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ST 06

Les fusions des organisations publiques. Une nouvelle forme du souci de soi de l’État ?

Public organization mergers. A new form of State self-concern?

 

Responsables scientifiques :

Clément Arambourou (Centre Émile Durkheim, IEP de Bordeaux) et au CRESPO, Université Saint-Louis de Bruxelles) arambourouclement@yahoo.fr
Emmanuel Négrier (CEPEL, Université de Montpellier) emmanuelnegrier@umontpellier.fr
Vincent Simoulin (Toulouse-Jean-Jaurès-CERTOP et Beijing Normal University School of Sociology) vincent.simoulin@univ-tlse2.fr

Pour Grant et Kay Harman : « A merger can be defined as the combination of two or more separate organisations, with overall management control coming under a single governing body and single chief executive » (2003, p. 30). Il s’agit-là de la définition d’une fusion organisationnelle au sens strict du terme, des processus de rapprochement moins intégrés existent également. G. et K. Harman s’intéressent précisément aux processus de fusions universitaires, type de réforme récemment observé en France (Musselin, 2017).

Ces fusions organisationnelles ont également lieu dans le cadre des réformes des collectivités territoriales au Canada et aux Etats-Unis (Sancton, 2000), dans celles de l’administration territoriale (Bezès et Le Lidec, 2016) des collectivités territoriales (Négrier et Simoulin, 2018) et du service public de l’emploi (Pillon et Vivés, 2016) en France, dans le cadre de la restructuration des systèmes de santé publique aux États-Unis et en Grande-Bretagne (Kitchener et Gask, 2003) ou dans celle du service public de la justice en Belgique et en France (Ficet, 2011). Du fait de ces nombreuses fusions, la littérature scientifique anglophone reprend une expression issue de l’analyse économique et financière et parle de merger mania.

Les travaux de recherche sur les fusions organisationnelles interrogent notamment le sens des transformations en cours. Pour certains, les fusions d’organisations publiques sont parties prenantes d’un mode de gouvernement inspiré de la gestion des organisations privées et donc typique du new public management. Pour d’autres, le recours aux fusions organisationnelles marque une rupture avec les politiques néo-managériales qui procéderaient plutôt par fragmentation organisationnelle et s’inscrit alors dans le cadre d’un post-new public management (Christensen, 2012). Il s’agit donc de savoir si ces fusions organisationnelles constituent oui ou non une nouvelle forme du « souci de soi de l’État » (Bezès, 2009), autrement dit, une nouvelle manière de gouverner l’administration.

Répondre à cette question nécessite de se pencher sur au moins quatre aspects des fusions des organisations publiques. Il s’agit tout d’abord de s’intéresser aux raisons des fusions, autrement dit aux idées, intérêts et stratégies des décideurs. Il s’agit ensuite de porter le regard sur la logique elle-même des fusions, à la fois comme réflexion sur le new public management ou le post-new public management et comme analyse de son insertion dans un ensemble d’alternatives ; la fusion ne s’impose pas toujours aux institutions et des logiques de layering ou de drift sont souvent adoptées (Streeck, Thelen, 2005). Il s’agit encore d’étudier les processus de fusion par les propriétés des acteurs impliqués. Il s’agit enfin de rendre compte des effets des fusions sur le fonctionnement des organisations et sur les évolutions des rapports de pouvoir entre acteurs (dimension matérielle) ainsi que sur les représentations des organisations et de l’action publiques (dimension cognitive).

Cette section thématique concerne un champ de recherche particulièrement développé à l’étranger (Tarba et alii, 2016) et concerne un phénomène présent dans un grand nombre de régions du monde : en Amérique du Nord, en Europe du Nord, dans les pays du Commonwealth et donc dans des pays du Sud, etc. Des communications issues de chercheurs de différentes nationalités et portant sur différents cas locaux, nationaux voire internationaux sont donc particulièrement attendues.

