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Penser la transformation des usages du passé dans les conflits et les politiques de sortie de conflit : un agenda de recherche revisité

Grasping the changing presence of the past in conflict and post-conflict: An updated research agenda

 

Responsables scientifiques :

Anne Bazin (Sciences Po Lille / CERAPS) anne.bazin@sciencespo-lille.eu  
Eric Sangar (Sciences Po Lille / CERAPS) eric.sangar@sciencespo-lille.eu

Cette section thématique s’adresse aux chercheurs travaillant sur les discours et la prise de décision en situation de conflit armé, sur les processus de sortie de conflit et de réconciliation, sur les politiques de mémoire, ainsi que les études militaires critiques.

Depuis les années 1990, le « boom » des travaux sur les questions mémorielles a produit un corpus considérable de connaissances théoriques et empiriques concernant la dynamique toujours politique et souvent conflictuelle des représentations intersubjectives du passé. Les acteurs politiques peuvent « utiliser » le passé afin de construire des mythes et légitimer l’action politique présente, y compris la décision d’aller en guerre, mais aussi d’entamer un processus de réconciliation. Pourtant, les représentations sociales du passé sont également transmises au sein des groupes sociaux et des institutions, et les effets de la mobilisation politique du passé peuvent être limités ou même se retourner contre ses motivations initiales.

Alors que les liens entre mémoire et conflit ont été étudiés par nombre de chercheurs français et internationaux, y compris les organisateurs de la section eux-mêmes, il y a eu jusqu’à présent peu de travaux qui abordent les effets des transformations les plus récentes observées par les sociologues de la mémoire. Par exemple, de nombreuses sociétés contemporaines sont confrontées à des conflits intérieurs croissants sur l’interprétation du « roman national ». Cela entraîne parfois une « fragmentation » de la mémoire collective, impliquant la diminution de références historiques communes qui peuvent être mobilisées pour interpréter et réagir aux défis actuels. On observe aussi des tentatives, en particulier émanant des gouvernements d’extrême-droite, d’imposer par le haut des interprétations nationalistes et parfois racistes des histoires nationales, comme cela est le cas en Pologne, en Hongrie, ou potentiellement même aux États-Unis aujourd’hui.

Une autre évolution récente concerne la transformation des usages du passé et de la dynamique de la mémoire dans les conflits armés contemporains et les processus de réconciliation. Comme la guerre devient de plus en plus « lointaine » pour les sociétés occidentales – en termes de conduite militaire mais aussi en termes de mobilisation politique et de représentation visuelle – on peut se demander si et comment la mobilisation du passé et de l’histoire a changé d’importance pour les acteurs des conflits. Les organisations militaires, les groupes armés, les diplomates ou les acteurs humanitaires continuent-ils de mobiliser le passé, soit pour justifier le recours à la violence, soit pour établir un dialogue pacifique ? Le « travail sur l’histoire » est-il encore un chemin prometteur vers la paix – à une époque où les médias sociaux peuvent être facilement utilisés pour nourrir les stéréotypes historiques sur « l’autre », ainsi que des sentiments de nostalgie impériale ou de victimisation historique ?

Enfin, nous sommes intéressés aussi à la question de savoir si la mémoire de l’Holocauste représente encore une « mémoire transnationale » aujourd’hui, pour identifier et prévenir les génocides contemporains. Au cours des dernières décennies, la mémoire de l’Holocauste est devenue une clé de voûte des politiques de mémoire nationales, européennes ou transatlantiques. Cette mémoire a été mobilisée pour justifier les interventions humanitaires des années 1990. Aujourd’hui, on observe une certaine « fatigue » dans le recours à l’Holocauste pour prévenir les risques de futures violences de masse. La mémoire de la Shoah a-t-elle perdu son statut de référence mémorielle transnationale dans les politiques de sécurité et de conflit européennes et internationales ?

Les contributions pourront aborder d’autres questions au-delà de ces thématiques. L’ambition première de cette section est de discuter de la présence changeante du passé dans les conflits et les politiques de sortie de conflit et de suggérer un programme de recherche actualisé.

 

This section proposal is addressed to scholars of conflict discourse and decision-making, scholars of reconciliation, post-conflict and politics of memory, as well as critical military scholars.

Since the 1990s, the ‘boom’ in memory studies produced a considerable body of theoretical and empirical insights regarding the always political and often conflictual dynamics of intersubjective representations of the past. Powerful political actors can ‘use’ the past in order to construct myths and legitimize contemporary action, including the decision to go to war but also to foster reconciliation. Yet, social representations of the past are also transmitted in social groups and institutions, and the effects of the political mobilization of the past may be limited or even backfire.

