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ST 70

Philanthropie et Etat au XXIe siècle

Philanthropy and State in the 21th century

 

Responsables scientifiques :

Alexandre Lambelet (HES-SO, Suisse) Alexandre.lambelet@eesp.ch
Sabine Rozier (Université Paris-Dauphine, PSL, IRISSO, France) sabine.rozier@dauphine.psl.eu

L’engagement récent, dans d’ambitieux programmes philanthropiques, de chefs d’entreprises ayant amassé d’immenses fortunes dans l’industrie ou les nouvelles technologiques, a suscité, ces dernières années, un regain d’intérêt des chercheurs en sciences sociales envers ce type d’activités. Mais, comme le soulignait Theda Skocpol dans un récent article (Skocpol 2016), les politistes ne se sont pas suffisamment emparés de cet objet, laissant le champ libre à des recherches à la tonalité souvent très normative, ne questionnant pas la légitimité de l’action philanthropique. Or la philanthropie, que l’on peut provisoirement définir (car ses contours sont aussi mouvants que ses usages) comme un engagement volontaire en faveur de l’intérêt public, s’apparente à bien des égards à une politique publique menée par des acteurs privés (Lambelet 2017) et mérite à ce titre l’attention des politistes : les puissants instruments de collecte et de redistribution de dons que sont les fondations posent la question de la légitimité des choix et des arbitrages auxquels elles procèdent, notamment au regard des « subventions » fiscales indirectes dont elles bénéficient ; leur contribution au modelage de l’agenda des problèmes publics invite à explorer leurs conditions d’accès aux arènes du pouvoir ainsi que les relations entretenues tant avec les acteurs de la « société civile » qu’avec ceux du champ politico-administratif ; leurs critiques implicites des manières d’agir privilégiées par les pouvoirs publics pose aussi – au delà du schème simpliste de « l’influence » – la question des transactions qu’entretiennent acteurs bureaucratiques (nationaux et transnationaux) et acteurs philanthropiques ; les avantages que procurent les fondations invitent aussi à se demander si elles ne constituent pas une forme de redistribution sociale inversée, bénéficiant aux plus aisés. Cette proposition de ST – qui s’inscrit dans le sillage de précédentes rencontres scientifiques et de publications récentes sur la question (n°65 de Lien social et politiques « Philanthropie et fondations privées : vers une nouvelle gouvernance du social », 2011 ; n°109 de Genèses « Philanthropie et prestiges d’Etat en France », 2017 ; n°34 Ethnographiques « Philanthropies », 2017 ; n°121 de Politix, « Entreprises philanthropiques » 2018) – entend donc attirer, renouveler et approfondir l’attention des politistes sur un objet d’étude qui se situe au croisement de questions intéressant la discipline. Elle se propose, dans cette perspective, (1) d’explorer les cadres institutionnels de la philanthropie, (2) les enjeux démocratiques de cette pratique multiforme, (3) ainsi que les logiques des transactions qu’entretiennent acteurs publics et acteurs privés.

 

The recent involvement in ambitious philanthropic programs of business leaders who have amassed immense fortunes in industry or new technologies has led to a renewed interest in this type of activity among social science researchers in recent years. But, as Theda Skocpol pointed out in a recent article (Skocpol 2016), political scientist did not pay sufficient attention to this object, and have left the field clear for normative researches, which does not question the legitimacy of philanthropic action. Philanthropy, which can be provisionally defined (because its contours are as shifting as its uses) as a voluntary commitment to the public interest, is in many ways similar to public policy conducted by private actors (Lambelet 2017) and therefore deserves the attention of political scientists : the foundations, wich are powerful instruments for collecting and redistributing donations, raise the question of the legitimacy of their choices, particularly with regard to the indirect tax « subsidies » from which they benefit; their contribution to shaping the agenda of public problems invites us to explore how they access the arenas of power as well as the relationships they establish with both « civil society » actors and the political and administrative field; their implicit criticism of the ways in which public authorities act also raises – beyond the simplistic scheme of « influence » – the question of the collusive transactions between bureaucratic actors (national and transnational) and philanthropic actors; the advantages of foundations also raise the question of whether they do not constitute a form of reverse social redistribution, benefiting the wealthiest. This TS proposal – which follows previous scientific meetings and recent publications on the subject (n° 65 Lien social et politiques « Philanthropie et fondations privées : vers une nouvelle gouvernance du social », 2011 ; n° 109 Genèses « Philanthropie et prestiges d’Etat en France », 2017 ; n° 34 Ethnographiques « Philanthropies », 2017 ; n° 121 Politix, « Entreprises philanthropiques » 2018) – therefore intends to draw, renew and deepen the attention of politic scientists to an object that lies at the intersection of issues relevant to the discipline. In this perspective, it proposes to (1) explore the institutional frameworks of philanthropy, (2) the democratic issues of this multifaceted practice, (3) as well as the logics of transactions between public and private actors.

