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ST 26

Les groupes d’intérêt peuvent-ils composer un sous-champ de la science politique à l’horizon 2030 ?

Is The Interest groups approach a futur subfield of the political science near 2030?

 

Responsables scientifiques :

Guillaume Courty (Université de Lille – Ceraps) guillaume.courty@univ-lille.Fr
Marc Milet (Université de Paris II Panthéon Assas – Cersa) marc.milet@u-paris2.fr

 

L’étude des groupes d’intérêt peut difficilement être considérée comme un sous-champ de la science politique française. Depuis 1990, trois manuels, rarement réédités, côtoient les très rares numéros thématiques des revues centrales de la discipline. Les monographies et thèses permettent difficilement de composer un petit rayon de bibliothèque.

Dans la même période, l’enquête menée sur les élections présidentielles de 2012 a repéré plus de 1500 organisations actives (Courty, Gervais, 2016). Un peu plus tard, en 2016, l’entrée en vigueur de la loi Sapin 2 qui concerne l’enregistrement des représentants d’intérêt a mis en évidence plus de 2500 organisations ayant pris au moins dix fois contact avec un décideur.

Face à ce paradoxe d’une densité reconnue mais peu étudiée des groupes d’intérêt, nous souhaitons  ouvrir la discussion sur les pistes de recherche qui permettraient à ce sous champ de s’institutionnaliser.

1/ Où en est l’analyse des groupes d’intérêt ?

Quels classiques revisiter et qu’en faire ? Dans l’approche des groupes d’intérêt, que reste-t-il des travaux de J. Meynaud pour la France, des chercheurs américains dans les années 1950 pour l’UE, ou d’A. Bentley pour les États-Unis ? Quelles leçons peut-on tirer d’un retour sur les pères fondateurs de ce pan de la recherche ?

Faut-il différencier les approches en fonction des espaces politiques ? Un retour sur les travaux nord-américains et Européens indiquait, il y a plus de dix ans que cette littérature avait eu tendance à se focaliser sur des objets et des variables relativement proches, insistant notamment sur le poids des facteurs institutionnels (Baumgartner, Mahoney, 2008). L’horizon 2030 invite à quelle perspective ? En quoi les approches de sociologie politique, de politiques comparée mais encore des Études européennes contribuent-elles à singulariser les espaces politiques ? Quel que soit l’espace politique étudié, où en est la possibilité de faire une sociologie des groupes d’intérêt ou une sociologie du politique par les groupes ?

– Quels apports et quelle place réserver aux « nouveaux » objets et aux « nouvelles » méthodes ?  L’horizon 2030 permet de parcourir nombre des terrains à ouvrir. De l’usage des data (Interest Groups & advocacy, Feb. 2020), aux méthodes quali-quanti ; des questionnements relatifs à la formation continue dans et par les groupes d’intérêt (Michel, 2005 ; Kluver, Saurugger, 2013 ; Interest Groups & advocacy, march 2015), au retour de la question du rapport aux organisations au sein des mouvements sociaux (Mauger, 2020) ; mais encore à l’investissement, au concret, des types de répertoires d’action juridiques engagés par les groupes (Milet, 2018).

2/ Quelle place pour l’étude des groupes d’intérêt dans la science politique ?

L’ouvrage collectif sur les groupes d’intérêt en France (Courty, Milet, 2021) a proposé de nouveaux croisements. Ont ainsi notamment fait l’objet d’une mise en perspective, l’usage de la violence par les groupes d’intérêt (Crettiez, 2021), l’européanisation et l’internationalisation des groupes (Michel, 2021 ; Louis, Morival, 2021) et le jeu des groupes dans les dispositifs participatifs (Baeckelandt, Talpin, 2021). D’autres croisements, plus classiques, quoiqu’aussi peu explorés, ont également fait l’objet de cette focale : les relations entre groupes d’intérêt et syndicalisme (Béroud, 2021), les relations avec les partis politiques (Bachelot, 2021) ou l’action territoriale des groupes (Cadiou, 2021).

Cette deuxième session entend non seulement proposer une discussion élargie de ces pistes mais également d’en discuter d’autres. Citons à titre illustratif :

La dimension organisationnelle de groupes d’intérêt. Beaucoup a été écrit concernant la maintenance des groupes d’intérêt. Des logiques de rétribution des membres à leurs interactions, l’approche interniste fait encore largement défaut. Qu’apporte l’approche monographique (Offerlé, 2013 ; Milet, 2017) ou le prisme organisationnel (Berny, 2019) ?

Les groupes d’intérêt saisis par l’analyse des politiques publiques. Au modèle des réseaux d’action publique et des coalitions de cause, ont succédé des interrogations relatives aux logiques d’intermédiations qui engagent à resituer les groupes au sein d’espaces et de positions concurrentiels avec d’autres acteurs. Les interrogations sur la coproduction normative (Courty, 2018) ou « le gouvernement à distance » (Hassenteufel, 2011 ; Revue française d’administration publique, 2017) interrogent les effets de la mise en œuvre des politiques publiques sur les objectifs impartis par les groupes et les tensions internes ainsi susceptibles d’être générées (Pete, 2018).

 

The study of interest groups can hardly be considered as a subfield of French political science. Since 1990, three textbooks, rarely reissued, have been published alongside the very rare thematic issues of central journals in the discipline. During the same period, monographs and phd’s make it difficult to compose a small library shelf.

