le portail de la science politique française
Section du Groupe de recherche SOPORA – Socialisation politique, politisation et rapport individuel au politique
Responsables scientifiques :
Alexandre Dafflon (CRAPUL, Université de Lausanne) alexandre.dafflon@unil.ch
Elodie Druez (CMH, CNRS) elodie.druez@sciencespo.fr
Camille Masclet (CNRS, CESSP) camille.masclet@cnrs.fr
Julie Pagis (CNRS, IRIS) julie.pagis@cnrs.fr

Comment les individus évoluent-ils politiquement au fil de leur vie ? Tout se joue-t-il seulement au cours de l’enfance et durant les “années impressionnables” (Sears et Levy 2003), propres à l’entrée dans la vie adulte ? Comment les transitions ou événements biographiques vécus à des âges plus avancés (parentalité, épreuves de santé, recompositions familiales, sorties d’emploi, décès de proches, passage à la retraite, etc.) travaillent-ils les rapports au politique ? Les recherches sur la socialisation politique demeurent largement arrimées à un modèle de la persistance, centré sur la famille et sur les premières étapes de la vie (Haegel 2020). Si des travaux ont élargi la focale à d’autres instances et moments, la progression en âge reste peu problématisée (Wasburn et Adkins Covert 2017). Ces sessions entendent se saisir des périodes du cycle de vie qui succèdent à l’enfance et à la jeunesse afin d’interroger quels sont les vecteurs de socialisation politique propres aux âges adultes intermédiaires et plus avancés. Les communications interrogent ce que les socialisations politiques propres à ces périodes de vie peuvent avoir de spécifique.
Le constat général formulé par Cécile Van de Velde – selon lequel “il n’existe pas encore réellement de sociologie du milieu de vie en tant que tel” (Van de Velde 2015) – est également valable dans l’analyse de la socialisation politique. Il convient donc de réfléchir à l’emboîtement des socialisations politiques dans le temps long des trajectoires et dans différents contextes sociaux. Comment la durée du couple, les séparations et recompositions conjugales (Réguer-Petit 2016), ou encore voir ses enfants grandir et leurs parcours à l’âge adulte (Masclet 2023) travaillent-ils les socialisations politiques ? En quoi les (im)mobilités sociales et professionnelles (Peugny 2006; Beaumont 2019), l’avancée dans la carrière, les réorientations d’activité, l’accès différencié à la propriété, à des postes mieux rémunérés, ou encore à des responsabilités locales et associatives (Mischi 2025) reconfigurent-ils les attitudes et comportements politiques ? Comment les nouveaux enjeux mis à l’agenda dans l’espace public (questions raciales, environnementales, LGBTQIA+, etc.) ou encore le développement des réseaux sociaux ré-aménagent-ils des dispositions et des visions politiques du monde acquises plus tôt ?
Ces sessions ouvrent aussi la réflexion sur les effets du vieillissement et du grand âge sur l’aménagement des dispositions politiques. Les études adoptant une perspective générationnelle montrent que les cohortes les plus âgées se détournent de la politique du fait d’une dégradation de l’état de santé tandis que d’autres, notamment les baby-boomers (nés entre 1940 et 1960), parlent davantage politique et votent de façon plus systématique que leurs puînés (Tiberj 2017; 2024). Comme le note Alexandre Lambelet au sujet des retraités (2012), la socialisation politique des seniors demeure principalement envisagée comme le résultat de leurs parcours ou de leurs inscriptions sociales antérieures, plutôt que comme un processus susceptible d’être retravaillé par des expériences propres à cette période de vie. Dans quelle mesure ces vécus(sortie du cadre professionnel, reconfigurations des sociabilités, trajectoires de santé et rapports aux institutions du vieillissement) sont-ils à même d’infléchir, de déplacer ou de reconfigurer des préférences politiques antérieures ?
