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ST 09

Construction et mobilisation de l’opinion publique sondagière : des pratiques et usages aux représentations du lien démocratique

Construction and mobilization of surveyed public opinion: from practices and uses to representations of the democratic linkage

 

Responsables scientifiques :

Céline Belot (PACTE, Grenoble) celine.belot@umrpacte.fr
Tinette Schnatterer (CED, Bordeaux) t.schnatterer@sciencespobordeaux.fr

 

La commande d’enquêtes d’opinion par les exécutifs n’a jamais été aussi forte dans la plupart des démocraties occidentales (Druckman et Jacobs 2015; Belot 2012; Kruke 2012). En France en 2020, les services d’information du gouvernement (SIG) ont dépensé pas moins de 28 millions d’euros dans des enquêtes. Dans le même temps, la popularité des gouvernants n’a jamais été aussi faible et de nombreux travaux établissent le diagnostic d’une « crise de la représentation » voire d’une « crise de la démocratie », pointant notamment le sentiment des citoyens de ne pas être suffisamment entendu par les gouvernants (Torcal et Montero 2006, Dalton, 2008, Rosanvallon 2015).

Cet apparent paradoxe mérite d’être examiné, d’autant que la commande d’enquêtes fait l’objet de représentations contradictoires au sein de la littérature. Pour les uns, elle servirait l’impératif de réactivité démocratique des représentants envers les citoyens, en permettant la prise en compte les préférences des citoyens dans la fabrique des politiques publiques (Stimson 2007; Manza and Cook 2002; Page 2002; Glynn et al. 2004, Burstein 2010), pour les autres, elle favoriserait avant tout, via des mécanismes de persuasion notamment, la manipulation de l’opinion (Jacobs & Shapiro, 2000 ; Druckman & Jacobs, 2015). Le débat n’est pas nouveau et peut être rattaché aux espoirs mais aussi aux critiques que ce nouvel instrument de l’action publique a fait naître dès ses origines (Blondiaux, 1998). Il reste prégnant dans un contexte où relativement peu est su, encore aujourd’hui, de ce que font les gouvernants des enquêtes d’opinion qu’ils commandent et comment ils intègrent l’énonciation de l’opinion, celle dont ils sont à l’origine et celle œuvre d’autres acteurs, dans l’action publique. Le constat de Loïc Blondiaux à la fin des années 1990 d’un manque d’« analyses empiriques sérieuses » à ce sujet qui « autorise tous les fantasmes » (1997 : 130) reste d’actualité (Belot et Schnatterer 2021).

A travers cette session thématique, nous faisons le pari d’un renouvellement du débat à la faveur du développement de deux types de travaux. Les premiers portent sur la fabrique de l’opinion publique et son usage par les gouvernants à travers un examen minutieux des pratiques des acteurs et de ce qu’ils produisent (questionnaires, rapports) (Page, 2006, Birch 2010, Belot, 2019, ANR CosPo). Les seconds participent du renouvellement du débat sur la représentation et s’intéressent aux pratiques de la représentation, aux perceptions mouvantes des représentants et des représentés, et re-questionnent ainsi le lien entre gouvernants et gouvernés (Mansbridge, 2003 ; Disch, 2011 ; Rosset et al. 2017 ; Mazeaud, 2019).

Le but de cette session thématique est d’ouvrir le dialogue entre ces deux types de travaux.

Nous attendons donc des propositions portant sur la production, et la mobilisation de l’opinion sondagière au niveau local, national, européen ou international. Nous nous intéresserons également aux acteurs de cette commande, gouvernants, conseillers, sondeurs, mais aussi think tank, medias, ONG afin d’observer la fabrique et l’usage de l’opinion publique sondagière à travers ses effets de circularités dans un contexte concurrentiel de production de l’opinion.

Des travaux ont montré que certains « groupes cibles », notamment ceux qui disposent d’un capital économique et culturel important, pouvaient être « mieux représentés » que d’autres (Gilens 2009 et Bartels 2008 pour les États-Unis ; Elsässer et Schäfer 2016 pour l’Allemagne ; Peters et Ensink 2015 pour une étude comparative). Nous sommes également intéressées par les travaux qui abordent la question de la représentation autour de ces « voix inégales ». Plus généralement, nous serons intéressées par toute proposition relative à ce que la fabrique de l’opinion publique fait à la relation gouvernants-gouvernés et aux pratiques de la représentation.

 

Policy makers in most Western democracies make an extensive use of opinion polls (Druckman and Jacobs 2015; Belot 2012; Kruke 2012). In France in 2020, the government information services (SIG) spent no less than 28 million euros on surveys. At the same time, the popularity of government leaders has never been so low and a growing number of studies identifies a “crisis of representation” or even a « crisis of democracy », rooted in citizens’ impressions that the representatives do not sufficiently take their expectations into account (Torcal and Montero 2006, Dalton, 2008, Rosanvallon 2015).

