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Politiques de l’industrie et transformation du rôle de l’Etat dans l’économie

Dans un contexte de succession de crises majeures, tant économiques, climatiques, que sanitaires, ainsi que de tensions géopolitiques croissantes, les enjeux relatifs à la souveraineté industrielle, à l’investissement productif, à la transition écologique des outils de production, à la réindustrialisation des territoires ou à l’innovation ont fait leur retour sur le devant de l’agenda politique. Assisterait-on de fait au « retour » des politiques industrielles et, plus largement, de l’Etat dans l’économie ? Comment en comprendre alors la forme et les modalités ? L’objectif de ce groupe de travail est de contribuer à cette réflexion. Nous souhaitons pour cela promouvoir et initier collectivement des travaux basés sur une approche sociologique de l’action publique et appuyés sur des études empiriques de première main menées à l’échelle de l’ensemble des acteurs de la politique industrielle, depuis les élites politiques et administratives, jusqu’aux syndicats, en passant par les dirigeants d’entreprises, les groupes d’intérêt, les acteurs locaux ou les cabinets de conseil.

Co-responsables du groupe :

  • Audibert Olivier, Doctorant, EHESS, CESSP
  • Canihac Hugo, Docteur,
  • Coutant Hadrien, MCF, Université de technologie de Compiègne, COSTECH
  • Deforge Quentin, chargé de recherche (post-doctorant) FNRS, Université libre de Bruxelles
  • Devaux Jean-Baptiste*, Post-doc, Sciences Po, CSO
  • Doucet Marine, Docteure, Université Clermont-Auvergne
  • Ducastel Antoine, CR Cirad, Art-Dev, Université de Montpellier
  • Findeisen Francesco, Docteur, Sciences Po, CEE
  • Finez Jean, MCF, Université Grenoble Alpes, PACTE
  • Klebaner Samuel, MCF, Sorbonne Paris Nord, CEPN
  • Lepont Ulrike*, CR CNRS, Sciences Po, CEE
  • Pillon Jean-Marie, MCF, Université Paris Dauphine, IRISSO
  • Viallet Thévenin Scott, Sciences Po, CSO

* coordinateurs du groupe

Contacts :

Lepont Ulrike ulrike.lepont@sciencespo.fr
Devaux Jean-Baptiste jeanbaptiste.devaux@etu-iepg.fr

Les politiques industrielles ont longtemps occupé une place importante dans l’analyse des politiques publiques et la sociologie de l’Etat (Hayward, 1985 ; Muller et Jobert, 1987). Elles sont en effet une porte d’entrée majeure pour comprendre les relations entre l’Etat et le marché et le rôle de l’Etat dans l’économie. De ce point de vue, elles sont aussi centrales dans les travaux qui cherchent à qualifier les différentes « variétés » du capitalisme (Hall et Soskice, 2001).

Néanmoins, elles ont connu une relative éclipse dans les travaux de science politique depuis les années 1990. Le faible intérêt que les politistes et sociologues de l’action publique ont porté aux questions industrielles et au gouvernement de la production a coïncidé alors avec la délégitimation de l’interventionnisme étatique et la promotion d’un rôle de l’Etat conforme au modèle de l’Etat régulateur (Majone, 1997), ainsi qu’avec le processus de désindustrialisation de l’économie (Warlouzet, 2020).

Depuis la fin des années 2010, on observe un renouveau de l’intérêt pour les politiques industrielles dans la littérature d’économie politique, en particulier à l’étranger (Alami et Dixon, 2020 ; Bulfone, 2022) mais aussi en France (voir ci-après). Symétriquement, ce renouveau s’inscrit dans un contexte de réaffirmation de l’intervention de l’Etat dans l’économie, provoqué par une succession de crises majeures, tant économiques, climatiques, que sanitaires, ainsi que par des tensions géopolitiques croissantes entre les principales puissances économiques mondiales (Clift et Woll, 2012). A la faveur de ces crises, les enjeux relatifs à la souveraineté industrielle, à l’investissement productif, à la réindustrialisation des territoires ou à l’innovation ont ainsi fait leur retour sur le devant de l’agenda politique. La question est alors de savoir si l’on assiste effectivement au « retour » de l’Etat dans l’économie et de comprendre la forme que cela prend.

