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Structures politiques du capitalisme

Responsables scientifiques du groupe de projet SPoC : Matthieu Ansaloni, Antoine Roger

 

Largement évacuées des débats politiques après la chute des régimes communistes, les références au capitalisme font un retour en force depuis la crise des subprimes. Dans ses usages les plus communs, le terme sert à désigner l’emprise de la finance sur l’économie. Un travail de définition plus serré permet de l’élever au statut de notion scientifique : le capitalisme désigne un mode d’organisation dans lequel les activités de production et de distribution sont appuyées sur un régime de propriété privée, engagent des échanges monétaires et permettent une accumulation individuelle du capital. Dans les travaux canoniques, l’accumulation est expliquée par une extorsion de la plus-value et une reproduction élargie du capital (Marx) ou mise en rapport avec un règlement des conduites et une organisation méthodique du processus productif (Sombart ; Weber).

Depuis plusieurs décennies, ces lectures sont revisitées et la notion de capitalisme alimente d’intenses débats académiques dans la science politique anglophone.
De riches échanges sont tout d’abord engagés autour des propositions de Marx. Les schémas d’analyse qui mettent l’accent sur des logiques de dépendance internationale (Wallerstein) sont croisés avec les thèses de Karl Polanyi : l’accent est alors mis sur un « double mouvement » de « marchandisation » et de luttes pour un retour à des formes d’« encastrement » de l’économie dans des échanges sociaux plus larges  ; selon cette lecture, le « système capitaliste » développé à l’échelle mondiale se heurte inévitablement à des « forces contre-systémiques » (Arrighi, Hopkins, Wallerstein). Par delà leurs divergences, les promoteurs du « marxisme écologique » cherchent pour leur part à mettre au jour des articulations complexes et évolutives entre accumulation du capital et épuisement des ressources naturelles (O’Connor ; Benton ; Foster ; Moore). D’autres travaux visent à démontrer que l’épuisement de la « reproduction élargie » pousse à étendre l’exigence d’accumulation à de nouveaux secteurs (services publics, etc.) et à l’intensifier (Harvey). Dans une perspective différente, de nombreux chercheurs revisitent les thèses d’Antonio Gramsci et cherchent à démontrer l’existence d’une « classe capitaliste transnationale », capable d’exercer un pouvoir discours hégémonique (Robinson; Sklair) : les structurations pertinentes peuvent alors être envisagées à l’échelle de l’Etat (Jessop), mais aussi dans les institutions de l’Union européenne (Van Apeldoorn) et dans le développement des échanges transatlantiques (Van der Pijl).

Les développements du néo-institutionnalisme nord-américain ont parallèlement débouché sur de nouvelles lectures. Peter Hall et David Soskice ont notamment ouvert un débat sur les « variétés » nationales de capitalisme en combinant les clés de lecture de la nouvelle économie institutionnelle (stratégies et coordination des firmes) et du néo-institutionnalisme historique (complémentarités institutionnelles, phénomènes de verrouillage et dépendance au sentier). Ils ont marqué un contraste entre « économie de marché libérale » (Etats-Unis) et « économie de marché coordonnée » (Allemagne, Japon). De nombreux auteurs retiennent les prémices de ce modèle et cherchent simplement à l’enrichir et à le nuancer en introduisant de nouvelles variables ou en élargissant la typologie. Des discussions plus méthodologiques sont par ailleurs engagées sur les difficultés que pose l’identification de modèles nationaux d’organisation économique, conçus comme autant de formes cohérentes et définitives. La pertinence même d’une démarche qui vise à identifier des « variétés » de capitalisme est questionnée. Une lecture alternative met en évidence une convergence vers une forme unique de capitalisme et une tendance à soustraire les politiques économiques à tout contrôle démocratique (Crouch; Streeck).

Les schémas explicatifs disponibles forment une large palette. Ils prêtent à de nombreux échanges d’arguments et alimentent une littérature profuse. La science politique hexagonale les ignore très largement et ne contribue guère aux débats engagés à l’échelle internationale. Les concepts et les références qu’elle mobilise peuvent pourtant nourrir un questionnement original sur les structures politiques du capitalisme – autrement dit sur les rapports de force politiques qui conditionnent les processus d’accumulation.

Le groupe de projet vise à encourager le développement de nouveaux travaux sur cette base. L’objectif est de mutualiser les expériences de recherche, d’engager un échange sur les concepts et les schémas d’analyse et de préciser les enjeux méthodologiques qui en découlent. Dans le même temps une réflexion collective est engagée sur la mise en place d’enseignements de science politique consacrés au capitalisme.

 

 

Matthieu ANSALONI, Laboratoire des Sciences Sociales du Politique – Sciences Po Toulouse
matthieuansaloni@yahoo.fr

Antoine ROGER, Sciences Po Bordeaux, Centre Emile Durkheim
a.roger@sciencespobordeaux.fr

#JE Le groupe de projet SPoC organisera sa 1ère journée d’études le 9 février 2018 à Bordeaux sur le thème « Étudier les structures politiques de l’accumulation : approches et concepts ». Consultez ci-dessous l’agenda pour voir le programme détaillé et la présentation scientifique…

Informations bientôt disponibles.