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ST 09

Mythes, croyances et politique(s)

Myths and beliefs in politics and policies

 

Responsables scientifiques :

Clément Barbier (ANR WORKLOG Lab’Urba, Ceraps) clement.barbier02@gmail.com
Antoine Mazot-Oudin (Université de Montréal, CPDS ; Université de Lille, CERAPS) antoine.mazot@gmail.com

La diffusion des thèses complotistes, les succès de formations électorales cataloguées comme « populistes », l’essor des « fake news » suscitent un regain d’intérêt pour la question de la place qu’occupent les croyances, le charisme et l’irrationnel dans les jeux de pouvoir et les luttes politiques (Chueca et al, 2012 ; Nicolas, 2016). Pourtant, si l’analyse des représentations structurant les rapports sociaux est centrale dès les travaux fondateurs en sciences sociales (Durkheim, 1912 ; Weber, 1905), les recherches contemporaines sur la croyance en politique, questionnant la tentation d’un extrémisme religieux (Galland et Muxel, 2018), la séduction de leaders populistes charismatiques (Taguieff, 2007 ; Perrineau, 2017) ou encore l’adhésion à des théories du complot (Taguieff, 2010 ; Renard, 2015), ne confrontent pas toujours leurs approches aux classiques de la sociologie, de l’anthropologie et de la science politique.

De fait, les recherches critiques et réflexives sur la « croyance » soulignent, à propos d’objets aussi divers que la rumeur (Aldrin, 2005) ou l’analyse des politiques publiques locales (Desage, Godard, 2005), la complexité des régimes de croyance. Celle-ci n’y est pas appréhendée comme un stock réifié de schèmes de compréhension du monde plus ou moins rationnels auquel on croit mais plutôt comme un ensemble d’activités et de pratiques sociales (Polletta, Callahan, 2017), de ressources discursives, de possibilités de « mise en récit » de soi et de ce que l’on fait qu’il n’est possible de comprendre qu’en contextualisant ses usages et en interrogeant ses formes d’adhésion.

Cette section thématique vise à mettre en discussion les recherches contribuant à une sociologie politique des croyances pensées comme des rapports sociaux, des modes d’appréhension du monde – au même titre que d’autres régimes de vérité (idéologiques, scientifiques) – à comprendre selon les rapports de pouvoir dans lesquels elles s’inscrivent et à l’aune des trajectoires sociales des individus qui les mobilisent. Le panel s’adresse en particulier aux approches du rapport à la croyance en politique des classes populaires (Goulet, 2010) comme des classes supérieures (Agrikoliansky et Collovald, 2014), de certains groupes d’acteurs publics spécifiques, hauts fonctionnaires (Bezès, 2000), agents des guichets administratifs. Par la multiplication des points d’observation, cette section thématique ambitionne de rompre avec une lecture surplombante en cherchant à souligner les convergences comme les déclinaisons spécifiques du rapport à la croyance selon les milieux sociaux, les configurations d’acteurs et les situations d’interaction.

Penser le cadre social, politique et institutionnel dans lequel s’inscrivent ces croyances et la manière dont elles contribuent à lui donner corps et sens nécessite dès lors d’interroger la place des mythes (Veyne, 1983) contemporains, qu’ils soient religieux ou profanes, explicitement mystique (Festinger, 1993) ou légitimés comme mot d’ordre de l’action publique (Desage, Godard, 2005), tout en pensant leurs liens aux structures sociales (Godelier, 2010) et aux rapports de domination classistes, racistes et sexistes.

Les contributions à la section thématique 9 se déclinent selon deux axes :

  1. La première session traite des croyances comme mode de mise en sens (a)critique de la domination, qu’il soit question des formes de résistances ou d’acceptation de la domination par les dominés ou du rôle de la croyance comme sociodicée au sein des groupes dominants. Le panel sera l’occasion de discuter de la place des idéologies comme des croyances mythiques, mystiques et/ou complotistes dans la lecture que font les acteurs de l’ordre social.
  2. Le second panel rassemble des contributions traitant de la place des croyances dans le fonctionnement des institutions étatiques et notamment dans le rapport au politique des agent-e-s de l’État qui les incarnent et des administré-e-s, (assisté-e-s sociaux, d’incarcéré-e-s entre autres) qui s’y confrontent.

