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ST 20

Production et circulation des idées conservatrices

Production and circulation of conservative ideas

 

Responsables scientifiques

Samuel Bouron (Université Paris-Dauphine, IRISSO) Samuel.bouron@dauphine.fr
Eve Gianoncelli (Université Paris 8, CRESPPA-GTM) eve.gianoncelli@hotmail.fr

Outre-Atlantique, les travaux sur le conservatisme ont alimenté nombre d’études en sciences sociales. Une attention particulière aux idées, et à leurs producteurs.trices a cependant moins fait l’objet d’études spécifiques (Robin 2011, 2017). Il semble s’être produit un phénomène symétrique et inverse en France où, si le conservatisme a peiné à s’imposer à la fois comme doctrine et pratique politiques (Huguenin, 2006), de plus en plus de travaux, depuis le début des années 2000 en particulier sont venus questionner ceux qui ont été qualifiés de « nouveaux conservateurs » ou de « nouveaux réactionnaires » (Lindenberg 2002 ; Durand et Sincado 2015; Eribon 2007 ; Fauré 2015 ; Grange 2017). Ces qualificatifs sont susceptibles d’être endossés, parfois dans des jeux de parallélisme et de mise à distance (« conservateur » vs « réactionnaire » ou inversement). Les prises de position de ces intellectuel.le.s ont été de plus en plus audibles depuis 2001 et les tentatives protéiformes de constitution de conservatismes en France, plus récemment encore autour des enjeux relatifs au genre et à la sexualité (« théorie du genre », mariage pour tous, PMA et GPA). Cette actualité semble participer à une confusion idéologique grandissante dans les discours entre la gauche, la droite et l’extrême droite. Autant d’éléments qui donnent à voir l’importance du sujet.

Là où les idées et les pratiques conservatrices ont souvent été abordées par des disciplines et des sous-champs disciplinaires divers et séparés – d’un côté l’histoire des idées, la théorie et la philosophie politiques, de l’autre la sociologie des médias -, et où la sociologie politique de l’extrême droite s’est assez peu intéressée à ce type d’acteurs et de pratiques, il s’agit donc ici de faire dialoguer ces différentes tendances. Cette section thématique vise ainsi à éclairer les idées conservatrices et leur circulation, en se fondant à la fois sur les outils de la théorie politique et de la sociologie politique.

Quels sont les concepts et les idées mobilisés par ces intellectuel.le.s ? Quelles sont les formes de continuité et de rupture avec la pensée conservatrice ? Quelle mobilisation transnationale des idées s’en dégage ? Comment les groupes militants s’approprient-ils les idées ? Quel(s) brouillage(s) idéologique(s) s’opère(nt) et comment l’expliquer ? Comment les militant.e.s ajustent ces idées à destination des médias grand public et des réseaux sociaux ? Quelles sont les caractéristiques sociales des acteurs de ces filiations conservatrices ? Dans quels espaces interviennent-ils et à qui cherchent-ils à s’adresser ? Comment parviennent-ils à se légitimer en leur sein ? (François et Neveu 1999; Neveu 2003). La dimension économique semble aujourd’hui de plus en plus importante dans la visibilisation et la circulation de ces idées (Miller-Idriss 2017). En témoignent les circuits marketing empruntés par des groupes comme Casapound en Italie et l’alt-right aux Etats-Unis (essais anti-intellectuels, produits dérivés, médias alternatifs, etc). Quelles transgressions entre les frontières de l’économique et du politique une telle transmission des idées donne-t-elle alors à voir ?

Cette section sera l’occasion de poursuivre mais surtout de nouer des relations, par la rencontre de jeunes chercheur.e.s et de chercheur.e.s plus confirmé.e.s venant de différents horizons de la science politique. En ce sens, cette section thématique fera une large part à des cas internationaux et transnationaux.

 

Across the Atlantic, conservatism has been a well-furnished object of inquiry in social sciences. A specific attention to ideas and to their producers has nevertheless less been given (Robin 2011, 2017). It seems to have been the contrary in France: if conservatism has barely found an echo as political doctrine and practice (Huguenin 2006), more and more works, since the beginning of the 2000s in particular have been questioning those who have been labelled as “neoconservative” or “neoreactionary”. (Lindenberg 2002; Durand et Sincado 2015; Eribon 2007; Fauré 2015; Grange 2017). These designations are likely to be endorsed, sometimes in games playing will parallelisms or distance (“conservative” vs “reactionary”, or the opposite).

Intellectual positions have become more and more audible since 2001 and the multiple attempts to create conservatisms in France and more recently with the issues dealing with gender and sexuality (“gender theory”, the French “marriage pour tous”, MAP, surrogacy). This actuality seems to participate in the growing ideological confusion in discourses between the left, the right and the far-right and shows how important the subject is.

