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Congrès 2019

ST GA « Démocraties et autoritarismes »

Démocraties et autoritarismes : la démarche classificatoire en politique comparée

 

ST du groupe AFSP « Démocraties et autoritarismes »

Responsables scientifiques :
Myriam Aït-Aoudia (Sciences po Bordeaux, Centre Emile Durkheim UMR 5116) m.ait.aoudia@sciencespobordeaux.fr
Félix Blanc (Centre d’études sociologiques et politiques Raymond Aron, UMR 8036) fb.blanc@gmail.com
Benjamin Gourisse (Sciences po Toulouse, Laboratoire des Sciences Sociales du Politique) benjamin.gourisse@ut-capitole.fr

Premier acte du nouveau groupe AFSP « Démocraties et autoritarismes », cette section thématique entend interroger la démarche classificatoire, opération au fondement même de la pratique scientifique. Il est certainement banal de rappeler que les sciences classent le réel en l’organisant par groupes qui peuvent prendre le nom de catégories, types, idéaux-types. Contre les perspectives postulant son caractère « inné » et « naturel », Emile Durkheim et Marcel Mauss ont, dans un article classique, mis au jour l’origine sociale de ce « procédé qui consiste à classer les êtres, les événements, les faits du monde en genres et en espèces, à les subsumer les uns sous les autres, à déterminer leurs rapports d’inclusion ou d’exclusion » (Durkheim, Mauss, 1903). Par là, ils ont aussi ouvert un champ de recherche qui n’a cessé d’interroger les relations entre classification sociale et classification savante. Cette section thématique vise à ne pas dissocier la réflexion sur les régimes politiques des enjeux méthodologiques et théoriques de toute opération de classification savante.

S’il est difficile de rendre raison de la diversité historique ou géographique des régimes sans procéder à une démarche classificatoire, la classification fait potentiellement obstacle au dévoilement des modalités concrètes du fonctionnement d’un régime. La classification des régimes est au fondement de la philosophie politique, du droit constitutionnel et de la science politique. Nous disposons aujourd’hui, de plusieurs catégories héritées, sous forme de dichotomies, voire de trichotomie, qui visent à penser les points de divergence ou de convergence entre des régimes politiques contemporains les uns des autres, mais aussi les points de rupture ou de continuité historique. La transformation des classifications et des critères, ainsi que la diffusion du concept d’hybridité depuis le début des années 2000 ne règlent néanmoins pas les questions posées dans l’usage de toute classification. Les catégories permettent en effet de mettre de l’ordre dans l’infinie diversité du réel, mais elles peuvent également voiler la singularité des configurations analysées. Ces problèmes ne sont pas nouveaux et les façons de les surmonter nombreuses. Trois ordres de questions seront abordés dans cette section thématique.

1) Penser la classification savante de manière synchronique et/ou diachronique

L’intitulé de ce groupe AFSP, « Démocraties et autoritarismes », nous confronte à une double problématique : la comparaison interne à chaque type et la comparaison entre les deux types de régime. La comparaison peut être synchronique ou diachronique, historique, interne à un type, ou distinguant deux ou plusieurs types. Peut-on penser un régime sans son « opposé » ? Comment circonscrire le cadre de la classification ?

2) La classification dans l’enquête

La place de la classification dans l’enquête soulève de grandes difficultés. Comment utiliser les catégories héritées ou construites ? Doivent-elles servir de point de départ à l’analyse ou résulter d’une méthode inductive et constituer un point d’arrivée du travail de recherche ? Prendre pour point de départ la classification implique-t-il nécessairement d’adopter une démarche déductive ? Quelles difficultés spécifiques soulèvent la dichotomie démocraties/autoritarismes ?

3) Classification politique, classification savante

Classer est à la fois une opération savante et une opération de sens commun (Durkheim, Mauss 1903). L’une des difficultés de toute classification est l’usage de termes identiques dans les langages ordinaires et politiques d’une part, et savant d’autre part. Il en va ainsi de la distinction « démocratie » et « autoritarisme ». Cette superposition a conduit certains chercheurs à récuser l’opération même de classification réputée reproduire trop étroitement les catégorisations indigènes (Dobry 2005). Mais peut-on renoncer à toute opération de classification ? Que faire des catégories produites par les acteurs politiques eux-mêmes ? Comment penser les phénomènes de circulation ?

Cette première rencontre du nouveau groupe AFSP « Démocraties et autoritarismes » sera également l’occasion d’échanger avec les chercheurs intéressés à participer aux rencontres futures du groupe.

 

REFERENCES

Durkheim Emile, Mauss Marcel, « De quelques formes de classification. Contribution à l’étude des représentations collectives », L’Année sociologique, VI, 1903, p. 1-72 (nouvelle publication : Eric Brian, Jules Salomone, Florence Weber (dir.), PUF, Quadrige, 2017)

Dobry Michel, « Penser = classer ? », Entretien avec André Loez, Gérard Noiriel et Philippe Olivera, Genèses, 2/59, 2005, p. 151-165.

Introduction par Myriam Aït-Aoudia, Félix Blanc, Benjamin Gourisse, Apports et limites de la logique classificatoire en politique comparée

Vanessa Bernadou (Université Paris Dauphine, Irisso), Repenser la catégorie de régime au prisme de la structure politique : le cas argentin

Cyrielle Maingraud-Martinaud (Sciences Po Bordeaux, LAM), Peut-on concilier classification, comparaison et approche « au concret » des régimes autoritaires ? Réflexions à partir du cas tanzanien

Discussion assurée par les responsables scientifiques de la section thématique.

AIT AOUDIA Myriam m.ait.aoudia@sciencespobordeaux.fr

BERNADOU Vanessa vanessa.bernadou@hotmail.fr

BLANC Félix fb.blanc@gmail.com

GOURISSE Benjamin benjamin.gourisse@ut-capitole.fr

MAINGRAUD-MARTINAUD Cyrielle cyrielle.maingraud@gmail.com