 

The recent surge of conspiracy theories, the electoral successes of a number of so-called “populist” political groups, and the spread of “fake news” have triggered a keen interest in questioning the role of beliefs, charisma, and irrationality in power relationships and political struggles (Chueca et al, 2012; Nicolas, 2016) Analyzing the representations that structure social relationships has long been a central element in the social sciences canon (Durkheim, 1912; Weber, 1905). However, recent scholarship on beliefs and politics that tackle religious extremism (Galland and Muxel, 2018), on the attractiveness of charismatic populist leaders (Taguieff, 2007; Perrineau, 2017) and on adherence to conspiracy theories (Taguieff, 2010; Renard, 2015) has not systematically confronted the founding works of sociology, anthropology, and political science in their approach.

The critical and reflexive analyses of beliefs dealing with such diverse topics as rumours (Aldrin, 2005) or local public policies (Desage, Godard, 2005) have underlined the complexity of belief regimes. In this body of scholarship, belief is not codified as a reified cognitive framework that would be more or less rational and in which one believes. Rather, belief is understood as a set of social activities (Polletta, Callahan, 2017), and of discursive and self-narrativistic strategies that can only be understood through a contextualized analysis of the uses of beliefs and the different ways in which social actors adhere to them.

This thematic section will discuss scholarship that contributes to a political sociology of beliefs understood as social relationships and as ways of apprehending social reality, just like other regimes of truth (like ideologies or religions). One of the goals of the section is to analyse the ways in which these beliefs are embedded in power relationships, and the social trajectories of the individuals that draw upon them. This panel especially invites paper proposals about the relationships to beliefs in members of the working class (Goulet, 2010), upper classes (Agrikoliansky et Collovald, 2014), as well as specific groups of public actors including senior civil servants (Bezès, 2000), or street-level bureaucrats. By confronting diverse perspectives, we wish to underline the convergences and specificities of diverse relationships to beliefs as they relate to parameters of class, or in a wide set of actors and situations of interaction amongst “believers.”

Analysing the social, political, and institutional framework and the articulation of these beliefs will imply questioning the role of contemporary myths (Veyne, 1983)—whether religious or secular, explicitly mystical (Festinger, 1993), or legitimated through policy work (Desage, Godard, 2005). It will also provide new tools to discuss the relationship between beliefs and social structures (Godelier, 2010), as well as parameters of class, race, and gender.

The papers of the ST 9 address the two following topics :

  1. The first panel deals with beliefs as (a/)critical narratives that provide meaning to domination, whether as forms of resistance or acceptance of domination amongst dominated groups, or as forms of story-telling that work to legitimize actions of the dominant groups. This will be the occasion to discuss how ideologies, mythical and mystical beliefs as well as “conspiracy theories” can be a way of interpreting and giving sense to social orders and trajectories.
  2. The second group of panellists tackle that the role of believes in institutional mechanisms whether it be concerning the daily work of (street-level) bureaucrats or the relationship of the citizens (i.e. the target publics) with social or penal institutions.

 

REFERENCES

Aldrin, Philippe, Sociologie politique des rumeurs. Presses Universitaires de France, 2005.

Aldrin, Philippe, « L’impensé social des rumeurs politiques. Sur l’approche dominocentrique du phénomène et son dépassement », Mots, Les langages du politique, 92, 2010.

Agrikoliansky, Éric, et Collovald, Annie, « Mobilisations conservatrices : comment les dominants contestent ? », Politix, vol. 106, no. 2, 2014, pp. 7-29.

Bezès, Philippe, « Les hauts fonctionnaires croient-ils à leurs mythes ? L’apport des approches cognitives à l’analyse des engagements dans les politiques de réforme de l’État. Quelques exemples français (1988-1997) », Revue française de science politique, vol. 50, no. 2, 2000, pp. 307-332.

Boltanski, Luc, Enigmes et complots. Une enquête à propos d’enquêtes, Gallimard, 2012.

Desage, Fabien et Godard, Jérôme, « Désenchantement idéologique et réenchantement mythique des politiques locales », Revue française de science politique, vol. 55, no. 4, 2005, pp. 633-661.

Durkheim, Emile, Les formes élémentaires de la vie religieuse. Le système totémique en Australie, Presses universitaires de France, coll. « Quadrige Grands textes », 2008, [1912]

Favret-Saada, Jeanne, Les mots, la mort, les sorts, Gallimard, 1977.

Festinger, Léon, L’échec d’une prophétie, Presses universitaires de France, coll. « Psychologie sociale », 1993, [1956].

Galland, Olivier et Muxel, Anne. La tentation radicale. Enquête auprès des lycéens, Presses universitaires de France, 2018.

Godelier, Maurice, L’idéel et le matériel. Pensée, économies, sociétés, Paris, Flammarion, 2010 [1984].