 

REFERENCES

Duvoux Nicolas, Les oubliés du rêve américain. Philanthropie, Etat et pauvreté urbaine aux Etats-Unis, Paris, PUF, 2015.

Fontan Jean-Marc, Elson Peter, Lefèvre Sylvain (dir.), Les fondations philanthropiques : de nouveaux acteurs politiques ?, Presses de l’université du Québec, 2017.

Lambelet Alexandre, La philanthropie, Presses de Sciences po, 2014.

Lambelet Alexandre, Rozier Sabine, & Zunz Olivier (2017), « Entretien avec Olivier Zunz. La philanthropie en Amérique », Ethnographiques.org, 3-4, juin 2017.

Skocpol Theda, 2016, « Introduction. Why political scientists should study philanthropy », Political Science & Politics, 49.3, 2016 : 433-436.

Axe 1 / Les cadres institutionnels de la philanthropie

Présidence de séance et discussion : Sabine Rozier

Anne Bory (CLERSE – UMR CNRS 8019), Niches, incitations, renoncements, délégations ? Positions et prises de position politiques depuis les années 1980 autour des déductions fiscales accompagnant les pratiques de mécénat d’entreprise

Romain Carnac (HES-SO | EESP, Lausanne), Alexandre Lambelet (HES-SO | EESP, Lausanne), Philip Balsiger (Université de Neuchâtel) et Caroline Honegger (HES-SO | EESP, Lausanne), Quelle utilité ? Diversité des représentations et approches des déductions fiscales pour les dons aux organisations d’utilité publique chez les parlementaires suisse

Lisa Marx (Institut français de l’éducation, ENS de Lyon), Les acteurs privés dans les politiques culturelles en Suisse, entre coopérations et controverses

Sylvain Lefèvre (PhiLab- UQAM), Le périmètre de la bienfaisance : les transformations récentes des cadres institutionnels de la philanthropie au Canada

Sahar Aurore Saeidnia (Gerda Henkel-Iremam / Chercheure associée IRIS-EHESS), Philanthropie privée, philanthropie publique : faire le « bien », entre responsabilité individuelle et responsabilité collective dans la République islamique d’Iran

Axe 2 / Aux frontières de la philanthropie

Présidence de séance et discussion : Alexandre Lambelet

Myriem Aboutaher (Université Sorbonne nouvelle – Paris 3), La philanthropie de la public policy contre la traite des êtres humains menée par John D. Rockefeller Jr.

Charles Bosvieux-Onyekwelu (EHESS, Centre Maurice Halbwachs – UMR 8097 [CNRS-EHESS-ENS]), Des multinationales productrices de politiques publiques ? Les big law firms et leurs programmes d’accès au droit en France et aux Etats-Unis

Alice Lavabre (E.H.E.S.S., Centre Georg Simmel), Dons privés et délégation de service public. Le cas de l’aide à l’emploi depuis les années 1980

Nicolas Duvoux (Université Paris 8, Cresppa-LabToP) et Anne Monier (Chaire Philanthropie de l’ESSEC), Les cadres de la philanthropie : les plaques de donateurs comme traces matérielles du don

Ernestine Ngono Ayissi (Université de Yaoundé II – Soa), La Fondation chrétienne Caritas. Un entrepreneur d’utilité publique en matière d’assistance alimentaire et d’auto-emploi au Cameroun

ABOUTAHER Myriem myriem.aboutaher@gmail.com

BALSIGER Philip, philip.balsiger@unine.ch

BORY Anne, anne.bory@univ-lille.fr

BOSVIEUX-ONYEKWELU Charles, charles.bosvieux-onyekwelu@ehess.fr

CARNAC Romain, romain.carnac@eesp.ch

DUVOUX Nicolas, nicolas.duvoux@univ-paris8.fr

HONEGGER Caroline, Caroline.Honegger@eesp.ch

LAMBELET, Alexandre, alexandre.lambelet@eesp.ch

LAVABRE Alice, alice.lavabre@ehess.fr

LEFEVRE Sylvain, lefevre.sylvain@uqam.ca

MARX Lisa, lisa.marx@ens-lyon.fr

MONIER Anne, anne.monier@ens-lsh.org

NGONO AYISSI Ernestine Thianne, nernestyna@yahoo.fr

ROZIER Sabine, sabine.rozier@dauphine.psl.eu

SAEIDNIA SAHAR Aurore, s.saeidnia@gmail.com