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ST 77

Cadre spatial et cadrage de la cause : l’inscription territoriale des problèmes publics

Space and framing: the territorial embedding of public problems

 

Responsables scientifiques :

Nathalie Burlone (École d’études politiques – Université d’Ottawa) nburlone@uottawa.ca
Anne Mévellec (École d’études politiques – Université d’Ottawa) mevellec@uottawa.ca
Sébastien Ségas (Université Rennes 2 – Arènes, UMR 6051) sebastien.segas@univ-rennes2.fr

En proposant cette section thématique, nous poursuivons un double objectif :

– un objectif scientifique : mettre au centre de l’analyse une dimension de la construction des problèmes publics peu explorée, à savoir leur inscription territoriale ;

– un objectif éditorial : alimenter, à partir de tout ou partie des communications de cette ST, un numéro spécial de Revue Gouvernance.

L’essentiel des travaux inscrits dans le sous-champ de la sociologie des problèmes publics tend à prendre pour objet des problèmes inscrits sur l’agenda national ou encore à s’intéresser à la circulation internationale des problèmes publics (Neveu, 2017). De leur côté, les travaux qui traitent de l’action publique territoriale ne portent qu’une attention réduite à la question des problèmes publics, si ce n’est pour souligner des processus d’uniformisation des agendas locaux. Ainsi la thèse, déjà ancienne, de « l’unification des marchés politiques » centraux et périphériques (Gaxie, Lehingue, 1984) a mis l’accent sur la reprise, à l’échelle infranationale, de thèmes «nationaux » définis dans et par la compétition inter-partisane et souvent déconnectés des affaires locales. Plus récemment, d’autres observateurs de la vie politique locale, influencés par la géographie néomarxiste (Harvey, 1989), ont pointé la montée en puissance des thématiques du développement et de l’attractivité, les évolutions du capitalisme (et la compétition entre les territoires que ces évolutions génèrent) entraînant un alignement des agendas urbains autour de la thématique de la croissance (growth) au détriment des enjeux de redistribution (Beal, Rousseau, 2008). Ces différents travaux réduisent de facto la dimension territoriale des problèmes publics à la question de l’articulation entre agenda national (ou global) et agenda local, question envisagée en outre de façon « descendante » (l’influence des agendas nationaux sur les agendas locaux). En prenant appui sur une littérature qui interroge les relations entre espace et mobilisation (Dechezelles et Olive, 2016 ; Hmed, 2008), nous proposons trois angles d’attaque afin d’enrichir l’analyse de la dimension territoriale de la construction des problèmes publics:

  1. L’espace local comme support de publicisation: La dimension territoriale de la construction des problèmes publics renvoie ici à des stratégies de dramatisation spatialisées. Il s’agira en particulier de se demander si cet ancrage spatialisé, souvent analysé comme une ressource de publicisation, n’influence pas également le processus de cadrage (Snow, 2004) de la cause.
  2. Le territoire comme cause : Le territoire n’est plus alors un simple support. Au contraire, il y a une forte identification entre l’enjeu construit et le territoire. On peut penser ici à des « conflits de lieu » (Dechezelles et Olive, 2016) qui se structurent autour de la défense d’un espace au nom de problématiques environnementales (ZAD) ou paysagères. Du point de vue de la construction des problème publics, il s’agira notamment d’interroger, dans une perspective comparée, les contraintes qui pèsent sur le cadrage de ces problèmes localisés. En France, D. Trom (1999) a pu montrer comment des acteurs mobilisés contre l’implantation d’une ligne haute-tension dans une vallée, confrontés à l’accusation de défendre uniquement leurs intérêts particuliers (syndrome Nimby), se sont engagés dans un processus de montée en généralité qui les a amenés à recadrer leur territoire pour le définir comme un bien commun (au nom de ses qualités environnementales et esthétiques). On peut cependant interroger le caractère universel de cette contrainte de désingularisation : N. Eliasoph (1997), en s’intéressant à des militants américains, a ainsi souligné comment la formulation publique des problèmes reste au contraire, aux États-Unis, ancrée dans le régime du proche et/ou des intérêts localisés, toute montée en généralité étant évitée, du moins en public.
  3. L’espace local comme espace public dans lequel émerge des problèmes : les espaces publics locaux ont-ils forcément les mêmes caractéristiques que l’espace public local ou international (Dacheux, 2016) ? Existe-t-il des caractéristiques spécifiques permettant de distinguer les problèmes publics locaux de problèmes nationaux ou supranationaux ? Il ne s’agira pas simplement d’interroger l’éventuelle spécificité des cadrages localisés mais aussi de se demander par quel type d’acteurs et de collectifs les problèmes qui émergent sur l’agenda local sont portés. La « résonance » entre agendas locaux, nationaux et internationaux pourra aussi être abordée par la circulation des problèmes de façon descendante (du national vers le local) mais aussi ascendante (du local vers le national) et/ou horizontale (d’une localité à une autre).

