Section Thématique 49
Le pouvoir de la croyance. Statut explicatif d'un concept problématique
The power of beliefs. On the epistemological and empirical status of a problematic concept
Responsables
Gildas Renou (CRAPE / Université Rennes-1) gildas.renou@misha.fr
Antoine Vion (LEST / Université Aix-Marseille-II) antoine.vion@univmed.fr
Présentation scientifique
Dates des sessions
Programme
Résumés
Participants
La science politique française a traditionnellement développé un usage épistémologique de la catégorie de ‘croyance’. C'est en effet dans le cadre d'une théorie de la connaissance ordinaire qu'est souvent utilisé ce concept. Il sert alors à pointer les limites de représentations sociales qui sont mesurées à l'aune de la vérité établie par la science et la philosophie. C'est ainsi le cas de la démarche de R. Boudon analysant l'idéologie et les « causalités imaginaires ». La sociologie de l’action publique a fait aussi depuis longtemps une large place à l’idée de systèmes de croyances cohérents, orientant la prise des décisions. Il existe cependant une autre méthode d'investigation des croyances, que nous qualifierons de d’analyse dynamique. Cette section thématique entend interroger pour en évaluer la portée, en mesurer les difficultés et en identifier les éventuelles limites. Une croyance, dans cette perspective initiée par Hume et prolongée par la psychologie pragmatiste, n'est plus ni fondée par la seule raison, ni opposée à ce qui est « objectif ». Elle est envisagée comme une dimension de l'agir humain, nécessairement ancrée dans l'incertitude et dans le recours à des conventions pour se conduire et se coordonner. La croyance ne renvoie donc ici pas d'abord à une intériorité, ni à un rapport d’une pensée « subjective » avec une réalité « objective » et « vraie », mais bien à la dynamique des coopérations et interactions sociales, au sens le plus large. Cette entrée amène à examiner les articulations, souvent implicites en science politique, entre les quatre instances suivantes : les croyances (entendues comme des ‘dispositions à agir’), les formes de mises en discours disponibles et valorisées, la prévisibilité et la convergence des conduites. La solidité de des articulations entre ces instances analytiques se pose pour plusieurs des enjeux centraux. Un seul exemple qui concerne l’engagement et la participation politique : de nombreux travaux ont illustré que le partage exhaustif d’une même profession de foi n’est pas un préalable nécessaire et suffisant à l’engagement politique des militants. Cette observation ne revient cependant pas à soutenir que les agents ont un rapport strictement utilitariste ou opportuniste à l’expression de convictions, qui deviendraient alors modulables à l’envi. Mais elle invite plutôt à repenser dans le détail le modèle savant - souvent implicite - de la croyance envisagée comme une profession de foi commune, discursivement exprimable, et moteur privilégié de l’action.
L’enjeu de cette section thématique est donc d’essayer de clarifier l’articulation des instances analytiques traditionnellement mobilisées dans les approches de science politique qui s’intéressent à la croyance, et qui, pour les anglo-saxons tournent autour des concepts believing / sharing / belonging. Les communications aborderont les réflexions épistémologiques ou méthodologiques relatives au traitement de la catégorie croyance par les démarches de science politique, ainsi que l’explication des modalités de formation, de diffusion, de partage, d’imposition ou de déclin des croyances. Trois axes dessinent les pistes de réflexion des travaux.
* Doxa, adhésion doxique et mimétisme des croyances. C'est à l'œuvre de P. Bourdieu que l'on doit la proposition et la diffusion du concept de doxa, qui permet de désigner une forme d'adhésion intellectuelle non formulée, une « opinion » calquée sur une prétendue bonne manière de penser, une orthodoxie. Cette façon de concevoir la croyance rend le contenu de la croyance secondaire par rapport à l'intérêt objectif des agents à endosser un discours donné, à reconduire les signes extérieurs d'une appartenance à un groupe social. L'idée d’ « adhésion doxique », selon laquelle la domination repose sur une asymétrie maintenue par un ensemble de croyances « allant de soi », permet de saisir les dynamiques de la reproduction sociale. Elle n’en pose pas moins de redoutables problèmes méthodologiques de repérage empirique de ces formes d’adhésion. Cette idée se situe, dans l'oeuvre de Bourdieu, au cœur d’enjeux anthropologiques fondamentaux : la définition des bonnes raisons de vivre (et de mourir), la définition des grandeurs et des noblesses, telles qu'elles sont sans cesse réélaborées par le « moteur » de la puissance de catégorisation et de légitimation des sociétés : le pouvoir symbolique. Il importe de soulever la question du phénomène de mimétisme inconscient des croyances qu'implique la théorie de la doxa. Peut-on qualifier l'adhésion doxique comme une croyance inculquée ou révisée sans épreuve de réalité ? Quelle en serait la logique sociologique ?
