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ST 15

Faire la paix : succès et échecs des processus de médiation internationale

How to make Peace: Mediations Successes & Failures

 

Responsables scientifiques :

Gilles Bertrand (Sciences Po Bordeaux, Centre Émile-Durkheim) g.bertrand@sciencespobordeaux.fr
Charles Tenenbaum (Sciences Po Lille, CERAPS) charlestenenbaum@sciencespo-lille.eu

Affaire de puissance, la médiation des conflits politiques violents de la scène internationale a suscité, depuis 1989, un regain d’intérêt des acteurs de la politique mondiale (États, organisations internationales, Églises, ONG). Une prolifération des acteurs et des initiatives de médiation accompagnées par une recrudescence des programmes de recherches et des publications sur les médiations, les négociations et les processus de paix, produisant un savoir nouveau consacré aux stratégies négociées de sorties de conflit. Certaines figures emblématiques du champ des études sur la paix et le « management » des conflits, telles que I. William Zartman ou encore multiples publications éditées par le US Institute of Peace sous la direction de Pamela Aall, Chester Crocker et Fen Osler Hampson ont largement contribué à développer l’analyse systématique des succès et des échecs des processus de médiation post-1989. Ainsi des médiations de l’ONU au Cambodge, au Salvador ou au Guatemala, sans oublier la médiation-facilitation norvégienne qui aboutit aux accords d’Oslo (1993) ou celle de l’accord du Vendredi Saint mettant fin du conflit nord-irlandais (1998).

Les appareils des États intervenants, les OIG et ONG ainsi que des personnalités dites « de haut niveau », envoyés et représentants spéciaux, ont, semble-t-il, acquis l’expérience et le savoir-faire nécessaires en matière de médiation, facilitation et accompagnement des processus de paix (Faget, 2008). Les échecs répétés de résolution des conflits israélo-palestinien, afghan, syrien, malien et autres semblent cependant avoir donné un coup d’arrêt à cette dynamique : à l’exception des spectaculaires et soudains rapprochements entre dirigeants éthiopien et érythréen ou nord et sud-coréens, il n’est plus question, depuis une décennie, que de processus enlisés et de médiateurs qui abandonnent. Même la période post-conflit donne au succès colombien un goût amer de médiation inachevée.

Comment expliquer cette crise apparente de la médiation et des processus de paix ? Comment expliquer la répétition d’erreurs manifestes, notamment celles qui ne mènent qu’à l’instabilité chronique à l’instar des négociations de partage du pouvoir avec des peace spoilers comme en RD Congo ? Quelles sont les leçons que les principaux acteurs de la médiation internationale tirent des expériences réussies mais aussi de leurs échecs ? Quelles sont les innovations théoriques et pratiques qui traversent le secteur des acteurs de la pacification internationale. Comment interagissent des intervenants, publics, privés, religieux qui partagent souvent les mêmes terrains d’interventions et dépendent des mêmes sources de financement ?

L’ère de la médiation aurait-il pris fin avec la remontée de la conflictualité globale et les crises des organisations de la coopération internationale ? Pour reprendre le titre d’un article publié en 1999 par Edward Luttwak dans Foreign Affairs : retour à « Give War a Chance » ou adaptation et complexification des stratégies et des mécanismes dédiés à garantir une paix stable par le recours à des nouvelles formes de gestion et de résolution des conflits ?

Afin de nourrir les débats sur l’évaluation des stratégies de paix négociées – à partir de l’étude des réussites mais aussi des échecs de la médiation – la ST accueillera favorablement des approches centrées sur différentes zones régionales (Afrique, Moyen-Orient, Caucase, etc.), dans une perspective comparatiste. Les communications pourront se consacrer à l’étude des acteurs (les médiateurs) mais aussi à l’étude de leurs pratiques, par exemple dans une perspective évolutionniste. Nous visons trois à six communications extérieures à l’AFSP, notamment en provenance d’Afrique, en tenant notamment compte du fait que des congrès internationaux comme ceux de l’ISA ne sont pas accessibles à nos collègues africains pour des raisons financières, linguistiques et souvent de visa. Nous nous appuierons par exemple sur la coopération entre Sciences Po Bordeaux et la toute nouvelle Faculté des Sciences Administratives et Politiques de Bamako, mais aussi sur celle avec les HEI de l’Université Laval. Nous solliciterons, enfin, l’apport des programmes de recherches des principales institutions d’expertises sur les stratégies de sorties de conflits (HD Center, Swiss Peace, Berghof Foundation, PRIO, Hiik, ACCORD) afin de nourrir la démarche scientifique des interactions utiles entre chercheurs et praticiens.

 

Since 1989, the mediation of violent political conflicts on the international scene has generated renewed interest among world political actors (States, international organizations, churches, NGOs). A proliferation of actors and mediation initiatives accompanied by an increase in research programmes and publications on mediation, negotiations and peace processes, producing new knowledge on negotiated post-conflict strategies. Some emblematic figures in the field of peace and conflict « management » studies, such as I. William Zartman or many publications published by the US Institute of Peace under the direction of Pamela Aall, Chester Crocker and Fen Osler Hampson, have greatly contributed to the systematic analysis of the successes and failures of post-1989 mediation processes. For example, UN mediation in Cambodia, El Salvador or Guatemala, not to mention the Norwegian mediation-facilitation that led to the Oslo Agreements (1993) or the Good Friday Agreement ending the Northern Irish conflict (1998).