Goertzel, Ted, “Belief in Conspiracy Theories”, Political Psychology, vol. 15, no. 4, 1994, pp. 731-742.

Goulet, Vincent, Médias et classes populaires. Les usages ordinaires de l’information, INA Ed., 2010.

Hofstadter, Richard, Le style paranoïaque, théories du complot et droite radicale en Amérique, François Bourin Editeur, 2012, [1971].

Muxel, Anne (dir.), Croire et faire croire, usages politiques de la croyance. Presses de Sciences Po, 2017.

Nicolas, Loïc, « Les théories du complot comme miroir du siècle. Entre rhétorique, sociologie et histoire des idées », Questions de communication, 2016.

Polletta, Francesca et Callahan, Jessica, « Deep stories, nostalgia narratives, and fake news: Storytelling in the Trump era », American Journal of Cultural Sociology, 2017.

Renard, Jean-Bruno, « Les causes de l’adhésion aux théories du complot », Diogène, vol. 249-250, no. 1, 2015, pp. 107-119.

Chueca, Michel et al., Revue Agone, « Les théories du complot », Vol. 47, 2012.

Taguieff, Pierre-André, « La pensée conspirationniste : origines et nouveaux champs », dans Danblon Emmanuelle et Nicolas Loïc (dir.), Les Rhétoriques de la conspiration, CNRS Éditions, 2010, pp. 279-321.

Taguieff, Pierre-André, L’illusion populiste, Flammarion, 2007.

Taïeb Emmanuel, « Logiques politiques du conspirationnisme », Sociologie et sociétés, Vol. 2, 2010, pp. 265-289.

Veyne, Paul, Les grecs ont-ils cru à leurs mythes ? Essai sur l’imagination constituante, Seuil. 1983.

Weber, Max, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Poche, 1991 [1905]

Axe 1 / Mettre en ordre le social et sa propre destinée, rapports aux croyances et aux sociodicées

Président de Séance : Clément Barbier
Discutante : Anne-Laure Mahé (IRSEM)

Maxime Béhar (Université de Strasbourg / SAGE), Dire et incarner la croyance en politique au-delà du national : des usages des mythes européens dans la formation élitiste à l’Europe

David Gaborieau (Université Paris-Est / Lab’Urba), Dieu, le Diable et le fardeau de l’entrepôt. Croyances ouvrières et mises en sens de trajectoires sociales et des rapports de domination

Antoine Mazot-Oudin (UdeM / CPDS – Université de Lille / CERAPS), Politique(s) des rumeurs, l’évocation du complot comme pratique sociale en milieu populaire.

Megane Erbani (Université Paris-Nanterre / ISP), L’adhésion aux explications par le « complot » ou la « mise en sens » de trajectoires d’internautes « anti-gender », fondement pour une politique économique incertaine

Axe 2 / Les croyances et leurs institutions : adhésion, négociation et contestation du gouvernement des conduites

Président de Séance : Antoine Mazot-Oudin
Discutant : Fabien Desage (Université de Lille / Ceraps)

Guillaume Roux (Sciences Po Grenoble / Pacte – FNSP), La « foi dans la police » comme croyance politique. Légitimations discursives d’un ordre policier et formes de consentement à la domination

Adèle Momméja (CNRS / CESSP), Peut-on et doit-on comprendre les terroristes de l’Algérie française ? Réflexions à partir des archives des condamnés de l’Organisation Armée Secrète

Thibault Ducloux (EHESS / Centre Maurice Halbwachs), Crise des synthèses, synthèses de la crise : La tentation religieuse en Maison d’arrêt

Lili Soussoko (Université de Strasbourg / SAGE), Interroger le « mythe de la radicalisation » par le bas : usages et appropriations des professionnels impliqués dans la prévention des radicalités violentes

BARBIER Clément clement.barbier@cnrs.fr

BÉHAR, Maxime behar.maxime@gmail.com

DESAGE Fabien fabien.desage@univ-lille.fr

DUCLOUX Thibault thibault.ducloux@ehess.fr

ERBANI Megane erbani.megane@hotmail.fr

GABORIEAU David david.gab@wanadoo.fr

GUATIERI Quentin quentin.guatieri@umontreal.ca

MAHE Anne-Laure anne-laure.mahe@irsem.fr

MAZOT-OUDIN Antoine antoine.mazot@gmail.com

MOMMÉJA Adèle adele.mommeja@gmail.com

ROUX Guillaume guillaume.roux@umrpacte.fr

SOUSSOKO Lili lili.soussoko@hotmail.fr