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ST 19

Genre et formes d’organisation dans l’action collective

Gender and organization in collective action

 

Responsables scientifiques :

Emmanuelle Bouilly (Université Laval, Québec, et Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) emmanuelle.bouilly@yahoo.fr
Julie Le Mazier (Centre européen de sociologie et de science politique (CESSP), Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) jlemazier@gmail.com

Cette section thématique s’inscrit dans la sociologie des mobilisations collectives avec pour double objectif d’en explorer un aspect relativement négligé, celui des formes d’organisation, et de décloisonner ce sous-champ disciplinaire en soulignant ce que peuvent lui apporter les études de genre. Elle entend réfléchir aux interactions entre les rapports de genre, eux-mêmes imbriqués dans d’autres rapports de pouvoir, et les formes d’organisation dans les mobilisations collectives – qu’elles soient féminines ou mixtes, protestataires ou non, communautaires, associatives ou syndicales. Il s’agit donc de réinvestir l’analyse des dispositifs et pratiques organisationnels et des styles de leadership au prisme du genre.

Si la sociologie des mouvements sociaux met les organisations au centre de ses modèles d’explication depuis la constitution du paradigme de la mobilisation des ressources, elle a plus rarement ouvert la boîte noire des modalités concrètes d’organisation des acteurs protestataires et des dynamiques internes de la contestation (Pierru, 2010). Contrairement à la tradition ancienne d’étude des répertoires de l’action collective, celle des répertoires organisationnels (Clemens, 1993) forme un paysage éclaté. Cette question a été investie par des travaux relatifs à la démocratie dans les mouvements sociaux (Polletta, 2002, Della Porta, 2009), à la délibération (Mouchard, 2002, Della Porta, 2005, Nez, 2012), au degré de délégation et de hiérarchisation qu’on y rencontre (Curtis, Zurcher, 1974, Breines, 1980, Downey, 1986, Abdelnour et al., 2009), ou encore à la professionnalisation des organisations de mouvement social (McCarthy, Zald, 1977). Des modes d’organisation tels que les coordinations de la fin des années 1980 en France (Geay, 1991, Hassenteufel, 1991, Kergoat et al., 1992, Denis, 1996) ou le self-help aux Etats-Unis (Taylor, 1996) ont en outre été abordés.

La littérature sur le sexe du militantisme (Einwohner et al., 2000, Fillieule, Roux, 2009) a notamment permis de renouveler l’analyse des modes d’organisation. Les études de cas sur les mouvements de femmes ont par exemple révélé des formes d’organisation d’ordinaire ignorées par la sociologie des mouvements sociaux (self-help, réseaux de parenté, de voisinage, etc.). Ces recherches ont montré que les femmes recourent souvent à des formes d’organisation plus horizontales ou informelles, en rupture avec celles formées par et pour les hommes. La restitution de la division sexuée du travail militant a par ailleurs permis de mieux saisir les rapports de pouvoir internes aux mobilisations, et des tâches souvent invisibles au premier abord pour la simple raison qu’elles sont effectuées par des subalternes. Cependant, certains travaux semblent parfois s’en tenir au constat essentialisant d’une inclination systématique des femmes vers des modes d’organisation alternatifs.

C’est pourquoi cette ST se propose de creuser cette problématique, en essayant d’abord de comprendre ce que des socialisations genrées particulières, imbriquées dans des rapports sociaux de classe, d’âge et/ou de racialisation, font à l’organisation des mobilisations collectives. Dans quelle mesure les rapports de genre déterminent-il l’orientation des protestataires vers certains répertoires organisationnels ? Comment façonnent-ils les modes de structuration des collectifs, la répartition des tâches et du pouvoir, les styles de leadership ?

On s’intéressera ensuite au « façonnage organisationnel » (Sawicki, Siméant, 2009) et aux effets des répertoires organisationnels sur les acteurs et actrices mobilisé.e.s. De quelle manière les rapports de pouvoir sont-ils le produit des formes d’organisation collective ? Les reconfigurations éventuelles des rapports de genre produites par certains modes d’organisation, ou au contraire le maintien de la hiérarchie entre les sexes ou de rapports de pouvoir d’un autre type seront ici questionnés.

Cette ST accueillera des recherches empiriques sur des terrains français comme étrangers. Le dialogue entre ces contributions ambitionne de renouveler la sociologie de l’action collective en réinvestissant l’étude des organisations, des relations sociales et des pratiques qui s’y déploient, en insistant sur la plus-value que représente la prise en compte du genre dans l’observation des mobilisations collectives.

 

This panel lies within the sociology of collective mobilisations, aiming both at exploring a pretty neglected aspect, the one of organizational forms, and at decompartmentalizing this disciplinary subfield, by highlighting the contribution of gender studies. It intends to question the interactions between gender, intertwined with other power relationships, and organizational forms within collective mobilizations – in women or mixt, protesting or not, community, associative or union groups. It tries to reanalyse organizational tools and practices, and leadership styles, from a gender point of view.

