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Conflits, crises et ruptures sociales

Ce groupe de recherche vise à offrir un espace de discussion autour de travaux portant sur les crises, les conflits et les ruptures sociales qui leurs sont liées. L’objectif est de se demander ce que les crises et les conflits impliquent en termes de ruptures et de transformations du monde social, le détour par des situations dites exceptionnelles incitant à repenser les concepts utilisés par les sciences sociales afin de rendre compte de ces contextes politiques particulièrement mouvants. Tout en s’interrogeant sur la qualification-même des situations dites « de crise » ou « de conflit », ce groupe de recherche aspire à penser différemment les reconfigurations sociales et politiques en cours dans ces situations « limites » en faisant dialoguer des littératures, des terrains et des outils conceptuels qui ont parfois tendance à fonctionner en vase clos.

Co-responsables du groupe :

  • Denia Chebli (CESSP, Université Paris 1-Panthéon Sorbonne)
  • Lola Guyot (CERAPS-Sciences Po Lille)
  • Hadrien Holstein (ISP-Paris Nanterre)
  • Camille Popineau (CESSP, Université Paris 1-Panthéon Sorbonne)
  • Tanguy Quidelleur (ISP-Paris Nanterre)
  • Marianne Saddier (CESSP, Université Paris 1-Panthéon Sorbonne)
  • Mathilde Tarif (CESSP, Université Paris 1-Panthéon Sorbonne)
  • Emmanuelle Veuillet (CESSP, Université Paris 1-Panthéon Sorbonne)

Contacts : 

Mathilde Tarif mathilde.tarif@gmail.com
Hadrien Holstein hadrienholstein@gmail.com

Réunissant des jeunes chercheur.ses de différentes institutions (CESSP-Paris 1, ISP-Paris Nanterre, CERAPS-Sciences Po Lille), ce groupe de recherche a pour ambition d’offrir un espace d’échanges et de réflexions autour des situations dites « de crise » ou de « conflit ». Nous interrogeons ainsi ce que les crises et les conflits impliquent en termes de ruptures et de transformations des structures et des hiérarchies sociales, des rapports de domination qui lient les acteur·rices entre elleux, et ce en imbriquant différentes échelles, de l’État aux individu·es en passant par les groupes sociaux et les institutions. Pour ce faire, il nous semble indispensable de faire dialoguer des littératures, des terrains et des outils conceptuels, en questionnant (et, au besoin, dépassant) des lignes de séparation théoriques et empiriques qui nous semblent trop strictes.

Croiser des concepts et les littératures permet en effet de sortir de l’écueil récurrent qui consiste à penser les situations sociales non-occidentales comme fondamentalement « différentes » et à refuser de leur appliquer les concepts de sociologie développés ailleurs. Dans la continuité de travaux engagés ces dernières années, nous faisons l’hypothèse que mobiliser des auteur·trices classiques de la sociologie politique sur des terrains extra-occidentaux permet d’approfondir notre compréhension des bases sociales de l’État, de l’organisation de différents secteurs de la société et des dynamiques de stratification sociale dans ces contextes. Favoriser une circulation de concepts permet de dé-exoticiser des situations et désingulariser des phénomènes finalement communs à toutes les sociétés, tout en permettant, en retour, des apports et des réflexions heuristiques pour penser les situations politiques et sociales plus routinières.

Si une telle circulation de concepts de sciences sociales produits dans les sociétés et les universités du Nord sur des terrains occidentaux peut s’avérer utile, ces concepts n’ont cependant pas vocation à former un étalon ou un modèle normatif, mais constituent plutôt une boîte à outils dans laquelle piocher sans s’y limiter, en gardant en tête l’importance de la sociologie historique de l’État. Cette démarche doit en outre s’accompagner d’un renouvellement bibliographique et d’une initiative de désoccidentalisation de nos bibliothèques, en promouvant au maximum les références extra-occidentales existantes sur les crises et les conflits.

Par ailleurs, ce groupe de recherche sera l’occasion de valoriser les recherches s’appuyant sur des études empiriques et des terrains approfondis. En effet, nous faisons, après beaucoup d’autres, le constat d’une difficulté croissante d’accès au terrain pour les chercheur·ses, alors même que nous croyons au caractère irremplaçable des études in situ[1]. Ce « privilège épistémologique de l’observation »[2] et de l’enquête de terrain est particulièrement important dans les situations de crise, qui présentent des enjeux et des défis spécifiques pour les chercheur·ses[3]. Malgré les difficultés qu’elle pose, l’enquête en contexte permet non seulement de donner à la recherche une profondeur empirique indispensable mais aussi d’apporter une plus grande inventivité théorique. A cet égard, une réflexion sera aussi engagée sur l’influence qu’exercent les méthodes et outils déployés sur la façon de penser les ruptures sociales et dans quelle mesure ils aident à penser (ou non) un objet de recherche et contribuent à le construire.

Enfin, nous souhaitons favoriser un dialogue interdisciplinaire et la circulation des idées entre les chercheur·ses travaillant sur des aires géographiques, des objets et des périodes historiques différentes. Les membres de notre groupe de recherche mènent des recherches sur des terrains variés (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Irlande du Nord, Mali, République centrafricaine, Soudan du Sud, Sri Lanka). Notre groupe de recherche s’inscrit ainsi dans une logique comparatiste qui vise à faciliter et à renforcer la circulation de concepts et de boîtes à outils théoriques nés d’un travail de recherche mené sur des situations géographiquement et historiquement situées, et ce en dehors des terrains « classiques » investis par la science politique. A ce titre, nous souhaitons réfléchir aux effets de la démarche comparatiste, aux méthodes qui la permettent et la rendent heuristique. Que peut-on considérer comme comparable et en quoi la comparaison peut-elle éclairer l’analyse d’une situation « limite » ? Comment penser la circulation de concepts et d’outils sur des terrains aux structures sociales différentes ?

