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Partis politiques en mutation (PARTIPOL)

Où en sont les partis politiques ? Quelles sont les modalités de leur transformation ? Qu’en est-il de la recherche sur cet objet autrefois considéré comme canonique ? Autant de questions que le groupe PARTIPOL ambitionne de remettre à l’ordre du jour de la discipline. Alors que l’intérêt institutionnel pour les formations partisanes semble avoir décliné en France ces derniers temps, les travaux demeurent nombreux et continuent de les explorer dans des directions renouvelées – qu’il s’agisse de questionner le désinvestissement militant, de repenser sociologiquement la dimension idéelle du phénomène partisan, d’interroger les usages numériques des partis, d’appréhender les formes les plus récentes de développement partisan ou de discuter la question de la fin des partis. C’est le produit de cette recherche chorale dont le groupe PARTIPOL souhaiterait pouvoir rendre compte, en recollectivisant les efforts déployés au niveau individuel par les chercheur.e.s et ainsi redonner corps et visibilité à un secteur actif de la recherche.

Co-responsables du groupe :

  • Carole Bachelot* (professeure de science politique, Université de Lille, CERAPS)
  • Raphaël Challier (docteur en sociologie politique, Université Paris 8, CRESPPA-GTM)
  • Alexandre Dézé* (maître de conférences en science politique, Université de Montpellier, CEPEL)
  • Florence Haegel (professeure de science politique, Sciences Po Paris, CEE)
  • Rémi Lefebvre (professeur de science politique, Université de Lille, CERAPS)

* coordinateurs du groupe

Contacts : 

Bachelot Carole carole.bachelot@univ-lille.fr
Dézé Alexandre alexandre.deze@umontpellier.fr

Pourquoi constituer un groupe de recherche sur les partis politiques alors même qu’ils semblent plus que jamais sur le déclin ? Etiolement électoral, chute des effectifs militants, effritement des ancrages sociétaux, affaiblissement des fonctions traditionnelles… Les partis ne seraient plus ce qu’ils ont été, et leur extinction serait proche. Le constat n’est pas seulement repris par nombre de commentateurs et acteurs politiques, il est également partagé par certains des observateurs les plus avertis du phénomène partisan. « Il est possible que l’institution partisane puisse disparaitre progressivement », prophétisaient déjà Kay Lawson et Peter Merkl à la fin des années 1980 (1988). « Les transformations organisationnelles des partis ont été telles qu’on peut se demander si les partis, ce n’est pas fini », s’interrogeait plus récemment Ingrid Van Biezen (2014), tout en rappelant que le thème de la « fin des partis » avait été retenu pour l’édition 2013 du congrès annuel de l’Association britannique d’études politiques. Peter Mair conclut quant à lui dans son dernier ouvrage à la fin de la « démocratie de partis » : « Bien que les partis eux-mêmes demeurent, ils sont devenus si déconnectés de la société en général, poursuivant une forme de compétition tellement dénuée de sens, qu’ils ne semblent plus capables de soutenir la démocratie dans sa forme actuelle » (Mair, 2013). En somme, les partis ne seraient plus aujourd’hui que des « dinosaures institutionnels » (Webb, 1995), des « reliques du XXe siècle » (Gómez del Valle Ruiz, 2017).

