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ST 54

Ce que les métropoles font au pouvoir local et aux inégalités socio-spatiales

What large metropolis do to local power and socio-spatial inequalities

 

Responsables scientifiques :

Antoine Lévêque (Université de Lyon – Triangle) antoine.leveque@sciencespo-lyon.fr
Christophe Parnet (Université de Lyon – Triangle)christophe.parnet@sciencespo-lyon.fr
Fabien Desage (Université de Lille – Ceraps) fabien.desage@univ-lille.fr
Anne-France Taiclet (Université Paris 1-Panthéon Sorbonne – CESSP) anne-france.taiclet@univ-paris1.fr

 

Cette ST entend poursuivre la réflexion sur les institutions métropolitaines de gouvernement et leurs effets sur la démocratie et l’action publique locales. Nous souhaitons associer à cette occasion des analyses portant à la fois sur les conditions de leur genèse et de leur transformation institutionnelle, ainsi que leurs effets sur l’action publique, les territoires et les populations vivant sous leur “empire”.

En privilégiant une réflexion sur les effets proprement politiques, sociaux et démocratiques de ces institutions métropolitaines, il s’agit de tenir ensemble deux types d’analyse qui font traditionnellement l’objet de développements séparés au sein de la science politique française.

D’un côté, une réflexion sur la manière dont ces réformes affectent les équilibres du pouvoir local. Depuis les travaux de Daniel Gaxie (Gaxie 1997b), les réformes territoriales ont été analysées comme le produit de « luttes d’institutions » où s’affrontent des élus pour le contrôle d’instruments d’administration et d’action publique (Gaxie 1997a). Dans son sillage, d’autres travaux ont montré la façon dont les réformes intercommunales ont été domestiquées par les maires dans le sens d’une préservation des intérêts municipaux (Desage 2010). Ces analyses montrent aussi les conséquences de ces arrangements institutionnels sur l’affaiblissement de la démocratie locale (Desage et Guéranger 2011).

De l’autre, les analyses en termes de “gouvernance” ont davantage porté leur attention sur le contenu de l’action publique urbaine. Observant la constitution d’acteurs collectifs (Pinson 2009), mêlants acteurs publics et privés, elles ont affirmé que ces derniers ont développé des « capacités d’action » (Stone 1989) leur permettant d’assurer le développement des territoires urbains (Dormois 2006). Toutefois, ces travaux ont peu interrogé le fonctionnement des institutions et les conditions politiques des capacités d’action publique pourtant variables en fonction des espaces urbains et des populations qui y vivent (Raimbault et Reigner, 2018).

Cette ST entend dépasser cette division du travail scientifique, et opérer un lien entre l’étude des structures institutionnelles et des politiques publiques, dans la lignée de travaux portant sur l’effet des institutions intercommunales sur le maintien/renforcement d’inégalités socio-spatiales (Desage 2012 ; Lévêque 2018). À partir d’une lecture renouvelée des travaux de Clarence Stone (Desage, Mercure-Jolette, et Stone 2020), l’interrogation ne porte plus sur l’existence ou non d’une capacité d’action, mais sur le type d’action et de capacités que ces institutions produisent, celles qu’elles sont incapables de produire (Desage 2019), voire celles qu’elles choisissent de ne pas investir (Lévêque 2021).

Les récentes réformes territoriales françaises ont créé, étendu et précisé les contours juridiques des “métropoles”. Leur succès est au moins quantitatif, puisqu’on en dénombre aujourd’hui 21 à l’échelle nationale. Ces métropoles bénéficient d’une adhésion politique très large, tant les bénéfices attendus paraissent illimités (et parfois contradictoires). Un certain nombre de travaux, parmi lesquels notamment ceux des organisateurs de cette ST (Desage 2005; Lévêque 2021), ont pourtant pointé les effets “incapacitants” sur l’action publique redistributive et donc sur la réduction des inégalités socio-spatiales des modes de gouvernement “confinés” propres à ces institutions (Parnet 2021).

Affirmer l’importance des formes institutionnelles sur l’action publique ne signifie pas pour autant limiter l’analyse aux acteurs politico-administratifs. Nous souhaitons élargir le regard en observant les interactions entre ces nouvelles institutions et les acteurs privés, représentants patronaux (Parnet 2020b), syndicaux (Gourgues et al. 2019), etc. Par ailleurs, l’attention portée aux effets de l’action publique métropolitaine permet d’approfondir l’analyse des publics visés par ces dernières, des intérêts sociaux les plus favorisés aux moins pris en charge.