L’objectif de ce groupe de travail est de constituer une équipe de recherche en France pour contribuer à cette réflexion. Nous souhaitons pour cela promouvoir des travaux basés sur une approche sociologique de l’action publique et appuyés sur des études empiriques de première main menées à l’échelle des acteurs de la politique industrielle (élites politiques et administratives, dirigeants d’entreprise, syndicats, groupes d’intérêt, administrations centrales, déconcentrées ou décentralisées, cabinets de conseil, etc.). Nous accordons par ailleurs une grande importance à la mise en perspective historique et par conséquent à des approches socio-historiques de ces processus (Kuisel 1984 ; Chapman 2021). Dans ce cadre, le groupe est ouvert à une grande pluralité de thématiques, d’orientations et de méthodes de recherche. Les travaux du groupe sont d’abord attentifs aux différentes échelles de l’action publique, que ce soient les échelles supranationales (organisations internationales et Commission européenne), nationales (l’Etat et ses administrations ou les entreprises publiques) ou territoriales (collectivités locales et opérateurs déconcentrés). Par ailleurs, ils s’intéressent autant à des secteurs spécifiques (défense, industries extractives, énergie, aéronautique, automobile, transport) qu’à des politiques transversales (financement, investissement, innovation). Ils comprennent de plus tant des travaux sociohistoriques que des travaux centrés sur la période contemporaine et portent sur les producteurs de l’action publique, les opérateurs de leur mise en œuvre ou leurs bénéficiaires (en particulier les entreprises). Enfin, nous souhaitons intégrer à ce travail d’autres disciplines qui présentent des questionnements voisins, à commencer par les économistes intéressés par les enjeux industriels et leur gouvernement.

Le premier objectif du Groupe de recherche est de contribuer à une réévaluation de la caractérisation des relations Etat-marché et du capitalisme en France. Celle-ci a fait l’objet d’un vif débat dans la littérature internationale, partagée entre tenants de la libéralisation complète (Culpepper, 2006, Levy, 1996) et tenants du maintien d’une forme de dirigisme (Schmidt, 2003 ; Clift, 2012). Mis à part quelques exceptions (Ansaloni et Smith, 2018 ; Faure et al., 2019 ; Coutant et al., 2021), les chercheurs français y ont peu contribué sur la période récente malgré des travaux de plus en plus nombreux sur des secteurs industriels comme l’aéronautique et la défense (Faure, 2019, Coutant, 2016, Doucet, 2021), les constructeurs automobiles (Pardi, 2012, Klebaner, 2016, Jullien et Lung, 2011) ou les politiques d’innovation (Devaux, 2021). L’objectif est de s’appuyer sur ces recherches pour contribuer plus directement à ce débat.

Le deuxième objectif du groupe est d’initier un chantier comparatif avec d’autres cas nationaux, notamment en invitant un ou plusieurs chercheur.euses étrangers qui travaillent sur les politiques industrielles d’autres pays. Cela permettrait d’entreprendre un travail de réflexion de plus grande ampleur de mise en comparaison du cas français, de son insertion dans l’espace européen et du rôle des institutions européennes dans la définition des politiques industrielles contemporaines.

 

Références :

–        Alami Ilias et Dixon Adam D, « State capitalism(s) redux ? Theories, tensions, controversies », Competition & Change, 2020, vol. 24, no 1, pp. 70‑94.

–        Ansaloni Matthieu et Smith Andy, « The neo-dirigiste production of French capitalism since 1980: the view from three major industries », French Politics, 2018, vol. 16, no 2, p. 154.

–        Bulfone Fabio, « Industrial policy and comparative political economy: A literature review and research agenda », Competition & Change, 2022

–        Chapman Herrick, La longue reconstruction de la France : à la recherche de la république moderne, Paris, Presses de Sciences Po, 2021.

–        Clift Ben et Woll Cornelia, « Economic patriotism: reinventing control over open markets », Journal of European Public Policy, 2012, vol. 19, no 3, pp. 307‑323.

–        Clift Ben, « French Responses to the Global Economic Crisis: The Political Economy of “Post-Dirigisme” and New State Activism », in The Consequences of the Global Financial Crisis: The Rhetoric of Reform and Regulation, Oxford, Oxford University Press, 2012, pp. 206‑225

–        Coutant, H. (2016). Un capitalisme d’ingénieurs: construire un groupe aéronautique après une fusion (Thèse de doctorat, Institut d’études politiques de paris-Sciences Po).