Intervening States, IGOs and NGOs, as well as so-called « high-level » personalities, envoys and special representatives, have, it seems, acquired the necessary experience and know-how in mediation, facilitation and support of peace processes (Faget, 2008). However, the repeated failures to resolve Israeli-Palestinian, Afghan, Syrian, Malian and other conflicts seem to have put a stop to this dynamic: With the exception of the spectacular and sudden rapprochement between Ethiopian and Eritrean or North and South Korean leaders, for the past decade there has been no question of stalled processes and mediators giving up. Even the post-conflict period gives Colombian success a bitter taste of unfinished mediation.

How can this apparent crisis of mediation and peace processes be explained? How can we explain the repetition of obvious mistakes, especially those that only lead to chronic instability, such as power-sharing negotiations with peace spoilers like in the DRC? What are the lessons that the main actors in international mediation learn from successful experiences but also from their failures? What theoretical and practical innovations are taking place in the field of international peace actors? How do stakeholders, public, private, religious, who often share the same fields of intervention and depend on the same sources of funding, interact?

Would the era of mediation have ended with the rise of global conflict and the crises of international cooperation organizations? To quote the title of an article published in 1999 by Edward Luttwak in Foreign Affairs: return to « Give War a Chance » or adaptation and complexity of strategies and mechanisms to ensure a stable peace through the use of new forms of conflict management and resolution?

In order to feed into the discussions on the evaluation of negotiated peace strategies – based on the study of the successes but also the failures of mediation – the workshop will welcome approaches focused on different regional areas (Africa, Middle East, Caucasus, etc.), from a comparative perspective. The papers may focus on the study of actors (mediators) but also on the study of their practices, for example from an evolutionary perspective. We are targeting three to six communications from outside the AFSP, particularly from Africa, taking into account in particular the fact that international congresses such as those of the ISA are not accessible to our African colleagues for financial, linguistic and often visa reasons. We will rely, for example, on the cooperation between Sciences Po Bordeaux and the newly created Faculty of Administrative and Political Sciences in Bamako, but also on the one with the HEIs of Laval University. Finally, we will seek the contribution of the research programmes of the main institutions of expertise on conflict resolution strategies (HD Center, Swiss Peace, Berghof Foundation, PRIO, Hiik, ACCORD) in order to feed the scientific approach with useful interactions between researchers and practitioners.

Axe 1 / Les médiateurs sur le terrain : perspectives globales des pratiques locales

Xabier Itçaina (CNRS-Centre Emile Durkheim, Sciences Po Bordeaux), Une médiation invisible ? Le travail de paix de l’Eglise catholique dans le conflit basque

Denia Chebli (Université Paris I Panthéon-Sorbonne, CESSP), Cette paix qui divise : médiation internationale et fragmentation des mouvements armés au Nord-Mali

Ardijan Sainovic (Centre Emile Durkheim, Sciences Po Bordeaux), Moments mûrs pour obtenir un accord : analyse du cas du Kosovo

Président/discutant : Jacques Faget (CNRS-Centre Emile Durkheim, Sciences Po Bordeaux)

Axe 2 / La médiation des diplomates : États, organisations multilatérales

Annie Jafalian (Sciences Po Lyon), Conflit et médiation dans le Caucase du Sud : le cas du Haut-Karabakh

Fatoumata Manifa Coulibaly (Faculté des Sciences administratives et politiques de Bamako), La médiation des organisations régionales africaines

Abdoul Sogodogo (Faculté des Sciences administratives et politiques de Bamako), Médiation algérienne dans les conflits maliens, enjeux et perspectives

Souleymane Kouyate (Université Félix Houphouët-Boigny, Abidjan), Les crises en Côte d’Ivoire : succès et échecs des processus de médiation internationale

Discutant : Vincent Foucher (CNRS-Les Afriques dans le Monde, Sciences Po Bordeaux)

BERTRAND Gilles g.bertrand@sciencespobordeaux.fr

CHEBLI Denia denia.chebli@gmail.com

FAGET Jacques j.faget@sciencespobordeaux.fr

FOUCHER Vincent v.foucher@sciencespobordeaux.fr

ITCAINA Xabier x.itcaina@sciencespobordeaux.fr

JAFALIAN Annie annie.jafalian@sciencespo-lyon.fr

KOUYATE Souleman kouyatesoul@yahoo.fr

MANIFA COULIBALY Fatoumata fatoucoul.dos@gmail.com

SAINOVIC Ardijan ardijan.sainovic@scpobx.fr

SOGODOGO Abdoul sogodogoabdoul@gmail.com

TENENBAUM Charles charles.tenenbaum@sciencespo-lille.eu