 

This ST intends to continue the reflection on metropolitan institutions of government and their effects on local democracy and policies. We seek to combine analyses of the conditions of their genesis and their institutional transformation, as well as their effects on policies, territories and populations living under their « empire ».

By focusing on the political, social and democratic effects of these metropolitan institutions, the aim is to bring together two types of analysis that have traditionally been developed separately in French political science.

On the one hand, a reflection on the way in which these reforms affect the balance of local power. Since the work of Daniel Gaxie (Gaxie 1997b), territorial reforms have been analyzed as the product of « institutional struggles » in which elected officials compete for control over instruments of administration and policies (Gaxie 1997a). In his wake, other works have shown how intermunicipal reforms have been domesticated by mayors in order to preserve municipal interests (Desage 2010). These analyses also show the consequences of these institutional arrangements on the weakening of local democracy (Desage and Guéranger 2011).

On the other hand, analyses in terms of « governance » have focused more on the content of urban policies. Observing the constitution of collective actors (Pinson 2009), mixing public and private actors, they have asserted that the latter have developed « capacities for action » (Stone 1989) enabling them to ensure the development of urban territories (Dormois 2006). However, this work has done little to question the functioning of institutions and the political conditions of policies capacities, which nevertheless vary according to urban spaces and the populations living in them (Raimbault and Reigner, 2018).

This ST intends to go beyond this division of scientific labor, and operate a link between the study of institutional structures and public policies, in line with work on the effect of intermunicipal institutions on the maintenance/reinforcement of socio-spatial inequalities (Desage 2012 ; Lévêque 2018). Based on a renewed reading of Clarence Stone’s work (Desage, Mercure-Jolette, and Stone 2020), the questioning is no longer about the existence or not of a capacity for action, but about the type of action and capacities that these institutions produce, those they are unable to produce (Desage 2019), or even those they choose not to invest (Lévêque 2021).

Recent French territorial reforms have created, extended, and clarified the legal contours of « metropolises. » Their success is at least quantitative, since there are now 21 of them nationwide. These metropolises enjoy very broad political support, as the expected benefits seem unlimited (and sometimes contradictory). A number of studies, including those of the organizers of this ST (Desage 2005; Lévêque 2021), have nevertheless pointed out the « incapacitating » effects on redistributive policies and thus on the reduction of socio-spatial inequalities of the « confined » modes of government specific to these institutions (Parnet 2021). 

Affirming the importance of institutional forms on policies does not mean limiting the analysis to political-administrative actors. We would like to welcome contributions that broaden the view by observing the interactions between these new institutions and private actors, employer representatives (Parnet 2020b), trade unions (Gourgues et al. 2019), etc. Moreover, the attention paid to the effects of metropolitan policies allows for a deeper analysis of the publics targeted by the latter, from the most favored social interests to the least supported.

 

Références / References

Desage, Fabien. 2005. Le « consensus » communautaire contre l’intégration intercommunale Séquences et dynamiques d’institutionnalisation de la communauté urbaine de Lille (1964-2003). Thèse de doctorat de science politique, Lille : Université du Droit et de la Santé – Lille II.
2010. « L’institutionnalisation des communautés urbaines : desseins et impasse d’un volontarisme réformateur (1964-1971) ». Genèses 3 (80) : 90 113.
2012. « La ségrégation par omission ? » Géographie, économie, société Vol. 14 (2): 197 226.
2019. « Le gouvernement des métropoles, laboratoire de la post-démocratie ». In La politique désenchantée ? Perspectives sociologiques autour des travaux de Daniel Gaxie, Lorenzo Barrault-Stella, Brigitte Gaïti, Patrick Lehingue (dir.), 263 82.

Desage, Fabien, et David Guéranger. 2011. La politique confisquée. Sociologie des réformes et des institutions intercommunales. Bellecombe-en-Bauges: Éd. du Croquant.

Desage, Fabien, Frédéric Mercure-Jolette, et Clarence N. Stone. 2020. « De quoi les villes sont-elles « capables » ? » Métropolitiques.

Dormois, Rémi. 2006. « Structurer une capacité politique à l’échelle urbaine. Les dynamiques de planification à Nantes et à Rennes (1977-2001) ». Revue française de science politique 56 (5) : 837 67.