** Cadrages et croyances partagées. Appliquée aux processus de mobilisation, l'analyse des cadres est devenue au fil des années une façon courante d'appréhender l'enjeu des croyances dans la participation et l'engagement politiques, mais aussi dans de nombreux autres domaines. Cette diffusion ne va pas de soi, car un usage mécanique de ce modèle contribue à éviter la difficulté, bien mise en évidence par les anthropologues et les philosophes, des l'ambiguïtés qu'il existe à postuler des états mentaux de type ‘croyance’ comme étant à l'origine des conduites d'autrui. Peut-on être certain que des croyances sont collectivement et identiquement partagées par les membres d'un groupe ? Pourquoi établir un lien de détermination entre cet ordre supposé et les pratiques sociales dites politiques ? Le succès d'une mobilisation collective peut-il et doit-il être corrélé à l'univocité et au partage d'un cadre de mobilisation ? La même question se pose concernant le consensus normatif dont les politiques publiques sont censées faire l’objet. Les travaux empiriques qui mettent en oeuvre la frame analysis tendent plutôt à montrer l'inverse de leur présupposé théorique, en décrivant l'hétérogénéité des raisons d'agir, ce qui invite plutôt à se méfier de la pente idéaliste à laquelle cette approche (notamment l’idée d’alignement des cadres) peut donner lieu.
*** La dynamique des croyances. Croire et ne plus croire. Si les croyances politiques sont d'emblée sociales, elles sont aussi d'emblée historiques, donc soumises aux changements et aux redéfinitions. L'exemple de la transformation des modalités du croire dans l'idéal communiste en France, entre les années 1950 et aujourd’hui, offre un exemple éloquent. Mais pour travailler sur ce plan, tant chez les groupes que chez les individus, les outils conceptuels sont rares. La notion de « révision des croyances » est pour cette raison centrale. Dans le paradigme conventionnaliste développé surtout en économie, elle désigne le résultat d'une épreuve de réalité, qui vient modifier les attentes de l'action et les prémisses de la cognition, en prenant en compte des évènements antérieurs. Mais cette approche se heurte à des questions majeures qui invitent à articuler cette notion avec d'autres dimensions, moins cognitives et davantage ancrées à des appartenances sociales, ce que ne traite pas la perspective conventionnaliste. Les travaux sur les conduites à risque, sur les comportements individuels face aux changements climatiques, ou sur l'attachement de certains groupes aux récits de l'« intelligent design » et du créationnisme, rappellent que l'accumulation de preuves et d'épreuves ne suffit pas à induire mécaniquement une modification des croyances exprimées et des comportements.
Le débat s’enrichira de la pluralité des approches et des terrains d’investigation (participation politique, militantisme, action publique, relations internationales, analyse de crises politique, etc.) et visera à comprendre si la perspective d’une analyse dynamique des croyances peut éclairer d’un jour nouveau des objets variés.
French scholars usually opt for an epistemological approach of the beliefs in a political science perspective. It is considered so as a way to theorize ordinary knowledge: whereas science and philosophy are supposed to provide an access to the truth, beliefs are here related to the limits of social conceptions and the building of ideologies as patterns of “imaginary causalities” (Boudon). This workshop aims at exploring a different perspective, through which beliefs may be viewed as a dimension of social acting which is anchored in uncertainty and the need for conventions to manage choices and coordination. This dynamic approach of beliefs follows the traditions of the Humian philosophy and American pragmatism. We especially would like to investigate the conceptual relations between four analytical dimensions: beliefs as dispositions to act, the construction of speech acts, the predictability of social behaviours, and the ways through which they converge. This would lead to clarify how political science approaches explain social facts and make us of traditional concepts like believing / sharing / belonging, and study diverse modes of elaboration, diffusion or injunction model of social action.
