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ST 34

Articuler « modèles » théoriques et « données » empiriques : boîtes à outils et retours d’enquêtes

Articulating theoretical “models” and empirical “data”: toolboxes and investigation feedbacks

 

Responsables scientifiques :

David Copello (Université Paris 13 Nord, Centre d’Études et de Recherches Administratives et Politiques – CERAP) david.copello@sciencespo.fr
Janie Pélabay (Centre de recherches politiques de Sciences Po – CEVIPOF) janie.pelabay@sciencespo.fr

Si la science politique, francophone notamment, s’est longtemps construite autour d’une opposition entre des approches tenues pour « théoriques » et d’autres considérées comme « empiriques », et si cette division reste prévalente, on n’en assiste pas moins aujourd’hui au développement de dynamiques nouvelles et de dispositifs de recherche originaux qui viennent altérer cette répartition du travail à l’intérieur de la discipline. Ainsi – non sans lien avec la contrainte d’interdisciplinarité posée dans la plupart des appels à projet – il n’est désormais pas rare que des recherches focalisées sur l’analyse des concepts (justice, égalité, liberté, démocratie, citoyenneté, responsabilité), des modèles théoriques et cultures politiques (libéralisme, républicanisme, multiculturalisme, pensée libertarienne, marxisme, cosmopolitisme, etc.) et des enjeux normatifs (intégration socio-politique, légitimation démocratique, solidarité, inégalités socio-économiques, de genre, etc.) se trouvent croisées avec des recherches relevant de la sociologie politique au sens large (analyse du vote et des attitudes politiques, de l’action collective, des politiques publiques, des institutions, etc.) ou ressortissant à des sous-champs tels que les études européennes, la politique comparée, l’économie politique, etc.

S’agissant de la pensée politique – aussi bien l’histoire des idées politiques que la théorie normative, la philosophie politique appliquée et la grounded theory –, on note un intérêt croissant pour toutes les démarches articulant des réflexions d’ordre conceptuel, fondationnel et principiel à des enjeux concrets de la vie politique, en les ancrant dans l’analyse des pratiques institutionnelles, de l’opinion, des raisonnements et du rôle d’acteurs en situation, etc., y compris au moyen d’enquêtes qualitatives et quantitatives. Pour se limiter ici à l’espace francophone, c’est le cas des nombreuses recherches travaillant la question de la justice dans une perspective appliquée (entre autres : Gosseries, 2011 ; van Parijs, 2011 ; Weinstock, 2013). Pensons également aux travaux récents menés par des philosophes ou théoricien.ne.s du politique, souvent en collaboration avec des spécialistes d’autres disciplines, sur des domaines de l’action publique aussi divers que l’immigration, la lutte contre les inégalités et les discriminations, la bioéthique et l’environnement ou encore l’intégration européenne (voir par exemple : Gianni, 2016 ; Hachimi Alaoui & Pélabay 2018 ; Forsé, Galland, Guibet Lafaye & Parodi, 2013 ; Sénac & Périvier, 2017 ; Reber 2010 ; Cheneval, Lavenex & Schimmelfennig, 2017). Enfin, on observe le développement rapide ces dernières années des perspectives défendues par l’histoire sociale des idées politiques (Gaboriaux & Skornicki, 2018 ; Matonti, 2012) et, plus globalement, par la démarche contextualiste en histoire des idées et idéologies politiques (Escudier, 2017 ; Skornicki & Tournadre, 2015 ; Angenot, 2014).

Ces évolutions font écho à certains pans de la sociologie politique pour lesquels les idées sont une réalité fondamentale dans l’analyse des dynamiques de l’action politique. On peut penser notamment aux travaux de sociologie de l’opinion et des valeurs (Brugidou, 2008 ; Dézé & Maurer 2014 ; François & Magni-Berton, 2015), à l’attention portée à la mise en politique des idées dans l’analyse des politiques publiques (Muller, 2015 ; Viriot Durandal & Moulaert, 2013), ainsi qu’aux travaux de sociologie pragmatique initiés à travers l’analyse des régimes de justification (Boltanski, 2009 ; Barthe et. al., 2013) et au courant du frame analysis (Benford & Snow, 2012 ; Mathieu, 2002) ou à l’étude des répertoires discursifs (Offerlé, 2008 ; Péchu, 2007) au sein de la sociologie des mouvements sociaux.

