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ST 05

Les politiques de gentrification. Politisation du peuplement et (dé)mobilisations locales

Gentrification policies. Spatial distribution and local (de)mobilization

 

Responsables scientifiques :

Lorenzo Barrault-Stella (CNRS – CRESPPA-CSU) lorenzo.barrault-stella@cnrs.fr
Sylvie Tissot (Université Paris 8 – CRESPPA-CSU) sylvie.tissot@univ-paris8.fr

 

Alors que les processus de gentrification sont désormais bien documentés par les sciences sociales (Brown-Saracino, 2010; Chabrol et al. 2016), certaines de leurs dimensions politiques et bureaucratiques demeurent moins connues. On doit à Neil Smith (1996) une interprétation pionnière des liens entre la revalorisation des centres-villes dégradés et l’intervention publique, avec l’hypothèse d’une « stratégie urbaine globale » parfois résumée sous le vocable de « ville néo-libérale » : la gentrification en serait la parfaite expression (Hackworth, 2006). Discutée et parfois contestée, cette approche laisse dans l’ombre les liens concrets entre des transformations urbaines et une action publique elle-même en transformation. Cette section appelle à une investigation empirique de ces liens, et par l’articulation de plusieurs littératures de sociologie politique, d’analyse des politiques publiques et de sociologie urbaine.

Il s’agit d’abord de remettre l’Etat et les institutions publiques dans l’analyse des logiques ségrégatives, et ce alors que le peuplement constitue un enjeu central et de plus en plus explicite pour les gouvernants (Desage et al., 2014). Ainsi peut-on s’interroger sur la manière dont les politiques locales, désormais bien étudiées (par exemple Le Galès, 2003), façonnent la gentrification de certains quartiers, la rendent impossible dans d’autres ou encore la retarde ou l’accélère ailleurs. Comment, par ailleurs, les actions collectives d’habitant-es pour construire un quartier à leur image (Tissot, 2001 ; Collet, 2015) s’articulent-elles avec les politiques publiques, et, plus généralement, quels liens unissent gentrifieurs-euses, habitant-es « déjà là » et autres riverains avec les élu-es comme avec les acteurs-trices bureaucratiques ?

Sans doute les politiques visant explicitement à gentrifier un secteur ou à lutter de façon volontariste contre la gentrification sont-elles relativement rares. Mais on souhaite tester l’hypothèse selon laquelle nombre d’actions publiques sont susceptibles d’avoir des implications sur la composition sociale, la potentielle patrimonialisation, le renouvellement de la sphère commerciale, ou encore la fréquentation de certains espaces. Les politiques d’aménagement du territoire, du logement (par exemple social), scolaires, culturelles ou encore liées aux autorisations de commerces ou d’activités en constituent des exemples. Afin d’approfondir ces pistes tout en prenant acte de la porosité public/privé dans la fabrique des politiques, la section thématique propose deux axes articulés visant à mettre en relation diverses études de cas.

D’une part, il s’agit de réunir des travaux où les acteurs-trices politiques et bureaucratiques politisent stratégiquement la (lutte contre la) gentrification et mènent des actions susceptibles d’accompagner ou de s’opposer à cette forme spécifique d’embourgeoisement. Non seulement les logiques d’évitement du blâme (Weaver, 1986) pourraient être structurantes alors que la question de la gentrification est rentrée dans les débats publics, mais les cas que l’on espère réunir pourraient donner à voir des régularités dans la fabrique des « bons » publics des politiques urbaines.

D’autre part, on souhaite faire dialoguer des recherches où les interventions publiques façonnant les processus de gentrification se révèlent davantage « réactives » à des mobilisations, par anticipation d’effets électoraux, dans l’entretien de relations de clientèles ou encore pour désamorcer des contestations locales. Il s’agit ici de prolonger les travaux sur les mobilisations collectives qui accompagnent et nourrissent bien souvent la gentrification, en pénétrant dans les institutions publiques pour saisir les logiques à l’œuvre dans ces situations.

La section thématique vise à réunir des contributions originales portant sur des contextes diversifiés et potentiellement non occidentaux, empiriquement étayées, aux perspectives théoriques et méthodologiques variées (ethnographie, approches statistiques, socio-histoire, etc.). Les analyses localisées et/ou comparées sont encouragées.

 

While the process of gentrification is well documented in social sciences (Brown-Saracino, 2010; Chabrol et al. 2016), some of its bureaucratic and political dimensions remain to be investigated. Neil Smith (1996) developed a pioneer interpretation of the revalorization of dilapidated inner-city neighborhoods. His hypothesis of a “global urban strategy” puts the emphasis on public intervention: in this perspective, gentrification is the expression of the “neoliberal city” (Hackworth, 2006). Debated and sometimes contested, this approach tends to overlook the concrete links between urban transformations and public action. This section calls to an investigation of those links based on empirical works that may combine political sociology, analysis of public policy and urban sociology.

Our goal is to consider the State and public institutions as central in the production of segregated spaces, in a context when social mix policies have become consensual, and sometimes explicitly advocated by public agents (Desage et al., 2014). The ways in which local policies, now extensively studied (for example Le Galès, 2003),  shape gentrification in some neighborhoods, stop it, slow it down or accelerate it in others, require more research. In addition, we need to know how some residents strategically use public policies in order to shape and control their environment (Tissot, 2001 ; Collet, 2015). More generally, what kind of relationships exist between gentrifiers, long-time residents, “ordinary” citizens, and elected people and administrative agents?