* Doxa, doxic adhesion and mimetism. Bourdieu’s approach of the doxa is a commode way to refer to non reflexive forms of intellectual adhesion and social alignment on any presumably good way of thinking which reinforce orthodoxies. But this way to conceive beliefs may also lead to pay less attention to their own content than to the agents’ self-interest in adopting behaviours that reproduce their belonging to a group. This way of thinking about the doxa is connected with the most fundamental perspectives of Bourdieu’s theory, such as the definition of good reasons to live and to die, which are continuously re-elaborated by the symbolic power. It is meaningful to question the phenomenon of unconscious mimetic diffusion of beliefs implied by the theory of doxa. Is it possible to impose or revise beliefs without proofs of their consistence with social reality?
** Framing and shared beliefs. Frame analysis has become another common way to study participation and political commitment, mainly about processes of mobilization. A mechanical use of this model eases to turn some immediate epistemological difficulties, but maybe not the one that consists in postulating the mental estates from which others define their social action. How to make sure beliefs are collectively and identically shared by the members of a group (concept of “frame alignment”)? May and should the success of collective action be related to a common frame and the idea of a one way voicing?
*** The dynamics of beliefs. If political beliefs are immediately social ones, they are also historically grounded, and thus depend on shifts and new references. For example, ways of believing in the communist ideal in France have dramatically muted between the 1950s and the 2000s. The notion of ‘revision of beliefs’ may be useful here, as it focuses on social tests and proofs of attestation which modify the attempts of social action and the premises of cognition by taking events into account. But this perspective may underestimate the importance of belonging to social groups and anchoring one’s cognitive processes in such a property.
The workshop’s organizers intend to promote plurality of theoretical approaches and empirical grounds, in order to bring out better ways to implement dynamic analyses of beliefs in political science.
Les travaux de la Section Thématique se dérouleront sur les sessions suivantes :
Session 1 : 31 août 2011 13h45-16h30
Session 2 : 1er septembre 2011 8h45-11h30
Voir planning général...
Lieu : IEP (salle 323)
Session 1
Axe 1 / Contraintes de rôle et investissements de formes
Axe 2 / Démotivation et remotivation : l’institution et l’entretien de la croyance
Catherine Leclercq (Université de Lausanne, Suisse)
La gestion de la croyance dans une institution en crise. Une analyse du devenir de l’illusion militante au PCF
Discussion par les organisateurs et par Philippe Aldrin, Professeur de science politique à Université de Nice (ERMES).
Session 2
Axe 3 / L'inscription située des sphères de croyance
Alain Faure (PACTE-CNRS, Grenoble) & Emmanuel Négrier (CEPEL-CNRS, Montpellier)
Les croyances du politique au prisme de l’esprit des lieux : deux enquêtes localisées
Solenne Jouanneau (PRISME-CNRS, Université de Strasbourg)
L’entretien de la vocation d’imam bénévole dans la France contemporaine.
Axe 4 / Les montages conventionnels complexes : entre confiance et scepticisme
Philippe Zittoun (CNRS, LET-ENTPE, Lyon)
Peut-on croire à une analyse des politiques publiques ?
Julien Debonneville & Pablo A. Diaz (Université de Lausanne, Suisse)
Doxa et performativité des croyances dans la diffusion des ‘politiques internationales de développement’.
Discussion par les organisateurs et par Jean-Philippe Heurtin, professeur de science politique à l’Université de Versailles.
Session 1
Mathieu Brugidou (EDR R&D ; PACTE Grenoble)
Ambivalence des énoncés d’opinion : entre adhésion doxique et distance critique
L’étude comparée de deux questions ouvertes de sondage sur le tri des déchets et les économies d’énergie (Brugidou, Moine, 2010) sera l’occasion de préciser les différences entre ces énoncés de stigmatisation – qui traduisent la présence d’une norme et la justifient par la sanction d’une transgression – et des énoncés de dénonciation, critiquant les dispositifs de politiques publiques implémentant ces normes. L’analyse des réponses montre que ces deux types d’énoncés, bien que différents d’un point de vue pragmatique (il s’agit de stigmatiser des comportements individuels déviants ou de dénoncer des modalités collectives d’application), peuvent aller de pair dans un même discours.
