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ST 29

Au-delà de la sphère politique : regards croisés sur les espaces et registres de mobilisation des groupes minoritaires

Beyond the political sphere: cross-perspectives on the spheres, categories and frames of minority mobilization

 

Responsables scientifiques :

Ya-Han Chuang (INED) yahanduken@gmail.com
Samina Mesgarzadeh (Institut d’études politiques, historiques et internationales, Université de Lausannesamina.mesgarzadeh@unil.ch

En partant d’une définition extensive de l’espace des organisations liées aux mouvements sociaux, incluant les organisations de soutien tel que les médias ou les entreprises (Neveu, 2015 [1996], présentant Kriesi, 1993), ainsi que d’une perspective « multi-institutionnelle » des mobilisations interrogeant la circulation des ressources entre différentes sphères (Armstrong et Bernstein, 2008), cette proposition de section thématique invite au décloisonnement des travaux portant sur les mobilisations des minorités ethnoraciales (Péro et Solomos 2010), les médias minoritaires (Rigoni, 2010) et l’entrepreneuriat ethnique (Kloosterman et Rath, 2001). Si ces trois-sous champs partagent une interrogation sur les liens entre disqualification, exclusion et mise en commun des ressources des groupes minoritaires, au sens de groupes en situation de « dépendance » matérielle et marqués du sceau du « particularisme » sur les plans symbolique et normatif (Guillaumin, 2002 [1972]), ils dialoguent peu entre eux. Le décloisonnement visé par cette section thématique part d’une interrogation sur les espaces et les registres de mobilisation des groupes minoritaires.

Premièrement, si la mobilisation des groupes minoritaires est souvent appréhendée en se focalisant sur la sphère politique (Bloemraad et Schönwälder 2013, Mollenkopf et Hoschild 2009), l’étude diachronique des mouvements minoritaires montre que ces groupes investissent aussi d’autres espaces pour élaborer leur condition et porter leurs revendications, telle que la sphère artistique et culturelle (Dewitte, 1985 ; Keaton et.al., 2012). Des sociologues interrogent également la multiplication des médias minoritaires sous l’angle de la « mise en représentation du soi collectif et de[s] mobilisations identitaires » (Rigoni, 2010). Enfin, la coordination et la mise en commun des ressources des groupes minoritaires dans la sphère économique est appréhendée sous l’angle de l’entrepreneuriat ethnique (Kloosterman et Rath, 2001). Ce cloisonnement disciplinaire laisse ainsi dans l’ombre les déterminants des espaces que les groupes minoritaires investissent pour améliorer leur condition symbolique et matérielle, ainsi que la circulation des ressources entre sphères politique, médiatique et économique.

Deuxièmement, cette section thématique propose d’interroger les registres de mobilisation minoritaire en lien avec leur résonance dans différentes sphères. Des mouvements « Noirs » se forment autour d’une expérience commune de « victime du racisme » (Laplanche-Servigne, 2015), des migrants chinois en région parisienne se regroupent autour de leurs expériences d’agression pour dénoncer un « racisme anti-Asiatique » (Chuang 2017). Si le registre du racisme anti-Asiatique connaît un succès dans le média, celui de l’« islamophobie » se voit parfois réfuté par des acteurs occupant l’espace médiatique, ouvrant ainsi une réflexion sur sa « (dé)-légitimation » (Asal, 2014). Des cadres et dirigeants originaires d’Afrique subsaharienne et du Nord rejettent quant à eux le registre antiraciste, qualifié de victimaire, et se réapproprient le registre de la promotion de la « diversité » forgé dans le monde de l’entreprise (Bereni, 2009), bénéficiant ainsi du soutien du monde économique et patronal (Mesgarzadeh, 2017). Cette section invite à interroger la légitimation/délégitimation des registres de mobilisation des groupes minoritaires dans différentes sphères, mais aussi les effets politiques et discursifs (Célestine, 2008) de ces registres, tel que le renforcement d’une « citoyenneté néo-libérale » fondée sur des critères méritocratiques ou utilitaires (Lem 2008, Chauvin et al. 2013).

Les comparaisons diachroniques et synchroniques des espaces/ des registres investis par les groupes minoritaires sont encouragées, qu’il s’agisse de comparaisons entre différents groupes minoritaires ou au sein d’un même groupe dans plusieurs pays. La publication d’un dossier spécial dans une revue à comité scientifique est prévue.

