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ST 33

Mondes professionnels et formes d’engagements : quelles mutations ?

Professional worlds and forms of commitment : what mutations ?

 

Responsables scientifiques :

Jean-Gabriel Contamin (CERAPS / Université de Lille) jean-gabriel.contamin@univ-lille.fr
Tristan Haute (CERAPS / Université de Lille) tristan.haute@orange.fr

La question de l’articulation entre activité professionnelle et formes d’engagement, professionnelles ou politiques, est une question originelle de la sociologie et de la science politique, dont on peut trouver la trace dans les travaux de Marx comme dans ceux de Mill ou Durkheim. Le contexte de travail, le lieu de travail et le travail lui-même contribueraient à forger tout à la fois des intérêts et des identités collectives (Touraine, 1955; Segrestin, 1980; Sewell, 1983; Ribeill, 1984) et des capacités d’émancipation individuelles (Pateman, 1970; Lipset, 1981; Greenberg, 1981; Verba et alii, 1995) plus ou moins favorables à l’engagement dans et hors du travail.

Les recherches consacrées aux engagements hors de la sphère professionnelle ont pourtant eu tendance à laisser dans l’ombre les facteurs liés à la vie professionnelle (intégration, sociabilités, identification,…). A l’inverse, la sociologie du travail s’est centrée sur la description du travail comme activité, en ne prenant en compte que marginalement son côté socialisateur hors de la sphère du travail. L’étude des phénomènes d’engagement a ainsi été progressivement abstraite de l’étude de ce qui se passait dans les lieux de travail (Giraud, 2009; Sawicki et Siméant, 2009).

On a néanmoins pu récemment constater une triple dynamique : un renouveau d’intérêt pour l’étude des conflits du travail en lien avec les conditions de travail (Giraud, 2014; Allal et alii, 2018; Giraud et alii, 2018), le développement d’un ensemble de travaux qui étudient le travail comme une forme d’engagement (Nicourd, 2009; Loriol et alii, 2015) mais aussi de travaux (Champy, Israël, 2009), tant ethnographiques (Sainsaulieu et alii, 2012; Girard, 2017; Mischi, 2016) que quantitatifs (Adman, 2008; Jones, 2013; Peugny, 2015) qui ont questionné la centralité du rapport au travail pour comprendre les attitudes et comportements politiques des individus.

L’ensemble de ces études ont pu conduire à des résultats parfois contradictoires, quant aux effets de « l’émiettement » du travail sur les formes d’engagement des travailleurs. L’objectif de cette ST est dès lors de faire dialoguer les politistes qui s’intéressent aux différentes formes d’engagements -dans et hors du travail- avec les chercheurs.euses qui, en sociologie du travail ou des relations professionnelles interrogent les mutations que connaissent aujourd’hui le travail et les groupes professionnels (managérialisation, individualisation…).

Dans cette perspective, deux entrées pourront être principalement envisagées.

  • Une entrée par les professions et groupes professionnels, qui visera à explorer en quoi les mutations au sein d’un groupe ou, plus largement, d’un univers professionnel, reconfigurent les formes d’engagements tant professionnels qu’extra-professionnels. De ce point de vue, seront encouragées des travaux qui s’intéressent non pas seulement à des carrières individuelles mais aussi aux effets socialisateurs plus ou moins importants des rapports collectifs et des identités construites dans le cadre du travail.
  • Une entrée par les formes d’engagement, et tout particulièrement, par les formes d’articulation entre engagements dans le travail et hors du travail. Il s’agira d’interroger le poids de la socialisation et de la sociabilité dans le travail dans ces configurations variables d’engagements.

A travers ces deux entrées, la Section Thématique sera l’occasion de créer ou d’approfondir des liens entre chercheurs.euses de disciplines diverses, mais aussi de présenter le fruit du travail d’équipes pluridisciplinaires déjà constituées. Des propositions portant sur des cas étrangers ou sur des comparaisons sont encouragées. De même, la Section Thématique sera l’occasion d’une réflexion méthodologique sur la prise en compte de la dimension professionnelle dans l’étude des engagements, entre apports des approches ethnographiques et recours à des enquêtes quantitatives professionnellement contextualisées.