La distinction entre différents niveaux de description linguistique – sémantique, syntaxique et pragmatique – permet de rendre compte de l’ambivalence de ces énoncés sans toutefois totalement la réduire. D’une part, l’analyse syntaxique fait apparaître la valeur différente de l’énonciateur comptant, ici, pour un sujet politique singulier, là, pour un agent social, entrepreneur de morale, faisant jouer de manière quasi-mécanique le ressort de la norme - à l’image de n’importe quel autre membre du groupe. D’autre part, l’analyse pragmatique distingue bien deux types d’action, l’une qui tend à instituer dans une même énonciation un citoyen et une communauté politique à travers la critique, l’autre, double elle-aussi, qui tend à renforcer la cohésion du groupe en sanctionnant la transgression d’une norme.
Ambivalence Statements of Opinion between Doxic Adherence and Critical Distance
The comparative study of two open-ended questions on the survey of waste sorting and saving energy (Brugidou, Moine, 2010) is an opportunity to clarify the differences between statements of stigma - that reflect the presence of a norm and justify the punishment of transgression - and statements of denunciation, criticizing public policy devices which implement these norms. The analysis of responses shows that these two types of statements, although different from a pragmatic point of view can go together in one speech. The distinction between different levels of linguistic description - semantic, syntactic and pragmatic - can account for the ambivalence of these statements without completely reduce it. First, the syntactic description shows the different value of the speaker who counts whether for a singular political subject, or for a social agent, a moral entrepreneur, performing the norm, like any other member of the group. Secondly, the pragmatic analysis clearly distinguishes two types of action, one that tends to establish in a single statement a citizen and a political community through criticism, the other, double too, which tends to strengthen group cohesion by punishing the transgression of a norm.
Catherine Leclercq (CRAPUL – Université de Lausanne)
La gestion de la « croyance » dans une institution en crise. Une analyse du devenir de l’illusio militante au PCF (1978-2000)
Cette communication, basée sur l’étude de carrières d’anciens militants du Parti communiste français, vise à analyser les dynamiques de la « croyance » au sein d’un parti dont le mode de production doctrinal est entré en crise avec la dévaluation des référents de l’époque stalinienne et l’échec de l’aggiornamento intellectuel et stratégique des années 1960-70. A partir d’un corpus d’entretiens approfondis menés avec des militants sortis du PCF entre 1978 et 2000, il s’agit de comprendre les réactions au délitement de l’orthodoxie communiste en tenant compte des déterminants dispositionnels et contextuels du lien partisan. Cette approche attentive aux logiques socio-biographiques de l’engagement individuel permet de saisir les conditions de possibilité de la « maintenance de l’univers » et le devenir de l’illusio militante dans une institution partisane où la « vérité » n’est plus régulièrement produite.
Managing the “belief” in an institution in a state of crisis. Analysis of the evolution of the militant illusio in the French Communist Party (1978-2000)
This presentation aims at analyzing the dynamics of the “belief” through studying the careers of former militants of the French Communist Party, a party the doctrinal production of which came into a state of crisis when the stalinist referents fell in value while the strategic and intellectual aggiornamento of the 1960-70’s failed. On the basis of in-depth interviews with former militants who left the French Communist Party between 1978 and 2000, what is at stake is a reconstitution of the reactions to the crumblings of the communist orthodoxy while taking into account the dispositional and contextual determinants of the partisan link. As it takes the socio-biographical logics of the individual commitment into consideration, this approach allows an understanding of the conditions of the “maintenance of the universe” and the evolution of the militant illusio within a partisan institution where the “truth” is no longer being produced on a regular basis.
Jeanne Hersant (Université Andres Bello, Santiago, Chili)
Se croire opprimé. Le cas d’une minorité nationale en Grèce du nord.
