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ST 85

Les migrations : objet pour ou au-delà de la science politique ?

Migration: a research topic for or beyond political science?

 

Responsables scientifiques :

Damien Simmoneau (Université Saint Louis Bruxelles, CReSPo, IEE) damien.simonneau@usaintlouis.be
Farida Souiah (Aix-Marseille Université, CNRS-LAMES, LabexMed) farida.souiah@univ-amu.fr

Foisonnement et fragmentation caractérisent les études migratoires contemporaines. Anthropologues, démographes, économistes, géographes, historiens, juristes, sociologues et politologues se sont intéressés aux migrations (Brettell & Hollifield 2007). Depuis 2011, dans un contexte qualifié le plus souvent de « crise des migrants » dans le débat public et de « crise des politiques migratoires » dans la littérature scientifique (Jeandesboz & Pallister-Wilkins 2016), les travaux qui se saisissent de cet objet se sont multipliés. Les dispositifs d’encouragement à la recherche tels que les appels émis dans le cadre de programme européen H2020 ou encore la récente création d’un Institut convergences sur les migrations en France viennent renforcer ce foisonnement et inciter à l’interdisciplinarité. Dans le monde scientifique anglo-saxon, des champs de recherche autour des migration studies ou des border studies se sont organisés en se dotant de revues et de conférences dédiées. Ce dynamisme est grandement lié à la saillance de la « question migratoire » dans les sociétés contemporaines occidentales (Fischer & Hamidi 2016). L’interdisciplinarité et les approches et apports spécifiques de chaque discipline font l’objet de questionnements épistémologiques (Morawska & Bommes 2005 ; Vuddamalay & Wihtol de Wenden 2006).

La science politique permet d’envisager la construction de la migration en « problème public » depuis les années 1980 ; l’européanisation et l’internationalisation des politiques migratoires dans les années 1990 (Guiraudon 2001) ainsi que le durcissement sécuritaire des années 2000 (Bigo 2013). Elle s’empare également des problématiques liées aux politiques « d’intégration » des immigrés et de leurs descendants et à l’accès à la citoyenneté. Elle analyse la montée des populismes dans un contexte caractérisé par l’instrumentalisation des questions migratoires dans le débat public alors que le souci sécuritaire prévaut. Elle interroge le respect des droits fondamentaux des personnes en mouvement, les conventions internationales de protection des réfugiés et des migrants, les dispositifs d’accueil, de contrôle et d’expulsion. Cependant, elle le fait de façon fragmentée et dispersée (Martiniello 2013).

Cette section thématique (ST) porte sur la place de la science politique dans la compréhension de l’objet « migrations ». L’ambition scientifique est d’interroger la contribution théorique et analytique de la science politique aux études migratoires et inversement la contribution des études migratoires aux questionnements « classiques » de la science politique. Existe-t-il des paradigmes, des échelles d’analyse, ou des questionnements propres à la science politique ? La ST entend dépasser la fragmentation des travaux de recherche sur les migrations et valoriser l’articulation et la complémentarité d’analyses venues des différents sous-champs de la discipline, tout en en questionnant le potentiel et les limites. Elle valorise les efforts de dépassement des unités d’analyse classiques (individus, groupes, État) et niveaux d’analyses établis (individuel, local, national, international). Elle sera attentive aux comparaisons synchroniques et diachroniques.

 

Research about migration is both abundant and fragmented. Anthropologists, demographers, economists, geographers, historians, jurists, sociologists and political scientists have addressed migration issues (Brettell & Hollifield 2007). Since 2011, in a context often characterized as a “migrants crisis” in the public debate and as a “migration policy crisis” in the scientific literature (Jeandesboz & Pallister-Wilkins 2016), there is an increasing number of research in the field. Funding opportunities such as the Migration Call as part of the EU’s H2020 program or the recent creation a Convergence Institute on Migration in France reinforce this dynamic and encourage interdisciplinarity. Migration studies and Border studies are rapidly growing fields with numerous journals and conferences dedicated to them. The salience of “migration issues” in contemporary Western societies contributes to explaining this trend (Fischer & Hamidi 2016). The interdisciplinarity as well as the specific approaches and contributions of each discipline are the subject of epistemological questioning (Morawska & Bommes 2005, Vuddamalay & Wihtol de Wenden, 2006).

Political science has tackled issues such as the construction of migration as a “public policy problem” since the 1980s; Europeanization and internationalization of migration policies in the 1990s (Guiraudon 2001) and the securitization of migration in the 2000s (Bigo 2013). Political scientists analyze integration policies and the rise of populism in a context characterized by the instrumentalization of migration issues and the emphasis put on security. They study the respect of the fundamental human rights of people on the move, the existence of international conventions related to refugees and migrants’ protection, as well as mechanisms of control, detention and deportation of migrants. However, they do so in a fragmented and dispersed way (Martiniello 2013).

This thematic session (ST) focuses on the place of political science in the understanding of international migration. Our ambition is to question the theoretical and analytical contribution of political science to migration studies and conversely the contribution of migration studies to the analysis of the central research topics in political science about migration. Are there paradigms, scales of analysis, or questions specific to political science? The ST intends to overcome the fragmentation of the research in political science. It aims at enhancing the articulation and complementarity of the different subfields of the discipline, while questioning the potential and limits of each. While selecting the papers presented, we will value ​​efforts to go beyond traditional analysis units (individuals, groups, states) and established levels of analysis (individual, local, national, international). We will be attentive to synchronic and diachronic comparisons.

