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ST 24

Le communalisme comme projet politique

Communalism as a political project

 

Responsables scientifiques :

Paula Cossart (Université de Lille, Centre d’Études et de Recherches Administratives, Politiques et Sociales / CERAPS) paula.cossart@univ-lille.fr ;
Sixtine Van Outryve d’Ydewalle (UCLouvain, Centre de Philosophie du Droit / CPDR) sixtine.vanoutryve@uclouvain.be

 

Cette Section Thématique porte sur le communalisme comme ensemble de théories et de pratiques visant à donner le pouvoir au peuple par son auto-organisation au niveau local et à faire de la commune la base de l’agencement politique d’une société. Le communalisme, qui connait depuis quelques années une nouvelle vigueur, vise à se ressaisir du pouvoir de décision sur les affaires publiques par le biais d’assemblées d’habitants destinées à discuter et décider ensemble de ce qui est souhaitable pour la communauté.

La tradition communaliste trouve sans doute son expression la plus aboutie dans les écrits de Murray Bookchin et sa conception de l’écologie sociale. Pour répondre aux impasses écologiques consubstantielles au capitalisme et faire advenir une société non-hiérarchique et libre, il promeut la mise en place d’éco-communautés autogérées par des assemblées populaires fonctionnant sur le mode de la démocratie directe et du face-à-face (Bookchin, 2015). Le système politique de cette société est tel que chaque individu a le pouvoir de participer pleinement à la cogestion de la communauté. L’émancipation est au cœur de cette réflexion sur la commune : il s’agit de faire des individus des citoyens agissants. En constituant des communautés sur un territoire restreint, on leur permet de s’autogouverner au travers d’assemblées et de rejeter l’autorité d’un pouvoir étatique comme le principe-même d’une séparation entre gouvernants et gouvernés. La société civile autogérée se substitue à l’État.

Les assemblées locales décisionnelles, loin d’être aveugles aux enjeux qui dépassent leur échelle, sont appelées à coopérer entre elles, au travers d’un système confédéraliste. Le communalisme n’est donc pas une forme de localisme. Le but du mouvement est la création d’une société de communes autonomes fédérées, organisées en réseau de conseils composés de personnes déléguées dotées d’un mandat impératif et révocable de leurs assemblées locales, et ce afin de coordonner et administrer les politiques formulées par ces assemblées (Bookchin, 2015).

Si la pensée de Bookchin est incontournable pour la réflexion collective que nous proposons, elle conduit toutefois à inscrire le communalisme dans une généalogie surtout urbaine et occidentale, qui gagnerait à être élargie. Cette Section Thématique sera l’occasion de décloisonner le communalisme en rapprochant sa version bookchinienne d’autres pensées proches, comme celles s’inspirant de la démocratie directe proposée par Castoriadis (1997), les réflexions liées autour du conseillisme (Dubigeon, 2017), des communs (Dardot, Laval, 2015) ou encore de la communalité (Meyer, Alvarado, 2010). Cette confrontation à d’autres pensées s’inscrit aussi dans un souci plus général de clarifier de quoi le communalisme est proche ou s’éloigne (municipalisme, communs, conseillisme, socialisme municipal, courant participativiste, démocratie directe traditionnelle…). Nous aurons également pour but d’apprécier les critiques habituelles adressées au communalisme, en les prenant au sérieux et en explorant comment le communalisme peut y répondre.

 

This Thematic Section focuses on communalism as a set of theories and practices aimed at giving power to the people through its self-organization at the local level and at making the commune the basis for the political organization of a society. Communalism, which has gained momentum in recent years, aims to reclaim the power of decision on public affairs through assemblies of residents discussing and deciding together on what is desirable for the community.

The communalist tradition finds its most accomplished expression in the writings of Murray Bookchin and his conception of social ecology. To respond to the ecological impasses consubstantial with capitalism and to bring about a non-hierarchical and free society, he promotes the establishment of eco-communities self-managed by popular assemblies operating in the mode of direct and face-to-face democracy (Bookchin, 2015). Such a society’s political system supposes that everyone has the power to fully participate in the co-management of the community. Emancipation is at the heart of this thinking about the commune, which aims to transform individuals into active citizens. By constituting communities in a restricted territory, they can govern themselves through assemblies and reject the authority of a state power as the very principle of a separation between the governing body and the governed. The self-managed civil society replaces the state.

