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ST 07

Le gouvernement des conduites en contexte numérique – approches comparées

Governing behaviors in the digital world – comparative approaches

 

Responsables scientifiques :

Séverine Arsène (Médialab, Sciences Po) sevarsene@yahoo.fr
Clément Mabi (Costech, Université Technologique de Compiègne) clement.mabi@utc.fr

La recherche en sciences humaines et sociales, dans le prolongement du célèbre « le code c’est la loi » de Lawrence Lessig (1999), à montré à quel point l’environnement numérique incorporait des relations de pouvoir. Certains acteurs sociaux peuvent influencer le cadre d’action d’autres acteurs, lesquels recourent à diverses tactiques pour élargir leurs capacités d’action.

L’environnement numérique impose aux utilisateurs différentes formes de contraintes, depuis la conception des systèmes informatiques, en passant par le design des boutons, et jusqu’aux recommandations élaborées par les concepteurs (Monnoyer-Smith, 2011 ; Mabi, 2016). Ces contraintes reflètent l’imaginaire des concepteurs des dispositifs numériques; elles sont tributaires des impératifs techniques, des modèles d’affaires et des normes juridiques ; elles dépendent aussi des modes d’appropriation par les utilisateurs.

Aujourd’hui, la sophistication et l’omniprésence croissantes des dispositifs numériques appellent à une analyse critique plus détaillée des enjeux de pouvoir et des implications démocratiques qui les accompagnent.

Cette ST entend embrayer le pas des recherches déjà ouvertes pour penser les nouvelles formes de gouvernementalité induites par ces transformations technologiques. Il s’agit de mettre l’accent sur la capacité des technologies numériques –notamment via les algorithmes- à transformer notre capacité à faire sujet et à prendre conscience des contraintes qui nous sont imposées (Rouvroy et Berns, 2013).

Cette gouvernementalité numérique voit la « conduite des conduites » s’organiser autour de principes comme l’incitation, la contrainte et l’encadrement (Badouard, Mabi, Sire, 2016). On observe aussi un recours croissant à la réputation comme levier d’exercice du pouvoir, en exposant les bonnes et les mauvaises pratiques. Ces dispositifs s’appuient sur des caractéristiques anthropologiques profondes, telles que le besoin de reconnaissance, les logiques de confiance et de sociabilité. Le concept de « nudge » a aussi émergé comme une manière de manipuler le contexte dans lequel les individus prennent leurs décisions. Les possibilités analytiques et prédictives permises par le traitement massif de données (big data, intelligence artificielle), ainsi que la géolocalisation, promettent un changement d’échelle dans la portée et la nature du pouvoir.

Évidemment, l’analyse des liens entre action publique et gouvernementalité s’inscrit dans une longue tradition de recherche sur l’instrumentation de l’action publique (Lascoumes, 2007), mais nous faisons l’hypothèse que le numérique renouvelle sans cesse ces questions de gouvernement. Plusieurs axes d’analyses seront privilégiés :

1- La diversité des manifestations de la gouvernementalité numérique. A travers différents contextes culturels, la ST insistera, sur les effets potentiels en termes de pouvoir et de contrôle des populations. On observe une étonnante convergence entre Etats démocratiques et Etats autoritaires, dans les modalités pratiques de la gouvernance au quotidien. La mise en place de plateformes participatives ou le recours au big data, la « smart city », la reconnaissance faciale à des fins de protection contre le terrorisme sont quelques exemples.

2- Interrogation sur les rôles respectifs de l’Etat, de l’acteur public et des acteurs privés dans ce contexte. Les entreprises du numérique exercent un contrôle effectif très fort sur les activités les plus essentielles des citoyens. Certaines de ces activités empiètent sur les activités régaliennes des Etats (vérification de l’identité par exemple) et invitent l’acteur public à développer de nouvelles formes de collaboration en mobilisant ces technologies dans le cadre de ses politiques publiques. Quels modèles de gouvernance émergent de ces situations ? L’Etat est-il toujours en capacité de s’imposer comme régulateur ou doit-il composer avec d’autres rationalités ?

 

Social science research, following Lawrence Lessig’s famous « Code is law » (1999), has shown that the digital environment incorporates power relationships. Social actors can influence the frames of action for others, who in turn can use various tactics to enhance their agency.