[1] Philippe Aldrin et al. (dir.), L’enquête en danger. Vers un nouveau régime de surveillance dans les sciences sociales, Paris, Armand Colin, 2022.

[2] Daniel Bizeul, « Les ressorts psychologiques sont-ils des faits ? » dans Pierre Paillé (dir.), La méthodologie qualitative. Postures de recherche et travail de terrain, Paris, Armand Colin, 2006, p. 71.

[3] Magali Boumaza et Aurélie Campana, « Enquêter en milieux « difficiles » », Revue française de science politique, vol. 57, 2007, p. 5-25 ; Jonathan Goodhand, « Research in conflict zones : ethics and accountability », Forced Migration Review, n°8, 2000, p. 12-15 ; Koen Vlassenroot, « War and Social Research », Civilisations, n°54, 2006, p. 191-198.

SEMINAIRE DE RECHERCHE 2023

Dans le cadre du séminaire « Crises, conflits et ruptures sociales », ce groupe de recherche se réunit une fois par mois à l’occasion d’un séminaire de recherche ouvert à tou.te.s autour d’une communication portant sur un travail de recherche en cours, en laissant une large place à la discussion collective.

Le séminaire aura lieu au Centre Broca de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 21 rue Broca, 75005 Paris. Vous trouverez le programme ci-dessous :

Mercredi 8 février 2023 – 17h-19h – Salle B 203.
Adèle Momméja, Chargée de recherche au CNRS – CESSP.
Titre de l’intervention : « La guerre d’Algérie : un aboutissement de l’ordre colonial ? Réflexions à partir d’un massacre de civils ».

Mercredi 15 mars 2023 – 17h-19h – Salle B 203.
Lauréna Haurat-Pérez, Doctorante en sociologie à l’Université de Bordeau – Centre Émile Durkheim.
Titre de l’intervention : « L’engagement militant après une période d’incarcération : entre continuité, transformation et rupture, à partir du cas d’anciens prisonniers politiques basques ».

Mercredi 12 avril 2023 – 17h-19h – Salle B 203.
Ibrahima Poudiougou, Doctorant à l’Université de Turin – Rattaché à l’African Studies Center of Leiden University.
Titre de l’intervention : « “Cultiver le champ et entretenir le camp” : la mobilisation armée des chasseurs dogons à l’épreuve du travail agricole au centre du Mali ».

Mercredi 10 mai 2023 – 17h-19h – Salle B 108.
Yoletty Bracho, Doctorante en science politique à l’Université Lumière Lyon 2 – Triangle.
Titre de l’intervention : « Les crises vénézuéliennes à l’aune des enjeux migratoires : un regard depuis la France ».

 Mercredi 14 juin 2023 – 17h-19h – Salle B 108.
Alpha Shah, Professeur en anthropologie à la London School of Economics (LES)
Titre de l’intervention : Présentation de son dernier ouvrage Le livre de la jungle insurgée. Plongée dans la guérilla naxalite en Inde.

Adam Baczko (CERI – Sciences po)
Marte Beldé (Ghent University)
Florence Brisset-Foucault (Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne)
Roma Casamitjana (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
Dominique Connan (ISP – Université Paris Nanterre)
Gilles Dorronsoro (Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne)
Paul Grassin (Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne)
Ibrahima Poudiougou (Université de Leiden et Université de Turin)
Arthur Quesnay (Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne)
Floriane Soulié (Paris 1 Panthéon Sorbonne)
Koen Vlassenroot (Ghent University)
Christoph Voguel (Ghent University)

Conflict Research Group (CRG) – Université de Gand

Recherche et Etudes en Politique Internationale (REPI) – Université Libre de Bruxelles (ULB)

Chebli, Denia. « Économie transnationale de la violence et autonomisation des milices au Nord du Mali », Cultures & Conflits, vol. 125, no. 1, 2022, pp. 95-113.

Guyot, Lola. « Le Sri Lanka : de l’effondrement économique à la révolte », Politique étrangère, no. 4, 2022, pp. 127-138.

Holstein, Hadrien. « Combattre pour l’IRA : une analyse processuelle des engagements entre le civil et le combattant », Critique internationale, vol. 93, no. 4, 2021, pp. 29-50.

Popineau, Camille. « De rebelle à fonctionnaire. Capital social, mobilisations et reconversions post-conflit dans les régies financières de Côte d’Ivoire », Gouvernement et action publique, vol. 8, no. 4, 2019, pp. 119-143.

Quidelleur, Tanguy. « Courtiser l’État et traquer les djihadistes : mobilisation, dissidence et politique des chasseurs-miliciens dogons au Mali », Critique internationale, vol. 94, no. 1, 2022, pp. 53-75.

Saddier, Marianne. « A Strong Northern Anti-Rebellion Voice during the Malian Crisis: the Collectif des Ressortissants du Nord (COREN) in Bamako », Mande Studies, vol. 19, 2017, pp.59-76.

Tarif, Mathilde. « « On ne devient pas commerçant entre midi et 13 heures ! ». Les conditions sociales du succès économique après la crise en République centrafricaine », Politique africaine, vol. 156, no. 4, 2019, pp. 121-141.

Veuillet, Emmanuelle. « Guerre civile et régimes identitaires : l’ethnicisation du conflit en Équatoria-Occidental (Soudan du Sud) », Critique internationale, vol. 95, no. 2, 2022, pp. 112-131.