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Politiques de l’environnement

Ce groupe a pour ambition principale de saisir et renforcer l’apport spécifique de la science politique quant à l’analyse des rapports de nos sociétés aux enjeux environnementaux. Par un dialogue approfondi avec les autres sciences sociales (histoire, géographie, anthropologie, études des sciences et des techniques, économie, etc.), il poursuit l’objectif de mettre en lumière une approche empirique critique des processus de gouvernement de l’environnement. Cet objectif implique de ne pas se limiter à la seule étude des politiques environnementales ; il s’agit, plus largement, d’interroger les différentes causes et les multiples manifestations de l’inertie collective face à la crise écologique, notamment en les rapportant à la production sociale des savoirs, des normes et des rapports de pouvoir. Le groupe souhaite rassembler un large ensemble des travaux empiriques et théoriques qui contribuent à cette réflexion, en intégrant toutes les sous-disciplines de la science politique.

Co-responsables du groupe :

  • Doris Buu-Sao*, Chercheuse Marie Curie au département d’anthropologie sociale de l’Université de Barcelone
  • Clémence Guimont, Maîtresse de conférences en science politique à l’Université Paris 1 – CESSP
  • Renaud Hourcade, Chargé de recherche en science politique au CNRS – Centre Émile Durkheim
  • Clément Marquet, Assistant de recherche en sciences techniques et sociétés à Mines Paris – PSL – Centre de Sociologie de l’Innovation
  • Frédéric Nicolas, Maître de conférences en science politique à l’Université Paul Valéry – Montpellier
  • Leny Patinaux*, Post-doctorant en science politique au CERAPS

* coordinateurs du groupe

Contacts : 

Leny Patinaux leny.patinaux@univ-lille.fr
Doris Buu-Sao doris.buusao@univ-lille.fr

L’actualité de la science politique française donne à voir un intérêt croissant pour l’environnement, dont l’étude s’est initialement inscrite dans les sous-champs de la discipline : sociologie des mobilisations, des partis, de l’action publique à l’échelle nationale et internationale et, plus récemment, théorie politique. Les travaux produits révèlent toutefois la transversalité des questions environnementales et ce groupe vise donc, d’abord, à les décloisonner. Il cherche également à préciser l’apport spécifique de la science politique pour les penser et la manière dont la discipline se situe par rapport aux transformations épistémologiques introduites par les humanités environnementales.

Ce groupe a aussi pour objectif de nourrir une sociologie politique critique, sensible au caractère éminemment politique de l’action publique en lien avec la question environnementale et aux effets de domination que l’action publique engendre ou renforce.

Enfin, ce groupe interroge d’un point de vue sociologique les différentes causes de l’inertie collective face à la crise écologique. S’il paraît difficile d’ignorer l’importance accordée à cette crise dans le débat public, les agendas politiques et les engagements pris par de multiples acteurs, les causes structurelles des problèmes environnementaux demeurent et leurs effets s’aggravent. Le groupe rassemble les travaux empiriques et théoriques alimentant cette réflexion.

Pour ce faire, il importe de ne pas limiter notre regard aux seules politiques environnementales. Nous estimons que c’est à travers l’étude de processus sociaux, comme ceux qui régissent la production ou le travail, de formes de domination structurelles, telles que le genre, la classe et la race, ou encore dans de champs d’action publique allant bien au-delà des compétences d’un ministère de l’environnement, comme par exemple dans l’agriculture, la finance ou le numérique, que l’on peut réellement saisir les contours de l’écologisation des sociétés, ses obstacles et ses contradictions. Les enjeux environnementaux impliquent également souvent des politiques du territoire mettant en concurrence différentes représentations de celui-ci auxquelles il convient de s’intéresser.

Deux entrées particulières sont susceptibles d’apporter des réponses originales à ce projet.

1. La reproduction des régimes d’accumulation

Les problèmes écologiques sont rarement séparables d’activités économiques à l’origine de prédations environnementales, de pollutions industrielles ou encore d’émissions de gaz à effet de serre. Les questions relatives à l’impact environnemental de ces activités, de l’action publique visant à les réguler, mais aussi aux efforts déployés pour en préserver la continuité, sont profondément politiques. Comment et par qui le paradigme productiviste et ses effets sont-ils (ou non) problématisés, combattus ou maintenus ? Les approches par secteurs d’activité ou projets économiques invitent à étudier la transformation, l’adaptation ou la continuation de modes de production aux effets destructeurs pour le vivant humain et non-humain. Il pourra s’agir de mettre en lumière les mécanismes par lesquels leurs acteurs s’efforcent d’agir sur l’action publique qui fixe les cadres institutionnels de l’accumulation du capital, d’interroger les matérialisations des promesses d’un verdissement de la production, ou encore d’éclairer les effets écologiques combinés de l’exploitation du travail et de l’expropriation de la nature. En articulant l’analyse des impacts sur la santé des travailleur·ses, mais aussi des habitant·es vivant à proximité d’installations polluantes, à celle des risques pesant sur l’ensemble de la biosphère, il s’agit de penser conjointement les espaces de travail et de vie partagés par le vivant humain et non-humain.