The digital imposes various types of constraints to users, from computer systems to button design and to users’ manuals (Monnoyer-Smith, 2011 ; Mabi, 2016). Those constraints reflect developers’ imaginaries; they depend on technical constraints, business models and judicial norms. They also depend on users’ modes of appropriation.

Today, the sophistication and ubiquity of digital devices call for a more detailed, critical analysis of the power relationships and democratic implications that they entail.

This thematic section intends to expand on existing research and look at how technological transformations generate new forms of governmentality. It will highlight digital technologies’ ability – notably via algorithms – to transform our capacity to be active subjects and to be conscious of the constraints that are imposed upon us (Rouvroy et Berns, 2013).

This digital governmentality entails principles like incitation, constraint or framing (Badouard, Mabi, Sire, 2016). Reputation is also increasingly used as a way to exercise power, by exposing good or bad practices. These devices rely on deep anthropological characteristics, such as the need for recognition, trust and sociability. « Nudges » have also emerged as a way to manipulate the context in which people make decisions. Big data and AI’s analytical and predictive possibilities promise a change in scale and nature of power, and so does geolocation.

Of course, there is already a long tradition of analysis of the link between public action and governmentality, through the study of public policy instruments (Lascoumes, 2007), but we posit that the digital constantly renews these questions. Several directions will be encouraged:

1) The diverse manifestations of digital governmentality. Through various cultural contexts, the thematic section will insist on potential effects in terms of power and population control. We observe a striking convergence between democratic and authoritarian regimes, in the daily, practical governance techniques. For example, participation platforms, big data, smart city or facial recognition against terrorism are seen around the world.

2) How the roles of the state, public actors, and private actors are changing in this context. Digital companies are de facto exercising strong control over essential activities of the citizens. Some of these activities encroach on states’ regalian roles (such as identity verification), and they invite public actors to develop new forms of collaboration by mobilizing these technologies in public policies. What governance models are emerging in these situations? Is the state able to maintain its role as the regulator or does it need to compromise with other forms of rationality?

Axe 1/ Les effets de la gouvernementalité numérique

Séverine Arsène (Sciences Po, Médialab), Le système de crédit social en Chine: le numérique pour rétablir la confiance?

Valérie Peugeot, Jean-Samuel Beuscart , Anne-Sylvie Pharabod, Jean-Marc Josset (Orange Labs), Des collectifs numériques pour accompagner les individus en transition

Antoine Courmont (Sciences Po, CEE), Le gouvernement différentiel de la mobilité métropolitaine à l’ère numérique

Fiorella Bourgeois (EHESS, CECMC), Co-élaborer la loi. Le cas du processus de consultation vTaiwan

Axe 2 / La fabrique de la gouvernementalité numérique

Thoma Lamb (Université Paris 2, CERSA), Entre transition énergétique et transition numérique, le compteur communicant

Ouassim Hamaoui et Guillaume Marrel (Avignon Université – LBNC), Données du web, plateformes privées et recherche publique: Gouverner la connaissance numérique des publics

Sébastien Shultz (Université Paris Est, LISIS), La maîtrise numérique du territoire au prisme de l’adresse. Le cas d’étude de la Base Adresse Nationale

Baptiste Kotras (Université Paris Est, LISIS), Savoirs locaux, savoirs algorithmiques. Le marketing saisi par la science des données

ARSENE Séverine sevarsene@yahoo.fr

BEUSCART Jean-Samuel jeansamuel.beuscart@orange.com

BOURGEOIS Fiorella fiorella.bourgeois@orange.fr

COURMONT Antoine antoine.courmont@sciencespo.fr

HAMZAOUI Ouassim ouassim.hamzaoui@univ-avignon.fr

JOSSET Jean-Marc jeanmarc.josset@orange.com

KOTRAS Baptiste bkotras@gmail.com

LAMB Thoma thoma.lamb@gmail.com

MABI Clément clement.mabi@utc.fr

MARREL Guillaume guillaume.marrel@univ-avignon.fr,

PEUGEOT Valérie valerie.peugeot@orange.com

PHARABOD Anne-Sylvie annesylvie.pharabod@orange.com

SHULZ Sébastien sebastien.shulz@gmail.com