This apparent paradox deserves to be examined, especially since the commissioning of surveys gives rise to contradictory interpretations. For some authors, it serves the imperative of democratic responsiveness, by allowing citizens’ preferences to be considered during the elaboration of public policy (Stimson 2007; Manza and Cook 2002; Page 2002; Glynn et al. 2004, Burstein 2010), while for others, it favors the manipulation of opinion, particularly through mechanisms of persuasion (Jacobs and Shapiro, 2000; Druckman and Jacobs, 2015).

The debate is not new and can be linked to the hopes and criticisms that this new instrument of public action has raised since its inception (Blondiaux, 1998). It is still prevalent in a context where relatively little is known, even today, about how governments access surveybased information and how they influence their behavior. Loïc Blondiaux’s observation at the end of the 1990s of a lack of « serious empirical analyses » on this subject, which « authorizes all kinds of fantasies » (1997: 130), remains relevant today (Belot and Schnatterer 2021).

This thematic session aims to contribute to a renewal of the debate through the development of two types of studies. The first type of studies focuses on the production of public opinion and its use by governments through a careful examination of the practices of actors and what they produce (questionnaires, reports) (Page, 2006, Birch 2010, Belot, 2019, ANR CosPo). The latter participate in the renewal of the debate on representation and are interested in the practices of representation, the shifting perceptions of representatives and represented, and thus re-question the link between governors and governed (Mansbridge, 2003; Disch, 2011; Rosset and al. 2017; Mazeaud, 2019).

The aim of this thematic session is to open a dialogue between these two types of work.

We therefore expect proposals on the production and mobilization of opinion polls at the local, national, European or international level. We will also be interested in the actors involved in this process, governors, advisors, pollsters, but also think tanks, media, NGOs in order to observe the production and use of public opinion through its circularity effects in a competitive context of opinion production.

Studies have shown that certain « target groups », especially those with significant economic and cultural capital, can be « better represented » than others (Gilens 2009 and Bartels 2008 for the United States; Elsässer and Schäfer 2016 for Germany; Peters and Ensink 2015 for a comparative study). We are also interested in contributions that address the issue of representation around these « unequal voices. » More generally, we will be interested in any proposals related to what the manufacture of public opinion does to the ruler-governed relationship and practices of representation.

Axe 1 / Acteurs et pratiques de la fabrique de l’opinion  

Présidente : Céline Belot

Hugo Touzet (Sorbonne Université), Chez nous, l’enquête est reine ». Produire des sondages d’opinion : entre savoir-faire et contraintes marchandes
Discutant : Necati Mert Gumus

Anja Durovic (Sciences Po Bordeaux) et Tinette Schnatterer (Sciences Po Bordeaux), What determines that an issue is covered by governments surveys ?
Discutante : Elisa-Deiss Helbig

Céline Belot (Sciences Po Grenoble) et Tinette Schnatterer (Sciences Po Bordeaux), The question behind the question
Discutant : Christopher Butler

Necati Mert Gumus (Université Lumière Lyon 2), Agence de Planification d’Istanbul (IPA) : Enquêter pour fabriquer des contre opinions publiques à celles du gouvernement central autoritaire
Discutant : Hugo Touzet 

Axe 2 / L’opinion dans la prise de décision publique

Présidente : Tinette Schnatterer

Chris Butler (University of Manchester), Twisting, but not turning: how Thatcher’s government responded to private polling
Discutante : Anja Durovic

Chloé Bérut (Université de Versailles Saint-Quentin- en-Yvelines), Les différentes voies de la ‘démocratie en santé’ dans la construction de la Stratégie Nationale de Santé : concurrences, usages et effets d’un dispositif à entrées multiples
Discutante : Isabelle Guinaudeau

Elisa Deiss-Helbig (Université de Stuttgart) et Isabelle Guinaudeau (Sciences Po Bordeaux), Explaining variations in the deservingness perceptions of social groups at the individual level
Discutante : Chloé Bérut

BELOT Céline celine.belot@umrpacte.fr

BERUT Cloé chloe.berut@umrpacte.fr

BUTLER Christopher christopher.butler-3@manchester.ac.uk

DEISS-HELBIG Elisa elisa.deiss-helbig@sowi.uni-stuttgart.de

DUROVIC, Anja anja.durovic@sciencespo.fr

GUINAUDEAU, Isabelle i.guinaudeau@sciencespobbordeaux.fr

GUMUS Necati Mert nmertgumus@gmail.com

SCHNATTERER Tinette t.schnatterer@sciencespobordeaux.fr

TOUZET Hugo touzet.h@gmail.com