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Congrès 2019

ST GA « Mondialisation, circulations, transnationalisation »

Peut-on faire une science politique globale ? Enjeux normatifs, épistémologiques et méthodologiques

Globalizing Political Science ? Normative, epistemological and theoretical implications

 

ST du Groupe AFSP « Mondialisation, circulations, transnationalisation »

Responsables scientifiques :

Delphine Allès (INALCO, CASE) delphine.alles@inalco.fr
Jacobo Grajales (Université de Lille, CERAPS) jacobo.grajales-lopez@univ-lille.fr
Louise Perrodin (Université Paris Est, LIPHA-PE) louise.perrodin@univ-paris-est.fr

Tour-à-tour post-colonialisée ou décolonisée, située ou localisée, décentrée, transnationalisée ou mondialisée, la science politique contemporaine s’est depuis longtemps émancipée de ses objets originels et d’une définition restrictive en tant que “science de l’Etat” occidental ou “science du gouvernement”. La double-nécessité de décentrer la discipline et de l’émanciper de prismes d’analyse exclusivement étatiques apparaît consensuelle, au regard d’une production scientifique contemporaine qui s’attache à saisir les processus de circulation ou de transnationalisation, les logiques multi-scalaires ou encore la portée de mobilisations échappant aux médiations étatiques et, plus largement, aux enrégimentements institutionnels.

Ce glissement des centres d’intérêts au-delà et en dehors de l’Etat occidental n’a pourtant pas débouché sur une transformation épistémologique et méthodologique de la même ampleur. La persistance d’un prisme étatique, conditionné par les échelles de production des données et l’organisation institutionnelle de la discipline plutôt que par les objets et enjeux étudiés, conduit à oblitérer les débats normatifs, épistémologiques et méthodologiques que devraient susciter le dépassement empirique du nationalisme méthodologique. Emerge ainsi une dissociation croissante entre des objets pensés comme transnationaux, circulants et/ou mondialisés, tandis que les cadres conceptuels reposent encore souvent sur la dissociation entre systèmes nationaux ou internes d’une part, internationaux ou externes d’autre part.

Au plan normatif, penser la science politique à partir de l’échelle mondiale, et banaliser l’étude de phénomènes transnationaux, conduit à renouveler l’approche de phénomènes que le prisme étatique avait d’abord marginalisés puis cantonnés à leur dimension illégale ou “turbulente”. Tout l’enjeu du décentrement consiste alors à saisir comment banaliser le fait que les logiques étatiques ne soient pas seules à faire système, tout en tenant compte de la permanence de la “portée infrastructurelle” de l’Etat et du fait que l’organisation étatique et interétatique du politique demeure le point de référence normatif et institutionnel des sociétés contemporaines.

Sur le plan épistémologique, les approches visant à dépasser la centralité de la distinction entre phénomènes internes ou extérieurs à l’Etat sont quant à elles confrontées au risque de sombrer dans la lecture univoque d’une “globalité” surplombante, qui risquerait d’écraser l’historicité des sociétés et la singularité des pratiques. Comment, dès lors, globaliser la science politique sans reconstruire et imposer des prismes dominants ?

En termes méthodologiques, enfin, l’étude de phénomènes mondiaux ou transnationaux incite à penser la représentativité des terrains d’observation, les liens qui se tissent entre échelles d’analyse, et les complémentarités entre analyses multiscalaires et trans-locales. Si l’on entend échapper à l’exclusivité du prisme étatique, peut-on élaborer une science politique globale à partir de terrains situés, et quel(s) point(s) de référence adopter pour saisir les implications des circulations de normes, d’acteurs ou de pratiques ?

Ces questionnements, au coeur de la formation du groupe AFSP « Mondialisations, circulations, transnationalisation », guideront cette ST envisagée comme un lieu de réflexion disciplinaire et de partage de pratiques méthodologiques. En revenant sur les enjeux soulevés par les efforts combinés de décentrement, d’historicisation et de désétatisation des cadres d’analyse de la discipline, il s’agira de réfléchir à l’élaboration des objets d’analyse, au renouvellement des concepts et à la conception de l’organisation de la recherche.

Nous proposons d’ouvrir ces réflexions dans le cadre de deux sections de deux heures, autour des enjeux théoriques suscités par le décentrement de la discipline d’une part; des enjeux méthodologiques inhérents aux objets transnationaux d’autre part.

Des contributions représentatives de l’ensemble des perspectives sous-disciplines, épistémologiques, méthodologiques et empiriques seront les bienvenues, pour engager des réflexions qui ont vocation à inaugurer un nouvel espace de recherche et d’échanges au sein de l’AFSP.

 

Contemporary political science has purportedly experienced a post-colonial decentering, a local or situated swing and a transnational or global turn. It has taken distances from its conventional objects of study, and its restrictive understanding as “science of the (Western) state” or as a “science on government”. At the core of multiple recent works, the concern for circulation and transnationalisation logics, multi-scale processes, or mobilizations circumventing the state and happening outside the scope of institutional rulings, suggests that a consensus has emerged on the necessity of overcoming the state-centered frameworks of analysis.

However, the shift beyond and outside the Western state has not yet enticed major epistemological and methodological transformations. A state-centered prism persists, as it is conditioned by scales of data production and by the institutional organization of the discipline, rather than by the objects and issues under scrutiny. This tends to obliterate normative, epistemological and methodological debates that should derive from the endeavor of overcoming methodological nationalism.