 

For Grant and Kay Harman : « A merger can be defined as the combination of two or more separate organisations, with overall management control coming under a single governing body and single chief executive » (2003, p. 30). This is the strict definition of a merger, but less integrated organization combination processes also exist. Like Christine Musselin in France (Musselin, 2017), G. and K. Harman focus specifically on university mergers.

Public organizations mergers also take place in north American local government reforms (Sancton, 2000), in territorial administration (Bezès and Le Lidec, 2016), regional government (Négrier and Simoulin, 2018) and Public Employment Service (Pillon and Vivés, 2016) in France or in the restructuring of health services in United States and United Kingdom (Kitchener and Gask, 2003) and Public Service of Justice in Belgium and France (Ficet, 2011). Due to the large amount of public organization mergers, scientific literature has commonly referred to a catch-all expression used in economic and financial analysis: merger mania.

Academic works have investigated the meaning of the organization mergers undertaken. For some scholars, public organization mergers are part of a form of government inspired by private sector governance, and as such, they are typical of New Public Management reforms. For other scholars, public organization mergers break with new public management policies based on organizational fragmentation, and represent a form of « post-NPM » (Christensen, 2012) reforms. Therefore, we aim at understanding whether public organizations mergers constitute a step toward a new form of « State self-concern » (Bezès, 2009), i.e. a new way to govern public organization.

To answer that question, we are looking at four aspects of public organization mergers. Firstly, the reasons behind ther mergers and the ideas, interests and strategies of decision makers. Secondly, the logic of mergers through reflections on NPM and post-NPM on one hand and trough an analysis of alternative to mergers ; complete mergers are not always observed because layering and drift strategies are often adopted (Streeck, Thelen, 2005). Thirdly, the social characteristics of actors involved in public organization mergers. Fourthly, the effects of mergers on organizations’ functioning or power relationships between actors (material dimension) and the effects of mergers on image and representation of public organizations and policies (cognitive dimension).

This thematic section discusses a research field widely developed abroad (Tarba et alii, 2016) and concerns a phenomenon present in many parts of the world: North America, northern Europe, Commonwealth and therefore country of the Global South, etc. We welcome proposals from scholars and researchers of different nationalities and dealing with various local, or even international cases.

 

REFERENCES

Philippe Bezes, 2009, Réinventer l’Etat, Paris, Presses de Sciences Po.

Philippe Bezes, Patrick Le Lidec, 2016 « Politiques de la fusion. Les nouvelles frontières de l’État territorial », Revue française de science politique, vol. 66, n°3, pp. 507-541.

Tom Christensen, 2012 « Post-NPM and Changing Public Governance », Meiji Journal of Political Science and Economics, vol. 1, n°1, pp. 1-11.

Joël Ficet, 2011, « Trajectoires de réforme de la carte judiciaire et managérialisation de l’Etat. Analyse comparée des politiques de territorialisation de la Justice en France et en Belgique », Revue internationale de politique comparée, vol. 18, n°4, pp. 91-118.

Grant Harman, Kay Harman, 2003, « Institutional Mergers in Higher Education: Lessons from International Experience », Tertiary Education and Management, vol. 9, n°1, pp. 29-44.

Martin Kitchener, Linda Gask, 2003, « NPM Merger Mania. Lessons from an Early Case », Public Management Review, vol. 5, n°1, pp. 19-44.

Christine Musselin, 2017, La Grande course des universités, Paris, Presses de Sciences Po.

Emmanuel Négrier, Vincent Simoulin, 2018, « Fusionner des politiques régionales. La recomposition des régions françaises au prisme de l’Occitanie », Droit et société, n° 98, pp. 91-110.

Jean-Marie Pillon, Claire Vivès, 2016, « La création de Pôle emploi : entre spécificités françaises et déclinaison de standards internationaux », Revue française des affaires sociales, vol. 49, n°2, pp. 405-424.

Andrew Sancton, 2000, Merger Mania. The Assault on Local Government, Montréal, McGill Queen’s University Press.

