le portail de la science politique française
Responsables scientifiques :
Titouan Carrère (Université Jean Moulin Lyon 3 – Triangle / CED) titouan.carrere@ens-lyon.fr
Daniel Coronel Crespo (Sciences Po Lyon – Triangle) daniel.coronel_crespo@sciencespo-lyon.fr
Lucile David (Université Lumière Lyon 2 – Triangle / CESSP) lucile.david@univ-lyon2.fr
Emilien Devidal (Université Lumière Lyon 2 – Triangle) emilien.devidal@univ-lyon2.fr
Daria Petliaeva (Université Jean-Monnet Saint Etienne – Triangle) daria.petliaeva@univ-st-etienne.fr
Cette conversation méthodologique souhaite faire dialoguer des politistes de générations différentes, s’inscrivant en sociologie des mobilisations, afin d’objectiver et comparer les contraintes et conditions de production d’une thèse en science politique. Période charnière dans la profession, le doctorat est un moment clé pour comprendre les évolutions de notre discipline. Nous proposons d’en discuter en interrogeant les conditions matérielles, sociales, temporelles et techniques qui favorisent ou non sa réalisation.

« À rebours de la représentation commune de l’intellectuel affranchi des contraintes et des urgences de la pratique » (Rotman, 2022, 37), cette semi-plénière propose d’interroger les conditions de réalisation d’une recherche en science politique dans un contexte où la profession est soumise à d’importantes transformations. Certains travaux mettent déjà en évidence les effets des réformes de la recherche et de l’enseignement supérieur en science politique en France. On peut notamment citer l’ouvrage collectif dirigé par Yves Déloye et Bernard Voutat (2002), le dossier de la Revue française de science politique consacré à la sociohistoire de la science politique (2017), la thèse de David Rotman sur l’histoire sociale de la discipline en France (2022) ou encore des recherches plus récentes sur les contraintes (Boncourt et al., 2025). Il s’agit ici de prolonger cette auto-analyse collective en l’organisant sous la forme d’une table-ronde de « générations » de politistes, prenant la thèse comme point d’entrée. Temps fort de la socialisation académique, le doctorat constitue en effet un observatoire privilégié des transformations du métier de chercheur·e, des conditions de production des savoirs et des inégalités qui les traversent. En mettant en regard des trajectoires situées historiquement et institutionnellement, cette semi-plénière entend débattre à la fois les continuités et les ruptures qui caractérisent l’exercice de la science politique depuis les années 2000. La discussion s’articulera autour de quatre axes :
1/ Alors que près de la moitié des thèses en sciences humaines et sociales produites en France ne sont pas financées (Ministère chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche, 2025), il s’agira d’interroger, dans ce premier axe, l’évolution des modalités matérielles de la production d’une thèse en science politique. Si la précarité à l’Université constituait déjà un enjeu dans les années 1990-2000 (Soulié, 1996), les transformations récentes de l’enseignement supérieur et de la recherche semblent en avoir accentué les effets et les formes. Comment la transformation des conditions matérielles de réalisation du doctorat impacte les pratiques de recherche au fil du temps ?
2/ Ce deuxième axe de la discussion propose de revenir sur les évolutions de l’accès au terrain dans le sous-champ de la sociologie des mobilisations. En quoi l’expérience de l’accès au terrain, confrontée à des obstacles sociaux, politiques, institutionnels, financiers et sanitaires, diffère-t-elle selon les générations de chercheur·es dans une perspective de longue durée ? Comment ces contraintes ont-elles été vécues et/ou contournées ?
3/ Le troisième axe reviendra sur les outils nécessaires à la production d’une thèse en science politique. Le développement des technologies informatiques et l’évolution d’Internet ont grandement impacté le travail des politistes, en ouvrant de nouvelles possibilités et nouveaux questionnements. Ainsi, ces nouveaux outils permettent-ils une exhaustivité accrue des connaissances par la mobilisation de savoirs plus accessibles ? La production et l’analyse du matériau d’enquête sont-elles facilitées par les outils informatiques ou engendrent-ils des contraintes supplémentaires (sécurité des données) ?
4/ Les modalités de production d’une thèse ne peuvent être dissociées de celles de sa réception. Un quatrième axe de la discussion interrogera les transformations dans les modes de reconnaissance et de valorisation des travaux doctoraux selon les périodes, ainsi que la place et la légitimité de la discipline dans l’espace scientifique mais aussi dans l’espace public. Il permettra de comparer les figures, les statuts et les modes d’intervention des politistes dans les années 2000, 2010 et 2020, en tenant compte des transformations institutionnelles, médiatiques et professionnelles qui redéfinissent aujourd’hui les attentes pesant sur la recherche.
Pour répondre à ces questions, cette conversation méthodologique fera dialoguer quatre politistes de différents statuts, générations et rattachements institutionnels.
