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ST 75

Mobilisations transnationales des milieux économiques. Acteurs, organisations et idées

Transnational mobilizations of economic groups. Actors, organizations and ideas

 

Responsables scientifiques :

Marieke Louis (Sciences Po Grenoble-PACTE, CERI-Sciences Po) marieke.louis@iepg.fr
Yohann Morival (Université de Lille 2, CERAPS) y.morival@gmail.com

Cette section thématique articule le regain d’intérêt pour l’économie en science politique et la sociologie politique des relations internationales autour d’un objet encore peu étudié : les mobilisations transnationales des milieux économiques, et notamment les grandes entreprises et les organisations patronales internationales. Le renouveau des travaux en science politique sur des objets économiques (Hay et Smith 2018) (crises économiques, variétés du capitalisme, néolibéralisme, institutions financières internationales, etc.) s’est traduit d’un côté par des travaux sur les organisations internationales, notamment économiques (Compagnon et Orsini 2011, Fontan 2016, Gayon 2013, Graz 2006, Smith 2009, Nay 2017), de l’autre par une réflexion sur les processus d’accumulation du capital et de régulation.

La présente section thématique se donne un objectif différent : éclairer la structuration d’un espace international dans lequel les acteurs de l’économie évoluent, se mobilisent et s’organisent pour défendre leurs idées et leurs intérêts. Étonnement, cet enjeu reste peu documenté. On sait peu de chose par exemple de la genèse et les recompositions des organisations patronales internationales, des concurrences qui existent entre elles, des acteurs qui y évoluent ou encore des idées qui y sont mobilisées et produites (Helleiner 2014, Louis 2016, Michel 2013). En effet, la question des mobilisations des acteurs économiques reste encore largement pensée dans un cadre néo-marxiste et néo-gramscien, où la question de l’hégémonie et celle de « classe capitaliste transnationale » restent centrales (de Graaf et van Apeldoorn 2016, Hobson et Seabrooke 2007, Overbeek, van Apeldoorn et Nölke 2007). Nous proposons dans le cadre de cette ST d’articuler les réflexions sur les groupes d’intérêt économiques, sur les acteurs de l’international et sur les modalités de ces mobilisations transnationales avec trois ambitions principales :

– saisir la diversité des acteurs rendant possible la mobilisation transnationale des milieux économiques en ne se focalisant pas uniquement sur les seuls acteurs considérés comme économiques (firmes, banques, compagnies d’assurance, chaînes de valeur, etc.) mais en étudiant l’activité et la sociographie des représentants ou des intermédiaires entre sphère économique et sphère politique qui demeurent peu documentées. Or non seulement les tensions entre les salariés de ces organisations patronales transnationales et les représentants de membres nationaux façonnent des pratiques différentes de l’international (Morival 2017), mais les grandes firmes ou organisations patronales transnationales mettent en place de véritables relations « diplomatiques » (Badel 2018, Louis 2018) pour interagir avec d’autres organisations et milieux socio-professionnels;

– interroger la dimension « politique » de ces organisations, la question de leurs idées politiques et économiques n’étant jamais sérieusement posée. Le (néo)libéralisme des milieux patronaux, même lorsqu’il est démontré, est souvent réifié et ne fait pas l’objet d’une contextualisation historique, sociale et politique. Analyser les oppositions au sein de ces organisations entre des acteurs pourtant présentés comme partisans d’une économie du libre-échange fournit de nombreux éléments essentiels pour saisir les débats actuels autour de la « resilience of neoliberal ideas » (Schmidt, Thatcher, 2013).

– poser la question de la continuité :qu’il s’agisse de recherches francophones ou anglophones, la perspective socio-historique demeure marginale. Nous défendons qu’un suivi précis des recompositions de ces mobilisations sur le temps moyen et long constitue une manière de saisir la structuration d’un espace international et ses évolutions. En cela, les pistes ouvertes par l’étude des milieux économiques transnationaux sont particulièrement nombreuses.