Gaxie, Daniel (dir.), 1997a. Luttes d’institutions : enjeux et contradictions de l’administration territoriale. Paris ; Montréal : L’Harmattan.
1997b. « Stratégies et institutions de l’intercommunalité. Remarques sur le développement contradictoire de la coopération intercommunale ». In L’intercommunalité, bilan et perspectives, CURAPP, 25 49. PUF.

Gourgues Guillaume (dir.) 2019. « Les métropoles comme enjeu syndical. Marginalité et avenir de l’action syndicale dans la territorialisation de l’action publique ». IRES.

Lévêque, Antoine. 2018. « Le gouvernement métropolitain de la banlieue lyonnaise à l’aune des politiques de transport urbain : sociohistoire d’une relégation ». Métropoles, Hors-série 2018.
2021. Desservir la banlieue. Métropolisation et relégation des quartiers d’habitat social dans l’agglomération lyonnaise (1959-2019). Thèse de doctorat de science politique, Lyon : Université de Lyon.

Parnet, Christophe. 2020a. « La métropole, une affaire d’élus. La mise à distance des citoyens dans la réforme territoriale (2012-2016) ». Participations N° 26-27 (1): 105 34.
2020b. « Entrepreneurs de métropole ». Gouvernement et action publique VOL. 9 (1): 87 114.
2021. Du modernisateur au notable : la métropole comme instrument de pouvoir. Étude comparée des constructions métropolitaines de Lyon et d’Aix-Marseille-Provence. Thèse de doctorat de science politique, Lyon : Université de Lyon.

Pinson, Gilles. 2009. Gouverner la ville par projet : urbanisme et gouvernance des villes européennes. Gouvernances. Paris : Presses de Sciences Po.

Raimbault, Nicolas, Reigner, Hélène, . 2018. « La gouvernance métropolitaine à l’épreuve de ses marges : coalitions périphériques, discontinuités de gouvernance et néolibéralisation des politiques urbaines », Métropoles, Hors-série.

Stone, Clarence N. 1989. Regime politics: governing Atlanta, 1946-1988. Studies in government and public policy. Lawrence, Kan: University Press of Kansas.

Président.e. de la session et discutant.e : Anne-France Taiclet, maîtresse de conférences en science politique, Université Paris 1-Panthéon Sorbonne – CESSP) et Fabien Desage, maître de conférences, Université de Lille – Ceraps.

Axe 1 / A-t-on “tout essayé” contre la ségrégation ? L’action publique métropolitaine au prisme de ses effets socio-spatiaux

Shreya Parikh (CERI-Sciences Po Paris et Université de Caroline du Nord à Chapel Hill), Tracer la ségrégation raciale urbaine : le cas de l’arrondissement de Bhar Lazreg dans le Grand Tunis

Hélène Monnet (Sciences Po Lyon, Laboratoire Triangle – UMR 5206), L’insertion à deux vitesses : quelles conséquences de la métropolisation des politiques sociales ? Le cas du Grand Lyon

Cécile Vignal (CLERSE UMR-CNRS 8019, Université de Lille) et Yoan Miot (Université Gustave Eiffel, LATTS), Y a-t-il un pilote dans la vente HLM ? Les bailleurs sociaux, l’intercommunalité et les ménages face à la marchandisation du parc social

Axe 2 / Le baiser qui tue : Investir les institutions métropolitaines pour les neutraliser

Flora Maytraud (EHESS), Contester la métropole, défendre l’Établissement Public Territorial : gouvernements et représentations de l’intercommunalité en région parisienne (2014-2020)

Antoine Leveque (Université de Lyon – Triangle UMR 5206) et Christophe Parnet (Université de Lyon – Triangle UMR 5206), La “génération 77” à l’assaut du pouvoir métropolitain : une confiscation politique en bande organisée ?

DESAGE Fabien fabien.desage@univ-lille.fr

LEVEQUE Antoine antoine.leveque@sciencespo-lyon.fr

MAYTRAUD Flora flora.maytraud@ehess.fr

MIOT Yoan yoan.miot@u-pem.fr

MONNET Hélène helene.monnet@sciencespo-lyon.fr

PARIKH Shreya shreya.parikh@sciencespo.fr

PARNET Christophe christophe.parnet@sciencespo-lyon.fr

TAICLET Anne-France anne-france.taiclet@univ-paris1.fr

VIGNAL Cécile cecile.vignal1@univ-lille.fr