The sociology of social movements has focused on organizations to explain them since the emergence of the resource mobilization theory, but it has more rarely opened the black box of the contentious ways of organizing and the internal dynamics of protest (Pierru, 2010). Contrary to the long-lasting tradition of studying the repertoires of collective action, research about organizational repertoires (Clemens, 1993) remain fragmented between studies on democracy in social movements (Polletta, 2002, Della Porta, 2009), deliberation (Mouchard, 2002, Della Porta, 2005, Nez, 2012), the level of delegation and hierarchization inside them (Curtis, Zurcher, 1974, Breines, 1980, Downey, 1986, Abdelnour et al., 2009), or the professionalization of social movement organizations (McCarthy, Zald, 1977). Some organizational forms such as the coordination of the late 1980s in France (Geay, 1991, Hassenteufel, 1991, Kergoat et al., 1992, Denis, 1996) or self-help in the United States (Taylor, 1996), were also dealt with.

Research on gender in activism (Einwohner et al., 2000, Fillieule, Roux, 2009) contributed to renew the analyse of organization. Case studies on women movements, for instance, highlighted organizational forms usually ignored by the sociology of social movements (self-help, family or neighbourhood networks, etc.). They showed that women often resort to more horizontal or informal organization, in opposition to structures built by and for men. Focusing on the gender division of militant work also allows to better uncover power relationships inside mobilizations, and activist task which remained invisible because they are accomplished by subaltern people. However, some investigations offer only essentializing and simplistic results about women systematically preferring alternative ways of organization.

That is why this panel intends to deepen this question, by trying to understand how specific gender socialization, embedded in class, age and race relationships, shapes collective mobilization organization. Do gender determines activists’ choices about organizational repertoires? How does it fashion how groups structure themselves, the division of tasks and leadership styles?

We will also address organizational shaping (Sawicki, Siméant, 2009) and the effects of organizational repertoires on protesters. Do some organizational forms generate specific power relationships? Do they change gender domination or maintain it?

This panel will gather empirical research about French or foreign fields. The dialogue between these contributions aims at renewing the sociology of collective action by readdressing the study of organization, social relationships and practices inside mobilizations, and highlighting the added value of gender in the observation of social movements.

Axe 1 / Quand les mondes professionnels façonnent des manières genrées de s’organiser

Discutante : Laure Bereni (Centre Maurice Halbwachs, CNRS)

Sophie Béroud (Triangle, Université Lyon 2), Christèle Meilland (IRES), Cristina Nizzoli (IRES), Catherine Vincent (IRES), La dimension genrée des luttes dans les EHPAD : une dynamique fragile entre reconnaissance du travail et construction d’un entre-soi féminin

Clémentine Comer (Arènes, Université Rennes 1), Un monopole (in)contesté ? Le symptôme de l’élitiste dans la représentation des agricultrices

Chloé Le Brun (LISST-Dynamiques rurales, École d’ingénieurs de Purpan), L’émergence de collectifs féminins : réduction ou renforcement des rapports « traditionnels » de pouvoir en viticulture ?

Jean-Baptiste Devaux (Triangle, Sciences Po Lyon), Marion Lang (Triangle, Université de Saint-Étienne), Antoine Lévêque (Triangle, Sciences Po Lyon), Christophe Parnet (Triangle, Sciences Po Lyon), Valentin Thomas (IRISSO, Université Paris-Dauphine), Quel genre de gilets jaunes ?

Axe 2 / Division sexuée du travail militant et répertoires organisationnels

Discutant : Xavier Dunezat (CRESPPA-GTM)

Béatrice Bouillon (London School of Economics and Political Science), Avoir une force de contre-pouvoir, en étant politisé·e, en étant militant·e ? Configuration organisationnelle des rapports de genre et d’âge dans la (re)politisation du travail d’éducation sexuelle au sein d’une association francilienne

Kyra Grieco (CERMA/Mondes américains, EHESS), Les femmes sont-elles « plus indiennes » ? Genre, « race » et classe dans la division du travail militant au Pérou

Marie Montagnon (Centre Max Weber, ENS de Lyon et Filolab, Université de Grenade), Une fonction des répertoires organisationnels : la groupalité. Le cas de la Comision 8M en Espagne

Lucie Revilla (Les Afriques dans le Monde (LAM), Sciences Po Bordeaux), Des Sœurs Musulmanes à l’Union de la Femme Soudanaise : policières du quotidien. Mobiliser et discipliner dans les quartiers populaires de Khartoum

BERENI Laure laure.bereni@gmail.com

BEROUD Sophie sophie.beroud@univ-lyon2.fr

BOUILLON Béatrice b.bouillon@lse.ac.uk

BOUILLY Emmanuelle emmanuelle.bouilly@yahoo.fr

COMER Clémentine clementinecomer@gmail.com

DEVAUX Jean-Baptiste jeanbaptiste.devaux@etu-iepg.fr

DUNEZAT Xavier dunezat.xavier@wanadoo.fr

GRIECO Kyra kyra.grieco@gmail.com

LANG Marion marion.lang@univ-st-etienne.fr

LE BRUN Chloé chloe.lebrun@purpan.fr

LE MAZIER Julie jlemazier@gmail.com

LEVEQUE Antoine antoine.n.leveque@gmail.com

MEILLAND Christèle christele.meilland@ires.fr

MONTAGNON Marie marie.montagnon@ens-lyon.fr

NIZZOLI Cristina cristina.nizzoli@ires.fr

PARNET Christophe christophe.parnet@sciencespo-lyon.fr

REVILLA Lucie revilla.lucie@gmail.com

THOMAS Valentin valentin.thomas@dauphine.psl.eu

VINCENT Catherine Catherine.Vincent@ires.fr