 

Departing from an extended definition of the space of social movement organizations which includes the media and enterprises (Kriesi 1993 cited from Neveu 2015 [1996]), as well as from a “multi-institutional” perspective of mobilizations that interrogates the circulation of resources between different spheres (Armstrong and Bernstein, 2008), this thematic section aims to decompartmentalize the research on ethnic-racial minority groups’ mobilizations (Péro et Solomos 2010), ethnic community media (Rigoni, 2010) and immigrant entrepreneurs (Kloostermand and Rath 2010). The panel invites to decompartmentalize these divisions by studying the spaces and categories of ethnic-racial minority groups’ political mobilizations. While these three sub-fields share the interrogation on the articulation between disqualification, exclusion and pooling of resources of minority groups, in the sense of groups in a situation of material « dependence » and deeply marked with « particularism » symbolically or normatively (Guillaumin, 2002 [1972]), there were little dialogue between them.

The panel invites to decompartmentalize these divisions by studying the spaces and categories of ethnic-racial minority groups’ political mobilizations.

Firstly, while the mobilization of minority groups is often studied by focusing on the political sphere (Bloemraad and Schönwälder 2013, Mollenkopf and Hoschild 2009), the diachronic study of minority movements shows that these groups are also investing other spaces to improve their conditions and to make claims, such as the artistic and cultural sphere (Dewitte, 1985, Keaton et.al., 2012). Sociologists also question the proliferation of minority media in terms of « the collective self-representation and identity mobilizations  » (Rigoni, 2010). Finally, the coordination and pooling of resources of minority groups in the economic sphere is analyzed from the perspective of ethnic entrepreneurship (Kloosterman and Rath, 2001). This disciplinary compartmentalization thus leaves behind the determinants of the spaces that minority groups invest to improve their symbolic and material condition, as well as the circulation of resources between political, media and economic spheres.

Second, the section interrogates the categories and frames of mobilization and their impacts in different spheres. “Blacks” gather around common experiences of being “victims of racism” (Laplanche-Servigne, 2015); similarly, Chinese migrants in the Parisian Region rally around their experiences of violence and aggression in order to denounce an “anti-Asians racism” (Chuang 2017). Whereas such categories and frames meet a success by the media, the denunciation of “islamophobia” is refuted by certain actors in the media space, thus opening a questioning on “(de)-legitimization” of this frame (Asal, 2014). As for the white-collar employees and managers with Sub-Saharan or Northern African origins, they reject the frame of anti-racist, which they consider as disqualifying. Contrarily, they take over the rhetoric of “diversity promotion” nurtured in the world of enterprises (Bereni 2009), thus gaining support from economic elites (Mesgarzadeh 2017). This section invites to interrogate the legitimation/delegitimating of categories and frames of minority mobilizations in different spheres, as well as the political and discursive effects of these labels (Célestine, 2008), such as the reinforcement of “neo-liberal citizenship” based on utilitarian or meritocratic criteria (Lem 2008, Chauvin et al. 2013):

Diachronic and synchronic comparisons of the spaces / registers invested by minority groups are encouraged, whether comparisons between different minority groups or on the same group in several countries. The publication of a special issue in a peer-reviewed journal is planned.

 

REFERENCES

Asal, H. (2014). Islamophobie : la fabrique d’un nouveau concept. État des lieux de la recherche. Sociologie5(1), 13-29. ASAL, Houda, 2014. « Islamophobie : La fabrique d’un nouveau concept. Etat des lieux de la recherche », Sociologie, 2014, 1 (5), 13-29.

Armstrong, E. A., & Bernstein, M. (2008). Culture, power, and institutions: A multi‐institutional politics approach to social movements. Sociological theory26(1), 74-99.

Bereni, L. (2009). Faire de la diversité une richesse pour l’entreprise. Raisons politiques, (3), 87-105.

Bloemraad, I., & Schönwälder, K. (2013). Immigrant and ethnic minority representation in Europe: Conceptual challenges and theoretical approaches. West European Politics36(3), 564-579.

Calvès, G. (2005). « Refléter la diversité de la population française » : naissance et développement d’un objectif flou. Revue internationale des sciences sociales, (1), 177-186.

Célestine, A., & Wuhl, L. (2005). Comment peut-on être Antillais hors des Antilles ? Hommes & Migrations1256(1256), 76-88.

Célestine, A. (2008). La « voix » institutionnalisée : approche comparée de la mobilisation de migrants-citoyens en France et aux Etats-Unis. Raisons politiques, (1), 119-131.

Chauvin, S., Garcés‐Mascareñas, B., & Kraler, A. (2013). Employment and migrant deservingness. International Migration51(6), 80-85.