 

This thematic section has two objectives:

  • a scientific objective: to bring the territorial inscription of public problem construction at the centre of the analysis;
  • an editorial objective: to contribute to a special issue of Revue Gouvernance.

Most of the studies regarding public problem construction are situated at the national level or focus, in recent work, on the international circulation of public problems (Neveu, 2017). Similarly, studies dealing with territorial public action pay relatively little attention to the question of public problems, other than to highlight the standardization processes of local agendas. For instance, the long-standing thesis of the « unification of central and peripheral political markets » (Gaxie, Lehingue, 1984) has focused in France on the resurgence, during sub-national electoral campaigns, of « national » themes disconnected from local affairs. More recently, observers of local political life, influenced by neo-Marxist geography (Harvey, 1989), have pointed out the growing importance of development and attractiveness themes on urban agendas, the evolutions of capitalism, and the competition between the territories that these evolutions generate. These dimensions all lead to an alignment of urban agendas around the theme of growth at the expense of redistribution issues (Beal, Rousseau, 2008). These various studies relegate the territorial dimension of public problems to the question of the articulation between the national (or global) and the local agendas, an issue that is moreover considered in a « top-down » manner (the influence of national agendas on local agendas). Drawing on a literature that has examined the relationship between space and mobilization (Dechezelles and Olive, 2016; Hmed, 2008), we propose three other possible approaches that could enrich the analysis of the territorial dimension of public problems construction:

  1. The local space as a means of exposure: The territorial dimension of public problem construction refers here to spatialized dramatization strategies. This perspective seeks to ask whether this spatialized anchoring, often analysed as a resource for exposure, also influence (or even constrain) the issue framing process (Snow, 2004).
  2. The territory as a cause: Here, the territory is no longer a simple vehicle but integral to issue construction. On the contrary, constructed issues strongly relate to the territory. We may consider here the conflicts (Dechezelles et Olive, 2016) structured around the protection of a space in the name of environmental (ZAD) or scenic issues. From a public problem construction standpoint, it is necessary to question, in a comparative perspective, the constraints that weigh on the framing of these localized problems. In France, D. Trom (1999) was able to show how actors, mobilized against the construction of a high-voltage line in a valley, confronted with the charge of defending only their particular interests (Nimby syndrome), have engaged in a process of defining their territory       as a “common good”. One can however question the universal nature of this desingularization: N. Eliasoph (1997), by taking an interest in American activists, underlined how problem formulation remains, by contrast, rooted in the « close home » register in the United States, any generalization being avoided, at least publicly.
  3. The local space as a public space in which problems emerge: do local public spaces necessarily have the same characteristics as local or international public spaces (Dacheux, 2016)? Are there specific characteristics that distinguish local public problems from national, European, global ones? Not only will it be a matter of questioning the possible specificity of the local framing, but also of examining the type of actors and groups that are responsible for the problems that emerge on local agendas: are these actors and groups different from those that intervene at the national level? How do actors communicate their problems to civil society? The « resonance » between local, national and international agendas can also be addressed by the circulation of problems from a top-down (from national to local), bottom-up (from local to national) and/or horizontal (from one locality to another) manner.

 

REFERENCES

Béal, V., Rousseau, M. (2008), « Néolibéraliser la ville fordiste. Politiques urbaines post-keynésiennes et re-développement économique au Royaume-Uni : une approche comparative », Métropoles, 4 :160-202. http://metropoles.revues.org/3502

Dacheux E., (2016), « Érik NEVEU, Sociologie politique des problèmes publics », Questions de communication, 30 : 423-425.