While conservative ideas and practices have often been explored by different and differing disciplines and disciplinary subfields – on the one hand the history of ideas, political theory and philosophy, on the other hand the sociology of the media -, and while political sociology of the far-right has not paid much attention to these kind of actors and practices, it is our intention here to enable dialogue between these various trends. This thematic section aims to highlight conservative intellectuals’ ideas and their circulation, drawing on both political theory and political sociology.

What are the concepts and ideas used by these intellectuals? What are the forms of continuity and rupture with conservative thought? What transnational mobilization of ideas is being emerging? How do activist groups appropriate ideas? Which ideological blurring(s) occur and how to account for it? How do activists adjust these ideas for mass media and social networks? What are the social characteristics of the actors of these conservative connections? In which spaces do they intervene and to whom do they seek to speak to? How do they manage to legitimize themselves within them? The economic dimension also seems today more and more important in the visibility and reception of these ideas (Miller-Idriss 2017) which is illustrated for instance by the marketing channels used by groups such as Casapound in Italy and the alt-right in the United States (anti-intellectual essays, by-products, alternative media, and so on). What transgressions between the frontiers of economics and politics does such a transmission of ideas then show?

This section will be an opportunity to continue but also to build relationships, through the meeting of young and more experienced researchers from different horizons of political science In this sense, this thematic section will give a large part to international and transnational cases.

 

REFERENCES

Durand Pascal et Sincado Sarah (dir.) (2015), Le discours néo-réactionnaire, Paris, CNRS Editions.

Eribon Didier (2007), D’une révolution conservatrice : et de ses effets sur la gauche française, Paris, Editions Léo Scheer.

Fauré Christine (2015), Les néoconservateurs à la française, Paris, Mimésis.

François Bastien, Neveu Erik (1999), Espaces publics mosaïques. Acteurs, arènes et rhétoriques, des débats publics contemporains, Rennes, PUR.

Grange Juliette (2017), Les néoconservateurs, Paris, coll. Pocket.

Huguenin François (2006), Le conservatisme impossible. Libéralisme et réaction en France depuis 1789, Paris, La table ronde.

Lindenberg Daniel (2002), Le rappel à l’ordre. Enquête sur les « nouveaux réactionnaires », Paris, Seuil, coll. « La République des idées », nouvelle édition 2016.

Miller-Idriss Cynthia (2017), The Extreme Gone Mainstream. Commercialization and Far-Right Youth Culture in Germany, Princeton University Press.

Neveu Erik (2003), « De l’art (et du coût) d’éviter la politique. La démocratie du talk-show version française (Ardisson, Drucker, Fogiel) », Réseaux, n°118, 2003/2, pp. 95-134.

Robin Corey (2011), The Reactionary Mind : Conservatism from Edward Burke to Sarah Palin, New York, Oxford University Press, 2e éd. 2017 |[Conservatism from Edward Burke to Donald Trump)

Axe 1 / Généalogies et formes de circulation des idées conservatrices 

Bruno Quélennec (EHESS, LIER-FYT et SIRICE), Le « thumos » dans la théorie politique (néo)conservatrice des XXe et XXIe siècles. Histoire des usages antiféministes et antilibéraux d’un concept de Leo Strauss à l’Alternative für Deutschland

Frédéric Boily (Université de l’Alberta) et Frédérick Nadeau (Institut national de la recherche scientifique), Circulation des idées de droite et d’extrême droite entre le Québec et l’Europe. Le cas de la Fédération des Québécois de souche

Raphael Challier (Universités Paris 8 et de Mulhouse, CRESPPA-GTM), Être de droite en pratique(s). La réception des idées conservatrices par la base populaire de LR (/UMP) et du RN (/FN)

Axe 2 / Carrières politique et économique des idées conservatrices

Gaël Stephan (Université Paris 2, Institut français de la presse, CARISM), Critique des médias hégémoniques et affirmation de la légitimité des médias alternatifs de la réinfosphère: la cérémonie des Bobards d’Or

Caterina Froio (Sciences Po CEE) et Pietro Castelli Gattinara, (Université d’Oslo, C-Rex), Du prêt-à-porter ? Production et diffusion des idées de CasaPound Italia par internet

Simon Ridley (Université Paris Nanterre, SOPHIAPOL), Lorsque l’alt-right se dit contre-culture : la diffusion des idées conservatrices à l’université de Berkeley

BOILY Frédéric fboily@ualberta.ca

BOURON Samuel samuel.bouron@dauphine.psl.eu

CASTALLI GATTINARA Pietro pietro.castelli@c-rex.uio.no

CHALLIER Raphael challier.raphael@gmail.com

FROIO Caterina caterina.froio@sciencespo.fr

GIANONCELLI Eve eve.gianoncelli@hotmail.fr

NADEAU Frédérick frederick.nadeau@ucs.inrs.ca

QUELENNEC Bruno bruno.quelennec@ehess.fr

RIDLEY Simon simon.ridley@hotmail.fr

STEPHAN Gael stephan.gael@gmail.com