Ces questionnements seront abordés à partir de deux angles complémentaires. Nous porterons une attention particulière à la socialisation politique à l’épreuve de l’avancée dans la vie professionnelle, qu’il s’agisse des désillusions, des reconversions, des prises de responsabilités, ou encore des reconfigurations des collectifs de travail et des sociabilités professionnelles. Nous nous intéresserons aussi aux effets d’évènements biographiques sur les rapports ordinaires au politique, à travers notamment la parentalité, les recompositions familiales, les accidents du travail ou le passage à la retraite.
How do individuals evolve politically over the course of their lives? Does everything take shape in childhood and during the “impressionable years” of early adulthood (Sears and Levy 2003)? How do later-life transitions and biographical events (parenthood, health challenges, family recompositions, job loss, death of loved ones, retirement, etc.) reshape individuals’ relationship to politics? Research on political socialization remains largely anchored in a model of persistence, centred on the family and the early stages of life (Haegel 2020). Although some scholarship has broadened the lens to other settings and moments, ageing remains comparatively under-theorized in this literature (Wasburn and Adkins Covert 2017). These sessions examine the periods of the life course that follow childhood and youth, and ask what is distinctive about the vectors of political socialization in middle and later adulthood.
The general observation made by Cécile Van de Velde – that ‘there is not yet, properly speaking, a sociology of midlife as such’ (Van de Velde 2015) – also applies to the study of political socialization. This calls for attention to how political socialization is embedded in long-term trajectories and across different social contexts. How do partnership duration, separation and conjugal recomposition (Réguer-Petit 2016), or watching children grow up and enter adulthood (Masclet 2023) shape political socialization? How do social and professional (im)mobilities (Peugny 2006; Beaumont 2019), career advancement, occupational reorientation, unequal access to homeownership and better-paid jobs, or local and community responsibilities (Mischi 2025) reconfigure political attitudes and behaviors? How do new issues on the public agenda (racial, environmental, LGBTQIA+ issues, etc.) and the rise of social media reshape political dispositions and worldviews acquired earlier in life?
These sessions also open up reflection on how aging and old age can reconfigure political dispositions. Studies adopting a generational perspective show that some older cohorts withdraw from politics as health declines, while others, particularly baby boomers (born between 1940 and 1960), talk more about politics and vote more consistently than their younger counterparts (Tiberj 2017; 2024). As Alexandre Lambelet notes with regard to retirees (2012), older people’s political socialization is still largely treated as the outcome of prior trajectories and social affiliations, rather than as a process that may be reshaped by experiences specific to this period of life. To what extent do these experiences (exit from the world of work, reconfigured sociabilities, health trajectories, and relationships to institutions of aging) inflect, shift or reconfigure previously formed political preferences?
These questions will be addressed from two complementary angles. First, we focus on political socialization as it is tested and reworked through working-life progression, including disillusionment, occupational reconversion, the assumption of new responsibilities, and the reconfiguration of work groups and professional social networks. Second we examine how biographical events shape ordinary relations to politics, particularly through parenthood, family recompositions, workplace accidents, and retirement.
Références
Beaumont Amélie. 2019. « Une topogenèse des dispositions La socialisation par l’espace de travail des employés d’un hôtel de luxe ». Sociétés contemporaines, 115 (3), 33-63.
Haegel Florence. 2020. « Political Socialisation: Out of Purgatory? » European Journal of Sociology, 61 (3), 333-364.
Lambelet Alexandre. 2012. « Devenir militant à 60 ans ? Socialisation politique, vieillesse et retraite”. dans Sainsaulieu Ivan et Surdez Muriel (dirs.), Sens politiques du travail. Paris: Armand Colin.
Masclet Camille. 2023. « Devenir parents de LGBT: des socialisations minoritaires par ricochet ? ». Actes de la recherche en sciences sociales, 249 (4), 76‑95.
Mischi Julian. 2025. Des élus en campagne : Luttes municipales dans les bourgs industriels (XXe-XXIe siècles). Paris : Presses de Sciences Po.
