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Le gouvernement des systèmes productifs : penser les transformations du rôle de l’Etat dans l’économie

Le groupe de recherche AFSP Politiques de l’industrie et rôle de l’Etat dans l’économie lance un appel à communications pour sa Section de Groupe (SG) qui se tiendra lors du prochain Congrès de l’AFSP à Grenoble du 2 au 4 juillet 2024. La thématique de cette SG, qui se tiendra sur deux sessions de 2h chacune, est la suivante : « Le gouvernement des systèmes productifs : penser les transformations du rôle de l’Etat dans l’économie ». La date limite pour l’appel est fixée au 13 décembre 2023.

Jusqu’au milieu des années 1980, les politiques industrielles ont occupé une place centrale dans l’analyse des recompositions de l’action publique et de l’Etat avant de connaître une relative éclipse. Le faible intérêt que les politistes et sociologues de l’action publique européen.nes et nord-américain.es ont alors porté aux politiques industrielles et au gouvernement de la production a coïncidé avec la délégitimation de ces modes d’intervention, la promotion d’un rôle de l’État conforme au modèle de l’Etat régulateur (Majone, 1994), ainsi qu’avec le processus de désindustrialisation de l’économie.

Depuis quelques années, on observe néanmoins un renouveau de l’intérêt pour les questions relatives à l’intervention de l’Etat dans l’économie. Différents travaux d’économie politique, de sociologie de l’action publique et de l’Etat ou s’inscrivant dans des perspectives voisines de sociologie économique ou de l’environnement ont très largement mis en évidence le fait que l’action de l’Etat auprès des systèmes productifs s’est profondément recomposée tant du point de vue des savoirs, des instruments, des organisations ou des acteurs impliqués dans ce processus.

A l’occasion du congrès 2024 de l’AFSP, le groupe de recherche “Politiques de l’industrie” organise deux sessions pour approfondir ces interrogations et éclairer la manière dont les acteurs publics interviennent dans la structuration du tissu productif et le gouvernement des industries. Nous souhaitons organiser nos réflexions autour de deux axes de recherche : le gouvernement des transitions productives ; et les politiques de financement de l’économie. Dans une démarche pluri-disciplinaire, nous invitons les politistes, les sociologues, les historien.nes ou les économistes à venir présenter leurs recherches que celles-ci portent sur des analyses de cas ou des comparaisons et que leurs terrains d’enquêtes soient contemporains ou historiques.

Axe 1 : Gouverner les transitions productives

Le renouveau de l’interventionnisme public, incarné par des programmes de filières et d’investissement d’ampleur dans les domaines des énergies et technologies dites vertes (IRA aux Etats-Unis ; European Green Deal en Europe ; plan France 2030 en France, etc.) est généralement justifié par le souci des acteurs publics de gouverner et d’orienter la transformation du tissu productif. Ce qui se présente comme un nouvel esprit de l’interventionnisme public n’est pas sans rappeler des entreprises plus anciennes de programmation de la modernisation industrielle et de développement d’État développementaliste. Nous souhaitons ici interroger les ressorts par lesquels les acteurs publics légitiment et recomposent leurs interventions dans les systèmes productifs au titre du “gouvernement des transitions productives”. Nous envisageons ces transitions dans un sens extensif, que les interventions cherchent à structurer ou recomposer des filières industrielles, à orienter le contenu des productions élaborées par des firmes publiques et privées ou encore à façonner le cadre organisationnel des unités productives. A l’heure où les projets de « ré-industrialisation » sont portés comme des solutions à une multiplicité d’enjeux, à l’image du renouveau minier européen (Buu-Sao, 2021), les communications pourront traiter de « transitions » écologiques, territoriales, ou encore de transitions au sens qu’ils portent des ambitions de transformations structurelles de secteurs productifs, en y parvenant plus ou moins.

Pour éclairer ces processus, les communications peuvent d’abord porter sur le travail politique de construction d’instruments et d’organisations par lesquels les Etats interviennent au sein du tissu productif pour en transformer la structure. Elles peuvent également s’intéresser aux ressorts du changement dans l’action publique, en éclairant la transformation des arrangements institutionnels qui structurent les rapports Etat-industrie, en s’intéressant aux savoirs en jeu dans les réformes et en éclairant l’identité des groupes sociaux qui œuvrent dans ces recompositions. Dans une perspective comparative, les communications peuvent enfin proposer des typologies de modèles d’États interventionnistes dans le gouvernement des transitions.

