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Violences sexistes et sexuelles sur le terrain : que font les institutions de l’ESR ?

Le groupe de recherche AFSP Contraintes Bureaucratiques, Risques, Adaptations sur les terrains (CoBRA) lance un appel à communications pour le prochain congrès de l’AFSP à Lyon du 30 juin au 2 juillet 2026 sur le thème « Violences sexistes et sexuelles sur le terrain : que font les institutions de l’ESR ? ». L’appel à communications est ouvert jusqu’au mardi 30 janvier 2026. 

Les violences sexistes et sexuelles (VSS) sur le terrain ont longtemps été invisibilisées et sont encore souvent minimisées voire ignorées par les institutions de l’Enseignement Supérieur et la Recherche (ESR). Toutefois, grâce à la mobilisation des féministes et aux témoignages de chercheur·euses concerné·es, ces violences font, depuis quelques années, l’objet d’une plus grande attention. En plus de travaux individuels réflexifs (Moreno, 2024 ; Zürne & Heederik, 2021 ; Patarin-Jossec, 2020 ; Cuny, 2020 ; Hanson & Richards, 2017 ; Sharp & Kremer, 2006) des initiatives collectives ont créé des espaces de discussion et de mobilisation (voir liste ci-dessous). Ces travaux et discussions collectives ont analysé les rapports de pouvoir et les différentes formes d’oppression sur le terrain dans une perspective intersectionnelle (genre, classe, race, âge, santé, etc.). Ils ont permis d’établir que les VSS sur le terrain ne sont pas des actes isolés et concernent l’ensemble de notre milieu professionnel ; ils pointent par ailleurs l’absence de cadres de prise en charge adaptés à l’université ou au CNRS. Cette section du groupe de recherche CoBRA vise à poursuivre ces réflexions en mettant l’accent sur le rôle que pourraient ou devraient jouer les institutions de l’ESR, avant, pendant et après le terrain.
Trois pistes de réflexion sont envisagées :
Une première piste de réflexion concerne les effets des politiques de l’ESR sur la vulnérabilité sur le terrain. La précarité, la pression pour produire des résultats de recherche dans un temps de plus en plus court, la compétition accrue par le manque de postes fragilisent les chercheur·euses, y compris sur le terrain et dans leur rapport au terrain. On pourra également s’interroger sur les codes virilistes de l’appréhension de terrains dits dangereux.
Un second axe de réflexion concerne le rôle des institutions (universités, CNRS, laboratoires, instances disciplinaires, comités d’éthique, directions de thèse etc.). Si les réponses institutionnelles restent insuffisantes, il existe désormais, grâce aux mobilisations des féministes des vingt dernières années, des dispositifs qui visent à prendre en charge les VSS dans le champ académique (Andro, 2023 ; Clair, 2023). Ces dispositifs, qui manquent de moyens pour assurer leurs missions, ne sont en outre pas adaptés à la prise en charge des violences sur le terrain. Doit-on imaginer des dispositifs spécifiques et créer des cellules d’écoute pour soutenir et accompagner les victimes ?  Comment former les directeur·ices de thèse et plus largement les membres de l’ESR qui exercent une autorité professionnelle ou pédagogique ? On réfléchira également aux risques de l’institutionnalisation de la prise en compte des VSS sur le terrain. Il ne faudrait pas que les mobilisations contre les VSS sur le terrain se retournent contre les chercheuses avec un renforcement des injonctions paternalistes à la prudence (Debos, 2023). Il serait tout aussi problématique d’associer les terrains internationaux à des « imaginaires du danger » (Beldé, 2025) en reprenant le discours exotisant et raciste de l’« Autre » menaçant.

Une troisième perspective est celle des continuités entre les expériences de harcèlement et VSS sur le terrain et au sein de l’ESR (Deruelle, 2022). Si le terrain se déroule le plus souvent hors des campus, il n’est pas isolé des autres espaces de travail. Un enjeu important – et jusqu’ici ignoré – est la protection des enquêté·es contre les agressions par les chercheur·euses. Comment engager une discussion sur les pratiques dangereuses, voire violentes, des enquêteur·ices ? Quelle est la responsabilité des institutions dans les cas où les chercheurs sont eux-mêmes auteurs de violences dans le cadre de leurs enquêtes ?

Les propositions de communication (500 mots max.) en français ou en anglais sont à envoyer, jusqu’au 30 janvier 2026, à Marielle Debos (debos@parisnanterre.fr) & Sarah Daoud (sarah.daoud@sciencespo.fr).Références 

  • Andro, Armelle (2023). « Mind the Gap : avancées et résistances dans la prise en charge des violences sexuelles et sexistes dans le monde académique », Mouvements, n° 113, pp. 109-118.
  • Beldé, Marte (2025). « Danger on my mind: Dangerous imaginaries and their effect on epistemologies », Ethnography. En ligne: https://journals.sagepub.com/doi/abs/10.1177/14661381251365064
  • Clair, Isabelle (2023). « Violences sexuelles dans l’exercice et l’apprentissage du métier de sociologue », Socio-logos, n° 19. En ligne : https://journals.openedition.org/socio-logos/6556#quotation
  • Cuny, Cécile (2020). « Violences sexuelles sur un terrain d’enquête », Nouvelles Questions Féministes, vol. 39, n°2, pp.90-106.
  • Debos, Marielle (2023). « Genre, sécurité et éthique. Vade-mecum pour l’enquête de terrain », Critique internationales, n°100, pp.59-74.
  • Deruelle, Farah (2022). « La sexualité en colloque, une « parenthèse enchantée » ? Violences et rituels professionnels à l’épreuve de l’égalité des carrières scientifiques », Terrains & travaux, 40(1), pp.89-111.
  • Hanson, Rebecca & Richards, Patricia (2017). « Sexual harassment and the construction of ethnographic knowledge », Sociological Forum, vol. 32, n°3, pp.587-609.
  • Moreno Eva, Traduction par Rouquet, L., Lefort-Rieu, C. et Bjerén, G. (2024). « Viol sur le terrain : Réflexions d’une survivante ». Cahiers du Genre, Vol. 77, n°2, pp. 37-72.
  • Patarin-Jossec, Julia (2020). « Un tabou résilient. Des violences sexistes dans la pratique ethnographique et son enseignement », Terrains/Théories, n°12, pp.1-29.
  • Sharp, Gwen & Kremer, Emily (2006). « The Safety Dance: Confronting Harassment, Intimidation, and Violence in the Field », Sociological Methodology, n°36, pp.317-327.
  • Zürne, Lise & Heederik, Janne (eds.) (2021). « Harassment in the Field: Reflections on the Personal and Professional Boundaries of the Ethnographer », LOVA Journal of Feminist Anthropology & Gender Studies, Special Issue, Vol. 42, n°12.

Ressources et initiatives scientifiques sur les VSS sur le terrain (liste non exhaustive)