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ST 53

Vers l’avènement des entreprises partisanes personnelles ? Etat des lieux et discussion critique

Towards the advent of personal parties? State of the art and critical discussion

 

Responsables scientifiques :

Rémi Lefebvre (Université de Lille, CERAPS) remi.lefebvre@univ-lille.fr
Frédéric Sawicki (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, CESSP) frederic.sawicki@univ-paris1.fr

 

L’emprise des personnalités semble s’affirmer sur les organisations partisanes. La personnalisation et la présidentialisation des systèmes politiques, les phénomènes de désintermédiation et les transformations induites par la révolution numérique, le développement des réseaux sociaux ou des chaines de télévision continue ont permis l’établissement d’une relation directe entre les leaders et les citoyens, court-circuitant la médiation partisane.

En Europe, l’heure semble être au « parti personnel » qui selon Duncan McDonnell présente quatre caractéristiques typiques : 1. une durée de vie indexée sur celle de son leader ; 2. une organisation locale peu étoffée, souvent intermittente ou rarement permanente; 3. la concentration du pouvoir formel et informel ; 4. une communication du parti centrée sur le leader. Le recours croissant à la communication digitale constitue pour Paolo Gerbaudo un facteur favorable à l’émergence d’« hyperleader ». S’il se donne à voir comme une personne ordinaire, il constituerait le centre symbolique de son parti, quel que soit le nom qu’il se donne, le point de focalisation de sa communication (blogs, Youtube…), le pivot d’un processus de centralisation distribuée. Le leader constitue une source clef d’identification. La plateforme est le lieu de la participation mais aussi le support de la relation entre leader et sa base, encore une fois assez passive (le leader pouvant vérifier le niveau du soutien dont il bénéficie). La France Insoumise ou la République en Marche présentent des similitudes fortes avec cette forme de parti. Le système partisan y est construit autour de la légitimité du chef et à son service. On peut dire la même chose du Rassemblement national, parti personnel et familial.

Mais la personnalisation des partis s’observe aussi ces dernières années dans d’autres aires géographiques, dans des partis qui conservent par ailleurs un fort ancrage social via des organisations de masse et/ou un dense réseau d’élus locaux, à l’instar de l’AKP en Turquie, du BJP en Inde, du Parti des travailleurs au Brésil ou du MAS en Bolivie.

Ce phénomène est-il vraiment nouveau ? Les présidents états-uniens s’imposent dès le XIXe siècle comme les leaders nationaux de leur parti. Avant de devenir des dictateurs, Mussolini et Hitler se sont d’abord imposés comme chef incontesté de leur propre parti après avoir su rassembler autour d’eux une communauté charismatique que leur accès au pouvoir a permis ensuite d’élargir. En France, l’emprise de François Mitterrand sur le PS, de Jacques Chirac sur le RPR, de Nicolas Sarkozy sur l’UMP rappellent que personnalisation ne rime pas nécessairement avec organisation faible.

Cette ST voudrait donc interroger, à partir d’études historiques, de monographies et d’études comparatives, les ressorts structuraux et les transformations contemporaines de ce phénomène. Si la personnalisation des entreprises partisanes s’est approfondie, quels en sont les indices ou les indicateurs ? En quoi se distingue-t-elle de formes plus anciennes de personnalisation ? Quelles en sont les formes différenciées selon le type de régime et les cultures politiques, partisanes ou nationales?

Quels en sont les mécanismes et les manifestations ? Sur quelles ressources externes (capital médiatique) et internes (mainmise sur l’appareil, redéfinition des règles organisationnelles) s’appuient les «nouveaux» leaders partisans ? Comment se légitiment-ils/elles ? Dans quelles mesures les transactions entre leaders et partis évoluent-elles ?

 

The hold of personalities over partisan organizations seems to be growing. The personalization and presidentialization of political systems, the phenomena of desintermediation linked in particular to the digital revolution, the development of social networks or 24-hour television news channels have favoured the establishment of a direct relationship between leaders and citizens, bypassing partisan mediation.

In Europe, the time seems to be ripe for the « personal party » which, according to Duncan McDonnell, has four typical characteristics: 1. a lifespan indexed to that of its leader; 2. a local organization that is not very well developed, often intermittent or rarely permanent; 3. the concentration of formal and informal power; 4. party communication centered on the leader. For Paolo Gerbaudo, the growing use of digital communication is a factor that favors the emergence of “hyperleaders”. If he is seen as an ordinary person, he would constitute the symbolic center of his party, the focal point of his communication (blogs, Youtube…), the pivot of a process of distributed centralization. The leader is a key source of identification. The web is the place of participation but also the support of the relationship between the leader and his base, again quite passive (the leader being able to check the level of support he enjoys). In France, the France Insoumise or La République en Marche have strong similarities with this form of party. These new parties are based upon the legitimacy of the leader and devoted to him. The same can be said of the Rassemblement National, a personal and family party.

