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ST 37

Approches et méthodes en théorie politique

Approaches and methods in political theory

 

Responsables scientifiques :

Alice el-Wakil (Université de Constance, Cluster « The Politics of Inequality » et Zukunftskolleg) alice.el-wakil@uni-konstanz.de
Pierre-Etienne Vandamme (Université Libre de Bruxelles, Cevipol) pierre-etienne.vandamme@ulb.be

 

La théorie politique se soucie-t-elle de méthode ? C’est une question qui peut légitimement être posée au vu du faible nombre de publications de théorie politique prenant pour objet des questions de méthode et du peu de cours consacrés à ces questions dans les curriculums universitaires, par rapport aux autres sous-disciplines de la science politique. Dans le monde francophone, l’ouvrage collectif dirigé par Magali Bessone en 2018 – Méthodes en philosophie politique – fait figure d’exception et se réclame de la philosophie plutôt que de la théorie politique. En langue anglaise, deux ouvrages sortent du lot : Political Theory: Methods and Approaches, dirigé par David Leopold et Marc Stears en 2008, et surtout le récent Methods in Analytical Political Theory dirigé par Adrian Blau en 2017.

Si l’on s’intéresse à la production d’articles cette fois, les questions de méthode semblent bien davantage abordées dans le monde anglophone qu’en francophonie. Cela tient sans doute au fait qu’elles sont plus populaires dans le champ de la théorie politique « analytique », traversée notamment par de nombreux débats sur le « Rawlsisme méthodologique » (Norman, 1998) ou sur la distinction entre théories idéales et non idéales (voir Valentini, 2012 pour un aperçu d’ensemble). Il semble donc y avoir un manque à combler.

Or, un grand nombre de questions de méthode importantes se posent à celles et ceux qui pratiquent la théorie politique. Par exemple,

  • comment définir la théorie politique comme discipline et ses relations avec les disciplines voisines ? Quels sont les rapports entre théorie morale et théorie politique ? Quels sont les rapports entre théorie politiques et sciences politiques empiriques ? Comment articuler et faire dialoguer la recherche empirique et la théorie politique (voir notamment Shapiro, 2002 ; Saward & van Biezen, 2008) ?
  • sans le travail de récolte et d’analyse de données permettant de tester la validité empirique des hypothèses, qu’est-ce qui fait la validité des thèses avancées par les théoricien.ne.s ? La cohérence argumentative (ou « équilibre réflexif » dans le langage rawlsien) ? Leur faculté à convaincre ? À expliquer ou prédire ? À inspirer ? La robustesse des conclusions face aux modulations de présuppositions (Carens, 2013) ? Et une approche normative peut-elle se réclamer d’une scientificité ?
  • au sein de la théorie politique, quelles sont les avantages et les faiblesses de différentes approches ? Quelle est la pertinence et quelles sont les limites du recours aux grands auteur·rice·s du passé pour éclairer le présent ? Quel est l’intérêt des expériences de pensée et de la réflexion contrefactuelle en général ? Et comment déterminer quelle approche est la plus appropriée ? Est-il possible de combiner des approches, pour gagner quoi et jusqu’à quel point ?

L’objectif de cette section thématique est d’ouvrir le débat sur ces questions trop souvent négligées dans le champ de la théorie politique francophone, en rassemblant des participant·e·s mobilisant une diversité d’approches et en les invitant à expliciter leurs présupposés méthodologiques.

 

Does political theory care about method? This is a question that can legitimately be asked in light of the small number of political theory publications taking methodological issues as their subject and of the few courses devoted to these issues in university curricula, compared to other sub-disciplines of political science. In the French-speaking world, the collective work edited by Magali Bessone in 2018 – Méthodes en philosophie politique – is an exception and focuses more on philosophy than political theory. In English, two books stand out: Political Theory: Methods and Approaches, edited by David Leopold and Marc Stears in 2008, and the recent Methods in Analytical Political Theory edited by Adrian Blau in 2017. If we look at the production of articles, methodological issues seem to be much more addressed in the English-speaking world than in the French-speaking one. This is probably because they are more popular in the field of « analytical » political theory, which features numerous debates on « methodological Rawlsianism » (Norman, 1998) or on the distinction between ideal and non-ideal theories (see Valentini, 2012 for a general overview). Thus, there seems to be a gap to be filled.