By the way, the survey of the 2012 presidential elections identified more than 1,500 active organizations (Courty, Gervais, 2016). Later, in 2016, the implementation of the Sapin 2 law, which concerns the registration of interest representatives, revealed more than 2,500 organizations that had contacted a decision-maker at least ten times a year.

Taking into account this paradox of a recognized but little studied density of interest groups, we open the discussion on avenues of research that would allow this sub-field to become institutionalized.

1/ Where do stand the analysis of interest groups ?

 – Which classics to revisit and what to do with them?

In the interest group approach, what remains of the work of J. Meynaud for France, American researchers in the 1950s for the EU, or A. Bentley for the United States? What lessons can we draw from a look back at the founding fathers of this part of the research?

– Should we differentiate the approaches according to political spaces?

A review of North American and European work indicated, more than ten years ago that this literature had tended to focus on relatively similar objects and variables, insisting in particular on the weight of institutional factors (Baumgartner, Mahoney, 2008). what is the outlook for 2030 ? How do the approaches of political sociology, of comparative politics but also of European studies contribute to singling out political spaces? Whatever the political space studied, where is the possibility of doing a sociology of interest groups or a sociology of politics by groups?

What contributions and what place should be reserved for « new » objects and « new » methods ?

The 2030 horizon makes it possible to cover the number of sites to be opened. From the use of data (Interest groups & advocacy, Feb. 2020), to quali-quanti methods; questions relating to learning in and by interest groups (Michel, 2005; Kluver, Saurugger, 2013; Interest Groups & advocacy, March 2015), and the return to the question of the relationship to organizations within social movements (Mauger, 2020); but also to the very real investment of the types of legal action repertoires undertaken by the groups (Milet, 2018).

2/ What place for the study of interest groups in political science?

The collective work on interest groups in France (Courty, Milet, 2021) has proposed new crosses. The use of violence by interest groups (Crettiez, 2021), the Europeanization and internationalization of groups (Michel, 2021; Louis, Morival, 2021) and their action in participatory procedures(Baeckelandt, Talpin, 2021). Other ways, more classic, although so little explored, were also the subject of this focus: relations between interest groups and trade unionism (Béroud, 2021), relations with political parties (Bachelot, 2021) or action around local authorities (Cadiou, 2021).

This second session intends not only to offer a broad discussion of these avenues but also to discuss others. Let us quote some illustration :

– The organizational dimension of interest groups.

Much has been written about the maintenance of interest groups. From the logic of retribution of members to their interactions, the internist approach is still largely lacking. What does the monographic approach (Offerlé, 2013; Milet, 2017) or the organizational prism (Berny, 2019) bring ?

– Interest groups studied by public analysis.

To the model of policy networks and advocacy coalition framework, have succeeded questions relating to the logics of intermediation which involve re-situating groups within spaces and competitive positions with other actors. Questions about normative co-production (Courty, 2018) or “remote government” (Hassenteufel, 2011 ; Revue française d’Administration publique, 2017) question the effects of the implementation of public policies on the objectives set by the groups and the internal tensions thus likely to be generated (Pete, 2018).

Axe 1 / Où en est l’analyse des groupes d’intérêt ? Quels apports et quelle place réserver aux « nouveaux » objets ?

Discutants : Marc Milet, Guillaume Courty

Titre 1 Les intermittents dans l’UE
Carole Kerduel (Sciences Po Lyon – Triangle), La porosité des espaces politiques : l’exemple de la représentation des intérêts du secteur portuaire à Bruxelles

Titre 2 Le travail de lobbying au quotidien
Emmanuel Martinais (ENTPE), La contribution des groupes d’intérêt à la production des lois et règlements. L’exemple de la prévention des risques industriels

Titre 3 Le répertoire d’action électoral
Savinel Bérengère (Sciences Po Toulouse – LaSSP), (Dé)mobilisations et répertoires d’action collective des militantes de la cause des femmes dans la campagne présidentielle de 2017 : des interprétations plurielles »

Axe 2 / Nouvelles méthodes et approches ?

Discutants : Marc Milet, Guillaume Courty

Titre 1 Croiser mouvements sociaux et groupes d’intérêt
Marion Guenot (Cesdip), Agathe Piquet (University of London), Un syndicalisme en tension : pour une sociologie des groupes d’intérêt policiers

Titre 2 L’objectivation des champs
Daniel Benamouzig (CSO Sciences Po Paris), Muñoz Joan Cortinas (Université de Bordeaux Centre E. Durkheim), Mesurer les liens d’intérêts structurels : le cas des groupes d’intérêts de l’agro-alimentaire en France

Titre 3 Process tracing et comparaison
Romain Mespoulet (Sciences Po Grenoble Pacte), Mobiliser l’Union européenne dans la conduite de l’action publique nationale : les usages de la soft law européenne par les groupes d’intérêt

BENAMOUZIG Daniel daniel.benamouzig@sciencespo.fr

CORTINAS Muñoz Joan joan.cortinas@sciencespo.fr

COURTY Guillaume guillaume.courty@icloud.com

GUENOT Marion marion.guenot@cesdip.fr

KERDUEL Carole carole.kerduel@sciencespo-lyon.fr

MARTINAIS Emmanuel Emmanuel.MARTINAIS@entpe.fr

MESPOULET Romain romain.mespoulet@iepg.fr

MILET Marc marcmilet@aol.com

PIQUET Agathe piquetagathe@gmail.com

SAVINEL Bérengère berengere.savinel2019@gmail.com