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ST 67

Trajectoires démocratiques, autoritaires et autres : régimes politiques entre consolidations, hybridations et fragmentations

Regime Trajectories beyond ‘D and A’: Consolidations, Hybridations and Fragmentations

 

Responsables scientifiques :

Eberhard Kienle (CERI, Sciences Po Paris) eberhard.kienle@sciencespo.fr
Nicolas Monceau (IRM-CMRP, Université de Bordeaux) nicolas.monceau@u-bordeaux.fr

Certains développements les plus récents dans les zones privilégiées des politiques européennes de voisinage ont souligné une tendance croissante vers ce qui apparaît être un retour vers l’autoritarisme de certains régimes politiques qui se sont reconstitués après une période d’érosion autoritaire partielle ou de forte contestation comme lors des « printemps arabes ». Reléguant vers le passé la jadis célèbre « fin de l’histoire », la revanche de l’autoritarisme semble faire pencher de plus en plus la balance dichotomique traditionnelle à l’encontre de la démocratie, et même contre les régimes hybrides ou composés qui peuplent la zone grise entre les deux. Mis en exergue par la destruction des poids et contrepoids, la subordination de droits négatifs aux droits positifs dans de nouvelles formes d’élections sans choix, d’autres transformations institutionnelles plus larges et l’essor des idéologies populistes, cette tendance fait écho à des développements similaires en Europe elle-même, dans d’autres « démocraties établies » et même dans le monde, même si elle est considérée du point de vue privilégié des théories critiques de la démocratie.

Dans ce contexte, cette section thématique vise à explorer la trajectoire des régimes politiques dans une nouvelle tentative de critiquer, d’améliorer voire de défier les catégories utilisées pour définir de tels régimes. Plutôt que de déplorer la présence ou l’absence de constellations idéal-typiques comme d’un côté les démocraties libérales fondées sur le respect des libertés positives et négatives, voire même égalitaires en nature, et de l’autre côté les régimes autoritaires fortement centralisés réduisant au minimum la condition « Linzienne » du pluralisme limité, les contributions exploreront empiriquement et tenteront d’expliquer les développements principaux et les caractéristiques des régimes concernés qui éclairent leurs différences et leurs similarités. Cet exercice inclut les îlots « autoritaires » dans les régimes « démocratiques » aussi bien que les mécanismes participatifs – quoique limités – de différentes sortes de régimes « autoritaires ». D’évidence, de tels aspects de « la politique » peuvent se manifester ou exister à différents niveaux organisationnels « du politique », dans certains domaines des politiques publiques, pour le bénéfice de certains types d’acteurs, …. Autrement dit, de façon similaire aux régimes autoritaires prétendument classiques comme celui de l’Egypte de Nasser, les régimes d’aujourd’hui – depuis l’Egypte jusqu’à la Tunisie et l’Ukraine – affichent des traits hybrides qui méritent d’être étudiés.

En considération des guerres « civiles » et des autres tendances centrifuges dans des pays comme la Syrie, l’Irak, le Yémen, la Libye, l’Ukraine ou la Moldavie, toute exploration des changements affectant les régimes politiques nécessite de prendre en considération la fragmentation croissante des politiques qui étaient considérées auparavant comme unifiées ou même stables. La fragmentation apparaît ici comme un terme plus approprié que des notions plus lourdement chargées telles que l’Etat défaillant ou même la limitation de la statehood, cette dernière notion se concentrant toujours sur les limites de l’ancienne unité politique (le plus souvent reconnue internationalement). Même avec toutes les précautions évoquées, le débat sur les caractéristiques participatives (plutôt que « démocratiques »), autoritaires ou hybrides des régimes politiques doit être relié à la portée géographique et démographique de leur autorité, de leur influence et de leur pouvoir. Ainsi durant une large partie de la période de conflits internes lourds depuis 2011, le gouvernement de Damas n’a pas contrôlé plus d’une fraction ou d’une partie très limitée du territoire et de la population syriennes. Les autres zones ont vu l’émergence d’autres régimes politiques incluant celui érigé par l’organisation Etat islamique. Selon beaucoup, un régime autoritaire a ouvert la voie à une variété de régimes autoritaires, plus ou moins étendus ou non, plus ou moins stables et effectifs. Cependant, pour plusieurs raisons, certains de ces régimes se sont plus ou moins accommodés avec des structures participatives limitées et avec des poids et contrepoids qui ont régulé une série de transactions parmi les habitants de ces régions. En conséquence, la fragmentation politique de territoires précédemment unifiés a complexifié davantage le débat sur les caractéristiques autoritaires, démocratiques ou hybrides des régimes politiques.