Le point de départ de cette communication est une réflexion sur la gene que j´ai ressentie au début de mon enquete de terrain en Thrace occidentale en 2002. Sous la pression de l’UE, les autorités grecques avaient mis fin a la discrimination institutionnalisée des musulmans de la région. Tout en ayant une liberté de mouvement et d’expression totale (parler turc dans les lieux publics, critiquer publiquement les autorités grecques), mes interlocuteurs affirmaient vivre dans un climat d’oppression. Cela m’a conduite a analyser ce processus de changement important au prisme de la fabrication de cadres d’Erving Goffman. L’analyse des conséquences de ce changement sur la mobilisation identitaire turque de cette minorité se décline dans l’espace migratoire (Allemagne et Turquie).
Believing one is oppressed. The case of national minority in Northern Greece
My paper’s starting point is the embarrassment I felt whilst starting doing my fieldwork in Western Thrace in 2002. Following EU pressure, Greek authorities had put an end to the official discrimination towards the Muslim minority living there. In spite of my interlocutors reporting threats from Greek authorities, they behaved in a quite relaxed way (they spoke Turkish in public spaces – which had been previously forbidden during many years-, they openly criticized the Greek authorities). This led me analyzing this process of important change mobilizing Erving Goffman’s frame analysis. The consequences of such a great change on this minority’s identity mobilization is analyzed in Western Thrace and within the diaspora (Germany and Turkey).
Session 2
Alain Faure (PACTE-CNRS, Grenoble) & Emmanuel Négrier (CEPEL-CNRS, Montpellier)
Les croyances du politique au prisme de l’esprit des lieux
La communication propose une réflexion sur la façon dont les croyances nourrissent le jugement politique à partir de deux enquêtes : une étude microsociologique auprès des 500 habitants d’un village français (Octon, région Languedoc-Roussillon) et l’histoire de vie de cinquante élites politiques dans une métropole italienne (Naples, région Campanie). Il semble possible de dégager une corrélation significative entre le degré de politisation des individus et la territorialité des opinions exprimés, et ainsi d’identifier les arguments politiques qui attachent les registres de la foi et de la conviction à des enjeux d’identité et de communauté locale. Les croyances politiques territorialisées formatent-elles, pour partie, les appréhensions individuelles et collectives du politique? La science politique, située à la fois à l’articulation de savoirs spécialisés sur les croyances (ethnologie, histoire, psychologie, sémiologie…) et aux confins de courants de pensées critiques sur les représentations (l’interactionnisme symbolique, le culturalisme, le pragmatisme, le post-modernisme…), permet de discuter l’hypothèse en deux temps : en détaillant d’abord l’esprit des lieux qui semble caractériser les appréhensions de la politique àOcton (un village habité par la politique) et à Naples (une métropole au purgatoire), en engageant ensuite une réflexion sur les mécanismes de mise en ordre territorial que ces données suggèrent autour detrois processus narratifs : l’évocation de traumatismes collectifs, la référence à la figure paternelle du pouvoir, la médiatisation locale des discours stéréotypés sur le service public.
Faith in Politics and Sense of Place
This communication aims to cross two socio-political sets of data based on two recent survey sdevoted to individuals' perceptions of politics: a) a microsociological investigation in a French village (Octon, Languedoc-Roussillon, 500 inhabitants); b) interviews about the life narrative of some fifty political elites in a Italian metropole (Naples, Campania). It seems possible to identify common trends within the set of opinions expressed on how feed the ruling political beliefs. We observe such a significant correlation between the degree of politicization of individuals and the territoriality of opinions expressed. Likewise do we see the importance of political arguments that link faith and belief to issues of identity and community. Wethenwish to discuss the assumption that political territorialized beliefs frame individual and collective apprehension of politics. Political science is a discipline that undoubtedly facilitates the development equation of this puzzle since it is located both in the articulation of specialized knowledge about beliefs (ethnology, history, psychology, semiotics ...) and at the intersection the edge critical currents of thought about representations (symbolic interactionism, culturalism, pragmatism, post-modernism ...). The purpose will be developed in two stages. We will first define the sense of place that characterizes the relationship politics Octon (a village inhabited by politics) and Naples (a city in purgatory). We will then deal with the mechanisms of territorial regulation these data suggest by indentifying thre enarrative processes: the evocation of collective trauma, the reference the father figure of power, the local mediatization of stereotype discourses about public service.
