de la guerre. À l’heure actuelle, près de 3000 militaires canadiens sont basés en Afghanistan. D’acteur mineur au départ, le Canada est depuis 2006 l’un des principaux acteurs du conflit, en particulier dans la dangereuse région de Kandahar. En 2009, Ottawa évaluait le coût total de la mission à 18,3 milliards de dollars, en tenant compte des dépenses encourues depuis le début de l’invasion jusqu’au retrait prévu des troupes canadiennes en 2011Dans cette communication, je me propose d’examiner, par l’intermédiaire des théories du jus in bello et du jus post bellum, les nombreuses fautes commises par le Canada et l’armée canadienne lors du conflit en Afghanistan.
 
The Canadian military intervention in Afghanistan in the light of jus in bello and jus ad bellum

On October 7th, 2001, the first American-British airstrikes took place in Afghanistan, in reprisal for the September 11th attacks. Canada eventually became very involved in the war,  showing no respect for  international commitments or for the laws of war. At the moment, about 3000 Canadian servicemen and women are based in Afghanistan. Playing only a minor role at first, since 2006 Canada has become one of the main actors in the conflict, particularly in the dangerous region of Kandahar. In 2009, Ottawa estimated the total cost of the mission at 18.3 billion dollars, taking into account spending incurred since the beginning of the invasion and up to the planned withdrawal of Canadian troops by 2011. In this paper, I will examine the numerous missteps and misdeeds committed by Canada and the Canadian army during the conflict in Afghanistan, in relation to just war theories (jus in bello and jus post bellum.

Axe 2

Pauline Kienlen (EIUC, Venise)

Quelle justice pour la paix ? La qualité de la justice internationale : condition essentielle à sa contribution au processus de réconciliation locale

P. Kienlen proposera une réflexion sur la qualité de la justice pénale internationale nécessaire à un processus de réconciliation. En se basant particulièrement sur l’impact du TPIY dans les pays de l’Ex-Yougoslavie de 1993 à aujourd’hui, elle montrera que la justice pénale internationale a les moyens de contribuer à la paix locale, mais que la qualité de la justice proposée est une condition sine qua non à la réalisation effective d’objectifs de réconciliation sur le terrain. Elle soutiendra que le modèle même de justice pénale internationale doit être élaboré au regard de ces objectifs sociaux. Elle défendra également l’hypothèse selon laquelle il serait nécessaire d’accorder une plus grande place aux victimes dans le procès pénal, voire de questionner la valeur de l’emprisonnement comme sanction adaptée à un contexte de violence de masse.

Which Justice for Peace? The quality of international justice : an essential condition to its contribution to the local reconciliation process

P. Kienlen will offer a reflexion on the quality of international criminal justice in order to achieve results of reconciliation. While taking as a case study the impact of the International Criminal Tribunal for the former Yugoslavia in the countries of the former Yugoslavia from 1993 until today, she will demonstrate that international criminal justice has a potential to contribute to local peace. However, the quality of the international criminal justice proposed is a condition sine qua non to the effective realization of reconciliation on the field. She will uphold that transitional justice strategies shall be drafted with regard to these social objectives. She will also highlight the necessity of improving the participation of victims in international criminal proceedings; and finally, question the value of punishment as an adapted sanction in a context of mass violence.

Julie Saada (Université d’Artois)

Le jugement ou l'oubli ? Usages et critiques de l'amnistie dans l'après-guerre

La justice pénale internationale s'inscrit dans un idéal de justice par le droit et s'appuie sur un modèle éthique qui, sous sa forme institutionnalisée, rencontre un certain nombre de limites expliquant le développement de la justice réparatrice appliquée aux contextes politiques de sortie de crise.
Si le recours à la justice pénale risque de faire obstacle au processus de pacification, peut-il alors justifier des procédures d'amnistie mises en oeuvre notamment dans le cadre des Commissions de vérité, au risque de choisir la paix au prix de la justice ?
Dans cette communication, je propose d'exposer les problèmes liés aux procédures d'amnistie tout en indiquant les arguments qui militeraient en leur faveur dans certains contextes donnés.

Prosecution or oblivion? Uses and criticisms of amnesty in the aftermath of war

International criminal justice expresses an ideal of achieving justice through law. However it is also based on a jurisdictional model that encounters a number of limits, when deployed in the explanation of the development of restorative justice in post-crisis contexts.
As the use of criminal justice might impede the peace process, should it be used to justify amnesty procedures, particularly in the context of Truth Commissions? What are the moral, legal or political arguments for choosing peace at the expense of justice?
In this talk, I will critically examine several issues associated with amnesty procedures, also considering the arguments in their favour.