 

More recent developments in the target areas of European neighbourhood policies have underlined a growing trend towards what appears to be (re)authoritarization of political regimes that (re)constituted themselves after periods of partial authoritarian erosion (not to talk of ‘political liberalization’) or strong contestation like in the ‘Arab spring’. Relegating to the past the once celebrated ‘end of history’, the revenge of authoritarian features seems to tilt the traditional dichotomous balance increasingly against democracy, and even against hybrid or hyphenated regimes that populated the grey zone between the two. Exemplified by the destruction of checks and balances, the subordination of negative to positive rights in new forms of elections without choice, other broader institutional transformations, and the rise of populist ideologies, the trend is echoed by similar developments in Europe itself, other ‘established democracies’ and indeed the world at large, even if seen from the vantage point of critical theories of democracy.

Against this backdrop the panel seeks to explore the trajectory of political regimes in a new attempt to critique, refine and possibly challenge categories used to define such regimes. Rather than mourning the presence or absence of ideal typical constellations such as liberal democracies based on the respect of positive and negative liberties, possibly even egalitarian in nature, on the one hand and heavily centralized authoritarian regime reducing to a minimum the Linzian condition of restricted pluralism on the other, contributions will empirically explore and then attempt to explain key developments and features of the regimes concerned that highlight their differences and similarities. The exercise includes ‘authoritarian’ islands in ‘democratic’ regimes as much as – however limited – participatory mechanisms of different sorts in ‘authoritarian’ regimes. As a matter of course such aspects of ‘politics’ may unfold or exist at different organizational levels of the polity, in certain policy areas, to the benefit of certain types of actors, etc. Put differently, similar to allegedly classical authoritarian regimes like that of Nasser’s Egypt, today’s regimes from Egypt to Tunisia and Ukraine no doubt display hybrid features worthwhile to examine.

In consideration of ‘civil’ wars and other strong centrifugal tendencies in countries like Syria, Iraq, Yemen, Libya, Ukraine or Moldovia any exploration of changes affecting political regimes needs to take into account the increasing fragmentation of polities that previously had been considered united or even stable. Fragmentation appears to be a more appropriate term than heavily fraught notions such as state failure or even limited statehood, the latter still focusing on the limitations of the (mainly internationally recognized, former) unit. Even with all the above caveats applied, the discussion of participatory (rather than ‘democratic’), authoritarian or hybrid features of political regimes needs to be related to the geographical and demographic reach of their authority, influence and power. Thus during much of the period of heavy internal conflicts since 2011 the government in Damascus controlled no more than a fraction or much limited part of the Syrian territory and population. Other areas saw emerge other political regimes including that erected by the Islamic State organization. In the eyes of many, one authoritarian regime gave way to a variety of authoritarian regimes, larger or smaller, more or less stable and effective. However, for a variety of reasons some of these regimes accommodated more or less limited participatory structures and checks and balances that regulated a number of transactions among the inhabitants of these areas. Consequently, political fragmentation of previously united territories further complexifies the debate about the authoritarian, democratic or hybrid features of political regimes.

Présidents de séance : Eberhard Kienle (CERI, Sciences Po Paris) et Nicolas Monceau (Université de Bordeaux, IRM-CMRP)

Discutant : René Otayek, Directeur de recherche au CNRS (LAM, Sciences Po Bordeaux)

Clémentine Fauconnier (CESSP, EHESS), Une gouvernementalité néolibérale ou la consolidation par d’autres moyens : économie de la domination politique dans la Russie de Poutine

Chaymaa Hassabo (Centre for Social Change, University of Johannesburg), Autoritarisme(s) en temps révolutionnaire. Trajectoire égyptienne 2011-2014

Badr Karkbi (IRM-CMRP, Université de Bordeaux), Un « autoritarisme interrompu » ? : Regards sur la Tunisie post révolutionnaire

Max-Valentin Robert (UMR PACTE, Sciences Po Grenoble), Comprendre le raidissement autoritaire en Turquie : minorités culturelles, préférences électorales et évolutions politico-institutionnelles

Pierre Bourgois (IRM-CMRP, Université de Bordeaux), La « fin de l’histoire » face à la « récession démocratique » : comment interpréter la nouvelle résurgence autoritaire et le phénomène d’hybridation selon Francis Fukuyama ?

BOURGOIS Pierre pierre.bourgois@hotmail.fr

FAUCONNIER Clémentine klimintine@gmail.com

HASSABO Chaymaa chaymaah@uj.ac.za

KARKBI Badr Badrkarkbi@hotmail.fr

KIENLE Eberhard eberhard.kienle@sciencespo.fr

MONCEAU Nicolas nicolas.monceau@u-bordeaux.fr

OTAYEK René r.otayek@sciencespobordeaux.fr

ROBERT Max-Valentin maxvalentin.robert@umrpacte.fr