 

This thematic section brings together the renewed interest for economy in political science and the political sociology of international relations. It focuses on a still understudied object namely the transnational mobilizations of economic groups through the action of big firms and international business organizations. New research in political science on economic topics (Hay et Smith 2018) (economic crisis, varieties of capitalism, neoliberalism, international financial institutions, etc.) have evolved in two main directions: on the one hand international organizations, especially economic ones, have been thoroughly investigated (Compagnon et Orsini 2011, Fontan 2016, Gayon 2013, Graz 2006, Smith 2009, Nay 2017); on the other hand, the questions of capital accumulation and regulation have been given renewed attention.

Yet this thematic section has a different ambition: it aims at analyzing the structuration of an international space in which economic actors evolve, mobilize and organize in order to defend their ideas and interests. Quite surprisingly, this question remains largely understudied. For instance, we don’t know much about the genesis and reconfiguration of international business organizationns, the rivalries that might occur among them, actors who are inside them or the ideas they produce (Helleiner 2014, Louis 2016, Michel 2013). Given the preeminence of the neo-marxist and neo-gramscian analytical framework, where the questions of hegemony and of a “transnational capitalist class” are central (de Graaf et van Apeldoorn 2016, Hobson et Seabrooke 2007, Overbeek, van Apeldoorn et Nölke 2007, the question of how economic actors engage in collective action remains marginal if not anecdotal.

We suggest articulating the reflection on economic interest groups, international actors and transnational mobilizations with three main objectives:

– seizing the diversity of actors engaged into the transnational action of economic groups by focusing not only on traditional economic actors (firms, banks, insurance companies, value chains, etc.) but also on their representatives as well as the brokers who act as intermediaries between the economic and political spheres. Indeed tensions may arise between the staff of the international business organizations and their domestic members’ representatives thereby illuminating different ways of shaping the international sphere (Morival 2017). Moreover, big firms or international business organizations engage in authentic “diplomatic” relations (Badel 2018, Louis 2018)  in order to interact with other organizations and socio-professional groups;

– questioning the « political » dimension of these organizations. Indeed, most works tend to assume that they (neo)liberal by essence, without historical, political and social contextualization, and their political and economic ideas are rarely considered worth studying. We suggest that analyzing the diverging opinions among actors often considered as fervent promoters of free trade and market-economies is a fruitful entry in order to understand the current debate on the “resilience of neoliberal ideas” (Schmidt, Thatcher, 2013).

– accounting for continuity: in both French- and English-speaking research, the socio-historical dimension remains neglected. We argue that in order to account for the reconfiguration of economic mobilizations over the medium and long term it is necessary to understand both the structuration and evolution of the international space.

Studying the transnational mobilization of economic groups therefore opens many engaging research options.

 

REFERENCES

BADEL, Laurence, « Diplomatie économique, diplomatie d’entreprise » in Thierry Balzacq, Frédéric Charillon et Frédéric Ramel (dir.), Manuel de diplomatie, Paris, Presses de Sciences Po, 2018, p. 245-261.

COMPAGNON, Daniel, ORSINI, Amandine, « Lobbying industriel et accords multilatéraux d’environnement : illustration par le changement climatique et la biosécurité », Revue française de science politique, vol. 61, n°2, 2011, p. 231-248.

De GRAAF, Nana, van APELDOORN, Bastiaan, American Grand Strategy and Corporate Elite Networks: The Open Door since the End of the Cold War, Routledge Studies in US Foreign Policy, 2016.

FONTAN, Clément, « Une banque centrale au-dessus des nations ? Faire peser les intérêts nationaux au sein de la Banque Centrale Européenne », Revue française d’administration publique, 2016, vol. 158, n°2, p. 491-504.

GAYON Vincent, « Homologie et conductivité internationales. L’État social aux prises avec l’OCDE, l’UE et les gouvernements », Critique internationale, vol. 2, n°59, 2013, p. 47-67.

GRAZ, Jean-Christophe, « Les hybrides de la mondialisation », Revue Française de Science Politique, 56(5), 2006, 765–787.