2. L’environnement à l’épreuve de ses publics

Les publics constituent un pan important de la réflexion en science politique, permettant notamment d’éclairer les rapports de pouvoir et de domination exercés par l’action publique et par certains groupes sociaux sur d’autres. Étudier les publics des politiques environnementales, qui ont jusque-là donné lieu à peu de travaux de recherche, permet de mobiliser à nouveaux frais ces cadres analytiques. D’une part, les problèmes environnementaux et les secteurs qui leur sont liés participent à des prises de position socialement situés et à la production de nouvelles alliances politiques, dans des logiques de résistance ou d’adhésion aux solutions proposées. D’autre part, ils peuvent engendrer des inégalités environnementales – liées à la classe, au genre ou à la race – aussi bien en métropole, sur les territoires d’Outre-Mer ou dans d’autres espaces post-coloniaux. La focale sur les publics des politiques de l’environnement doit aussi permettre d’interroger les processus de (dé)politisation de ces inégalités, notamment à travers l’étude des liens entre la réception de l’action publique et les mobilisations socio-écologistes. Par ailleurs, ces études offrent la possibilité d’actualiser les travaux sur la compétence politique à partir de l’étude des fondements sociaux de la légitimité à parler d’environnement et d’écologie, en interrogeant notamment l’émergence et l’existence dans l’espace public de discours subalternes ou socialement illégitimes.

Table ronde « La science politique et les nouvelles épistémologies de la nature : le grand fossé ? » lors des Rencontres de la science politique fin juin 2023 à Sciences Po Paris

La crise écologique marque de plus en fortement de son empreinte les débats intellectuels dans les sciences sociales. L’anthropologie, en sentinelle avancée des bouleversements en cours (Descola, 2005 ; Martin, 2016), la philosophie (Latour, 2015 ; Despret, 2019 ; Morizot, 2016), la géographie (Whatmore, 2006 ; Bridge & Le Billon, 2013), la sociologie (Granjou 2014 ; Cary, 2022) multiplient les explorations conceptuelles et méthodologiques pour adapter nos outils de pensée – et d’agir – à ces temps critiques. Avec une proposition récurrente : la nécessité de repenser les frontières entre l’humain et le non-humain, entre le vivant et l’inerte. Dans cette nouvelle tectonique conceptuelle, la science politique occupe une place au mieux… discrète.  Non seulement elle n’a pas été locomotive, mais il y a, semble-t-il, encore aujourd’hui assez peu de politistes décidés à prendre ce train théorique en marche. D’où viennent ces réticences ? Notre discipline a -t-elle de bonnes raisons (épistémologiques par exemple) de ne pas se laisser séduire ? Devrait-elle au contraire s’en inspirer davantage ?

Car si une chose apparait clairement dans les textes de ces nouvelles épistémologies de la nature, c’est bien que le rapport de nos sociétés aux mondes non-humains n’est pas seulement une construction culturelle parmi d’autres, mais bien l’un des piliers les plus structurants de notre édifice social, et donc des relations de pouvoir qui l’organisent. En permanence, grandes et petites décisions collectives réactivent ce partage humain / non-humain, qu’il s’agisse de réguler le « risque » loup ou requin, de « compenser » les pertes de biodiversité d’un grand chantier ou d’attribuer des « droits » de prélèvement dans une rivière. Autre facteur d’intérêt pour les politistes, ce débat déborde de plus en plus le champ conceptuel pour œuvrer à dessiner des solutions concrètes : représentations parlementaires des non-humains, attribution d’une personnalité juridique aux fleuves et aux montagnes, recours à la négociation « diplomatique » avec les grands prédateurs… Rien de tout cela ne devrait laisser indifférente la science politique, dans ses différentes sous-disciplines.

Cette table ronde est donc conçue comme une occasion de faire le point, voire d’esquisser des pistes raisonnables de fertilisation croisée avec un champ extrêmement dynamique des sciences sociales. Trois objectifs seront particulièrement visés :

– Faire le point sur l’influence de la théorie écologique contemporaine sur les travaux en science politique : est-elle une source d’inspiration ? Comment cela se traduit-il dans nos travaux ?

– Permettre la rencontre et le dialogue avec d’autres disciplines et mieux cerner comment celles-ci abordent les phénomènes politiques au prisme de ces cadres théoriques

– Faire vivre le débat sur les apports mais aussi les limites voire les risques, en termes théoriques, épistémologiques ou méthodologiques, des approches de nouvelles épistémologies de la nature pour la compréhension du politique.