Dechezelles, S., & Olive, M. (2016). « Lieux familiers, lieux disputés–dynamiques des mobilisations localisées ». Norois, 238-239.

Eliasoph, N. (1997). « “Close to home”: the work of avoiding politics». Theory and Society, 26(5) : 605-647.

Gaxie, D., & Lehingue, P. (1984). Enjeux municipaux: la constitution des enjeux polit. dans une élection municipale. Presses univ. de France.

Harvey, D. (1989), “From managerialism to entrepreneurialism : the transformation in urban governance in late capitalism”, Geographical Annals, 71B(1) : 3-17.

Hmed, C. (2008), « Des mouvements sociaux “sur une tête d’épingle” ? Le rôle de l’espace physique dans le processus contestataire à partir de l’exemple des mobilisations dans les foyers de travailleurs migrants », Politix, 21(84) :145-165.

Neveu, E. (2017). « How do social problems and social conflicts travel across borders”, Journal of conflict and integration, 1(1):8-38.

Snow, D. A. (2004). Framing processes, ideology, and discursive fields. The Blackwell companion to social movements, 1, 380-412.

Trom, D. (1999). De la réfutation de l’effet « NIMBY » considérée comme une pratique militante: Notes pour une approche pragmatique de l’activité revendicative. Revue française de science politique, 49(1) : 31-50.

Présidente : Nathalie Burlone (Université d’Ottawa)

Axe 1 / Le territoire, entre objet et support d’opérations de publicisation

Céline Véniat (EHESS-CEMS), Se mobiliser dans l’espace politique local pour défendre son bidonville : Décrire les pratiques de publicisation des habitants et de leurs soutiens suite à l’annonce d’une expulsion

Jeanne Toutous (Arènes, Sciences Po Rennes), Le(s) territoire(s) des langues : revendications linguistiques et récits régionaux en Bretagne et en Lusace

Aude-Claire Fourot (Simon Fraser University) et Justine Mallou (Simon Fraser University), A Constructivist Approach to Unpacking Canadian “Sanctuary City” Policies: The Cases of Vancouver and Toronto

Jeanne Chauvel (Arènes, Chaire TMAP/Sciences Po Rennes), Le problème public du Grand Paris depuis 2001 : du cadrage du problème à la mise en politiques publiques en contexte multiniveaux

Discutante : Stéphanie Dechezelles (CHERPA, Sciences Po Aix)

Axe 2 / Des espaces publics « locaux » autonomes ? Entrepreneurs de cause situés et résonance de cadre

Stéphanie Archat (IRISSO, Université Paris-Dauphine, Université de recherche PSL), Singularités de la construction localisée d’un problème public : le harcèlement sexuel dans les transports en commun

Antoine Lévêque (Triangle, Sciences Po Lyon), Enclavement des quartiers d’habitat social : émergence d’un problème intercommunal pour une municipalité communiste de l’Est Lyonnais

Xabier Itçaina (Centre Émile Durkheim, Sciences Po Bordeaux), Économie sociale et solidaire et construction des problèmes publics : une approche en termes de régimes territoriaux

Frédéric Vairel (Université d’Ottawa), Traduire les effets territorialisés de la répression en politique. Genèses de la réparation communautaire au Maroc (2007-2014)

Discutant : Thomas Frinault (Arènes, Université Rennes 2)

ARCHAT Stéphanie stephaniearchat@gmail.com

BURLONE Nathalie nburlone@uottawa.ca

CHAUVEL Anne jeannechauvel@hotmail.fr

DECHEZELLES Stéphanie sdechezelles@wanadoo.fr

FOUROT Aude-Claire afourot@sfu.ca

FRINAULT Thomas thomas.frinault@univ-rennes2.fr

ITCAINA Xabier x.itcaina@sciencespobordeaux.fr

LEVEQUE Antoine antoine.leveque@sciencespo-lyon.fr

MALLOU Justine justine_mallou@sfu.ca

MEVELLEC Anne mevellec@uottawa.ca

SEGAS Sébastien sebastien.segas@univ-rennes2.fr

TOUTOUS Jeanne jeanne.toutous@wanadoo.fr

VENIAT Cécile celineveniat@gmail.com

VAIREL Frédéric Frederic.Vairel@uottawa.ca