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Enseigner la science politique (ESP)

Qu’est-ce qu’enseigner la science politique en 2023 ? Quels objets, quelles approches, quelles méthodes, quels supports ? Devant quels étudiants ? Et dans quelles conditions de travail ?
Ces questions sont vastes, foisonnantes et elles sont transversales à l’exercice du métier de politiste : le groupe « Enseigner la science politique » souhaite les expliciter, les objectiver et les articuler. Son objectif est, en s’appuyant sur les initiatives et analyses déjà existantes, et en lançant de nouvelles, d’organiser le partage le plus large possible de ces questionnements, en réunissant des collègues de tous statuts, provenances, et orientations disciplinaires. Il s’agit de créer un espace collectif de réflexion et d’échange, dont l’activité pourra prendre différentes formes : séminaires et journées d’études, participation aux activités collectives de l’AFSP (Rencontres, congrès), travail autour de la constitution d’une « boîte à outils ».

Co-responsables du groupe :

  • Alexandre DEZE, MCF, Université de Montpellier
  • Hélène MICHEL, PR, Sciences Po Strasbourg
  • Daniel MOUCHARD*, PR, Université Sorbonne Nouvelle Paris 3
  • Marie Hélène SA VILAS BOAS*, MCF, Université Côte d’Azur

* coordinateurs du groupe

Contacts : 

Marie-Hélène SA VILAS BOAS Marie-Helene.SA-VILAS-BOAS@univ-cotedazur.fr
Daniel MOUCHARD daniel.mouchard@sorbonne-nouvelle.fr

Plusieurs questionnements vont structurer l’activité du groupe ESP :

Tout d’abord bien sûr, la question du contenu et de la structuration des enseignements labellisés dans les cursus comme « science politique », en particulier des cours généralistes et introductifs, qui constituent la première apparition de la discipline auprès du public étudiant. Au-delà de la question ancienne (mais toujours d’actualité) de savoir si ces cours sont assurés par des politistes, c’est l’enjeu des domaines et des objets (« traditionnels » et « nouveaux ») d’enseignement qui est posé, de leur évolution, de leur actualisation (au double sens de mise en mouvement des paradigmes « classiques » et de confrontation avec l’actualité), ainsi que de la place des différents secteurs de la science politique au sein de l’espace pédagogique de notre discipline. Il s’agit donc d’explorer la confrontation du mode d’enseignement des objets « traditionnels » à des évolutions qui transforment profondément la façon de les présenter (partis politiques, comportements électoraux) mais aussi la centralité plus récente d’objets et/ou d’approches transversales bouleversant également les domaines « classiques ». C’est le cas pour le genre (à la fois objet et approche transversale), ou encore pour le « numérique », objet multiforme à l’impact majeur sur des objets centraux de la discipline (comme bien sûr l’étude de l’opinion publique). Au-delà des questions posées par l’enseignement « généraliste », doit aussi être discutée la situation dans les cursus de secteurs de la discipline avec une demande étudiante forte mais des effectifs enseignants et des places dans les maquettes encore trop faibles : cela peut concerner par exemple, pour des raisons par ailleurs différentes, la théorie politique ou la sociologie politique de l’international. L’articulation et la progressivité des différents secteurs de la discipline dans un cursus global de science politique sont également une question à traiter. La question de l’enseignement de l’Union Européenne, également très importante, pourra être abordée en lien avec le GIS Eurolab dont un des groupes thématiques porte sur cette question.