Far from being blind to issues that go beyond the local scale, local decision-making assemblies are meant to cooperate with each other through a confederalist system. Communalism is therefore not a form of localism. The goal of the movement is the creation of a society of federated autonomous communes, organized as a network of councils composed of delegates with an imperative and recallable mandate from their local assemblies, to coordinate and administer the policies formulated by these assemblies (Bookchin, 2015).

If Bookchin’s thought is essential for the collective reflection that we propose, it leads however to place communalism in a mainly urban and Western genealogy, which would gain from being broadened. This Thematic Section is an opportunity to decompartmentalize communalism by bringing its Bookchinian version closer to other similar thoughts, such as those inspired by the direct democracy proposed by Castoriadis (1997), the reflections linked around councilism (Dubigeon, 2017), the commons (Dardot, Laval, 2015) or communality (Meyer, Alvarado, 2010). This confrontation with other thoughts is also part of a more general concern consisting in clarifying what communalism is close to or what it is far from (municipalism, commons, councilism, municipal socialism, participativist current, traditional direct democracy…). This Thematic Section also aims to appreciate the traditional criticisms of communalism, taking them seriously and exploring how communalism can respond to them.

 

Références / References

Bookchin M., The Next Revolution. Popular Assemblies and the Promise of Direct Democracy, Londres et New York, Verso, 2015.

Castoriadis C., “The Problem of Democracy Today”, Democracy & Nature, The International Journal of Politics and Ecology, 3 (2) (issue 8), 1997, 18-35.

Dardot P. et Laval C., Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle, Paris, La Découverte, 2015.

Dubigeon Y., La démocratie des conseils. Aux origines modernes de l’autogouvernement, Paris, Klincksieck, 2017,

Meyer L. et Maldonado Alvarado B. (éds.), New World of Indigenous Resistance: Noam Chomsky and Voices from North, South and Central America, San Francisco, City Lights Books, 2010.

Session 1

Paula Cossart (Université de Lille, CERAPS), Sixtine Van Outryve (UCLouvain, CPDR), Le communalisme comme projet politique. Introduction

Gaard Kets (Radboud University Nijmegen), Laura Roth (Universitat Jaume I), Mathijs van de Sande (Radboud University Nijmegen), Communalism as a Democratic Repertoire ?

Audric Vitiello (Université de Tours, Institut de Recherche Juridique Interdisciplinaire François Rabelais, IRJI), Communalisme et autogestion : les voies plurielles de l’émancipation

Killian Martin (Université de Lille, Centre de Recherches « Individus, Épreuves, Sociétés », CeRIES), Communalisme et stratégie de l’érosion

Discutante : Sixtine Van Outryve (UCLouvain, CPDR)
Présidente de séance : Paula Cossart (Université de Lille, CERAPS)

Session 2

Jérémy Kermorvant (Université Jean Monnet, Saint-Etienne, CEntre de Recherches CRItiques sur le Droit, CERCRID), La pensée Murray Bookchin au prisme du droit positif français

Antoine Chollet (Institut d’études politiques, Université de Lausanne, Centre Walras Pareto d’études interdisciplinaires de la pensée économique et politique, CWP), Le communalisme à la lumière du renouveau des études sur la Commune de Paris de 1871

Pablo Barnier-Khawam (Sciences Po Paris, Centre de recherches internationales, CERI), Le droit à l’autodétermination des Aymaras de Bolivie et des Mapuche du Chili. Apports et limites du communalisme de Murray Bookchin

David Hamou (Université Paris-Nanterre, Sophiapol), La « municipalité libre » en Espagne : histoire d’un projet politique libertaire

Discutante : Paula Cossart (Université de Lille, CERAPS)
Présidente de séance : Sixtine Van Outryve (UCLouvain, CPDR)

BARNIER-KHAWAM Pablo pablo.barnierkhawam@sciencespo.fr

CHOLLET Antoine antoine.chollet@unil.ch

COSSART Paula paula.cossart@univ-lille.fr

HAMOU David dhamou@hotmail.fr

KERMORVANT Jérémy jeremy.kermorvant@protonmail.com

KETS Gaard gaard.kets@ru.nl

MARTIN Killian killianmartin3.1@gmail.com

ROTH Laura lroth@uoc.edu

VAN DE SANDE Mathijs mathijs.vandesande@ru.nl

VAN OUTRYVE Sixtine sixtine.vanoutryve@uclouvain.be

VITIELLO Audric audric.vitiello@univ-tours.fr