Shlomo Y. Tarba et alii, eds, 2016, Mergers and Acquisition in Practice, London, Routledge.

Wolfgang Streeck, Kathleen Thelen (ed.), 2005, Beyond Continuity: Institutional Change in Advanced Political Economies, Oxford, Oxford University Press.

Axe 1 / Les fusions administratives

Présidents : Emmanuel Négrier (Université de Montpellier, CEPEL) et Clément Arambourou (IEP de Bordeaux, CED)

Mehdi Arrignon (AgroParisTech et PACTE-Grenoble), Fusionner pour (ne rien) changer ? Souci de soi de l’Etat et performativité dans l’acte III de la décentralisation / Discutante : Marie-Virginie Léon

Marion Demonteil (Université Paris-Dauphine et IRISSO), Une administration culturelle sous contrôle ? Rapprochement et centralisation des inspections du ministère de la Culture (2000-2017) / Discutante : Mylène Belbezier

Anaïs Lafage-Coutens (Université de Toulouse et CERTOP), La fusion des régions : réorganisation interne des dossiers politiques, imposition, hybridation ou nouveau modèle ? Le cas de la nouvelle région Occitanie Pyrénées-Méditerranées / Discutante : Marion Paoletti

Jean-Marie Pillon (Université Paris-Dauphine et IRISS0) et Luc Sigalo-Santos (Université Aix-Marseille et LEST), Ethnographie d’une fusion administrative. Enquêtes sur la création de Pôle emploi / Discutante : Aliénor Balaudé

Léa Sénégas (Université de Rennes 1 et Arènes), Interroger la fusion des Régions à l’aune de la capacité politique régionale : le cas de l’Auvergne-Rhône-Alpes / Discutant : Mehdi Arrignon

Axe 2 / Les fusions universitaires

Présidents : Vincent Simoulin (Université de Toulouse, CERTOP) et Clément Arambourou (IEP de Bordeaux, CED)

Thomas Frinault (Université Rennes 2), « Big is beautiful ». Les fusions des organisations publiques décentralisées à l’épreuve de la réforme territoriale / Discutante : Marion Demonteil

Aliénor Balaudé (IEP de Paris et CSO), Fusionner pour mieux régner ou fusionner pour mieux gagner ? Le cas des universités grenobloises, 2000-2016 / Discutant : Jean-Marie Pillon

Mylène Belbezier (Université de Lorraine et 2L2S), Penser le  »souci de soi de l’État » avec la fusion des universités lorraines / Discutante : Léa Sénégas

Marie-Virginie Léon (Université de Strasbourg et DynamE), Le colleguim, nouveau dispositif managérial d’universités fusionnées ? / Discutant : Anaïs Lafage-Coutens

Marion Paoletti (Université de Bordeaux et CED), La mobilité des agents de l’université bordelaise au moment de la fusion de 2014 : Les logiques différenciées de l’adhésion au projet (et à ses opportunités professionnelles) et de la résignation / Discutant : Luc Sigalo-Santos

ARAMBOUROU Clément arambourouclement@yahoo.fr

ARRIGNON Mehdi mehdi_arrignon@yahoo.fr

BALAUDE Aliénor alienor.balaude@sciencespo.fr

BELBEZIER Mylène Belbezier mylene.belbezier@univ-lorraine.fr

DEMONTEIL Marion marion.demonteil@dauphine.psl.eu

FRINAULT Thomas thomas.frinault@univ-rennes2.fr

LAFAGE-COUTENS Anaïs anais.lafage-coutens@protonmail.com

LÉON Marie-Virginie leon@unistra.fr

NÉGRIER Emmanuel emmanuel.negrier@umontpellier.fr

PAOLETTI Marion marion.paoletti@u-bordeaux.fr

PILLON Jean-Marie jean-marie.pillon@dauphine.fr

SIGALO SANTOS Luc lucsigalosantos@gmail.com

SÉNÉGAS Léa lea2107@hotmail.com

SIMOULIN Vincent vincent.simoulin@univ-tlse2.fr