HAY, Colin, SMITH, Andy (dir), Dictionnaire d’économie politique, Paris, Presses de Sciences Po, 2018, 470p.

HELLEINER, Eric, Forgotten Foundations of Bretton Woods. International Development and the Making of the Postwar Order, Ithaca and London, Cornell University Press, 2014.

HOBSON, John, SEABROOKE, Leonard, Everyday Politics of the World Economy, Cambridge, Cambridge University Press, 2007.

LOUIS, Marieke, Qu’est-ce qu’une bonne représentation ? L’OIT de 1919 à nos jours, Paris, Dalloz, 2016.

LOUIS, Marieke, “La diplomatie sociale des multinationales”, in Christian Chavagneux et Marieke Louis (dir), Le pouvoir des multinationales, Paris, PUF-La Vie des idées, 2018 [à paraître].

MICHEL, Hélène (dir.), Représenter le patronat européen – Formes d’organisation patronale et modes d’action européenne, Bruxelles, Peter Lang, 2013.

MORIVAL, Yohann, « La fabrique des légitimités européennes : les acteurs de la confédération patronale européenne depuis 1952 », Critique internationale, vol. 1, n°74, 2017, p. 33-51.

NAY, Olivier, « Gouverner par le marché. Gouvernements et acteurs privés dans les politiques internationales de développement », Gouvernement et Action Publique, vol. 4, n°4, 2017, p. 127-154.

OVERBEEK, Henk, van APELDOORN, Bastiaan, NÖLKE, Andreas, The Transnational Politics of Corporate Governance Regulation, Routledge/RIPE Studies in Global Political Economy, 2007.

SMITH, Andy, « How the WTO matters to Industry: The Case of Scotch Whisky », International Political Sociology, vol.3, n°2, 2009, p. 176-193

SCHMIDT, Vivien, THATCHER, Mark (dir.), Resilient Liberalism in Europe’s Political Economy, Cambridge University Press, Cambridge, 2013.

Axe 1 / Genèse des organisations patronales XIX-XXIe siècles

Clotilde Druelle-Korn (Université de Limoges – FLSH, CRIHAM – IDHE.S Paris 1 Panthéon Sorbonne), Les congrès internationaux du Commerce et de l’Industrie dans le sillage des expositions internationales et à l’origine de la structuration des organisations transnationales du tournant XIXe-XXe siècles

Marieke Louis (Sciences Po Grenoble-PACTE, CERI-Sciences Po), Des dominés chez les dominants ? L’Organisation internationale des employeurs au miroir de la Chambre de commerce internationale

Karsten Ronit (Université de Copenhague), Peak Associations in Global Business: Patterns of Specialization

Discussion : Yohann Morival (Université de Lille 2, CERAPS)

Axe 2 / Les mobilisations transnationales à l’œuvre

Hildete de Moraes Vodopives (Sorbonne Université – Paris IV), Natural resources and economic development: key historical factors for iron ore industry in the 21th century

Marie Ghis-Malfilatre (CEMS-EHESS, PACTE, INSERM), Les risques acceptables du travail nucléaire : acteurs et outils d’une politique transnationale

Auriane Guilbaud (Université Paris 8, CRESPPA-LabToP UMR 7217), Constitution d’espaces hybrides et effets de hiérarchisation. Une analyse de la mobilisation des entreprises au sein des organisations internationales à travers une comparaison entre l’OMS et la FAO

Discussion : François-Xavier Dudouet (IRISSO)

DUDOUET François-Xavier fx.dudouet@dauphine.psl.eu

DRUELLE-KORN Clotilde clotilde.druelle-korn@unilim.fr

GHIS-MALFILATRE Marie marie-aurore.ghis-malfilatre@iepg.fr

GUILBAUD Auriane auriane.guilbaud02@univ-paris8.fr

LOUIS Marieke marieke.louis@iepg.fr

MORAES VODOPIVES (de) Hildete hildete@post.harvard.edu

MORIVAL Yohann y.morival@gmail.com

RONIT Karsten kr@ifs.ku.dk