Solenne Jouanneau (PRISME-CNRS, Université de Strasbourg)
Ne pas perdre la foi dans l’imamat. Comment se maintiennent les « vocations » d’imams bénévoles en France ?
En France, le rôle d’imam peut permettre d’exercer une autorité morale s’accompagnant de gratifications symboliques et/ou financières. Mais il amène aussi souvent ceux qui l’occupent à expérimenter des situations moins évidentes : menaces d’expulsion, surveillance policière, surveillance communautaire. Dans le cas des imams bénévoles, parallèlement à leur emploi principal, se surajoutent par ailleurs potentiellement les tensions familiales suscitées par ce « temps en plus » passé à la mosquée, ainsi que les difficultés professionnelles liées à la perception souvent négatives de cette activité religieuse par les collègues ou les supérieurs, etc.
Un tel constat invite à s’interroger sur la manière dont se maintient ou non l’engagement dans l’imamat, en se demandant comment certains individus, surtout lorsqu’ils agissent bénévolement, parviennent à entretenir, pour eux-mêmes comme pour les autres, la croyance dans le bien fondé d’être et de rester imam (i.e d’agir et de se définir durablement comme tel).
Après avoir présenté, d’une part, les différentes catégories d’incidences biographiques que génère ce type de militantisme et, d’autre part, les possibles rétributions symboliques qui y sont néanmoins attachées, nous tenterons de comprendre comment, en fonction des trajectoires et des socialisations militantes auxquels elles font écho, les rétributions comme les désagréments potentiellement attachés à cet engagement prennent ou non sens pour les bénévoles de l’imamat. Ce faisant, on tentera ainsi de saisir comment se maintient l’illusio des imams bénévoles, cette capacité à « se prendre au jeu » en adhérant pleinement aux enjeux de celui-ci.
How volunteer imams keep faith in the imamate and maintain their vocation in France ?
The imams exert a moral authority over their followers. This authority allows them to have certain types of symbolic and financial rewards. But imams are also faced with difficult and stigmatizing situations: deportation threats, police surveillance, community surveillance. Volunteer imams also experience family tensions aroused by the "excessive time" spent at the mosque, as well as occupational difficulties related to the often negative perception of this religious activity by their colleagues, their professional hierarchy, etc.
Such a finding raises questions about how the commitment in the imamate is maintained or not, and how some people, especially when they are volunteers, manage to maintain, for themselves and for the others, the belief in the legitimacy to be and to stay an imam (ie to act and define themselves permanently as imams). In order to answer these questions, we will first describe different categories of biographical impacts generated by this type of activism and, secondly, the symbolic rewards that are linked to it. We will then attempt to understand how the rewards and the inconveniences attached to this commitment can affect or not these volunteer imams, according to their trajectories and militant socializations. . In doing so, we will try to understand how the “illusio” of the volunteer imams persists on the long term, allowing them to "play the game" by fully adheringto what is at stake in that “game”.
Philippe Zittoun (LET-ENTPE, IEP de Grenoble)
Peut-on croire à l’analyse d’une politique publique ?
Malgré quelques exceptions (P A. Sabatier & H. C. Jenkins-Smith, mais également P. Hall), la croyance est un concept peu mobilisé dans l’analyse des politiques publiques. Pourtant, comment comprendre un processus décisionnel sans s’interroger sur la manière dont une nouvelle proposition est adoptée ou rejetée par les différents acteurs ? Plutôt que de considérer que tous les acteurs d’un réseau se lèvent tous un matin en croyant à la même idée, il s’agit d’observer la façon dont une proposition d’action publique se forme, se diffuse, se consolide et de s’intéresser au rôle des croyances dans ce travail de conversion qui entoure le processus décisionnel. Nous voudrions à travers cette communication développer l’hypothèse selon laquelle la question des croyances doit être interrogée à partir de l’observation des pratiques discursives des acteurs impliqués dans la production d’une proposition d’action publique. Les croyances permettent ainsi d’une part de rendre compte des difficultés que les acteurs rencontrent en déployant de multiples analyses et interprétations des recettes qu’ils veulent partager pour convaincre l’autre et, d’autre part, de suivre les multiples contorsions que subit la recette pour devenir partageable.