 

The question of the link between professional activity and forms of professional or political commitment is an original question of sociology and political science, which can be found in the works of Marx as in those of Mill or Durkheim. The work context, the workplace and the work itself would contribute to forging both collective interests and identities (Touraine, 1955; Segrestin, 1980; Sewell, 1983; Ribeill, 1984) and some skills to individual emancipation (Pateman, 1970; Lipset, 1981; Greenberg, 1981; Verba and al, 1995) more or less favorable to commitment in and out of work.

Research devoted to commitments outside the professional sphere has, however, tended to leave behind factors related to professional life (integration, sociability, identification, etc.). Conversely, the sociology of work has centered on the description of work as an activity, taking only marginally into account its socializing contribution outside the sphere of work. The study of commitment has thus gradually been abstracted from the study of what was happening in the workplace (Giraud 2009, Sawicki and Siméant 2009).

However, we have recently seen a triple dynamic: a renewed interest in the study of labor disputes related to working conditions (Giraud 2014, Allal and alii 2018, Giraud and al., 2018); some research that study work as a form of engagement (Nicourd 2009, Loriol and al., 2015) but also studies (Champy, Israël, 2009), both ethnographic (Sainsaulieu and al., 2012, Girard, 2017 and Mischi, 2016) and quantitative (Adman, 2008, Jones, 2013, Peugny, 2015), which questioned the centrality of the relation to work to understand the political individual attitudes and behaviors.

All of these studies have led to sometimes contradictory results, as to the effects of the « fragmentation » of work on the forms of worker commitment. The objective of this ST is therefore to engage political scientists interested in different forms of commitment – in and out of work – with researchers who, in the sociology of work or industrial relations, question current changes into work and professional groups (managerialization, individualization …).

From this perspective, two entries might be mainly considered.

  • An entry by professions and professional groups, which will seek to explore how changes within a group or, more broadly, a professional universe, reconfigure the forms of both professional and extra-professional commitments. From this point of view, proposals which concerns not only individual careers, but also the more or less important socializing effects of collective relationships and identities built in the context of work will be encouraged.
  • An entry through the forms of commitment, and especially, through the forms of articulation between commitments in work and out of work. In order to question the weight of the socialization and the sociability in the work in these variable configurations of commitments.

Through these two entries, the Thematic Section will be an opportunity to create or deepen links between researchers from different disciplines, but also to present the fruit of the work of already formed multidisciplinary teams. Proposals on foreign cases or comparisons are encouraged. Similarly, the Thematic Section will provide an opportunity for methodological reflection on how to consider the professional dimension in the study of commitments, either via ethnographic approaches or via the use of professionally contextualized quantitative surveys.

 

REFERENCES

Adman Per, « Does Workplace Experience Enhance Political Participation? A Critical Test of a Venerable Hypothesis », Political Behavior, Vol. 30, No. 1 (Mar., 2008), pp. 115-138.

Allal Amin, Myriam Catusse, Montserrat Emperador Badimon (dir.), Quand l’industrie proteste. Fondements moraux des (in)soumissions ouvrières, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2018.

Champy, Florent, et Liora Israël. « Professions et engagement public », Sociétés contemporaines, vol. 73, no. 1, 2009, pp. 7-19.

Girard Violaine, Le vote FN au village. Trajectoires de ménages populaires du périurbain, Editions du Croquant, 2017.

Giraud Baptiste, « Des conflits du travail à la sociologie des mobilisations : les apports d’un décloisonnement empirique et théorique », Politix, n°86, juin 2009, p. 13‑29.

Giraud Baptiste, « Le difficile apprentissage de la grève dans le secteur du commerce », Critique Internationale, n°64, 2014, p. 47-62

Giraud Baptiste, Yon Karel, Béroud Sophie (2018), Sociologie politique du syndicalisme : introduction à l’analyse sociologique des syndicats, Paris, Armand Colin.

Greenberg, Edward S., « Industrial Democracy And The Democratic Citizen », The Journal of Politics, n°43, 1981, p.964-981.

Jones David A., « The Polarizing Effect of a Partisan Workplace », PS: Political Science and Politics, vol. 46, no 1, 2013, p. 67‑73.

Loriol Marc, Nathalie Leroux (dir.), Le travail passionné. L’engagement artistique, sportif ou politique, Toulouse, Erès, 2015.

Mischi Julian, Le Bourg et l’Atelier. Sociologie du combat syndical, Marseille, Agone, 2016.

Nicourd Sandrine (dir.), Le travail militant, Presses universitaires de Rennes, 2009.

Pateman, Carole, Participation and democratic theory, 1970, Cambridge, Cambridge University Press.