Consequently, an increasing dissociation emerges between objects thought to be transnational, circulating and/or globalized, while conceptual frameworks often remain based on the pivotal dissociation between national or internal systems on the one hand, and international or external systems on the other.

At the normative level, thinking political science from a global perspective entails a renewal of approaches towards issues that state-centred prisms had formerly marginalized and subsequently confined to their illegal or « turbulent » dimension. The challenge then consists in accepting the fact that state mechanisms are not sole and exclusive, while taking into account the permanence of the « infrastructural reach » of the state. Mainstreaming transnational approaches goes along with recognizing that, in contemporary societies, politics are structured by state and interstate organizations and paradigms, which remain a normative and institutional reference.

On the epistemological level, approaches aimed at overcoming the centrality of the distinction between internal or external phenomena are confronted with the risk of embracing the univocal reading of an overhanging « globality », which would risk falling into the obliteration of the historicity of societies and the singularity of practices. How, then, can we globalize political science without rebuilding and imposing dominant prisms?

Finally, in methodological terms, the study of global or transnational phenomena encourages us to carefully reflect on the representativeness of the observation fields, the links connecting scales of analysis, and the complementarities between multiscalar and trans-local analyses. If we wish to escape the exclusivity of the state prism, we need to thoughtfully ask if we can develop a global political science from localized fields, and what reference point(s) should be adopted to grasp the implications of the circulation of norms, actors or practices.

These questions lie at the heart of the formation of the AFSP standing group on « Globalization, circulation, transnationalization », and will guide it through disciplinary reflection and the sharing of methodological practices. Lodging in the substantial efforts to de-center, historicize and liberate political science from exclusive state-centered narratives, this standing group aims to nurture reflections on the development of analytical objects, the renewal of concepts and the design of the research.

We propose to open these reflections during two two-hour sections: the first will deal with the theoretical issues raised by decentering the discipline; while the second will focus on the methodological issues inherent to transnational objects and research designs.

Contributions representing all sub-disciplinary, epistemological, methodological and empirical perspectives will be welcome, to initiate reflections intended to inaugurate a new space for research and exchanges within the AFSP.

Axe 1 / Echelles et acteurs d’une science politique globale

Delphine Allès (Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), Centre Asie du Sud-Est EHESS/INALCO), Un transnationalisme enraciné ? L’extraversion des organisations islamiques indonésiennes dans un ordre mondial confessionnalisé

Juliette Ruaud (IEP de Bordeaux, LAM, et département de science politique, Université Laval de Québec), Faire une sociologie historique du politique globale ? L’exemple du vote dans le Sénégal colonial

Tamas Peragovics (Central European University), Akos Kopper (International Relations and European Studies, ELTE University), The Need and Comfort of Imagining States as Strategic Actors – Lessons from an Ontological and Epistemological Re-evaluation of 1970s Ping-pong Diplomacy between the US and China

Déborah Perez (CHERPA, IEP d’Aix-en-Provence, et CMH, ENS/EHESS), Quentin Desforges (IRISSO, Université Paris-Dauphine, IRMC), Aux frontières du “national” et du “transnational”. Questionnements à partir de deux enquêtes réalisées au sein de l’Assemblée tunisienne en transition

Damien Simonneau (Louvain, Université Saint Louis Bruxelles), « Il nous faut une barrière ! ». Etudier le phénomène global de militarisation frontalière à partir de mobilisations locales en Israël et en Arizona (Etats-Unis)

Axe 2 / Atelier internationaliste : enjeux méthodologiques pour une science politique globale

Ayrton Aubry (Centre de recherches internationales (CERI/CNRS), Sciences Po), Comment décoloniser le rapport à son objet ? Etudier l’africanisation de la sécurité en Afrique de l’Ouest

Pablo Barnier-Khawam (Centre de recherches internationales (CERI/CNRS), Sciences Po, L’internationalisation d’un peuple autochtone : les Mapuche et la revendication d’une nation

Elise Ho-Pun Cheung (CHERPA, IEP d’Aix-en-Provence), D’Aix à Guangzhou, mettre en connexion les pratiques urbaines « intelligentes » par leurs acteurs

Sarah Daoud Centre de recherches internationales (CERI/CNRS), Sciences Po), Louise Perrodin (LIPHA-PE, Université Paris-Est), Interroger l’approche par échelles via la qualification des acteurs transnationaux des cas palestinien et rohingya

Marlène Rosano-Grange (Centre de recherches internationales (CERI/CNRS), Sciences Po), Décentrer le regard en relations internationales à l’aide du développement inégal et combiné

ALLES Delphine delphine.alles@inalco.fr

AUBRY Ayrton ayrton.aubry@sciencespo.fr

BARNIER-KHAWAM Pablo pablo.barnierkhawam@sciencespo.fr

DAOUD Sarah sarah.daoud@sciencespo.fr

DESFORGES Quentin quentin.deforge@dauphine.fr

GRAJALES Jacobo jacobograjales-lopez@univ-lille.fr

HO-PUN CHEUNG Elise elise.hpc@gmail.com

KOPPER Akos akoskopper@gmail.com

PERAGOVICS Tamas Peragovics_Tamas@phd.ceu.edu

PEREZ Déborah perez.deborah@hotmail.fr

PERRODIN Louise louise.perrodin@univ-paris-est.fr

ROSANO-GRANGE Marlène marlene.rosanogrange@sciencespo.fr

RUAUD Juliette juliette.ruaud.1@ulaval.ca

SIMONNEAU Damien dam.simonneau@gmail.com