“In contrast to the common representation of intellectuals as free from the constraints and urgencies of practice” (Rotman, 2022: 37), this semi-plenary session proposes to examine the conditions under which political science research is conducted at a time when the profession is undergoing profound transformations. A number of studies have already documented the effects of reforms in higher education and research on the discipline in France, including the collective volume edited by Yves Déloye and Bernard Voutat (2002), the special issue of the Revue française de science politiquedevoted to the sociohistory of political science (2017), David Rotman’s dissertation on the social history of the discipline in France (2022), and more recent work on professional constraints (Boncourt et al., 2025). This session seeks to extend this collective self-analysis by organising a roundtable discussion bringing together different “generations” of political scientists, using the PhD as a point of entry. As a key moment in academic socialisation, doctoral training constitutes a privileged observatory for examining transformations in the research profession, the conditions under which knowledge is produced, and the inequalities that shape these processes. By juxtaposing historically and institutionally situated trajectories, the semi-plenary aims to discuss both the continuities and ruptures that have characterised the practice of political science since the 2000s. The discussion will be structured around four main axes:
1/ First, given that nearly half of all PhD theses in the humanities and social sciences in France are conducted without dedicated funding (Ministry of Higher Education and Research, 2025), the session will examine the changing material conditions of doctoral research in political science. While academic precarity was already a major issue in the 1990s and 2000s (Soulié, 1996), recent transformations in higher education and research appear to have intensified both its scope and its forms. How have these evolving material conditions shaped doctoral research practices over time?
2/ The second axis focuses on changes in access to the field within the subfield of the sociology of social movements. How does the experience of field access—shaped by social, political, institutional, financial, and health-related constraints—differ across generations of researchers from a long-term perspective? How have these constraints been experienced, negotiated, or circumvented?
3/ The third axis addresses the tools involved in producing a PhD in political science. The development of digital technologies and the transformation of the Internet have profoundly reshaped research practices, opening up new possibilities while raising new challenges. Do these tools enable more comprehensive forms of knowledge production through increased access to data and sources? Do they facilitate data collection and analysis, or do they generate additional constraints, particularly in terms of data management and security?
4/ Finally, the production of a doctoral thesis cannot be dissociated from the conditions of its reception. The fourth axis examines changes over time in the recognition and valorisation of doctoral research, as well as the place and legitimacy of political science within both the academic field and the public sphere. It will compare the evolving professional identities, statuses, and modes of public intervention of political scientists across the 2000s, 2010s, and 2020s, taking into account the institutional, media, and professional transformations that currently reshape expectations surrounding research.
To address these questions, this methodological conversation will bring together four political scientists with different professional statuses, generational positions, and institutional affiliations, who will be invited to reflect on these issues in light of their own trajectories and research experiences.
Références
Boncourt Thibaud, Yves Mirman et Jérôme Michalon, « Accompagner ou limiter la bureaucratisation de la recherche ? Les mises en œuvre locales des régulations françaises de l’intégrité scientifique ». Gouvernement et action publique, vol.1, n°14, pp. 33-58.
Cohen Antonin (dir.), « Pour une socio-histoire de la science politique » (dossier), Revue française de science politique, vol. 67, 2017.
Déloye Yves, Voutat Bernard. Faire de la science politique. Paris, Belin, 2002.
Ministère chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche, 2025, « Note flash du SiES, L’enseignement supérieur, recherche, innovation, N°14 Juin 2025. Les docteurs diplômés en 2024 », Site du Ministère chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche, https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/sites/default/files/2025-06/nf-2025-14-37279.pdf. Consulté le 10 janvier 2026.
Rotman David, La science politique en France : contribution à l’histoire sociale d’une discipline, thèse de science politique, Université Paris Nanterre, 2022.
Soulié Charles, « Précarité dans l’enseignement supérieur », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 115, 1996. pp. 58-64.

Informations bientôt disponibles.

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