La question de l’interaction entre, d’un côté, le monde « abstrait » des idées et des concepts et, de l’autre, le monde « concret » de la politique est au cœur de nombreux débats épistémologiques, parfois confinés à l’intérieur de frontières sous-disciplinaires et à un niveau méta-théorique (Braud, Bacot, Le Bart, 2018 ; Sabl & Sagar, 2017 ; Corcuff, 2011). L’objectif de cette ST est de poursuivre ces discussions dans un cadre complémentaire, et de décloisonner la réflexion en l’orientant sur les pratiques « concrètes » de recherche, avec un accent porté sur la « boîte à outils » du/de la chercheur.e, ses méthodes, les difficultés auxquelles il ou elle se confronte et éventuellement les innovations pour y répondre.

 

Although political science (and francophone political science in particular) has been durably marked by the opposition between so-called “theoretical” and “empirical” approaches, and even though that division still prevails, there has recently been a growing interest for new dynamics and new research packages which alter the classical division of labour inside the discipline. Most calls for projects now promote interdisciplinarity as a criterion for excellence in investigation, and it is not rare to find a combination between, on the one hand, research projects focused on the analysis of concepts (justice, equality, freedom, democracy, citizenship, responsibility), theoretical models and political cultures (liberalism, republicanism, multiculturalism, libertarianism, Marxism, cosmopolitanism, etc.) or normative issues (socio-political integration, democratic legitimacy, solidarity, socio-economic and gender inequalities, etc.) and, on the other hand, research in the realm of political sociology in a broad sense (analysis of vote and political attitudes, collective action, public policies, institutions, etc.).

In what regards political thought – including the history of political ideas, normative theory, applied political philosophy or grounded theory – there is a growing interest in approaches that connect conceptual, foundational and principled reflections with concrete issues of political activity, by exploring institutional practices, public opinion as well as situational reasoning of actors, etc., and sometimes by including the production and analysis of qualitative and quantitative data. In the francophone sphere, many works have been devoted to the question of justice in applied perspective (among others: Gosseries, 2011; van Parijs, 2011; Weinstock, 2013). Recent investigations led by philosophers and political theorists (often in collaboration with specialists from other disciplines) also include reflections on various areas of public action such as immigration, the struggle against inequalities and discrimination, bioethics and environment or European integration (see for instance: Gianni, 2016; Hachimi Alaoui & Pélabay 2018; Forsé, Galland, Guibet Lafaye & Parodi, 2013; Périvier & Sénac, 2017; Reber 2010; Cheneval, Lavenex & Schimmelfennig, 2017). In parallel, the research perspectives defended by the social history of political ideas (Gaboriaux & Skornicki, 2018; Matonti, 2012) and, more globally, by contextualist approaches to the history of political ideas and ideologies (Escudier, 2017; Skornicki & Tournadre, 2015; Angenot, 2014) have developed very quickly over the last few years.

These evolutions echo the interest in ideas experienced in several sectors of political sociology. Here, ideas are understood as a fundamental reality for the analysis of political action, and taken as an object of inquiry by the sociology of opinions and values (Brugidou, 2008; Dézé & Maurer 2014; François & Magni-Berton, 2015), by the sociology of public policies when it comes to analysing the implementation of ideas in public action (Muller, 2015; Viriot Durandal & Moulaert, 2013), as well as by pragmatic approaches in sociology, initiated with the analysis of actors’ justification systems (Boltanski, 2009; Barthe et al., 2013), or even by frame analysis (Benford & Snow, 2012; Mathieu, 2002) and the study of discursive repertoires (Offerlé, 2008; Péchu, 2007) in the sociology of social movements.

