le portail de la science politique française

rechercher

ST 13

Les architectures de la démocratie

Architectures of democracy

Responsables scientifiques :

Amélie Bescont (Sciences Po) amelie.bescont@sciencespo.fr
Benjamin Boudou (Université de Rennes) benjamin.boudou@univ-rennes.fr

 

Cette section thématique pose une question générale : quelles sont les conditions spatiales des principes et des pratiques démocratiques ? Si l’on a beaucoup étudié la façon dont les régimes politiques (autoritaires) et leurs dirigeants pouvaient figurer symboliquement leur pouvoir par l’architecture (e.g., Abensour 2006 ; Bolz 2008), plus rares sont les travaux dévolus à l’analyse des procédures démocratiques dans l’élaboration architecturale et urbaine croisée avec la figuration et l’effectivité démocratique des espaces construits (Denman 2024 ; Müller 2019 ; 2024 ; Latour & Weibel 2005 ; Holleran 2022). Cela suppose d’associer la science politique à d’autres sciences sociales, notamment la sociologie de l’architecture, l’urbanisme et l’histoire sociale et politique (Cohen 2018).

 Deux hypothèses peuvent nous guider :

(1) La démocratie n’est pas seulement une affaire d’institutions et de procédures : elle est également inscrite dans l’espace, matérialisée dans des lieux, des bâtiments, des dispositifs urbains qui donnent forme et consistance à ses principes. Elle est une forme de vie qui nécessite des dispositifs spatiaux pour, notamment, faire exister le conflit social et politique, rendre le pouvoir visible et accessible ou favoriser l’égalité (Müller 2024). 

(2) Ensuite, la vie démocratique implique des choix d’aménagement, d’organisation et de distribution de l’espace, d’infrastructure sociale (Klinenberg 2018) et écologique ou d’expression architecturale de la mémoire collective devant de plus en plus reposer sur des procédures démocratiques (consultation, concertation, participation).

En somme, l’organisation de notre environnement bâti, qu’on nomme ici « les architectures » est un objet politique. Les architectures orientent les relations sociales et la distribution du pouvoir, et sont déterminées par des principes politiques (Bell & Zacka 2020 ; Schwarte 2019). Espaces de socialisation et de politisation (Cossart & Talpin 2012), elles ne sont pas de simples contenants, elles structurent les modes d’expression, de relation et de visibilité des individus.

Cette section thématique se veut exploratoire et nous avons encouragé le dialogue entre des perspectives (sous-)disciplinaires différentes, théoriques et/ou empiriques, notamment sur les enjeux suivants :

  • La matérialité de la chose publique : quels espaces et objets architecturaux favorisent ou découragent l’expérience démocratique, en façonnant les pratiques d’égalité, de convivialité ou au contraire de ségrégation et de domination ?
  • L’architecture du pouvoir démocratique : on considérera les monuments de la démocratie dans sa dimension historique et contemporaine (par exemple autour de la construction européenne (Bolle 2025)), en analysant à la fois la représentation formelle et fonctionnelle de la démocratie par ses bâtiments (emplacement, transparence, circulation, accessibilité, etc.) et les pratiques d’appropriation et de critique des citoyens.
  • L’architecture des dispositifs participatifs et consultatifs pour la ville et les projets architecturaux : on les étudiera notamment sous l’angle de leurs conditions matérielles d’organisation. Leur analyse permet d’interroger la portée démocratique des dispositifs de concertation, mais aussi les tensions qui résident dans l’appropriation des espaces urbains, entre expertise professionnelle et expression profane, telles qu’elles mettent en jeu des inégalités sociales (Nez 2015 ; Faburel 2013).
  • Les controverses politiques autour des architectures mémorielles et leur traitement démocratique (ou non) : les monuments, musées, mémoriaux ou lieux de commémoration cristallisent des conflits sur la définition du passé, la reconnaissance des identités et les formes de réparation symbolique. On étudiera les débats portant sur leur conception et leur implantation comme des enjeux délibératifs.
  • Si la démocratie environnementale ou écologique occupe une place de plus en plus importante en science politique (Fourniau et al. 2022), quelle peut en être la forme bâtie, dans ses modalités institutionnelles et normatives ? Comment penser une architecture démocratique face aux nouveaux risques environnementaux ?