Can we believe in policy analysis?
Despite a few exceptions, belief is a concept rarely used in policy analysis. But, how can the decision making process be considered without taking into account the process by which policies are accepted or rejected by participants? Rather than consider that all participants in policy networks wake up believing the same idea, we would like to examine how policies take shape, are shared, and are consolidated, and also to underline the role of belief in collaborative work undertaken in the process of policy formation. In this paper, we aim to interrogate beliefs from the perspective of discursive practice. The main hypothesis is that beliefs, on the one hand, can help us to understand the difficulty policy network participants encounter in reaching consensus on a policy proposition through processes of convincing and persuading each other and, on the other hand, beliefs can help us to trace the change process that a policy undergoes to be agreed upon by participants.
Debonneville Julien (Université de Lausanne), Diaz Pablo (Université de Lausanne)
Doxa et performativité des croyances dans la diffusion des ‘politiques internationales de développement’
La présente contribution s’attachera à étudier le statut de la croyance dans les processus de diffusion internationale de « bonnes » pratiques en matière de lutte contre la pauvreté. Plus précisément, nous tacherons d’une part, de dessiner les prémisses constitutives de croyances partagées, et d’autre part de questionner les effets performatifs de ces croyances sur l’action politique à travers notamment leur constitution en « savoirs ». S’appuyant sur deux études de terrain menées au Brésil et aux Philippines sur les Conditional cash transfers, nous montrerons les logiques de promotion, de réappropriation, voire d’imposition par les experts nationaux et transnationaux, mais également les enjeux de légitimité à l’œuvre dans ce processus de diffusion des croyances. Nous tenterons d’esquisser une trajectoire théorique au delà des approches qui survalorisentise la dimension cognitive des politiques ou à l’inverse des approches pragmatistes centrées principalement sur l’action des acteurs, et ce en s’appuyant notamment sur une approche en termes de paradigmes. En conclusion, cette contribution suggèrera un certain nombre d’articulations théoriques, méthodologiques et épistémologiques afin de dépasser les conceptions de la croyance envisagée comme forcément consensuelle, explicite, et performative.
Doxa and performativity of belief in the diffusion of international development policies
This contribution aims to study the status of belief in the processes of international diffusion/transfer of "good practices” in the field of the fight against poverty. Specifically, we intend first to describe the consecutive premises of shared beliefs, and secondly, question the performative effects of these beliefs on political action, particularly through their recognition as “knowledge”. Based on two field studies conducted in Brazil and in the Philippines on the Conditional Cash Transfers programs, we will try to highlight issues related to this process of the spread of beliefs such as : the logics of promotion, the logics of reappropriation, or even the logics of imposition by national and transnational experts, and also legitimacy issues. While there has been extensive research focusing only on the cognitive dimension of policy or only on actor’s actions, little research has tried to combine these two approaches. This gap is specifically what our contribution aims to address, using, among a variety of concepts, that of of paradigm. To summarize, this contribution proposes a number of theoretical, methodological and epistemological articulation(s) in order to go beyond the current /understanding of belief, conceived as necessarily consensual, explicit, and performative.
ALDRIN Philippe aldrin@nice.fr
BRUGIDOU Mathieu mathieu.brugidou@edf.fr
DEBONNEVILLE Julien Julien.Debonneville@unil.ch
DIAZ Pablo A. PabloAndres.DiazVenegas@unil.ch
FAURE Alain alain.faure@iep-grenoble.fr
HERSANT Jeanne jeanne.hm@gmail.com
HEURTIN Jean-philippe jean-philippe.heurtin@noos.fr
JOUANNEAU Solenne jouanneau.solenne@free.fr
LECLERCQ Catherine catherine.leclercq@unil.ch
NEGRIER Emmanuel negrier@univ-montp1.fr
RENOU Gildas renou.gildas@club-internet.fr
VION Antoine antoine.vion@univmed.fr
ZITTOUN Philippe pzittoun@gmail.com