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ST 30

Analyser la confiance dans un contexte multiniveaux : récits scalaires, capacité politique et gouvernance territoriale

Studying trust in a multi-level context: scalar stories, political capacity and territorial governance

 

Responsables scientifiques :

Alistair Cole (Triangle, Sciences-Po Lyon) alistair.cole@sciencespo-lyon.fr
Romain Pasquier (CNRS, Arènes / Sciences Po Rennes) romain.pasquier.1@sciencespo-rennes.fr

La confiance (et son corollaire la méfiance) est au cœur des débats contemporains sur la gouvernance et la démocratie. Il existe une abondante littérature centrée sur la conceptualisation de la confiance et sur les conséquences potentielles de son déclin ou de son pour la démocratie (Balme, Marie & Rosenberg 2003; Boy & Chiche, 2010; Cautres, 2017, Cheurfa, 2017; Dogan, 1999; Rothstein, 2005; van Deth et al., 2007; Cook, 2001; Torcal & Montero, 2006; Grossman & Sauger, 2017). Nous définissons ici la confiance politique de manière assez simple comme « soit la confiance accordée aux hommes politiques en particulier, soit la confiance dans les principales institutions gouvernementales et publiques » (Zmerli et Newton 2011, p. 69). Depuis plusieurs décennies, les démocraties occidentales sont confrontées à une défiance croissante vis à vis du gouvernement. Plusieurs études ont montré que la méfiance à l’égard de la politique s’était progressivement muée en rejet d’un « système » (CEVIPOF, 2009).

Cette section thématique se propose d’aborder la problématique de la confiance politique dans un contexte multiniveaux (Cole et Pasquier 2017). Observe-ton des variations dans la construction de la confiance politique selon les échelles de gouvernement ? Si oui comment expliquer ces variations ?

Plusieurs travaux ont cherché à explorer la relation entre la taille ou l’échelle territoriale et les niveaux de confiance politique (Jennings 1998, Denters 2002, van Assche et Dierickx 2007, Welling Hansen 2013, Petrzelka et al. 2013). Denk (2012, 779) distingue ainsi trois récits concurrents dans ces débats qui sont autant d’hypothèses de travail : « small is beautiful » ; « large is lovely »; et finalement « size does not matter ». Lassen et Serritzlew (2011, 238) notent que l’hypothèse « small is beautiful » repose sur l’idée que « plus les citoyens sont proches des décideurs, plus ils se sentent efficaces, la politique paraissant moins abstraite, les préférences sont plus homogènes ce qui permet un meilleur ajustement à leurs demandes. En revanche, l’hypothèse du « large is lovely » fait valoir que « les grandes institutions sont davantage susceptibles d’être autonomes, elles peuvent être responsables de gammes plus larges de questions politiques et donc peuvent bénéficier d’économies d’échelle». La troisième hypothèse « size does not matter » affirme simplement quant à elle que la taille relative d’une institution n’a aucune incidence sur la confiance politique ou le soutien politique.

Dans cette section thématique nous faisons l’hypothèse que ces récits spatiaux ne sont pas promus par les mêmes acteurs de la gouvernance multiniveaux. On peut par exemple faire l’hypothèse que les acteurs centraux promeuvent des récits de types « grand est beau » ou plutôt « grand est efficace, grand est européen ». D’un autre côté, certains acteurs régionaux ou locaux pourraient être tentés promouvoir des histoires scalaires alternatives (en particulier dans les régions à forte identité) comme l’illustre le cas récent de l’Alsace après son absorption dans la région Grand Est en 2015.

Ainsi cette section s’organisera autour de deux axes principaux de réflexion :

  • Récits scalaires concurrents et réforme territoriale : Est-il possible d’identifier des récits scalaires différents et concurrentiels dans des processus de réforme territoriale ? Quels types d’argumentation sont mobilisés ? Quels registres de légitimation déploient-ils ?
  • Capital social, confiance territoriale et capacité politique: Quel rôle peut jouer le capital social, pour expliquer la confiance territoriale ? Existe-t-il un lien entre le capital social et la confiance territoriale (Putnam, 1993). Le lien entre les institutions territoriales, les intérêts économiques et sociaux et la société civile a en effet récemment fait l’objet d’une attention soutenue de la part des spécialistes de la décentralisation (Keating & Wilson, 2014). Plus largement, ce lien possible entre capital social et confiance dans les institutions territoriales explique-t-il des capacités politiques différenciées à l’échelle urbaine ou régionale ?