Axe 2 – Financer les industries

Que ce soit pour soutenir ou orienter les industries, la question de leur financement est centrale dans les politiques industrielles. Du circuit du Trésor (Lemoine, 2016 ; Monnet, 2018) au quantitative easing (Braun, 2020), en passant par les banques publiques d’investissement (Ducastel, 2019 ; Mertens et al. 2021) ou par le soutien au développement des fonds d’investissement (Benquet, Bourgeron, 2019), les dispositifs d’action publique visant à faciliter l’accès des entreprises à des financements ont connu des évolutions majeures au cours des quarante dernières années. Ces évolutions se rapportent tant à la diversité des conceptions du rôle des autorités publiques dans l’économie, aux types d’acteurs et d’institutions mobilisés (Banques publiques d’investissement, banques centrales, ministères, collectivités locales), qu’aux échelles (nationale, européenne, régionale) qu’elles mettent en jeu. Les dispositifs s’appuient sur des financements et crédits publics (via des subventions, des prêts, des crédits d’impôts, des prises de partication, des garanties, la commande publique). Mais ils visent également, et de manière croissante, à enrôler les investisseurs privés (par des incitations financières de tous ordres, fiscales, « dérisquage », quantitative easing) (Chiapello, 2017 ; Gabor, 2021) contribuant à renforcer le pouvoir infrastructurel de la finance dans le gouvernement de l’économie (Braun, 2020).

Comment ces dispositifs de financements des entreprises sont-ils définis, quantifiés, priorisés ? Qu’est-ce que l’évolution de leurs formes nous dit des capacités des autorités publiques à intervenir dans le gouvernement des industries ? Quel rôle peuvent-ils jouer dans les (ré)orientations des systèmes productifs ? Cette session propose de se pencher sur ces dispositifs en s’interrogeant sur ce qu’ils impliquent dans la capacité des autorités publiques (Union européenne, Etats, collectivités locales) à intervenir dans la structuration de filières, dans les choix stratégiques de développement et d’investissement des entreprises et dans les techniques de production. Les communications pourront porter aussi bien sur la genèse et les évolutions de ces dispositifs et leurs imbrications, que sur leur appropriation et mise en œuvre par les acteurs « de terrain » qui les distribuent.

Les deux axes ne sont pas exclusifs, les communications peuvent répondre à l’un ou l’autre des axes, ou encore proposer une approche transversale. Les propositions de communications d’une longueur approximative de 3 000 signes devront être accompagnées d’une courte bibliographie. Elles doivent être envoyées à l’une des trois adresses suivantes avant le 12 décembre 2023 :

jeanbaptiste.devaux@iepg.fr
charlotte.glinel@sciencespo.fr
ulrike.lepont@sciencespo.fr

Références 

Benquet Marlène, Théo Bourgeron, 2019, « ACCUMULER LE CAPITAL. Sociohistoire du capital-investissement en France, 1982-2017 », Actes de la recherche en sciences sociales, 229 (2), p. 46-71.

Braun Benjamin, 2020, « Central banking and the infrastructural power of finance: the case of ECB support for repo and securitization markets », Socio-Economic Review, 2020, 18 (2), p. 395-418.

Buu-Sao, Doris, 2021, « Faire advenir la « mine durable » en Europe ? Discours institutionnels et impératif de relance minière, de l’Union européenne à l’Andalousie. » Revue Gouvernance / Governance Review, 18(2), p. 16–41.

Chiapello Eve, 2017, « La financiarisation des politiques publiques », Mondes en développement, 178 (2), p. 23-40.

Ducastel Antoine, 2019, « Une banque comme les autres ? Les mutations de Proparco et de la finance administrée », Actes de la recherche en sciences sociales, 229 (4), p. 34-45.

Gabor Daniela, 2021, « The Wall Street Consensus », Development and Change, 52 (3), p. 429-459.

Lemoine Benjamin, 2016, L’ordre de la dette. Paris: La Decouverte

Majone Giandomenico, 1994, « The Rise of the Regulatory State in Europe », West European Politics, 17 (3), p. 77-101.

Mertens Daniel, Matthias Thiemann et Peter Volberding (eds.), 2021, The Reinvention of Development Banking in the European Union: Industrial Policy in the Single Market and the Emergence of a Field, Oxford, Oxford University Press.

Monnet Éric, 2018, Controlling credit: central banking and the planned economy in postwar France, 1948-1973, Cambridge University Press.

(Photo : Adobe Stock)