Yet, there are many important methodological questions for those who practice political theory. For example,

  • how can political theory be defined, as a discipline? What are its relations with neighboring disciplines? What is the relationship between moral theory and political theory? What is the relationship between political theory and empirical political science? How can empirical research and political theory be articulated and brought into dialogue (see in particular Shapiro, 2002; Saward & van Biezen, 2008)?
  • without the collection and analysis of data to test the empirical validity of hypotheses, what makes the validity of the claims developed by theorists? The coherence of their arguments (or « reflexive equilibrium » in the Rawlsian language)? Their ability to convince, explain, predict, or inspire? The robustness of conclusions in the face of shifting presuppositions (Carens, 2013)? And can a normative approach claim to be scientific?
  • within political theory, what are the advantages and weaknesses of different approaches? What is the relevance and what are the limits of using important authors of the past to enlighten the present? What is the value of thought experiments and counterfactual thinking in general? And how can we determine which approach is the most appropriate? Is it possible to combine approaches, to what end and to what extent?

The aim of this thematic section is to open a debate on these questions, which are too often neglected in the field of French-speaking political theory, by bringing together participants who mobilize a diversity of approaches and by inviting them to make their methodological assumptions more explicit.

 

Références / References

Bessone, M. (dir.) (2018). Méthodes en philosophie politique. Presses universitaires de Rennes.

Blau, A. (dir.). (2017). Methods in analytical political theory. Cambridge University Press.

Carens, J. (2013). Presuppositions and political theory, dans The Ethics of Immigration, Oxford University Press, 297-313.

Knight, C. (2017). Reflective equilibrium. In Blau, A. (dir.), Methods in Analytical Political Theory, 46-64.

Leopold, D., & Stears, M. (dir.). (2008). Political theory: Methods and approaches. Oxford University Press.

Norman, W. (1998). ‘Inevitable and unacceptable?’ Methodological Rawlsianism in Anglo-American political philosophy. Political Studies46(2), 276-294.

Rawls, J. (1971). A theory of justice. Harvard university press.

Shapiro, I. (2002). Problems, methods, and theories in the study of politics, or what’s wrong with political science and what to do about it. Political theory30(4), 596-619.

Van Biezen, I., & Saward, M. (2008). Democratic theorists and party scholars: Why they don’t talk to each other, and why they should. Perspectives on Politics, 21-35.

Axe 1 / Sur quoi doit s’appuyer la théorie politique ?

Présidente : Alice el-Wakil (Universität Konstanz)
Discutant : Olivier Ruchet (Universität Zurich)

Aliénor Ballangé (Goethe Universität Frankfurt), Le ‘tournant ethnographique’ de la théorie politique : justifications théoriques et implications empiriques

Samuel Hayat (et collectif) (Sciences Po Paris), Using workers’ writings as a source for political theory. First results of a collective endeavour

Louis Larue (University of Gothenburg), Quel rôle pour la spéculation en théorie politique normative de la finance ?

David Copello (AGORA-CY Cergy Paris Université, IHEAL-CREDA), Pour un usage des statistiques dans l’étude des concepts politiques : aspirations, potentialités et limites d’une série d’expériences de recherche 

Axe 2 / Anachronique et idéale ou historique et contingente ?

Président : Pierre-Étienne Vandamme (Université libre de Bruxelles)
Discutant : Fabrice Flipo (Institut Mines-Télécom)

Antoine Chollet (Université de Lausanne), Pour une théorie politique historique, conceptuelle et politique

Nicolas Arens (FNRS, ISPOLE, Université Catholique de Louvain), La méthode d’actualisation indirecte des auteurs classiques. Un cas de théorie politique au sein des études européennes

Benjamin Bourcier (Université catholique de Lille), Faire de la philosophie politique empiriquement informée : vers une théorie non-idéale de l’hospitalité ?

Chiara Destri (ConTrust project, Goethe University Frankfurt), How ideal should a justification of democracy be?

ARENS Nicolas nicolas.arens@uclouvain.be

BALLANGE Aliénor alienor.ballange@sciencespo.fr

BOURCIER Benjamin benjamin.bourcier@univ-catholille.fr

CHOLLET Antoine antoine.chollet@unil.ch

COPELLO David david.copello@cyu.fr

DESTRI Chiara cdestri@em.uni-frankfurt.de

EL-WAKIL Alice alice.el-wakil@uni-konstanz.de

FLIPO Fabrice fabrice.flipo@imt-bs.eu

HAYAT Samuel samuel.hayat@sciencespo.fr

LARUE Louis Louis.larue.2@gu.se

RUCHET Olivier olivier.ruchet@uzh.ch

VANDAMME Pierre-Étienne pierre-etienne.vandamme@ulb.be