While the links of memory and conflict have been studied by a number of French and international scholars, including the section conveners themselves, so far there have been little efforts to study the effects of the most recent transformations observed by memory scholars. Many contemporary societies are facing increasing domestic conflicts over the interpretation of ‘the’ national past. This can result in a ‘fragmentation’ of collective memory, implying a lack of a shared historical references that can be mobilized to interpret and react to present challenges. But there are also attempts especially by right-wing governments to hierarchically impose nationalist and sometimes racist national histories, as in Poland, Hungary, or potentially even the US.

Another recent evolution concerns to the transformation of the use of the past and of memory dynamics in contemporary conflict and conflict resolution. As warfare becomes more and more ‘remote’ in terms of actual conduct but also in terms of visual representation, do military organizations, armed groups, diplomats, or humanitarian actors still mobilize the past either to justify the use of violence or to establish peaceful dialogue? Is the “reworking of history” still a viable path to peace in an age when social media can be easily used to nourish historical stereotypes about ‘the other’ and a sense of imperial nostalgia or historical victimhood?

Finally, does the memory of the Holocaust still represent a ‘transnational memory’ to be mobilized as an analogy to prevent contemporary genocide? During the last decades, the memory of the Holocaust has become a transnational reference for politics of memory as well as for European and international security discourses. However, we can observe a certain ‘fatigue’ with regards to attempts to invoke the Holocaust to alert and prevent future mass violence. Has the Holocaust lost its status as a transnational memory reference?

The contributions can discuss other questions that exceed the presented issues. Basically, the ambition of the section is to discuss the changing presence of the past in conflict and reconciliation and to suggest an updated research agenda.

Axe 1 / La (re)construction des récits institutionnels pendant et après les conflits

Alexandra Goujon (Université de Bourgogne), La Seconde guerre mondiale et le conflit dans le Donbass : analogies et politiques mémorielles en Ukraine

Emmanuelle Hébert (Université de Namur), Transformation des usages du passé polono-allemand : vers un récit commun ?

Julie Lavielle (Université Paris Nanterre / ISP), Mettre en récit la violence actuelle en Colombie. La Maison de la mémoire de Tumaco, entre politisation et évitement du politique

David Garibay (Université Lumière Lyon 2 / Triangle), Construire les récits de la violence avant la fin de la guerre : le rôle des rapports sur la mémoire du conflit en Colombie

Thomas Richard (Université de Clermont-Auvergne), Faire nouveau sens d’une mémoire visuelle : la Russie en Syrie

Axe 2/ La fragmentation des récits mémoriels pendant et après les conflits

Solveig Hennebert (Université Lumière Lyon 2) et Delphine Griveaud (Université Catholique de Louvain & Université Paris Nanterre), Les commémorations des attentats de 2015 : une ethnographie du « nouveau roman national »

Johanna Masse (Université Laval, Québec, Canada), Trouble de la mémoire et (dés)ordre de genre : les temps de la politisation des femmes républicaines lors des Troubles (1968-1998)

Cosmas Gabin MBARGA ASSENG (Université de Douala, Cameroun) , Collision des imaginaires étatiques, mémoire historique et Guerre civile dans les régions camerounaises du Nord-Ouest et du Sud-Ouest anglophone

Antoine Younsi (Université libre de Bruxelles / REPI), « L’histoire militaire au service des opérations ! » : analyse des cadrages postcoloniaux dans les mémoires des soldats français engagés durant la guerre au Mali

Nathalie Duclos (ISP, Université de Nanterre), Usages de la lutte armée dans l’écriture d’un nouveau récit national au Kosovo, dans le contexte post-conflit de présence internationale

BAZIN Anne anne.bazin@sciencespo-lille.eu

DUCLOS Nathalie nduclos@club-internet.fr

GARIBAY David David.garibay@univ-lyon2.fr

GOUJON Alexandra goujona@club-internet.fr

GRIVEAUD Delphine delphinegriveaud@gmail.com

HÉBERT Emmanuelle emmanuelle.hebert@coleurope.eu

HENNEBERT Solveig solveig.hennebert@univ-lyon2.fr

LAVIELLE Julie julie.lavielle@gmail.com

MASSE Johanna Johanna.masse.1@ulaval.ca

MBARGA ASSENG Cosmas Gabincosmasgab@gmail.com

RICHARD Thomas thomthou@aol.com

SANGAR Eric  eric.sangar@sciencespo-lille.eu

YOUNSI Antoine younsi.antoine@gmail.com