What are the spatial conditions of democratic principles and practices? While much research has been done on how (authoritarian) political regimes and their leaders can symbolically represent their power through architecture, there is less work devoted to analyzing democratic procedures in architectural and urban design in relation to the representation and democratic effectiveness of built spaces.

Two hypotheses can guide us:

(1) Democracy is not only a matter of institutions and procedures: it is also inscribed in space, materialized in places, buildings, and urban devices that give form and substance to its principles. It is a way of life that requires spatial devices to, in particular, bring social and political conflict into existence, make power visible and accessible, and promote equality.

(2) Secondly, democratic life involves choices regarding the planning, organization, and distribution of space, social infrastructure, ecological infrastructure, and the architectural expression of collective memory, which must increasingly be based on democratic procedures (consultation, dialogue, participation).

In short, the organization of our built environment, referred to here as “architectures” but including land use planning and urban planning, is a political issue that cannot be reduced to architectural standards alone (beauty, efficiency, safety, functionality). Architectures shape social relations and the distribution of power, and they are determined by political principles. As spaces for socialization and politicization, architectures are not mere containers; they structure the modes of expression, relationship, and visibility of individuals.

This thematic section is exploratory. We we want to promote a dialogue between different (sub-)disciplinary perspectives, both theoretical and/or empirical, on the following issues:

  • The materiality of public affairs: which architectural spaces and objects promote or discourage the democratic experience, by shaping practices of equality and conviviality or, conversely, segregation and domination?
  • The architecture of democratic power: we will consider the monuments of democracy in their historical and contemporary dimensions (for example, in relation to the European construction process (Bolle 2025)), by analysing both the formal and functional representation of democracy through its edifices (location, transparency, circulation, accessibility, etc.) and the citizens’ practices of appropriation and criticism.
  • The architectural design of participatory and consultative mechanisms for cities and architectural projects: these will be studied in particular from the angle of their material conditions of organisation. Analysing them allows us to examine the democratic scope of concertation mechanisms, but also the tensions that exist in the appropriation of urban spaces, between professional expertise, lay expression and social inequalities (Nez 2015; Faburel 2013).
  • Political controversies surrounding memorial architecture and their democratic (or non-democratic) treatment: monuments, museums, memorials and commemorative sites crystallise conflicts over the definition of the past, the recognition of identities and forms of symbolic reparation. We will study the debates surrounding their design and implementation as deliberative issues.
  • Given that environmental or ecological democracy is becoming increasingly relevant in political science (Fourniau et al. 2022), what form can it take in the built environment, in terms of its institutional and normative modalities? How can we conceive of democratic architecture in the face of new environmental risks?

Références

Abensour, M., 2006, De la compacité. Architectures et régimes totalitaires, Sens et Tonka

Bell, D., Zacka, B., 2020, Political Theory and Architecture, Bloomsbury Academic

Bolle, G., 2025, L’Europe en ses capitales : Strasbourg, Luxembourg et Bruxelles (1949-1992), Genève, Métis

Bolz, D., 2008, Les arènes totalitaires. Hitler, Mussolini et les jeux du stade, Paris, CNRS Editions

Cohen, J.-L.., 2018, « L’architecture, vecteur du politique », Cours au Collège de France, https://www.college-de-france.fr/fr/agenda/cours/architecture-vecteur-du-politique

Cossart, P., Talpin, J., 2012, « Les Maisons du Peuple comme espaces de politisation. Étude de la coopérative ouvrière la paix à Roubaix (1885-1914) », RFSP, 62(4), 583-610

Denman, D., 2024, Fortress Power, Minneapolis, University of Minnesota Press

Faburel, G., 2013, « L’habitant et les savoirs de l’habiter comme impensés de la démocratie participative », Cahiers Ramau, n°6, 31- 53

Fourniau, J.-M. et al. (dir.), 2022, La démocratie écologique : une pensée indisciplinée, Paris, Hermann

Holleran, M., 2022, Yes to the city: Millenials and the fight for affordable housing, Princeton, Princeton University Press

Klinenberg, E., 2019, Palaces for the people: How social infrastructure can help fight inequality, polarization, and the decline of civic life, Crown

Latour, B., Weibel, P. (dir.), 2005, Making things public: Atmospheres of democracy, Cambridge, MIT Press, 2005

Müller, J.-W., 2019, « What Spaces Does Democracy Need? », Soundings: An Interdisciplinary Journal, 102(2-3), 203-16