À distance de ce type d’interprétation collapsologique (et du registre déploratif qui l’accompagne le plus souvent), le groupe de recherche « Partis politiques » (PARTIPOL) entend rappeler tout l’intérêt de maintenir une veille attentive à l’égard des partis. Non seulement en raison de leur étonnante résilience, mais aussi pour ne rien rater des mutations qu’ils connaissent depuis ces dernières décennies et qui continuent (heureusement) de faire l’objet de précieux travaux de recherche. Le travers présentiste d’un trop grand nombre d’analyses tend de ce point de vue à occulter le fait que, depuis leur apparition dans le courant du XIXe siècle, les organisations de parti n’ont jamais cessé de connaître de profonds changements. Qu’y a-t-il en effet de commun entre la définition très sophistiquée qu’en donne le gambettiste Jean-Jacques Weiss au tout début de la IIIe République (cité par Huard, 1996) et la définition considérablement épurée qu’en donne un siècle plus tard Giovanni Sartori (1976) ? De fait, que les partis se rapprochent aujourd’hui de l’État au détriment de la société civile (« parti-cartel » – Katz et Mair, 1995), qu’ils se vident de leur substrat social pour devenir davantage virtuels  (« parti digital » – Gerbaudo, 2019), qu’ils adoptent des formes d’organisation mouvementiste plutôt que bureaucratique (« parti-mouvement » – Kitschelt, 2006), que leurs frontières deviennent de plus en plus poreuses (Scarrow, 2014) ou qu’ils perdent leur dimension collective pour se centrer sur un leader (« parti personnel » – Calise, 2011 ; Kefford et McDonnell, 2018) ne signifie pas pour autant qu’ils sont en train de disparaître. À vrai dire, il est même possible de considérer que sur certaines dimensions, ils se sont plutôt renforcés (professionnalisation, financement, sélection du personnel politique, accès aux positions de pouvoir…). Ainsi, pour Piero Ignazi, les partis actuels seraient pris dans un rapport janusien entre certes, d’un côté, une illégitimité persistante et un affaiblissement de leurs forces électorales et militantes, mais aussi, de l’autre, un rôle toujours aussi prépondérant dans la structuration de la vie politique et une économie de fonctionnement consolidée (grâce aux ressources publiques). De la sorte, les partis ressembleraient aujourd’hui à « une sorte de Léviathan post-moderne quelque peu incohérent » : à la fois « puissant mais détesté, omniprésent mais discrédité » (Ignazi, 2014). Dans une perspective semblable, Rémi Lefebvre estime que les partis « sont à la fois dévitalisés et incrustés dans le jeu politique, désencastrés socialement et enkystés institutionnellement » (Lefebvre, 2018 : 2 et 10). En somme, les partis se maintiennent plus qu’ils ne disparaissent, ils s’adaptent et changent plus qu’ils ne déclinent.

Où en sont les partis politiques ? Quelles sont les modalités de leur transformation ? Qu’en est-il de la recherche sur cet objet autrefois considéré comme canonique ? En quoi les travaux les plus récents nous renseignent-ils plus largement sur les mutations de la vie politique contemporaine ? Autant de questions que le groupe « Partis politiques » ambitionne de remettre à l’ordre du jour de la discipline. Depuis la fin des activités du Groupe sur l’étude des organisations et partis politiques (GEOPP) animé par Hélène Combes et Julien Fretel, l’intérêt institutionnel pour les formations partisanes semble avoir été relégué au second plan. Pourtant, depuis le renouveau des recherches qui s’est manifesté à partir des années 2000 (Andolfatto, Greffet, Olivier, 2001 ; Haegel, 2007), les travaux restent assez nombreux (encore davantage dans la recherche anglo-saxonne) et continuent d’explorer le phénomène partisan dans des directions renouvelées – qu’il s’agisse de questionner le désinvestissement militant (Challier, 2021), de repenser sociologiquement la dimension idéelle du phénomène partisan (Bué, Fertikh, Hauchecorne, 2016 ; Cos, 2019 ; Rioufreyt, 2019), d’interroger les usages numériques des partis (Theviot, 2020), d’appréhender les formes les plus récentes de développement partisan (Lefebvre, 2018 ; Cervera-Marzal, 2021) ou de discuter la question de la fin des partis (Martinache, Sawicki, 2020) – pour ne citer ici que quelques illustrations parmi d’autres empruntées au cas français (pour une synthèse récente, voir également le Traité Larcier sur les partis politiques dirigé par Florence Haegel et Simon Persico à paraître en 2023). C’est le produit de cette recherche chorale dont nous souhaiterions pouvoir rendre compte tout en contribuant à sa coordination et à sa dynamisation. Nous proposons ainsi à travers ce groupe de recollectiviser les efforts déployés au niveau individuel par les chercheur.e.s pour faire progresser la connaissance sur les partis et, partant, de redonner corps et visibilité à un secteur actif de la recherche en science politique. Le groupe permettra également de réactiver des relations de collaboration avec les groupes de recherche déjà constitués au sein d’autres institutions, francophones (groupe de travail « Élections, partis et opinion publique » de l’Association belge francophone de science politique, par exemple) comme internationales (« Standing Group on Political parties » de l’ECPR, réseaux de chercheur.e.s RC 02 sur les élites politiques, RC 23 sur les élections, citoyens et partis politiques de l’IPSA). Dans cette perspective, les activités du groupe pourront s’organiser autour de différents types d’événements : séminaires permettant la présentation et la discussion de thèses et d’ouvrages récents ; conférences thématiques ; tables-rondes et sections thématiques lors des rencontres de la science politique et du congrès de l’AFSP.

La liste des activités est en cours d’élaboration.

Informations bientôt disponibles

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