Policies that explicitly aim at gentrifying or stopping gentrification are undoubtedly rare. Nonetheless, we want to test the hypothesis that a significant number of public actions are likely to change the socio-demographics, label landmark districts, reorganize commercial activities and the use of public spaces, thus having an impact on gentrification. Urban policies, housing policies (including social housing), school policies, cultural policies and public interventions regarding permits and licenses are a few examples. While encouraging to consider the porosity between the private and the public in public policies, the section proposes two themes, which will put into perspective different case studies.

First, we would like to collet works that examine public agents who politicize gentrification or the fight against it and take action that may encourage or stop this specific form of spatial upgrading. While we suspect that strategies of blame avoidance (Weaver, 1986) are central in the context of gentrification, we would also like to bring into light how public policies establish distinctions between “good” and “bad” residents.

Second, we would like to create a dialogue between scholars who examine public interventions that react to mobilizations – because they anticipate electoral effects, seek to maintain clientele relationships, or are anxious to stop local protest. We believe that focusing on public institutions will shed light on the mobilizations that accompany and, often, fuel gentrification, and will help us discuss and enrich the existing works on such mobilizations.

The goal of the section is to collect original contributions centered on various contexts around the world, based on empirical studies, using various theoretical and methodological perspectives (ethnography, statistics, socio-history etc). We encourage comparative and/or local analyses.

 

Références / References

Japonica Brown-Saracino (dir.), The gentrification debates: a reader, Routlegde, 2010.

Anais Collet, Rester bourgeois, Paris, La Découverte, 2015.

Fabien Desage, Christelle Morel-Journel, Valérie Sala-Pala, Le peuplement comme politiques, Rennes, PUR, 2014.

Jason Hackworth, The Neoliberal City, Ithaca, Cornell University Press, 2006.

Patrick Le Galès, Le retour des villes européennes, Paris, Presses de Sciences po, 2003.

Chabrol Marie et al. ; Gentrifications, Paris, Amsterdam, 2016.

Neil Smith, The New Urban Frontier, London, Routledge, 1996.

Sylvie Tissot, De bons voisins, Paris, Raisons d’agir, 2011.

Kent R. Weaver, « The Politics of Blame Avoidance », Journal of Public Policy, 654, 1986.

Axe 1 : Diversité et renouvellement des outils politiques de gentrification

Présidente de séance : Sylvie Tissot (Université Paris 8 – CRESPPA-CSU)
Discutante : Myrtille Picaud (Sciences Po Grenoble – Pacte/CEE)

Alexandre Donnen (FNRS – Université Libre de Bruxelles), La mise en tourisme des homosexualités à Bruxelles : gentrification et normativités spatio-sexuelles

Alexandre Fauquette (GHU Paris – CERAPS), Christophe Gibout (Université du Littoral Côte d’Opale – TVES), Mieux manger pour mieux gentrifier : le cas d’un projet d’aménagement urbain dans l’EST Lillois

Marie Piganiol (Université Paris-Dauphine PSL – IRISSO), Des écoquartiers à embourgeoisement variable

Antoine Lévêque (Université de Lyon 2 – Triangle), Une reconstruction consensuelle du problème de desserte de la banlieue populaire lyonnaise : le transport collectif comme politique de peuplement ?

Axe 2 : Politisations, résistances et vécus de la gentrification

Président de séance : Lorenzo Barrault-Stella (CNRS – CRESPPA-CSU)
Discutante : Anaïs Collet (Université de Strasbourg – SAGE)

Sophie Gruyer (Université de Lille – CERAPS), Bordeaux : sociologie et trajectoire d’un dispositif « anti-gentrification »

Samir Hadj Belgacem (Université Jean Monnet de Saint Étienne – Centre Max Weber), Une gentrification urbaine « de droite » ? Les usages de la rénovation urbaine dans une ancienne municipalité communiste

Olivier Alexandre (CNRS – Centre Internet et Société), De mauvais voisins. Les « techies » et la politique de (dé-)gentrification de la ville de San Francisco

Sophie Gravereau (Université du Littoral Côte d’Opale – Territoires, Villes, Environnement et Société), Cohabiter à la Mouraria à Lisbonne : résistances habitantes face à la gentrification

ALEXANDRE Olivier olivier.alexandre@cnrs.fr

BARRAULT-STELLA Lorenzo lorenzo.barrault-stella@cnrs.fr

COLLET Anaïs anais.collet@unistra.fr

DONNEN Alexandre alexandre.donnen@ulb.be

FAUQUETTE Alexandre alexandre.fauquette@univ-lille.fr

GUIBOUT Christophet christophe.gibout@univ-littoral.fr

GRUYER Sophie sophie.gruyer@univ-lille.fr

GRAVEREAU Sophie sophie.gravereau@free.fr

HADJ BELGACEM Samir samir.hadj.belgacem@univ-st-etienne.fr

LEVEQUE Antoine antoine.n.leveque@gmail.com

PICAUD Myrtille myrtille.picaud@sciencespo.fr

PIGANIOL Marie marie.piganiol@dauphine.psl.eu

TISSOT Sylvie sylvie.tissot@univ-paris8.fr