Müller, J.-W., 2024, « Democratic designs: show me what democracy looks like », en ligne : https://www.architectural-review.com/essays/democratic-designs

Müller, J.-W., 2023, « Just how is architecture ideological? », Journal of Political Ideologies, 28(3), 412-420

Nez, H., 2016, Urbanisme : La parole citoyenne, Paris, Le Bord de l’Eau,

Schwarte, L., 2019, Philosophie de l’architecture, Zones

 

Session 1 / Démocratiser l’espace public

Président de séance : Benjamin Boudou

Axe 1 / Chose publique et démocratie : espaces, objets, infrastructures

Foued Ghorbali (Université de Gafsa) et Slim Ayten (Faculté du droit et des Sciences Politiques de Sousse), Espaces marginalisés, dispositifs urbains et crise démocratique : la dimension spatiale de la transition tunisienne et la montée du populisme

Léo Grillet (Sciences Po), Rendre visibles (et gouvernables) les infrastructures matérielles de la démocratie : une lecture éco-anarchiste de l’espace public

Pierre Bouilhol (ENSA Paris La Villette) et Ludivine Damay (Université Libre de Bruxelles), Les coursives : objets architecturaux démocratiques

Axe 2 / Matérialités de la participation : histoire, mémoire, pouvoir

Emma Biscarros (Université Lumière Lyon 2), Maisons du peuple, Maisons du fascisme, 1923-1939 : quelles architectures du politique pour quels modèles de participation populaire ?

Alexandra Goujon (Université Bourgogne Europe), Les mémoriaux de guerre comme lieux et objets de la démocratisation en Ukraine

Sabine Girard (INRAE), La révision du Plan Local d’Urbanisme, une mise à l’épreuve de l’expérience démocratique de transition écologique à Saillans (2016-2020)

Session 2 / Bâtir la démocratie

Présidente de séance : Amélie Bescont

Axe 1 / Les lieux pleins du pouvoir : constructions, appropriations et critiques des monuments démocratiques

Laurie Boussaguet (European University Institute) et Florence Faucher (Sciences Po), Les architectures de la démocratie européenne : l’UE et ses bâtiments

Gaspard Basnier (Collectif (in)visible), Oscar Basnier (Sciences Po), Anatole Poirier (LIST, Paris), Quand la démocratie défie ses monuments : le paradoxe politique d’une architecture cloisonnée

Dounia Fagnen Barro (Université de Rennes), L’appropriation de l’espace parlementaire par les ministres : l’architecture parlementaire à l’épreuve de la domination du pouvoir exécutif

Axe 2 / Les architectures de la démocratie écologique face à l’urgence

Estefania Mompean Botias (EPFL), Architectures of Emergency as Architectures of Democracy : Spatial Governance, Inequalities, and Situated Practices of collective life

Muriel Rouyer (Université de Nantes/Harvard) et Claire Gennatas (KASA|PT, Lisbonne), Habitat et Liberté : le béguinage, une « tradition renouvelable » pour la démocratie écologique ?

 

Basnier Gaspard gaspard.basnier@gmail.com

Basnier Oscar oscar.basnier@sciencespo.fr

Bescont Amélie amelie.bescont@sciencespo.fr

Biscarros Emma emma.biscarros@univ-lyon2.fr

Boudou Benjamin benjamin.boudou@univ-rennes.fr

Bouilhol Pierre pierre.bouilhol@paris-lavillette.archi.fr

Boussaguet Laurie Laurie.Boussaguet@eui.eu

Damay Ludivine ludivine.damay@ulb.be

Fagnen Barro Dounia dounia.fagnenbarro@univ-rennes.fr

Faucher Florence florence.faucher@sciencespo.fr

Gennatas Claire claire.gennatas@kasapt.org

Ghorbali Foued ghorbali_rfr@yahoo.com

Girard Sabine sabine.girard@inrae.fr

Goujon Alexandra alexandra.goujon@ube.fr

Grillet Léo leo.grillet@sciencespo.fr

Monpean Botias Estefania estefania.mompeanbotias@epfl.ch

Poirier Anatole Anatolepoirier.ap@gmail.com

Rouyer Muriel Muriel.Rouyer@univ-nantes.fr

Slim Ayten aytenslim8@gmail.com