 

REFERENCES

Badie Bertrand et al., Pour un autre regard sur les migrations. Construire une gouvernance mondiale, Paris, La découverte 2008.

Bigo Didier, “Borders, mobility and security”, Kauppi Niilo (ed.), A political sociology of transnational Europe, ECPR Press, 2013, p. 111-126.

Brettell, Caroline et James Hollifield. Migration Theory: Talking across Disciplines. 2e éd. New York: Routledge, 2007.

Guiraudon Virginie, “Weak Weapons of the Weak? Transnational Mobilisation around Migration in the European Union”, in D. Imig & S. Tarrow (dir.), Contentious Europeans. Protest and Politics in an Emerging Polity, Lanham, Rowman and Littlefield, 2001, p.163-183.

Hamidi, Camille, et Nicolas Fischer. Les politiques migratoires. Repères Sociologie. Paris : La Découverte, 2016.

Jeandesboz Julien & Polly Pallister-Wilkins, “Crisis, Routine, Consolidation: The Politics of the Mediterranean Migration Crisis”, Mediterranean Politics, 21:2, 2016, p. 316-320.

Martiniello, Marco. « Comparisons in Migration Studies ». Comparative Migration Studies 1, no 1, 2013, pp.7-22.

Morawska, Ewa, et Michael Bommes (dir). International Migration Research: Constructions, Omissions and the Promises of Interdisciplinarity. Aldershot, Hants, England ; Burlington, VT : Routledge, 2005.

Sayad Abdelmalek, « Immigration et “pensée d’État” », Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 129, 1999, Délits d’immigration. p. 5-14.

Spire Alexis, Accueillir ou reconduire. Enquête sur les guichets de l’immigration, Raisons d’agir, 2008, 124 p.

Vuddamalay, Vasoodeven, et Catherine Wihtol de Wenden. « Migration and Migration Research in France ». In International Migration and the Social Sciences, édité par Ellie Vasta et Vasoodeven Vuddamalay, Palgrave Macmillan UK, 2006, p. 79-142.

Axe 1 / Au-delà de l’Etat : quels “intermédiaires” en politique migratoire ?

Présidence : Farida Souiah (Aix-Marseille Université, CNRS-LAMES, LabexMed)

Thomas Douniès (CURAPP-ESS, Université de Picardie Jules Verne / CRESPPA-CSU, Paris 8 – Paris Nanterre), Mettre en ordre la politique d’accueil. La codification contrariée de l’accès à la scolarité des jeunes migrants

Pietro Castelli Gattinara (Centre for Research on Extremism (C-Rex), Université d’Oslo), Remettre en jeu la centralité de l’État dans la gestion de l’immigration ? Les mobilisations pro- et anti-migrants en Italie et France

Morgan Lans (Centre Emile Durkheim, Sciences Po Bordeaux), Penser l’articulation entre associations et État dans les modalités nationales d’intégration. Une comparaison France, Espagne, Danemark

Anthony Clément (Master 2, Laboratoire Triangle) Anouk Flamant (EA Grhaps, INSHEA) Aisling Healy (Laboratoire Triangle, Université Jean Monnet), Aude-Claire Fourot (Simon Fraser University), Les villes françaises et l’accueil des exilés depuis 2015. Une invitation à questionner les échelles de gouvernement pour saisir l’accueil au niveau local.

Discutant : Damien Simonneau (Université Saint Louis Bruxelles, CReSPo, IEE)

Axe 2 / Science politique et catégories migratoires

Présidence : Damien Simonneau (Université Saint Louis Bruxelles, CReSPo, IEE)

Sara Casella Colombeau (ICM-EHESS-CEE), Travailleurs clandestins ou immigrés clandestins ? L’association entre travail clandestin et immigration irrégulière dans les années 1970 en France

Karen Akoka (Université Paris Nanterre, Institut des Sciences sociales du Politique (ISP)) &

Shira Havkin (Ceri – Sciences Po), L’émergence paradoxale d’une nouvelle catégorie : les minorités sexuelles comme figure de réfugié légitime

Théotime Chabre (Aix Marseille Université, LAMES & CERI Sciences Po), L’étudiant et le transmigrant : interroger la migration étudiante

Discutante : Farida Souiah (Aix-Marseille Université, CNRS-LAMES, LabexMed)

Conclusion : Benjamin Boudou (Max Planck Institute for the Study of Religious and Ethnic Diversity), Réunir les enquêtes normatives et empiriques sur les questions migratoires : un pluralisme méthodologique est-il possible ?

AKOKA Karen k.akoka@parisnanterre.fr

ANTHONY Clément anthony.clement68@gmail.com

BOUDOU Benjamin Boudou@mmg.mpg.de

CASELLA-COLOMBEAU Sara sara.casella-colombeau@college-de-france.fr

CASTELLI GATTINARA Pietro castellipietro@gmail.com

CHABRE Theotime theotime.chabre@sciencespo.fr

DOUNIES Thomas thomas.dounies@gmail.com

FLAMANT Anouk anouk.flamant@inshea.fr

FOUROT Aude-Claire afourot@sfu.ca

HAVKIN Shira shira.havkin@gmail.com

HEALY Aisling aisling.healy@univ-st-etienne.fr

LANS Morgan morgan.lans@tutamail.com

SIMONNEAU Damien damien.simonneau@usaintlouis.be

SOUIAH Farida farida.souiah@univ-amu.fr