Frédéric Mégret (McGill University)

Faut-il amnistier les insurgés ?

La question du sort à réserver aux insurgés dans le cadre de situations d'occupation se pose en Irak et en Afghanistan notamment. Des motifs politiques peuvent militer en faveur d'une amnistie afin d'assister une réconciliation, mais des questions normatives se posent sur le statut des insurgés. Au XIXème, les insurgés sont vus comme des "patriotes" défendant la patrie, mais les exigences du droit international humanitaire enjoignent graduellement aux populations occupées de ne pas interférer avec la bonne marche humanitaire d'une occupation. Une telle position est-elle aujourd'hui toujours tenable, y-compris lorsque l'occupation est illégale au niveau du jus ad bellum ?

Should insurgents be amnestied?

The question of the fate of insurgents in situations of occupation arises in both Iraq and Afghanistan. There are political reasons why one might want to amnesty for example for the purposes of reconciliation, buut deeper normative questions arise on the status of insurgents. In the 19th Century, insurgents were seen as "patriots" defending the motherland, but international humanitarian law has increasingly demanded of populations under occupation to not interfere with its humanitarian management. Is such a position still tenable today, especially in situations where an occupation is illegal from the point of view of the jus ad bellum?

Benoît Guillou (EHESS)

Le dilemme de la paix et de la justice dans les processus de réconciliation après le génocide au Rwanda

Nous partirons d’une enquête de terrain conduite à l’échelle d’une paroisse catholique rurale. Le 13 avril 1994, des milliers de villageois et de paysans tutsis réfugiés dans l’église de Musha ont été anéantis ainsi que des Hutus opposés au génocide. Dix ans après, on n’observe pas de désaffection massive quant à la pratique cultuelle, le dimanche matin, le prêtre célèbre en présence d’une assistance composite. Quel a été le travail du prêtre pour aboutir à cette réunion de ses paroissiens ? Nous suivrons de manière chronologique, de 1999 à 2006, la pastorale adoptée sous la responsabilité du nouveau curé de Musha. En février 1999, l’Église catholique initie le synode gacaca chrétien, en juin 2002, les autorités politiques inaugurent les juridictions gacaca, le clergé doit conduire sa politique de « réconciliation » en fonction de ces dispositifs qui ne sont pas de même nature et qui n’ont pas les mêmes objectifs. Nous observerons les discours et les pratiques qui répondent aux rapports complexes entre le « pardon », l’établissement d’une vérité et l’exercice de la justice. Une dialectique d’autant plus complexe pour le clergé que l’Église est mise en accusation en raison de ses silences et de ses complicités avec l’ancien régime.

The dilemma of peace and justice in the reconciliation processes after the genocide in Rwanda

The starting point will be a field study carried out within a rural catholic parish. On 13 April 1994, thousands of Tutsi villagers, having taken refuge in the Musha chrurch were killed together with Hutus opposing the genocide. 10 years later, there is no major change in the number of people attending the church and on Sunday mornings the priest is celebrating the mass in front of a composite crowd. What did the priest do to reunite his parishioners? We will proceed chronologically, from 1999 to 2006, looking at the method used by the new priest of Musha. In February 1999, the catholic Church initiates the synod of gacaca, in June 2002 the political authorities launch the gacacacourts, the clergy must conduct its "reconciliation" policy taking into account these mechanisms that are of a different nature and which do not pursue the same goals. We will analyse the discourses and practices that address the complex relationships between "pardon", ascertaining the truth and the process of justice. The dialectic the clergy has to address turns out to be even more complex when considering that the Church faces accusations due to its silences during the genocide and its links with the former regime.


Participants

CHUNG Ryoa ryoa.chung@umontreal.ca
CUMIN David dvcumin@wanadoo.fr
GIESEN Klaus-Gerd Klaus@giesen.fr
GUILLOU Benoît bguillou@amnesty.fr
JEANGENE VILMER Jean-Baptiste jb.jeangene.vilmer@aya.yale.edu
KIENLEN Pauline pauline.kienlen@gmail.com
MEGRET Frédéric frederic.megret@mcgill.ca
NADEAU Christian christian.nadeau@umontreal.ca
SAADA Julie julie.saada@gmail.com
ZAHAR Marie-Joëlle marie-joelle.zahar@umontreal.ca