Peugny Camille, « Pour une prise en compte des clivages au sein des classes populaires. La participation politique des ouvriers et des employés », Revue française de science politique, n°65, 2015/5, p. 735-759.

Sainsaulieu Ivan, Surdez Muriel (dir.), Sens politiques du travail, Paris, Armand Colin, 2012.

Sawicki Frédéric, Siméant Johanna, « Décloisonner la sociologie de l’engagement militant. Note critique sur quelques tendances récentes des travaux français. », Sociologie du travail, vol. 51, n°1, 2009, p. 97-125.

Segrestin Denis, « Les communautés pertinentes de l’action collective. Canevas pour l’étude des fondements sociaux des conflits du travail en France », Revue Française de Sociologie, n°22 (2), 1980, p.171-203.

Sewell William H., Gens de métier et révolutions, le langage du travail de l’Ancien régime à 1848, Paris, Aubier, 1983.

Verba, Sidney, Schlozman, Kay Lehman, & Brady, Henry E., Voice and equality: Civic voluntarism in American politics, Cambridge, Massachusetts, Harvard University Press, 1995.

Axe 1 / Comment les univers professionnels façonnent l’engagement sur les lieux de travail

Président : Jean-Gabriel Contamin (CERAPS/Université de Lille)
Discutant : Igor Martinache (CERAPS/Université de Lille)

Sarah Abdelnour (IRISSO, Dauphine-PSL) et Sophie Bernard (IRISSO, Dauphine-PSL), Communauté professionnelle et destin commun : Les ressorts contrastés de la mobilisation des chauffeurs de VTC

Amélie Beaumont (CESSP/CRESPPA-CSU, Université Paris 1), La rupture du pacte professionnel. Les conditions de l’action collective dans l’hôtellerie de luxe

Pierre Blavier (CLERSÉ, CNRS), Qui s’engage dans les conflits collectifs en entreprise ?

Pierre France (CESSP, Université Paris 1) et Thomas Hélie (CRDT/LaSSP, Université de Reims Champagne-Ardennes), Sous-traité(e)s des musées et  » petites mains  » du spectacle : entre mobilisations feutrées et protestations ouvertes en contexte d’externalisation

Léa Palet (CMH, EHESS/ENS), De la définition à la réception de l’injonction institutionnelle à l' » engagement professionnel  » chez les enseignants du second degré en France

Axe 2 / Comment s’articulent les formes d’engagement au travail et hors du travail

Président : Tristan Haute (CERAPS, Université de Lille)
Discutant : Maxime Quijoux (LISE-CNAM, CNRS)

François Alfandari (TRIANGLE/LEST, CNRS), Comment le syndicalisme est-il façonné par le lieu de travail dans lequel il s’insère ?

Charles Berthonneau (LEST, Aix-Marseille Université), Du syndicalisme bridé : une étude du travail syndical ordinaire dans des secteurs précarisés du marché de l’emploi

Didier Demazière (CSO, Sciences Po) et Rémy Le Saout (CENS, Université de Nantes), Désengagement professionnel et engagement politique chez les élus : Etude des conditions sociales d’une distanciation

Saphia Doumenc (TRIANGLE/LEST, Université Lumière Lyon 2), Des (non)mobilisations inexplicables ? Le poids du hors travail dans l’engagement syndical

ABDELNOUR Sarah sarah.abdelnour@dauphine.psl.eu

ALFANDARI François francois.alfandari@sciencespo-lyon.fr

BEAUMONT Amélie beaumont.amelie@gmail.com

BERNARD Sophie sophie.bernard@live.fr

BERTHONNEAU Charles charles.berthonneau@wanadoo.fr

BLAVIER Pierre pierre.blavier@univ-lille.fr

CONTAMIN Jean-Gabriel jean-gabriel.contamin@univ-lille.fr

DEMAZIERE Didier d.demaziere@cso.cnrs.fr

DOUMENC Saphia doumenc.saphia@gmail.com

FRANCE Pierre pierre.france@zoho.com

HAUTE Tristan tristan.haute@orange.fr

HELIE Thomas thomas.helie@univ-reims.fr

LE SAOUT Rémy remy.le-saout@univ-nantes.fr

MARTINACHE Igor igor.martinache@univ-lille2.fr

PALET Léa palet.lea@gmail.com

QUIJOUX Maxime, mquijoux@gmail.com