Peugny Camille. 2006. « La mobilité sociale descendante et ses conséquences politiques : recomposition de l’univers de valeurs et préférence partisane ». Revue française de sociologie, 47 (3), 443-478.
Réguer-Petit Manon. 2016. Bifurcations familiales et socialisations politiques. Une comparaison des femmes en famille nucléaire, monoparentale et recomposée. Thèse de doctorat en science politique, Institut d’Etudes Politiques de Paris.
Sears David O., Levy Jack S. 2003. « Childhood and adult political development », dans Sears David O., Huddy Léonie, Jervis Robert (dirs.), Oxford handbook of political psychology, Oxford: Oxford University Press, 60‑109.
Tiberj Vincent. 2017. Les citoyens qui viennent : Comment le renouvellement générationnel
transforme la politique en France, Paris: Presses Universitaires de France.
Tiberj Vincent. 2024. La droitisation française : Mythes et réalités. Paris : Presses Universitaires de France.
Van de Velde Cécile. 2015. Sociologie des âges de la vie. Paris: Armand Colin.
Wasburn Philo C. et Tawnya J. Adkins Covert. 2017. Making Citizens: Political Socialization Research and Beyond. Cham: Palgrave Macmillan.

Session 1 / La socialisation politique à l’épreuve de l’avancée dans la vie professionnelle
Louis Pastor (CRESPPA, EHESS), “L’écho du tunnel” : comment les comédiennes de plus de cinquante ans se mobilisent pour interroger les normes de genre et d’âge dans l’industrie du cinéma et de l’audiovisuel
Cécile Talbot (Centre Max Weber, Université Lyon 2), “Et là c’est une deuxième vie qui commence”. Désillusions professionnelles et conversions au féminisme chez les metteuses en scène en milieu de carrière
Discutante : Elodie Druez (CMH, CNRS)
Mathilde Krill (IRISSO, Université Paris Dauphine PSL), “Être utile au monde ?” Reconversions professionnelles et recomposition des rapports au politique aux âges intermédiaires. Le cas des développeur·ses informatiques
Emmanuel Santarromana (CESSP, Université Paris I), Socialisation politique à l’âge adulte : dynamiques territoriales et trajectoires d’élus locaux d’origine Est et Sud-Est asiatique
Discutant : Alexandre Dafflon (CRAPUL, Université de Lausanne)
Session 2 / Événements biographiques et réaménagement des socialisations politiques au fil du cycle de vie
Béatrice Bouillon (IRISSO, Paris-Dauphine PSL), Ce que la parentalité fait à la socialisation politique : expériences de la maternité et rapports ordinaires au politique de femmes qui élèvent seules leurs enfants
Vincent Tiberj (CED, Sciences Po Bordeaux), La retraite est-elle un retrait du politique ? Une réanalyse quantitative
Discutante : Julie Pagis (CNRS, IRIS)
Thomas Alonzo (Triangle, Université Lumière Lyon 2), Trajectoires accidentées : engagement, relations aux institutions et rapports au politique
Julien Fretel (CESSP, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), Un engagement qui radicalise. Sociologie d’une trajectoire politique de droite à gauche
Discutante : Camille Masclet (CNRS, CESSP)

Alonzo Thomas t.alonzo@univ-lyon2.fr
Bouillon Béatrice beatrice.bouillon-minois@dauphine.eu
Dafflon Alexandre alexandre.dafflon@unil.ch
Druez Elodie elodie.druez@sciencespo.fr
Fretel Julien freteljulien@yahoo.fr
Krill Mathilde krillmathilde@gmail.com
Masclet Camille camille.masclet@cnrs.fr
Pagis Julie julie.pagis@cnrs.fr
Pastor Louis louis.pastor05@univ-paris8.fr
Santarromana Emmanuel emmanuel.santarromana@gmail.com
Talbot Cécile talbotcecile@gmail.com
Tiberj Vincent v.tiberj@sciencespobordeaux.fr