But the personalization of parties has also been observed in recent years in other geographical areas, in parties that have maintained a strong social base through mass organizations and/or a thick network of local elected officials, such as the AKP in Turkey, the BJP in India, the Workers’ Party in Brazil or the MAS in Bolivia.

So, is this phenomenon really new? U.S. presidents have established themselves as the national leaders of their parties since the 19th century. Before becoming dictators, Mussolini and Hitler first established themselves as the undisputed leaders of their own parties after having gathered around them a charismatic community that their access to power then allowed to expand. In France, the influence of François Mitterrand on the PS, of Jacques Chirac on the RPR, and of Nicolas Sarkozy on the UMP remind us that personalization does not necessarily rhyme with weak organization.

This ST would therefore like to examine, on the basis of historical studies, monographs and comparative studies, the structural forces and contemporary transformations of this phenomenon. If the personalization of partisan enterprises has deepened, what are the indications or indicators? How does it differ from older forms of personalization? What are the different forms of personalization according to the type of regime and the political, partisan or national cultures? What are the mechanisms and manifestations? What external (media capital) and internal (control over the apparatus, redefinition of organizational rules) resources do the « new » partisan leaders rely on? How do they legitimize themselves? To what extent are the transactions between leaders and parties changing?

Introduction par Frédéric Sawicki (Paris 1 – UMR CESSP)

Axe 1 / Partis personnels et présidentialisation

Valentin Soubise (Paris 1 – UMR CESSP), La personnalisation politique au sein de LFI par la construction de l’image du « grand dirigeant héroïque »

Damien Lecomte (Paris 1 – UMR CESSP), D’un mouvement personnel à une majorité parlementaire : le défi de la cohésion partisane du groupe LREM à l’Assemblée nationale
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Rémi Lefebvre (Université de Lille – UMR CERAPS), La République en Marche et Emmanuel Macron : un chef absent et omniprésent

Emilien Houard-Vial (Sciences Po Paris – UMR CEE), La dé-personnalisation d’un parti personnalisé. L’exemple des Républicains

Pierre Leroux (UCO – Arènes) Philippe Riutort (Lycée Henri IV (Paris)/Laboratoire Communication et politique/IRISSO), « Se qualifier ». Éric Zemmour et la présidentielle de 2022
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Discutante : Annie Collovald (Paris X, ISP)

Axe 2 / Les partis personnels dans la durée : Routinisation du charisme et factionnalisation

Aya Khalil (Université Paris 8, – Cresppa-LabTop), L’Organisation populaire nassérienne à Saïda (Liban). Sociohistoire d’une entreprise partisane personnalisée sur trois générations (1936-2021)
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Vincent Dain (Arènes UMR 6051 – Université Rennes 1), Loin du leader, point de salut ? Leadership personnel et périphéries partisanes à Podemos et à la France insoumise
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Laura Chazel (Sciences Po Grenoble – UMR Pacte et Facultad de Ciencias Políticas y Sociología, Universidad Complutense, Madrid), Le leader charismatique vu « par le bas » au sein d’organisations factionnées : une analyse des discours des militant.e.s de Podemos, Más Madrid et La France insoumise
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Ornella Graziani Simeoni (Université de Corse – UMR LISA), L’autonomie en héritage, permanences et transformations des entreprises partisanes
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Safia Dahani (IEP de Toulouse – LaSSP), Parti personnel ou parti patrimonial ? Le Front National ou la personnalisation en héritage

Discutante : Brigitte Gaïti (Paris 1 – UMR CESSP)

CHAZEL Laura laura.chazel@iepg.fr

COLLOVALD Annie annie.c@parisnanterre.fr

DAHANI Safia safia.dahani@gmail.com

DAIN Vincent v.dain35@gmail.com

GAITI Brigitte Brigitte.Gaiti@univ-paris1.fr

GRAZIANI SIMEONI Ornella graziani.orn@gmail.com

HOUARD-VIAL Emilien emilien.houardvial@sciencespo.fr

KHALIL Aya aya.khalil@protonmail.com

LECOMTE Damien Damien.Lecomte@malix.univ-paris1.fr

LEFEBVRE Rémi remi.lefebvre@univ-lille.fr

LEROUX Pierre pleroux@uco.fr

RIUTORT Philippe riutortp@yahoo.fr

SAWICKI Frédéric Frederic.sawicki@univ-paris1.fr

SOUBISE Valentin valentin.soubise@hotmail.fr