 

Trust (and its corollary mistrust) lies at the heart of contemporary debates regarding governance and democracy. There is an extensive literature focused on conceptualizing trust and exploring the potential consequences of the perceived decline or erosion in the latter for democracy (Balme, Marie & Rosenberg 2003; Boy & Chiche, 2010; Cautres, 2017, Cheurfa, 2017; Dogan, 1999; Rothstein, 2005; van Deth et al., 2007; Cook, 2001; Torcal & Montero, 2006; Grossman & Sauger, 2017). Trust is defined in its most basic form as an analysis of the relationship between a subject (the one who trusts) and an object (the entity which is trusted). For several decades, governments have been confronted with a growing mistrust towards government, to the point that the CEVIPOF trust barometer has framed its surveys since 2009 on the basis that mistrust towards politics has been transformed into a rejection of the system (CEVIPOF, 2009).

Papers in this section will address research questions around the operation of political trust in a multi-level context. Are there variations in the level of trust according to the branch of government (Cole & Pasquier, 2017)? If so, how might these variations be explained?

The analysis of political trust within a multi-level context contributes to debates regarding the relationship between size or scale and levels of political trust. There have been some notable attempts to explore the relationship between size or scale and levels of political trust (Jennings 1998, Hetherington and Nugent 2001, Denters 2002, van Assche & Dierickx 2007, Welling Hansen 2013, Petrzelka et al. 2013). The competing claims within these debates are characterised by Denk (2012, 779) in terms of three hypotheses: ‘small is beautiful’; ‘large is lovely’; and finally ‘size does not matter’. Lassen and Serritzlew (2011, 238) note that the ‘small is beautiful’ hypothesis asserts that ‘citizens are closer to decision makers and feel more efficacious, politics is less abstract, and preferences more homogeneous, allowing for a better fit between what citizens want and what they get.’ In contrast, the ‘large is lovely’ hypothesis argues that ‘larger jurisdictions are more likely to be self-sustainable, can be responsible for broader ranges of political questions, and can benefit from economies of scale.’ The final hypothesis, ‘size does not matter’, simply asserts that the relative size of a jurisdiction has no impact on political trust or political support.

In this thematic section, we formulate the hypothesis that these spatial narratives are not promoted by the same actors in the multi-level context. Do central state actors start with hypotheses of the type ‘large is beautiful’? Or ‘large is efficient and European’? Are local and regional actors tempted by alternative scalar stories (especially in strong identity regions), as illustrated by the case of Alsace after its fusion into the Grand Est region in 2015.

Hence, this thematic section will be organised around two main lines of reflection:

  • Rival scalar stories over territorial reform. Is it possible to identify rival and contrasting narratives in the process of territorial reform (with particular, but not exclusive reference to the reform of the French territorial map in 2015). What sorts of arguments are mobilised? What types/registers of legitimisation do they use?
  • Social capital, trust and political capacity. There has been sustained attention on the relationship between territorial institutions, social and economic interests and civil society actors by specialists of decentralisation and devolution (Keating & Wilson, 2014). But what is the role of social capital in explaining territorial trust? Is there, indeed, any link between social capital and territorial trust? (Putnam, 1993, Putnam, 1995)? Is it possible to explain this link between trust and territorial institutions by differential forms of territorial political capacity at the urban and regional level?

 

REFERENCES

Balme R., Marie J.-L. & Rosenberg O (2003) ‘Les motifs de la confiance (et de la défiance : Intérêt, connaissance et conviction dans les formes du raisonnement politique’ Revue internationale de politique comparée 10 (3): 433-461.

Boy, D. & Chiche, J. (2010), ‘Confiances’, in Boy, D., Cautres, B. & Sauger, N. (2010) Français des européens comme les autres (Paris : Presses de Sciences Po), pp. 45-71.

Cautrès B. (2017) ‘Jusqu’ici tout va bien ? La démocratie de la défiance en année électorale’, Baromètre de la confiance politique, Wave 8, Paris : CEVIPOF.

CEVIPOF (2009) ‘La confiance dans tous ses états : les dimensions politique, économique, institutionnelle, sociétale et individuelle de la confiance’, Baromètre de la confiance politique, Wave 1, Paris : CEVIPOF.

Cheurfa, M. (2017), ‘Les exceptions à la confiance politique’, Baromètre de la confiance politique 8, Paris : CEVIPOF. Consulted at : http://www.cevipof.com/fr/le-barometre-de-la-confiance-politique-du-cevipof/resultats-1/vague8/ (Date accessed: 24 July 2018)

Cole, A & Pasquier, R. (2017) ‘Réforme régionale et gouvernance multi-niveaux : la défiance des Français’ Pouvoirs Locaux 109 :1, pp. 3-7.

Cook, K. (2001) (ed.) Trust in Society, New York, Sage.

Denk, T. (2012) ‘Size and Political Support on the Local Level in Sweden’ Local Government Studies Vol. 38, No. 6, 777–793.

Denters, B. (2002) ‘Size and political trust: evidence from Denmark, the Netherlands, Norway, and the United Kingdom’ Environment and Planning C: Government and Policy, 20, P793-812. Dogan M. (1999) “Déficit de confiance dans les démocraties avancées – une analyse comparative”, VIème congrès de l’A.F.S.P/. » Aix-en-Provence, 20 pp.