Chuang, Y.-H. (2017). La colère du middleman: quand la communauté chinoise se manifeste. Mouvements, (4), 157-168.

Dewitte, P. (1985). Les mouvements negres en France 1919-1939. Paris, L’Harmattan.

Guillaumin, C. 2002 [1972]. L’idéologie raciste. Paris : Gallimard.

Keaton, T. D., Sharpley-Whiting, T. D., & Stovall, T. (2012). Black France/France Noire: The history and politics of blackness. Duke University Press.

Kriesi, H. (1993). Sviluppo organizzativo dei nuovi movimenti sociali e contesto politico. Rivista italiana di scienza politica23(1), 67-117.

Lem, W. (2008). Migrants, mobilization, and the making of neo-liberal citizens in contemporary France. Focaal2008(51), 57-72.

Kloosterman, R., & Rath, J. (2001). Immigrant entrepreneurs in advanced economies: mixed embeddedness further explored. Journal of ethnic and migration studies27(2), 189-201.

Laplanche-Servigne, S. (2014). Quand les victimes de racisme se mobilisent. Politix, (4), 143-166.

Mesgarzadeh, S. (2017). Les clubs de cadres et de dirigeants racialisés en région parisienne: genèse et structuration d’un espace de regroupement et de mobilisation. Thèse de doctorat en science politique et sociologie, EHESS et Université de Lausanne, 2017.

Neveu, E. (2015) [1996]. Sociologie des mouvements sociaux. Paris : La découverte.

Hochschild, J. L., & Mollenkopf, J. H. (Eds.). (2009). Bringing outsiders in: Transatlantic perspectives on immigrant political incorporation. Cornell University Press.

Però, D., & Solomos, J. (2010). Introduction: migrant politics and mobilization: exclusion, engagements, incorporation. Ethnic and Racial Studies33(1), 1-18.

Rigoni, I. (2010). Éditorial. Les médias des minorités ethniques. Représenter l’identité collective sur la scène publique. Revue européenne des migrations internationales26(1), 7-16.

Axe 1 / Les déterminants des espaces de mobilisation et la circulation des ressources entre ces sphères

Présidente : Samina Mesgarzadeh (Université de Lausanne)

Lisa Buchter (CSO, Sciences Po Paris), « Les entreprises peuvent faire mieux que la loi. » Comprendre le déploiement de l’action militante minoritaire dans les grandes entreprises françaises

Jeanne Toutous (Laboratoire Arènes, Université de Rennes 1), Carlo Pala (Université de Sassari), Traduire les langues régionales en politique. Les engagements politiques des militants linguistiques en Bretagne et en Sardaigne

Ophélie Parent (EHESS), S’emparer de l’Etat contre l’Etat : temporalités, espaces et stratégies politiques des femmes autochtones mexicaines

Pablo Barnier-Khawam (CERI, Sciences Po Paris), L’internationalisation d’un peuple autochtone : les Mapuches et la revendication d’une nation

Discutant : Didier Lapeyronnie (Université Paris IV Sorbonne)

Axe 2 / Les registres de mobilisation et de légitimation des groupes minoritaires

Présidente : Ya-Han Chuang (INED)

Anne-Cécile Caseau (LEGS- Université Paris VIII), La Fête de l’Insurrection gitane : entre un espace de commémoration et l’arène d’une lutte solidaire antiraciste

Ya-Han Chuang (LISST, Université Toulouse Jean Jaurès), Hélène Le Bail (CNRS, CERI Sciences Po Paris), Anti-Asian Racism : Game Changer or Marginalized Discourse ?

Lucas Faure (CHERPA, IEP Aix-en-Provence), Penser les organisations humanitaires islamiques en France comme porte-paroles communautaires : apports et enjeux

Discutante : Samina Mesgarzadeh (Université de Lausanne)

BARNIER-KHAWAM Pablo pablo.barnierkhawam@sciencespo.fr

BUCHTER Lisa lisadbuchter@gmail.com

CASEAU Anne-Cécile caseau.annececile@gmail.com

CHUANG Ya-Han yahanduken@gmail.com

FAURE Lucas lucasfaure.cherpa@gmail.com

LAPEYRONNIE Didier didier_lapeyronnie@yahoo.com

LEBAIL Hélène helene.lebail@sciencespo.fr

MESGARZADEH Samina samina.mesgarzadeh@unil.ch

PALA Carlo carlopala@uniss.it

PARENT Ophélie ophelie.parent@yahoo.fr

TOUTOUS Jeanne jeanne.toutous@wanadoo.fr