The question of the interaction between, on the one hand, the “abstract” world of ideas and concepts and, on the other hand, the “concrete” world of politics is at the core of numerous epistemological debates, sometimes restricted to sub-disciplinary borders and to meta-theoretical discussions (Braud, Bacot & Le Bart, 2018; Sabl & Sagar, 2017; Corcuff, 2011). The aim of this thematic section is to complement these debates by breaking down the barriers of the reflection. One way to achieve this is to focus presentations during the conference on “concrete” practices of research, by insisting on the “toolbox” of the researcher, his/her methods, the obstacles which she/he is faced with and the potential innovations that can be made to respond to these challenges.

 

REFERENCES

Marc Angenot (2014), L’histoire des idées : problématiques, objets, concepts, méthodes, enjeux, débats, Liège, Presses Universitaires de Liège.

Yannick Barthe, Damien de Blic, Jean-Phillipe Heurtin et al. (2013), « Sociologie pragmatique : mode d’emploi », Politix, 103, pp. 175 – 204.

Robert Benford & David Snow (2012), « Processus de cadrage et mouvements sociaux : présentation et bilan », Politix, 99, pp. 217 – 255.

Philippe Braud, Paul Bacot & Christian Le Bart (2018), « La dimension symbolique de toute pratique sociale se situe dans une surcharge des connotations », Mots : les langages du politique, 116, pp. 131 – 144.

Mathieu Brugidou (2008), L’opinion et ses publics : une approche pragmatiste de l’opinion publique, Paris, Presses de Sciences Po.

Luc Boltanski (2009), De la critique : précis de sociologie de l’émancipation, Paris, Gallimard.

Francis Cheneval, Sandra Lavenex & Frank Schimmelfennig (dir.) (2017), European democracy as Demoi-cracy, Londres, Routledge.

Philippe Corcuff (2011), « Le savant et le politique », SociologieS (https://journals.openedition.org/sociologies/3533).

Alexandre Dézé & Sophie Maurer (2014), « La gomme et le crayon ou l’art (perdu) du sondage : entretien avec Jean-Luc Parodi », in Yves Déloye, Alexandre Dézé et Sophie Maurer (dir.), Institutions, élections et opinion : mélanges en l’honneur de Jean-Luc Parodi, Paris, Presses de Sciences Po, pp. 191 – 218.

Alexandre Escudier (2017), « ‘Temporalisation’ et modernité politique : penser avec Reinhart Koselleck », Revue Germanique Internationale, 25, pp. 37 – 67.

Michel Forsé, Olivier Galland, Caroline Guibet Lafaye & Maxime Parodi (2013), L’égalité : une passion française ?, Paris, Armand Colin.

Chloé Gaboriaux & Arnault Skornicki (dir.) (2017), Vers une histoire sociale des idées politiques, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion.

Matteo Gianni (2016), « Muslims’ integration as a way to defuse the ‘Muslim Question’: insights from the Swiss case », Critical Research on Religion, vol. 4, 1, pp. 21 – 36.

Axel Gosseries & Yannick Vanderborght (dir.) (2011), Arguing about justice: essays for Philippe van Parijs, Louvain, Presses Universitaires de Louvain.

Lilian Mathieu (2002), « Rapport au politique, dimensions cognitives et perspectives pragmatiques dans l’analyse des mouvements sociaux », Revue Française de Science Politique, vol. 52, 1, pp. 75 – 100.

Frédérique Matonti (2012), « Plaidoyer pour une histoire sociale des idées politiques », Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, 5, pp. 85 – 104.

Pierre Muller (2015), « Une théorie des cycles d’action publique pour penser le changement systémique », in Laurie Boussaguet, Sophie Jacquot, Pauline Ravinet (dir), Une ‘French Touch’ dans l’analyse des politiques publiques ?, Paris, Presses de Sciences Po, pp. 405 – 435.

Michel Offerlé (2008), « Retour critique sur les répertoires de l’action collective (XVIIIe – XXIe siècles) », Politix, 81, pp. 181 – 202.