–        Coutant, H., Ducastel, A., & Viallet-Thévenin, S. (2021). Concilier le profit et l’intérêt général: l’État actionnaire dans les dynamiques historiques du capitalisme. Introduction au dossier «Les figures de l’État actionnaire». Revue de la régulation. Capitalisme, institutions, pouvoirs, (30| 1er semestre/spring 2021).

–        Culpepper Pepper D., « Le système politico- économique français depuis 1985 », in La France en Mutation. 1980-2005, Paris, Presses de Sciences Po, 2006, pp. 39‑70.

–        Devaux, J. B. (2021). L’Etat technologique-Rationalisations et institutionnalisation d’un territoire bureaucratique: l’innovation (1963-2003) (Thèse de doctorat, Lyon).

–        Doucet, M. (2021). La cyberdéfense française entre État et marché (thèse de doctorat, Université Clermont Auvergne).

–        Faure Samuel B. H., Thibaut Joltreau, Andy Smith, 2019, Qui gouverne les grandes entreprises de la défense ? Contribution sociologique à l’étude des capitalismes en France et au Royaume-Uni, Revue internationale de politique comparée, 26 (1), p. 11-45.

–        Faure, S. B. (2016). Variétés de la décision: le dilemme de la politique d’armement en Europe: le cas de la France de 1945 à nos jours (Thèse de doctorat, Institut d’études politiques de Paris-Sciences Po).

–        Hall Peter A. et Soskice David, Varieties of Capitalism: The Institutional Foundations of Comparative Advantage, Oxford, Oxford University Press, 2001.

–        Hayward Jack, « Les politiques industrielles et économiques », in Traité de science politique., Paris, P.U.F., n˚ 4. Les politiques publiques, 1985, pp. 89‑153.

–        Jobert, B., & Muller, P. (1987). L’État en action: politiques publiques et corporatismes

–        Julien, B., & Lung, Y. (2011). Industrie automobile: la croisée des chemins. La Documentation française.

–        Klebaner, S. (2018). Dynamiques réglementaires et planification des firmes: les leçons des limites européennes d’émissions de polluants dans l’automobile (Thèse de doctorat, Bordeaux).

–        Kuisel, Richard F. Le capitalisme et l’état en France: modernisation et dirigisme au XXe siècle. Bibliothèque des histoires. Paris: Gallimard, 1984.

–        Levy Jonah D., « The Crisis of Identity of Post-Dirigiste France », French Politics and Society, 1996, vol. 14, no 1, pp. 36‑44.

–        Majone Giandomenico, « From the Positive to the Regulatory State: Causes and Consequences of Changes in the Mode of Governance », Journal of Public Policy, 1997, vol. 17, no 2, pp. 139‑167.

–        Pardi, T. (2012). La révolution qui n’a pas eu lieu: les constructeurs japonais en Europe (1970-2010) (Thèse de doctorat, Paris, EHESS).

–        Schmidt Vivien, « French capitalism ­transformed, yet still a third variety of capitalism », Economy and Society, 2003, vol. 32, no 4, pp. 526‑554.

–        Warlouzet Laurent , « The collapse of the French Shipyard of Dunkirk and EEC state-aid control (1977–86) », Business History, 62-5, 2020, p. 858‑878.

–        Zysman, John. Governments, Markets, and Growth: Financial Systems and the Politics of Industrial Change. 4. print. Cornell Studies in Political Economy. Ithaca, NY: Cornell Univ. Press, 1994.

Le groupe organise régulièrement des séances de travail qui ont pour objet soit la discussion d’ouvrages et d’articles de référence sur les politiques industrielles, soit la présentation de recherches en cours.

En dehors de ces rencontres régulières, trois événements seront prévus jusqu’à l’été 2024 :

  • Le premier, lors des rencontres de la science politique de juillet 2023, sera l’occasion de faire un point sur les recherches, passées et en cours, sur le cas français. Pour cela, nous proposons d’organiser une table ronde autour du thème suivant : « Politiques industrielles en France : le retour du dirigisme industriel ? ».
  • Le deuxième consistera en une journée d’étude organisée à l’automne 2023 pour laquelle nous inviterons des collègues travaillant sur d’autres cas nationaux de manière à nourrir la réflexion comparative.
  • Le troisième aurait lieu lors du Congrès de l’AFSP à Grenoble en juillet 2024 et consistera en un bilan du travail mené par le groupe.