Grossman, E. & Sauger N. (2017), Pourquoi détestons-nous autant nos politiques ? (Paris: Presses de Sciences-Po)

Jennings, M.K. (2003) ‘Political Trust and the Roots of Devolution’ in Braithwaite, V. & Levi, M. (eds.) Trust and Governance (New York: Russell Sage Foundation), pp.218-244.

Keating. M, & Wilson, A. (2014) ‘Regions with regionalism? The rescaling of interest groups in six European states’ European Journal of Political Research, https://onlinelibrary.wiley.com/toc/14756765/2014/53/4 53:4: 840-857.

Lassen, DD & Serritzlew, S 2011, ‘Jurisdiction Size and Local Democracy: Evidence on Internal Political Evidence on Internal Political Efficacy from Large-scale Municipal Reform’, American Political Science Review, 105(2), 238-258.

Petrzelka, P. et al. 2013; ‘It is not just scale that matters: Political trust in Utah’ The Social Science Journal 50(3):338-348.

Putnam, R.D. (1993) Making Democracy Work: Civic Traditions in Modern Italy Princeton: Princeton University Press.

Rothstein, B. (2005), Social Traps and Problems of Trust, Cambridge, Cambridge University Press.

Torcal, M., & Montero J-R. (2006) Political Disaffection in Contemporary Democracies: Social Capital, Institutions and Politics, London: Routledge.

Van Assche, D. & Dierickx, G. (2007) ‘The decentralisation of city government and the restoration of political trust’, Local Government Studies, 33 (1), 25-47.

Van Deth, J., Maraffi, M., Newton, K, & Whiteley P. (1991) (eds.), Social Capital and European Democracy’, London: Routledge.

Welling Hansen, S. (2013) ‘Polity Size and Local Political Trust: A Quasi-experiment Using Municipal Mergers in Denmark’ Scandinavian Political Studies Vol. 36 – No. 1, 43-66.

Zmerli, S. & Hooghe, M. (eds.) (2011) Political Trust: Why Context Matters (Colchester: ECPR Press)

Axe 1 / Récits scalaires concurrents et réforme territoriale

Président : Romain Pasquier (CNRS, Arènes / Sciences Po Rennes)

Arnaud Brennetot (Université de Rouen, IDEES), Clarisse Didelon-Loiseau (Paris 1/UMR 8504), Claude Grasland (Paris 7/UMR 8504), Le « millefeuille territorial » français à l’épreuve des représentations sociales

Étienne Schmitt (Université de Corse Pascal Paoli), L’Alsace au centre de l’Europe ou en périphérie de la France ? Analyse du débat public sur la dissolution de l’Alsace dans la région Grand Est

Christophe Parnet (Sciences Po Lyon/Triangle), Patrons cherchent personnel politique de confiance : mobilisation des représentants patronaux pour la métropole Aix-Marseille-Provence (2005-2015)

Discutants :
Hélène Buisson-Fenet (CNRS, UMR Triangle)
Bilal Hassan (CNRS/CEE/Sciences Po)
Emilie Tran (Hong Kong University)
Léa Senegas (UMR Arènes, Université de Rennes)

Axe 2 / Capital social, confiance territoriale et capacité politique

Président : Alistair Cole (Triangle, Sciences-Po Lyon)

Léa Sénégas (Arènes UMR 6051/Université de Rennes), Changement d’échelle de l’action publique et représentation des intérêts sectoriels : des inadéquations territoriales sources de défiance

Hélène Buisson-Fenet (CNRS, UMR Triangle, ENS Lyon), Descendre de l’échelle ? Facteur scalaire et capacité « confidentiale » : deux politiques scolaires infra-nationales en perspective (France-Canada)

Bilal Hassan (CNRS/CEE/Sciences Po), Police Performance and political trust in France

Emilie Tran (Hong Kong Baptist University), Partenariats publics-privés franco-chinois et gouvernance territoriale

Discutants :
Arnaud Brennetot (Université de Rouen, IDEES),
Christophe Parnet (Sciences Po Lyon/Triangle)
Étienne Schmitt (Université de Corse Pascal Paoli)

BRENNETOT Arnaud arnaud.brennetot@univ-rouen.fr

BUISSON-FENET Hélène helene.buissonfenet@ens-lyon.fr

COLE Alistair alistair.cole@sciencespo-lyon.fr

HASSAN Bilal bilal.hassan@sciencespo.fr

PARNET Christophe christophe.parnet@sciencespo-lyon.fr

PASQUIER Romain romain.pasquier.1@sciencespo-rennes.fr

SCHMITT Étienne e.b.schmitt@gmail.com

SENEGAS Léa lea2107@hotmail.com

TRAN Emilie emilietran@hkbu.edu.hk