Cécile Péchu (2007), « ‘Laissez parler les objets !’ : de l’objet des mouvements sociaux aux mouvements sociaux comme objets », in Pierre Favre, Olivier Fillieule et Fabien Jobard, L’atelier du politiste : théories, actions, représentations, Paris, La Découverte, pp. 59 – 78.

Hélène Périvier & Réjane Sénac (2017), « The new spirit of neoliberalism: equality and economic prosperity », International Social Sciences Journal (DOI: 10.1111/issj.12131).

Bernard Reber (dir.) (2010), La Bioéthique en débat, Archives de philosophie du droit, Tome 53.

Andrew Sabl & Rahul Sagar (eds) (2017), « Realism » (special issue), Critical Review of International Social and Political Philosophy, vol. 20, 3, pp. 269 – 402.

Arnault Skornicki & Jérôme Tournadre (2015), La nouvelle histoire des idées politiques, Paris, La Découverte.

Philippe van Parijs (2011), Linguistic justice for Europe and for the world, Oxford, Oxford University Press.

Jean-Philippe Viriot Durandal & Thibauld Moulaert (2014), « Le ‘vieillissement actif’ comme référentiel international d’action publique », Socio-logos, 9 (https://journals.openedition.org/socio-logos/2814).

Daniel Weinstock (2013), « L’éthique de la santé globale », in Jean-Baptiste Jeangène Vilmer et Ryoa Chung (dir.), Éthique des relations internationales, Paris, Presses Universitaires de France.

Axe 1 / Questionner les méthodes au fil de l’expérience

Président de séance : David Copello (Université Paris 13 – CEVIPOF)
Discutant : Bruno Quélennec (EHESS – LIER-FYT)

David Smadja (Université Paris-Est Marne-la-Vallée – LIPHA-PE), La question de l’articulation entre textes philosophiques et documents d’archives : le cas d’un texte de H. Jonas produit à l’aube du développement de la bioéthique étatsunienne

Adrien Estève (Sciences Po Paris – CERI), Conduire et utiliser des entretiens en théorie politique : les apports de la théorie de la justification

Maylis Ferry (Sciences Po Bordeaux – Centre Emile Durkheim), Faire parler les silences : du ‘comment faire’ à la théorie et retour

Alain Faure (CNRS / Sciences Po Grenoble – PACTE), Le ‘tournant émotionnel’ (en science politique) à l’épreuve des théories et des méthodes

Axe 2 / L’enquête de terrain à l’épreuve des concepts (et réciproquement)

Présidente de séance : Janie Pélabay (Sciences Po Paris – CEVIPOF)
Discutante : Réjane Sénac (CNRS / Sciences Po Paris – CEVIPOF)

Gael Depoorter (Université de Picardie Jules Verne – CURAPP ESS), La critique épistémologique comme méthode d’objectivation : une sociologie de l’exotisme hacker

Arthur Guichoux (Université Paris Diderot – LCSP), La démocratie de la place publique : enquête sur les rassemblements du 15M, Gezi, Nuit Debout

Elda Nasho Ah-Pine (Université Clermont Auvergne), Croisements d’approches théoriques et de méthodes pour l’étude des communautés de sécurité

Raphaël Challier (Université de Mulhouse/Université Paris 8 – CRESPPA GTM), Les ‘lois d’airain’ sont-elles observables à l’œil nu ? Ethnographier le quotidien militant pour dénaturaliser les hiérarchies sociales et politiques

CHALLIER Raphaël challier.raphael@gmail.com

COPELLO David david.copello@sciencespo.fr

DEPOORTER Gael gaeldepoorter@protonmail.ch

ESTEVE Adrien adrien.esteve@sciencespo.fr

FAURE Alain alain.faure@sciencespo-grenoble.fr

FERRY Maylis maylis.ferry@gmail.com

GUICHOUX Arthur arthur.guichoux@gmail.com

NASHO Ah-Pine Elda elda.nasho_ah-pine@uca.fr

PELABAY Janie janie.pelabay@sciencespo.fr

QUELENNEC Bruno bruno.quelennec@ehess.fr

SENAC Réjane rejane.senac@sciencespo.fr

SMADJA David david.smadja@u-pem.fr