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Un congrès, deux motions : nos positions sur les recrutements à l’université et au CNRS

L’Assemblée générale de l’Association Française de Science Politique réunie le 3 juillet 2019 à Sciences Po Bordeaux à l’occasion du 15e Congrès de l’association a adopté deux motions : l’une sur la réforme de l’accès au corps des Professeurs des Universités en science politique, l’autre sur les déclassements au CNRS. Voici les textes des deux motions adoptées par l’AG de l’AFSP.

 

Motion « Pour réformer l’accès au corps des Professeurs des Universités en science politique

40 ans après la création du corps des Professeurs des universités de science politique, l’accès à ce corps pose aujourd’hui problème. Depuis plusieurs années, le nombre de places disponibles lors des concours d’agrégation, qui détermine le nombre de postes de professeur accessibles par d’autres voies, est bien inférieur à celui nécessaire pour répondre au développement de l’offre de formation en science politique, pour assurer la vitalité de la recherche et de l’encadrement de notre discipline et enfin pour assurer un déroulé de carrière effectivement dynamique et motivant.

Le décret n° 2014-997 du 2 septembre 2014 modifiant le décret n° 84-431 du 6 juin 1984, fixant les dispositions statutaires communes applicables aux enseignants-chercheurs et portant statut particulier du corps des professeurs des universités et du corps des maîtres de conférences, avait introduit, il y a cinq ans, la possibilité d’une expérimentation pour « décontingenter »[1] le nombre de postes disponibles sur d’autres voies de recrutement que l’agrégation pour les disciplines concernées volontaires. L’économie et la gestion ont choisi de participer à cette expérimentation, avec suspension de l’agrégation pour la première, en la perpétuant pour la seconde.

La science politique n’avait alors pas demandé à être intégrée à cette expérimentation mais avait opté pour un quota de 50% des postes de professeur réservés à l’agrégation. Pourtant, depuis lors, des prises de position en faveur du décontingentement sont intervenues. En 2017, le « rapport  Sawicki » posait clairement les termes du débat . Si ce rapport rejoignait une prise de position publique du CNU en faveur du « décontingentement », les deux soulignaient aussi leur attachement au concours d’agrégation. Plus récemment, une pétition demandant le décontingentement des postes de professeur au 46.1 a recueilli plus de 200 signatures parmi les titulaires de notre discipline.

L’expérimentation initiée en 2014 prend fin en 2019. Après évaluation et débat, celle-ci devrait néanmoins conduire vers un nouveau cadre pour les recrutements des disciplines des groupes 1 et 2 du CNU. C’est dans ce cadre que l’AFSP, suite à une discussion en CA puis à une réunion délibérative impliquant des politistes et d’autres organisations de notre discipline, souhaite prendre position explicitement pour deux propositions :

  1. Pour l’application du principe du décontingentement (ou autre mécanisme similaire) à la science politique, au moins à titre expérimental ;
  2. Pour une transformation du concours d’agrégation, visant à le simplifier, à revaloriser le parcours de recherche dans les critères de réussite, à assurer l’internationalisation de son recrutement et une possibilité plus importante de choix, pour les établissements, parmi les candidats admis.

Il sera proposé au Ministère de l’Enseignement supérieur que cette réforme du concours de l’agrégation comporte quatre dimensions :

  • la suppression d’une épreuve, comme en sciences de gestion, afin de faire correspondre les trois phases du concours (sous-admissibilité, admissibilité et admission) à une seule épreuve ;
  • la revalorisation de l’épreuve sur travaux (en volume horaire et dans le résultat final d’admission) ;
  • la présence dans le jury de deux membres extérieurs au système universitaire français ;
  • la suppression du classement de sortie au profit d’une liste classée par ordre alphabétique. Le nombre d’admis (agrégé.e.s) devrait être alors strictement égal au nombre de postes mis au concours. Les établissements recruteraient au sein de cette liste selon des modalités techniques à déterminer.

Cette réforme devra aussi permettre d’appliquer les règles afférentes aux conflits d’intérêt mises en œuvre pour les concours de Maître de conférence et Professeur au jury d’agrégation.

L’objectif général de ces propositions repose sur le souhait de voir le nombre de postes de Professeurs des universités en science politique à nouveau croître. Il s’agit, pour les années à venir, en effet de non seulement assurer le renouvellement des départs prévus mais également de pouvoir augmenter globalement le nombre de postes de professeur en science politique, au moins en proportion de l’augmentation sensible du corps des Maîtres de conférence au cours des dernières décennies.

En privilégiant la pluralité des modes d’accès au corps des Professeurs, notre position est de pouvoir répondre aux aspirations d’excellence des recrutements, aux politiques scientifiques des établissements et d’offrir des possibilités de parcours professionnel en fonction des souhaits et des contraintes de chacun.

Ces positions de principe pourront être portées auprès de nos interlocuteurs du Ministère de l’Enseignement supérieur.

[1] Pour les disciplines à agrégation du supérieur, le principe du contingentement signifie que l’accès au corps des PR par la voie des articles 46.1, 46.3 et 46.4 est limité en nombre, en proportion du nombre de postes mis au concours à l’agrégation. La question de la révision du contingentement s’est posée avec l’introduction de la procédure dite de 46.1 pour les disciplines à agrégation, pour lesquelles elle n’existait pas auparavant.

Télécharger la motion au format PDF...


Motion sur la situation au CNRS et les déclassements

Les résultats du concours CNRS 2019 ont été publiés. À cette occasion, l’AFSP souhaite faire part de son inquiétude face aux déclassements réalisés en 2017, 2018 et 2019 au sein de l’InSHS et souhaite que son directeur puisse garantir, cette année comme pour les suivantes, le respect du travail de trois séries d’acteurs engagés dans ce concours de la fonction publique.

Le travail des candidats d’abord. Il convient a minima que la direction du CNRS prenne toutes les mesures nécessaires afin de restaurer la confiance des candidat·e·s dans l’égalité face au concours.

Le travail des UMR ensuite. Celles-ci accompagnent les candidat·e·s selon des procédures variées mais qui, souvent, mobilisent une partie de leurs effectifs pendant plusieurs semaines. Leur soutien aux candidat·e·s ne vaut que si le principe de l’évaluation par les pairs prévaut, dans une logique d’autonomie de la science. Là également, il convient que la direction du CNRS prenne les mesures indispensables pour rétablir la confiance des laboratoires envers le concours et la primauté du jugement des pairs.

Le travail des sections du Comité national enfin. Le jury d’admissibilité, composé de pairs de la discipline couverte par chaque section, examine et classe les candidatures à partir des dossiers transmis et des auditions organisées. Les déclassements inhabituels survenus en 2017, 2018 et 2019 soulignent le poids du jury d’admission en capacité de changer la proposition formulée par le jury d’admissibilité sans avoir à le justifier. Il est essentiel que le CNRS dans son ensemble, et le directeur de l’InSHS en particulier, clarifie publiquement le statut et le rôle de ce jury d’admission. La légitimité des jurys d’admissibilité que sont les sections doit être réaffirmée. Les décisions des jurys d’admission doivent pouvoir être justifiées en substance.

Une solution de réparation doit être trouvée pour les victimes du déclassement.

 

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