Une autre question majeure est celle des supports d’enseignement. Cela concerne bien sûr des formats éditoriaux classiques, tels que les manuels, mais ces objets également peuvent et doivent évoluer. A cet égard, a d’ores et déjà été identifié ce qui peut être considéré comme un manque dans la production éditoriale française et donc un projet particulièrement prioritaire :  un manuel fondé sur une approche renouvelée, élargie et « déprovincialisée » de la politique comparée (qui sera discuté dans les activités du groupe). Mais la question des supports et des ressources pédagogiques ne se limite pas à la production éditoriale. Ainsi la réflexion peut aussi porter la constitution d’une « boîte à outils » pédagogique collective et évolutive (incluant des ressources et des supports de toute nature, pas seulement textuelle – l’utilisation du matériau très riche offert par les séries a par exemple été abordée). Se pose bien tout de suite sûr le problème de la forme que peut prendre l’animation collective de l’outil, qui doit être forte et réactive, pour garantir sa pérennité. De façon connexe, a également été abordée la question de la présentation pédagogique des données scientifiques aux étudiant.es et de l’explication de leur construction (notamment des données de sondage) : il y a là un enjeu intellectuel fort, mais aussi, à l’évidence, démocratique, compte tenu de la défiance forte se diffusant à l’égard des méthodes scientifiques, en particulier via les médias sociaux.

Un autre enjeu majeur est celui des publics étudiants, de leur suivi, de l’évolution de leurs modes d’approche des objets politiques, de politisation et donc de réception des enseignements de science politique. Des enquêtes importantes ont déjà été menées à ce sujet, sur lesquelles on pourra s’appuyer. Un premier questionnement porte sur le profil sociologique et le niveau de connaissance politique des étudiants en science politique. Un autre concerne la réception différentielle des objets et la sensibilité particulière à certaines questions (par exemple relatives à la participation électorale, ou encore à l’intégration européenne – pour ne prendre que deux exemples), ainsi que la mobilisation de vecteurs pédagogiques nouveaux dans l’interaction pédagogique. De façon connexe doit également être abordée l’évolution de la politisation des publics étudiants, ses changements d’orientation et de forme.

Enfin, un autre ensemble de questions soulevées concernent la question du métier d’enseignant.e en science politique (titulaire et non-titulaire – la situation des précaires soulevant bien sûr des questions spécifiques). D’abord, la question de la reconnaissance de l’investissement pédagogique dans les carrières de l’enseignement supérieur, et spécifiquement de celles des politistes. Il s’agit là d’une question générale, et touchant à d’autres problématiques professionnelles, mais elle est à l’évidence en toile de fond des questions posées ici, surtout quand c’est souvent l’insuffisance de la reconnaissance de l’activité pédagogique qui s’impose comme un constat partagé. Ensuite la question de la formation en matière pédagogique : faut-il une formation spécifique (initiale et continue) pour les politistes de l’enseignement supérieur, et si oui, sous quelle forme ?  Enfin, celle de la place de la science politique dans l’enseignement secondaire et les questions posées par l’intervention des politistes en son sein (manuels, cursus…).

Une première série d’activités est proposée pour 2023 :

  • le lancement d’un séminaire au premier semestre 2023 pour aborder certains thèmes d’ores et déjà identifiés ci-dessus, notamment la question de la politique comparée (et de ses supports éditoriaux) et des évolutions de l’enseignement de certains objets « traditionnels » (partis, mobilisations, élections)
  • lors des Rencontres de la science politique fin juin 2023, une demi-journée d’étude — « Quels formats pour l’enseignement de la science politique ? » — sera organisée spécifiquement sur les formats et les ressources pédagogiques, « traditionnels » (point sur l’offre de manuels existante et à développer) et « nouveaux » (supports d’enseignement innovants, possibilité de constitution d’une « boîte à outils » collective).  Parmi les participant.es envisagé.es : les membres du bureau et collègues d’ores et déjà parties prenantes du groupe, les auteur.es de manuels et porteur.es de projets à venir dans ce domaine, ainsi que les collègues particulièrement investi.es dans la mobilisation de supports (par exemple : matériaux visuels, numériques, etc.) ou dans l’explicitation pédagogique de la production de données scientifiques complexes.
  • la première année sera également être l’occasion de réfléchir sur le lancement d’enquêtes empiriques plus systématiques sur les différentes questions abordées, et sur des projets de publication afférents.